Archives par étiquette : Thierry Detienne

Racines transcontinentales

Joseph NDWANIYE, En quête de nos ancêtres, Impres­sions nou­velles, 2021, 18 € / ePub : 8.99 €, 208 p., ISBN : 978–2‑87449–846‑6

ndwaniye en quete de nos ancetresAvec La promesse faite à ma sœur, Joseph Ndwaniye avait bâti un réc­it sur le voy­age d’un exilé rwandais à la recherche de sa famille après le géno­cide. Comme l’annonce En quête de nos ancêtres, l’on peut s’attendre avec ce nou­veau titre à une démarche du même ordre. Mais il faut admet­tre, dès les pre­mières pages tournées, que l’ambition de ce nou­veau roman est bien plus large. Con­tin­uer la lec­ture

Bouffées d’enfance

Ralph VENDÔME, La théorie du para­pluie, Scalde, 2020, 20 €, ISBN : 9782930988160

vendome la theorie du parapluie« Com­ment tenir les promess­es des années d’insouciance ? Pro­jec­tions d’une légèreté dans un futur aux portes famil­ières, faciles à ouvrir et à fer­mer. Ser­ments non for­mulés, sans caus­es ni con­séquences, juste l’enfance à recopi­er en grand ».

Ces quelques mots épinglés au seuil d’une des 16 nou­velles qui for­ment ce recueil don­nent le ton : c’est essen­tielle­ment en terre d’enfance que nous con­duit l’auteur, même s’il glisse çà et là des textes d’une autre portée. Et il con­cen­tre son pro­pos sur les rela­tions entre les per­son­nes qui con­stituent le noy­au famil­ial : par­ents bien sûr, oncles et tantes, aïeux. Il étend son obser­va­tion aux hôtes, atten­dus et moins désir­ables. Peu de détails, des impres­sions, des bribes de con­ver­sa­tion qui tis­sent peu à peu l’économie du monde, qui dévoilent les rus­es que cha­cun déploie pour ren­dre la vie moins cru­elle. La décou­verte pré­cieuse du remède du jardin secret, du pou­voir fab­uleux de l’écriture, de l’art. Des notes de musique, des livres s’échappent des albums de sou­venirs, les amours d’enfance déploient leur joyeuse magie : Con­tin­uer la lec­ture

En espoir de cause

Nico­las ANCION, L’homme qui valait 35 mil­liards, post­face Isabelle Marx, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 300 p., 9 €, ISBN : 9782875684912

ancion l homme qui valait 35 milliardsVoici donc que L’homme qui valait 35 mil­liards con­naît une nou­velle vie édi­to­ri­ale en faisant son entrée dans la col­lec­tion Espace Nord. Le roman, paru en 2009, a con­nu entretemps une adap­ta­tion théâ­trale pro­duite en région lié­geoise qui lui a assuré un ray­on­nement là où Nico­las Ancion en avait situé l’action, en prise directe avec la réal­ité sociale au cen­tre du réc­it. En choi­sis­sant de par­ler de la fer­me­ture d’un haut-fourneau lié­geois, des con­séquences pour les tra­vailleurs con­cernés, l’auteur n’a pas pour autant renon­cé à la fic­tion, même s’il a fait du mag­nat indi­en à l’origine de la déci­sion un des per­son­nages cen­traux du roman, de la pre­mière à la dernière page. Con­tin­uer la lec­ture

Souvenirs gourmands

Philippe FIÉVET, Sur un air d’opéra bouffe, Sans escale, 2020, 200 p., 13 €, ISBN : 978–2491438029

fievet sur un air d opera bouffeCri­tique gas­tronomique, Philippe Fiévet a arpen­té les routes de Wal­lonie et de Brux­elles pen­dant des années pour le compte de jour­naux et de ces guides qui font la pluie et le beau temps dans le monde de la restau­ra­tion. Gour­mand et gourmet, l’homme rend compte d’un univers qu’il a côtoyé de près comme obser­va­teur, mais aus­si comme acteur. S’il prend la pré­cau­tion clas­sique de dire dans son pro­pos lim­i­naire que les faits décrits relèvent de la fic­tion, on recon­naît sans peine les lieux cités et les per­son­nes évo­quées à telle enseigne que le réc­it peut s’apparenter à un doc­u­men­taire intimiste sur le monde des restau­rants et des guides gas­tronomiques en Bel­gique fran­coph­o­ne. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Thierry Detienne

