Archives par étiquette : entretiens

En l’espace d’un échange

Jean DAIVE, Penser la per­cep­tion, Ate­lier con­tem­po­rain, 2022, 25 €, ISBN : 978–2‑85035–063‑4

daive penser la perceptionTroisième volet du cycle Le monde encore une fois, Penser la per­cep­tion fait suite aux ouvrages L’exclusion (2015) et Pas encore une image (2020) pour inter­roger le rap­port, très vaste et large, de la parole à l’image. Somme d’interviews et de textes con­sacrés à divers artistes, Penser la per­cep­tion se con­sacre pour sa part essen­tielle­ment à la ques­tion de la sen­sa­tion au tra­vers de la pho­togra­phie, du film et de l’écriture. Comme l’écrit Jean Daive dans l’avant-propos, « Il y a très tôt une fébril­ité visuelle ou acous­tique qui stim­ule sans toute­fois l’expliquer le déplace­ment (notre déplace­ment) et cherche néan­moins à com­pren­dre ses éten­dues sinon son exis­tence et ses liaisons. » Con­tin­uer la lec­ture

Âmes et consciences

Fran­cis VAN DE WOESTYNE, États d’âme. Grands entre­tiens, Impres­sions nou­velles, 2022, 450 p., 24 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑87449–930‑2

van de woestyne etats d ameDans le cat­a­logue des Impres­sions nou­velles, le genre de l’entretien jouit d’une place de choix. Dès 2001 parais­sait en effet un vol­ume dans lequel Alain Robbe-Gril­let répondait à Benoit Peeters, suivi plus récem­ment par Tout le reste est lit­téra­ture, entre­tien-bilan de Jacques Dubois mené par Lau­rent Demoulin, ou encore par les dif­férents vol­umes de la col­lec­tion « Caméras sub­jec­tives » dans lesquels des pro­fes­sion­nels du ciné­ma évo­quent les secrets du méti­er. Sans oubli­er, bien sûr, Secrets d’écrivains, enquête sur les entre­tiens lit­téraires con­duite au moyen… d’entretiens avec des auteurs et des autri­ces. Con­tin­uer la lec­ture

François Emmanuel, à tu et à nous…

Un coup de cœur du Car­net

Christophe MEURÉE (dir.), Le monde de François Emmanuel, A.M.L., coll. « Archives du futur », 2022, 492 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87168–089‑5

meuree le monde de francois emmanuelSi on ne présente plus François Emmanuel, on peut sans fin le redé­cou­vrir, à l’exemple de Jean-Luc Out­ers qui con­fie s’emparer régulière­ment, au hasard, de l’un de ses romans – et l’étagère qu’ils peu­vent occu­per dans une bib­lio­thèque est longue – pour y picor­er une page, un bref extrait, une ligne. Le vol­ume Le monde de François Emmanuel per­me­t­tra, à celles et ceux qui ont trop longtemps ajourné le bon­heur de faire sa ren­con­tre, de l’approcher cette fois en exhaus­tiv­ité comme en intim­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Les affects au masculin

San­drine WILLEMS, Au cœur des hommes. Enquête sur les affects mas­culins, Impres­sions Nou­velles, 2022, 112 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–950‑0

willems au coeur des hommesAutrice d’une œuvre aus­si impor­tante que sin­gulière, psy­cho­logue, philosophe, San­drine Willems inter­roge dans son essai-enquête Au cœur des hommes la con­struc­tion de l’identité mas­cu­line, le rap­port qu’elle implique à la sphère des affects, amour, ami­tié, joie, tristesse… Ayant recueil­li les pro­pos d’une douzaine d’hommes âgés de 25 à 65 ans, elle amène ses inter­locu­teurs à ques­tion­ner leurs rap­ports à l’autre, au genre, au monde, à la vie, à l’invention de soi. Con­tin­uer la lec­ture

Portraits de l’écrivaine en personnages

Mar­i­anne ROSENSTIEHL, Phénomène. Por­traits d’Amélie Nothomb, Gründ, 2021, 188 p., 24,95 €, ISBN : 978–2‑324–02962‑2

rosenstiehl phenomene portraits d amelie nothombParu aux édi­tions Gründ sous le titre Phénomène, un beau-livre présente le tra­vail de Mar­i­anne Rosen­stiehl sur Amélie Nothomb. Qua­tre-vingts por­traits pho­tographiques sont ain­si rassem­blés, assor­tis d’interviews accordées par l’écrivaine à l’émission À voix nue de France Cul­ture.

Actes de col­lo­ques, livres d’entretiens, mono­gra­phies, abécé­daire, par­o­dies… les livres sur Amélie Nothomb sont désor­mais presque aus­si nom­breux que ceux écrits par la pour­tant pro­lifique roman­cière. Phénomène explore un pan impor­tant de la présence publique et médi­a­tique, voire de l’œuvre, de l’écrivaine : les pho­tos. Depuis 2003 et Antéchrista, la cou­ver­ture de cha­cun de ses romans est en effet invari­able­ment ornée d’un por­trait en pleine page, tan­dis que ses inter­views dans la presse sont tou­jours agré­men­tées d’images artis­tique­ment mis­es en scène. Au fil des années, Amélie Nothomb a col­laboré avec de grands noms de la pho­togra­phie. On pense par exem­ple à Jean-Bap­tiste Mondi­no, Sarah Moon ou encore Pierre et Gilles. Et, donc, Mar­i­anne Rosen­stiehl. Con­tin­uer la lec­ture

