Archives par étiquette : Roman

Brasiers : prix Fintro Écritures noires

Marie-Pierre JADIN, Brasiers, Ker, 2020, 153 p., 18 €, ISBN : 9782875862686

Lau­réate du prix Fin­tro Écri­t­ures noires remis dans le cadre de la Foire du livre de Brux­elles pour son pre­mier roman, Brasiers, Marie-Pierre Jadin pro­pose un réc­it à hau­teur d’hommes et de femmes aux fron­tières de leurs his­toires per­son­nelles et de la grande His­toire, celle de la Sec­onde Guerre mon­di­ale et de la Guerre froide. Con­tin­uer la lec­ture

Une étoile solitaire à la recherche de la rédemption

Un coup de cœur du Car­net

Mar­tine ROUHART, Les fan­tômes de Théodore, Mur­mure des soirs, 2020, 116 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–60‑8

Comme tous les dimanch­es, Char­lie rend vis­ite à son père Théodore. Ces deux-là sont unis par une belle com­plic­ité où les mots sont super­flus : con­tem­plat­ifs, ils aiment se gorg­er des petites con­tin­gences de la vie. Con­tin­uer la lec­ture

Un thriller olympique !

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Marc RIGAUX, Kipjiru 42… 195, Mur­mure des Soirs, 2020, 413 p., 22 €, ISBN : 978–2‑93065–757‑8

Il suf­fit d’une page. D’un coup d’œil en sur­plomb sur l’ouvrage. Et on pressent la magie du grand large :

Je cours. Poumons brûlés.
J’ai dégringolé la pente rocailleuse, frôlé des squelettes de séneçons géants et les lobélies.
Je cours. Je cours dans la caldera. À 4000 mètres.
Expir­er est une douleur. Jusqu’au dernier souf­fle.
La men­ace se rap­proche. Elle me frôle main­tenant. Ils sont là. Tout près. J’entends le roule­ment de la cail­lasse. 

L’écriture et la nar­ra­tion de Jean-Marc Rigaux sont tra­vail­lées, ten­dues. La struc­ture inter­pelle. Une alter­nance de chapitres et d’intervalles. Un chapitre 12 à l’entame, un pro­logue aux allures d’épilogue. Véri­fi­ca­tion sur la table : il y aura un chapitre 13 ! Con­tin­uer la lec­ture

Un rêve de cinéma

Alain BERENBOOM, Le rêve de Har­ry, Genèse, 2020, 248 p., 22,50 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 979–1‑0946896–22

« Un rêve de bagel, c’est un rêve et non pas un bagel » dis­ait Har­ry, l’oncle de Michaël. Soit, le rêve du petit pain ne ras­sas­ie pas. Mais il peut don­ner faim ou créer des envies. C’est ce qui arrive dans ce roman, Le rêve de Har­ry, à Michaël, agent immo­bili­er dans le Brux­elles des années 2000, après avoir été détec­tive privé. Dif­fi­cile de faire for­tune dans ce méti­er où tous les coups sont per­mis. Mais le hasard peut bien faire les choses. Con­tin­uer la lec­ture

Quoi de neuf docteur ?

Jean-Pierre BALFROID, Le choix de Mia, M.E.O., 2020, 284 p., 20 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0225‑8

Le réc­it débute sur un geste fort : médecin gyné­co­logue de son état, Jean, qui assiste aux funérailles de son amante, est invité par le mari de la défunte à pren­dre la parole et il lâche le morceau devant l’assemblée médusée. Mia, cette jeune femme que l’on pleure était aus­si sa bien-aimée et avec sa perte, le sol se dérobe sous ses pieds. Il s’ensuit une rixe avec l’époux en colère, la police est appelée, le cara­bin inso­lent emmené au poste. Con­tin­uer la lec­ture

La ronde honnie

Stanis­las COTTON, Le joli monde, Mur­mure des soirs, 2020, 94 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–58‑5

Une plume s’offre à une autre pour écrire son œuvre posthume et racon­ter l’indicible, l’ineffable ; ce que per­son­ne ne peut accepter ni com­pren­dre. Et surtout pas l’humanité. Peu avant sa mort, Ariel Bildzek, ce géant de la lit­téra­ture mon­di­ale, m’a révélé ce qu’il n’avait jamais racon­té à per­son­ne.

La réal­ité nazie reste sans réponse pos­si­ble, incom­men­su­rable et sans réc­on­cil­i­a­tion entre l’être et l’humain. Et juste­ment… si être humain n’était pas un lumineux sup­plé­ment d’âme, mais bien une som­bre erreur de la nature ? Je suis entré, j’ai repoussé le pan­neau et je me suis retrou­vé nez à nez avec un type qui me souri­ait. J’ai remar­qué une tête de mort sur le col de son uni­forme.