Chaque jour, Le Car­net et les Instants revis­ite l’an­née lit­téraire 2020 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujour­d’hui : la sélec­tion de Thier­ry Deti­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Papiers de famille

Françoise DUESBERG, Cou­ple, Acad­e­mia, 2020, 2018 p., 20 €/ ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0545‑5

duesberg coupleVoici un roman qui prou­ve à mer­veille, si besoin en était, que des sou­venirs famil­i­aux peu­vent servir de ter­reau à de véri­ta­bles œuvres lit­téraires. Françoise Dues­berg a béné­fi­cié du fait que ses père et mère pre­naient note de tout et con­ser­vaient soigneuse­ment leurs échanges écrits, les sou­venirs con­signés. Elle a com­pul­sé ces matéri­aux, qu’elle a com­plétés de ses pro­pres sou­venirs tout en imag­i­nant, forte de ces infor­ma­tions, les espaces cou­verts de silences. Con­tin­uer la lec­ture

Au doux vent de la liberté

Michel CLAISE, Les années d’or (Salle des pas per­dus III), Genèse, 2020, 256 p., 21 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689707

claise les annees d orTroisième est donc ce nou­veau tome de la fresque entamée avec La salle des pas per­dus, roman paru en 2006, suivi par Les années paix (2010). Avec Les années d’or, qui courent de 1960 à 1970, c’est une  péri­ode plus proche qui défile, celle que Michel Claise a con­nue lui-même enfant et ado­les­cent. Son ambi­tion demeure iden­tique : faire œuvre de mémoire tout en suiv­ant le des­tin d’une poignée de per­son­nages pleine­ment inscrits dans les enjeux de leur temps, à la pointe des débats d’idées, des mou­ve­ments qui tra­versent la société. Con­tin­uer la lec­ture

Bousculades lettrées

Jacques PERRY-SALKOW et Lau­rence CASTELAIN, Ana­grammes dans le boudoir, illus­tra­tions Stéphane Trapi­er, Actes Sud, 2020, 15 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑330–14088‑5

perry-salkow castelain anagrammes dans le boudoirLe mot « ana­grammes » vient du grec ancien ana­gram­ma, « ren­verse­ment de let­tres ».
Les ana­grammes changent l’ordre des let­tres d’un ou de plusieurs mots pour en for­mer de nou­veaux. De cette pirou­ette jail­lit alors un sens caché, pour le plus grand plaisir des pêcheurs de per­les. Avoir le feu sacré pour l’anagramme, c’est la ren­dre farceuse, trou­ver du cœur dans la douceur, cueil­lir les ros­es de la vie sous les avers­es de soleil et voir par-delà les nuages noirs des anges nus, le soir.
 

Par ces quelques phras­es lim­i­naires, qui offrent déjà une mise en jambe (en grass­es), les auteurs posent l’ambition de l’exercice qu’ils décli­nent au fil des pages dans le champ lim­ité des rela­tions amoureuses. Con­tin­uer la lec­ture

La vie en somme

Luc BAWIN, Sous­trac­tions, Acad­e­mia, 2020, 134 p., 14 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑806–10514‑1

luc bawin soutractionsC’est décidé­ment tout l’art du romanci­er que de nour­rir ses créa­tions de sa pro­pre expéri­ence et, par la voie de l’écriture, de la méta­mor­phoser en fic­tion pour lui don­ner corps et sens aux yeux de ses sem­blables. Luc Baw­in est médecin et ses engage­ments pro­fes­sion­nels et mil­i­tants lui ont don­né l’occasion de côtoy­er le milieu de l’adoption et celui du sou­tien aux réfugiés, deux thé­ma­tiques qu’il marie dans Sous­trac­tions, œuvre aux réso­nances mul­ti­ples. Con­tin­uer la lec­ture

Tueurs d’espoirs

André-Joseph DUBOIS, Le sep­tième cer­cle, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 508 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑874896–10‑1

andré-joseph dubois le septieme cercleAndré-Joseph Dubois est décidé­ment un auteur sin­guli­er. Loin des effets de mode, il pra­tique l’écriture au long cours et il accoste de temps à autre un roman à la main, sans tam­bour ni trompettes. Son nou­v­el opus est dou­ble­ment placé sous le signe du chiffre sept, par son titre et son ordre dans son œuvre pub­liée. Le sep­tième cer­cle fait sans doute référence, sans que l’auteur y fasse explicite­ment allu­sion, à l’Enfer de Dante Alighieri, qui clas­si­fie les âmes damnées en neuf zones cir­cu­laires selon la caté­gorie de péché com­mis. La sep­tième con­cerne plus pré­cisé­ment les actes de vio­lence, une réal­ité qui imprègne sans aucun doute l’existence entière de Léon Bour­doux­he dont ce dernier nous livre le réc­it dans l’ordre chronologique. Con­tin­uer la lec­ture

À l’école des hommes

Karine LAMBERT, Les hommes aus­si ont la chair de poule, Sto­ry­lab, 256 p., 17 € / ePub : 7.49 €, ISBN : 978–2381580029

Karine Lambert les hommes aussi ont la chair de pouleLes ques­tions de genre tra­versent l’ensemble de notre société et il ne se trou­ve pas un jour où l’actualité n’alimente pas le débat sur les rela­tions hommes-femmes, ren­dant chaque fois plus indéfend­ables les iné­gal­ités qui sub­sis­tent et, par­tant, les raison­nements et com­porte­ments qui les entre­ti­en­nent. La lit­téra­ture n’échappe nulle­ment à ce mou­ve­ment de fond auquel elle a pré­cisé­ment large­ment con­tribué depuis des décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture

Pour l’amour de B

Marc VAN STAEN, Le bourgmestre de Brux­elles, Scalde, 2020, 206 p., 20 €, ISBN : ISBN : 978–2‑930988–14‑6

marc van staen le bourgmestre de bruxellesLes cap­i­tales ont per­du une part de leur pou­voir d’attraction ces dernières années. Mal­menées par les atten­tats et les virus, trop sou­vent asso­ciées à l’insécurité, à la pol­lu­tion, au rythme trép­i­dant et aux soli­tudes de la vie mod­erne, elles méri­tent que l’on se porte à leur chevet. Aus­si un recueil de nou­velles reliées qui font de Brux­elles un per­son­nage à part entière est-il le bien­venu. Telle est l’initiative de Marc Van Staen, qui s’est appliqué à nous en tir­er un por­trait impres­sion­niste, mul­ti­pli­ant les approches et puisant dans des reg­istres divers. Con­tin­uer la lec­ture

Décomposition paternelle

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane MALANDRIN, Je suis le fils de Beethoven, Seuil, 2020, 19.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑02–146347‑7

Remar­qué pour Le dévoreur de livres (2019), Stéphane Malan­drin a impres­sion­né plus d’un lecteur par ses qual­ités de jon­gleur de mots et son imag­i­naire col­oré qui lui ont sans doute valu d’être sélec­tion­né pour le prix Goncourt du pre­mier roman. Voici que cet homme de ciné­ma fran­chit avec Je suis le fils de Beethoven le cap réputé périlleux du sec­ond sans rien avoir per­du de sa verve et nous entraîne sur les traces du grand com­pos­i­teur alle­mand par le réc­it de celui qui se présente comme son fils, Ita­lo. Mais comme cet enfant en quête de racines ne porte pas le nom du génie musi­cal, il nous grat­i­fie d’un aperçu de la vie de ses ancêtres Zadouroff. Con­tin­uer la lec­ture