Lire aus­si : Écrire sur les camps aujour­d’hui (C.I. 199)


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Déborderoman caniculaire

Claude DONNAY, On ne coupe pas les ailes aux anges, M.E.O., 2020, 284 p., 20 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑807002–28‑9

Brux­elles en fusion, l’asphalte nappe plus que molle­ment les pavés, à portée de poings d’esprits chauf­fés à blanc. Claude Don­nay campe un été prophé­tique où les thèmes écologiques, économiques, poli­tiques et soci­aux envahissent la fic­tion pour se heurter à un grand chaos. Tout a fon­du en une mélasse grise et puante. Soit une fable qui met aux tré­fonds de notre bonne société un ther­momètre rou­gi par une flam­bante actu­al­ité. Il y a peut-être un brin d’anticipation dans ce roman : et s’il nous racon­tait un prochain été en nos belles régions tem­pérées ? Con­tin­uer la lec­ture

Le secret de l’étang

Nel­ly KRISTINK, Le Beau­caron, coll. « Femmes de let­tres oubliées », Névrosée, 2019, 246 p., 16 €

“La route était tail­lée d’un seul jet dans la toi­son brous­sailleuse du plateau, jusqu’à la lim­ite du ciel où elle s’amincissait en une cour­roie étroite. À ras du sol, le vent soule­vait un peu de pous­sière comme un chien de chas­se qui bourre un lapin ; des nuages lourds de pluie fuyaient dans la même direc­tion, vers le haut pays, si bien que le ciel et la route sem­blaient gliss­er d’une même poussée par-dessus la lande immo­bile. Un appel d’oiseau, trois notes brèves et inquiètes, s’éleva d’un bou­quet de prunel­liers.”

Sur cette route, qui ouvre Le Beau­caron de la roman­cière et con­teuse Nel­ly Kristink (1911–1995), née à Brux­elles mais insé­para­ble de la terre arden­naise, un jeune homme roule à vélo, soli­taire. Con­tin­uer la lec­ture

Le refus de la bigoterie aliénante

Annie PRÉAUX, Les beaux jours, M.E.O., 2020, 145 p., 15 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0231‑9

Le réc­it de l’autrice nous plonge dans la vie d’Annette, une jeune fille de douze ans qui vient d’être réglée pour la pre­mière fois et à qui sa grand-mère annonce que « les beaux jours sont finis ». Spon­tané­ment, l’héroïne répond in pet­to (et le lecteur aus­si) : ah, bon ? Con­tin­uer la lec­ture

Le secret d’une vie

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie SKOWRONEK, La carte des regrets, Gras­set, 2020, 144 p., 16 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑246–82151‑9

Dans ses romans précé­dents, Nathalie Skowronek explo­rait l’histoire de sa famille, à la recherche de ce qui pour­rait expli­quer ces des­tins sin­guliers.


Lire aus­si : Nathalie Skowronek, une iden­tité à tra­vers les con­flits (C.I. 199)


La carte des regrets représente un tour­nant et une nou­velle voie. Ici, point d’histoire per­son­nelle mais la créa­tion d’une fic­tion où l’on retrou­ve cepen­dant  l’idée qui tra­ver­sait les autres livres et sin­gulière­ment Max, en apparence : quelle est la part de mys­tère de quelqu’un que l’on croit con­naître ?

Véronique Ver­bruggen est trou­vée morte sur un sen­tier des Cévennes. Mais qui est-elle vrai­ment ? Elle est éditrice, spé­cial­isée dans la pub­li­ca­tion de livres sur les petits maîtres de la pein­ture, et à la fin du roman l’on com­pren­dra les raisons de ce choix. Con­tin­uer la lec­ture

Une grand-mère de poids

Car­o­line TAPERNOUX, Une femme d’extérieur, Acad­e­mia, coll. « Lit­téra­tures », 2019, 80 p., 11,50€ / ePub : 8.49 €, ISBN : 9782806104748

Voilà un per­son­nage, un vrai, qui sus­cite une mul­ti­tude de sen­ti­ments mêlés. Per­son­nage réel ou ampli­fié, per­son­nage revis­ité par la mémoire qui n’est pas tou­jours fidèle, surtout quand la lit­téra­ture la revis­ite (d’où le terme « roman » sur la cou­ver­ture). Une grand-mère por­traiturée par une petite-fille, dev­enue adulte, qui porte sur elle un regard con­trasté. Car cette grand-mère est un phénomène, il n’y a pas d’autre mot, et c’est tout le charme de ce livre. Con­tin­uer la lec­ture

Maille à partir avec Mamie !