Un irrépressible besoin de comprendre

Alain VAN DER EECKEN, Des lende­mains qui hantent, Rouer­gue, 2020, 304 p., 20 € / ePub : 14,99€, ISBN : 978–2‑8126–1951‑9

Voici un thriller qui démarre sur les cha­peaux de roue. Alors qu’il vient rechercher son fils Lulu à la sor­tie de l’école, Mar­tial Trévoux se trou­ve pré­cip­ité dans une scène de folie meur­trière. Les enfants et les enseignants courent en tous sens, des coups de feu écla­tent, une insti­tutrice s’effondre. Et lui s’élance sans trop réfléchir et se retrou­ve avec un enfant dans les bras qu’il arrache à l’horreur. Mais l’enfant sauvé qu’il croy­ait être le sien ne l’est pas et le pire l’attend car il fig­ure par­mi les vic­times. À par­tir de là, tout s’écroule. La cul­pa­bil­ité le gagne puisqu’il n’a pas su pos­er le geste qui sauve alors que le petit Lucien était sous sa respon­s­abil­ité. Son épouse ne sem­ble pas décidée à le lui par­don­ner. Si les man­i­fes­ta­tions de sou­tien ne man­quent pas, lui est déjà ailleurs, tenail­lé par le besoin impérieux de com­pren­dre. Greffi­er de jus­tice de son état, il brave les recom­man­da­tions médi­cales et insiste pour repren­dre le boulot. Il faut dire que son méti­er le place au cen­tre des opéra­tions et il va utilis­er ce point d’attache pour garder le con­tact avec les forces de police et l’institution judi­ci­aire, quitte à franchir les lim­ites inter­dites. Mais que peut-on refuser vrai­ment à un col­lègue meur­tri ? Con­tin­uer la lec­ture

Tenaces amitiés d’enfance au pays des mille collines

Monique BERNIER, Les hibis­cus sont tou­jours en fleurs, MEO, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0236‑4

Le géno­cide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siè­cle. L’ampleur du nom­bre de vic­times en regard de la pop­u­la­tion, la rapid­ité méthodique des mas­sacres et l’absence d’intervention de la com­mu­nauté inter­na­tionale ont don­né à ce drame une dimen­sion trag­ique qui ne cesse d’interpeller. De nom­breux écrivains ont puisé leur inspi­ra­tion dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une con­tri­bu­tion orig­i­nale, d’autant que Monique Bernier a déjà abor­dé cette thé­ma­tique dans La honte (Les Éper­on­niers, 1999), Le silence des collines (Les Éper­on­niers, 2001), ou encore La magie du frangi­panier, roman paru en 2016 aux édi­tions Acad­e­mia.


Lire aus­si : le géno­cide des Tut­si au Rwan­da dans la lit­téra­ture belge 


Con­tin­uer la lec­ture

Pour nos vieux jours

Lin­da VANDEN BEMDEN, Les dimanch­es d’Angèle, Quad­ra­ture, 2020, 86 p., 10 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 9782931080009

Lin­da Van­den Bem­den a tenu pen­dant cinq ans un blog sur lequel elle a con­signé régulière­ment des textes brefs rela­tant ses vis­ites domini­cales à sa grand-mère hébergée en mai­son de repos jusqu’au décès de celle-ci. Elle en a extrait quelques dizaines, rassem­blés dans ce recueil.

Les ini­tia­tives lit­téraires rel­a­tives à l’accompagnement d’un par­ent âgé ne man­quent pas, mais celle prise ici par l’autrice se dis­tingue d’emblée par son ton. Renonçant au lamen­to sur les rav­ages du temps, Les dimanch­es d’Angèle nous livre des bil­lets à l’humour décalé. Point de pathos ni de tremo­lo, juste des petits faits et dia­logues de quelques lignes, sur le mode impres­sion­niste. Jugez plutôt : Con­tin­uer la lec­ture