Patri­cia HESPEL, La dernière maille, Genèse, 2020, 318 p., 22,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9 791094 689639

Une nuit d’avril, un homme est extir­pé d’une voiture par qua­tre indi­vidus, bat­tu, lais­sé pour mort. Mais il est décou­vert, les sec­ours sont appelés. Sauvé ?

Le pro­logue est écrit/narré de manière limpi­de, dynamique. Des tes­sons de sus­pense saupou­drent le décor : la haine des agresseurs, le « bon droit » qui « anesthésie leurs doutes » ; la sur­prise de l’agressé ; la présence d’une instance nar­ra­tive mys­térieuse.

Sauvé ? La pre­mière par­tie, Cather­ine, débute avec le réveil de la vic­time dans une cham­bre d’hôpital. Le nar­ra­teur se demande où il est, qui il est, ce qui lui est arrivé. Rebap­tisé Néo (!) par le per­son­nel hos­pi­tal­ier, il apprend qu’on a fail­li le débranch­er, per­son­ne ne l’a réclamé, il sem­ble sur­gi du néant. Désem­paré, il se rac­croche à une doc­toresse, Cather­ine Milan, dont les soins, l’attention (et l’attente ?) dépassent la norme. Con­tin­uer la lec­ture

« Ah, je les vois déjà… »

Jeanne DE TALLENAY, L’invisible, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 276 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑931048–06‑1

Il est bien ardu de débus­quer le nom de Jeanne de Tal­lenay dans les antholo­gies ou les ouvrages généraux, et c’est dans la somme Les écrivains belges con­tem­po­rains de Camille Han­let – qui fut décidé­ment aus­si exhaus­tif que catholique – que l’on trou­vera une notice la con­cer­nant, dans le riche chapitre qu’il con­sacrait, en 1947, aux femmes de let­tres, plus par­ti­c­ulière­ment aux poét­esses… Con­tin­uer la lec­ture

La Foire aux humilités

Claude FROIDMONT, Per­ver­sus ou L’histoire d’un imprimeur lié­geois au temps des Lumières, Weyrich, 2019, 354 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87489–560‑9

Je suis entré deux fois dans Per­ver­sus, ce qui sig­ni­fie que j’en suis sor­ti. La pre­mière fut aisée : « C’était un soir d’octobre, dans une plaine du nord, où bruis­saient des rumeurs de guerre. » Dès les pre­mières lignes, je mesure où je pose le pied. Un roman his­torique mais épuré, sans descrip­tions échevelées, digres­sions alam­biquées. Un roman romanesque, avec un zeste de sus­pense, du mou­ve­ment, des per­son­nages en trois dimen­sions. Un roman bien écrit, nar­ré dans la flu­id­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Entre ici, Marie Denis…

Un coup de cœur du Car­net

Marie DENIS, L’odeur du père, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 110 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑931048–20‑7

Il est des textes qui, une fois lus, se déposent en vous, et mènent dans les tré­fonds de votre sen­si­bil­ité un lent tra­vail d’irrigation phréa­tique, dont l’impact réel peut pren­dre des mois, des années à se mesur­er. Ain­si, imman­quable­ment, L’odeur du père de Marie Denis, pub­lié pour la pre­mière fois en 1972 chez le très con­fi­den­tiel Robert Morel – qui pro­po­sait des petits ouvrages d’un for­mat atyp­ique, tout car­ton­nés de blanc, et où le texte com­mençait à même la pre­mière de cou­ver­ture… Con­tin­uer la lec­ture

Pure coïncidence ?

Anne FRANÇOIS, Nu-tête, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 130 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑931048–22‑1

Les Femmes de Let­tres belges exis­tent, on le sait. De tout style, de toute encre, mais aus­si de tout temps ; cela, on le sait moins. Le genre (avec toute la déli­catesse qu’impose le maniement de ce terme), en lui-même, ne suf­fit pas à con­fér­er une quel­conque valeur à une pro­duc­tion artis­tique. Certes. Mais il ne peut en aucun cas con­tribuer à lui ôter vis­i­bil­ité, recon­nais­sance ou/et légitim­ité. C’est en cela que la démarche de la nou­velle mai­son d’édition « Névrosée » s’avère essen­tielle, et juste : empêch­er l’éclipse d’auteures tenues dans l’ombre, par le biais de réédi­tions de textes impor­tants. Par­mi ces éner­gies scrip­turales mul­ti­ples, divers­es, bigar­rées mis­es en avant dans la col­lec­tion « Femmes de let­tres oubliées », le Nu-tête d’Anne François est por­teur d’ondes intens­es et crues. Con­tin­uer la lec­ture