Pensée-écriture et invention de mondes. Dialogues aviens

Vin­ciane DESPRET, Fab­ri­quer des mon­des hab­it­a­bles, dia­logue avec Frédérique Dol­phi­jn, Esper­luète, coll. « Orbe », 2021, 144 p., 12 €, ISBN : 9782359841466

dolphijn vinciane despretSep­tième titre de la très belle col­lec­tion « Orbe », Fab­ri­quer des mon­des hab­it­a­bles descend à pas de loup et de colombe dans la forge de l’écriture de la philosophe et étho­logue Vin­ciane Despret, de la mise en réc­it et en pen­sée de ques­tions à l’interface de la philoso­phie et de l’éthologie. Adop­tant le principe heuris­tique de la col­lec­tion — celui d’un piochage dans un mas­sif de mots choi­sis par Frédérique Dol­phi­jn —, le dia­logue emprunte des chemins qui res­sai­sis­sent l’articulation entre espace du livre, traduction/accueil des ani­maux et des morts, propo­si­tion de mon­des. Con­tin­uer la lec­ture

Un projet romanesque hors-pair

Le tapis volant de Patrick Dev­ille. Entre­tien sur l’écri­t­ure avec Pas­ca­line David, Seuil et Diag­o­nale, coll. « Grands entre­tiens », 2021, 193 p., 18 €, ISBN : 978–2‑02–149067‑1

david le tapis volant de patrick devilleAprès Jérôme Fer­rari et Lau­rent Mau­vi­g­nier, c’est avec Patrick Dev­ille que Pas­ca­line David s’en­tre­tient à pro­pos de la créa­tion romanesque. Le but déclaré est de nature péd­a­gogique : aider les jeunes écrivains à s’ori­en­ter et à pro­gress­er en béné­fi­ciant de l’ex­péri­ence d’un auteur con­fir­mé. Le résul­tat du dia­logue, cepen­dant, va bien au-delà. Au fil d’un ques­tions-répons­es adroite­ment mené se décou­vrent certes un savoir-faire et ses rouages déli­cats, mais aus­si dif­férents traits de la per­son­nal­ité inter­viewée, l’en­chaine­ment des espoirs, décep­tions et réus­sites, la com­plexe rela­tion entre l’écrivain et l’édi­teur – sans oubli­er, au-delà de tout ceci, la nature pro­fonde du tra­vail lit­téraire. Con­tin­uer la lec­ture

Danse au bord de l’abîme

Sophie PIRSON, Cou­vrez-les bien, il fait froid dehors… Con­ver­sa­tions avec Fati­ma Ezzarhouni, Cerisi­er, 2021, 105 p., 12 €, ISBN : 9782872672325

pirson couvrez les bien il fait froid dehorsSophie Pir­son nous donne à lire les frag­ments de ses nom­breuses con­ver­sa­tions avec Fati­ma Ezzarhouni, une femme ren­con­trée dans un pro­gramme de médi­a­tion. Rien n’est anodin dans l’espace de parole qui a per­mis une entre­vue sur­prenante entre les deux femmes, l’une étant une Brux­el­loise dont la fille a été blessée lors de l’attentat de Mael­beek, et l’autre, une Anver­soise d’origine maro­caine dont le fils rad­i­cal­isé est par­ti en Syrie. Con­tin­uer la lec­ture

La fabrique du roman

Un coup de cœur du Car­net

Les motifs de Lau­rent Mau­vi­g­nier. Entre­tiens sur l’écri­t­ure avec Pas­ca­line David, Diag­o­nale, coll. « Grands entre­tiens », 2021, 177 p., 18 , ISBN : 978–2‑930947–04‑4
Mise à jour du 01/09/2025 : le livre a fait l’ob­jet d’une réédi­tion en poche sous un nou­veau titre. Lau­rent MAUVIGNIER, Quelque chose d’ab­sent qui me tour­mente : entre­tiens avec Pas­ca­line David, Minu­it, coll. “Dou­ble”, 2025, 182 p., 9 €, ISBN : 978–2‑7073–5670‑3

david les motifs de laurent mauvigniermauvignier quelque chose d'absent qui me tourmenteNé à Tours en 1967, Lau­rent Mau­vi­g­nier est con­sid­éré comme une valeur sûre des édi­tions de Minu­it, dont on con­nait à la fois la grande exi­gence qual­i­ta­tive et le pro­fil anti-académique à la Beck­ett. Voici quelques années, il par­ticipe à une lec­ture-ren­con­tre à l’U­ni­ver­sité de Namur où il est écouté avec vif intérêt, notam­ment par Pas­ca­line David, laque­lle appré­cie la sincérité avec laque­lle il évoque son expéri­ence per­son­nelle de la créa­tion. Philosophe de for­ma­tion, elle a créé en 2014 les édi­tions Diag­o­nale avec Ann-Gaëlle Dumont et pro­jète de lancer une col­lec­tion d’en­tre­tiens sur l’écri­t­ure lit­téraire. Ain­si entre­prend-elle de lire tous les livres de Mau­vi­g­nier et tous les arti­cles parus à son sujet, avant de men­er avec lui plusieurs journées de vidéo-con­férence. La tran­scrip­tion faite, s’en­suit un va-et-vient de réécri­t­ure – pas moins de qua­tre ver­sions en deux mois ! Car l’écrivain s’est piqué au jeu : il veut apporter à ce livre de dia­logues autant de soin qu’à la con­fec­tion de ses romans, élaguant par ci, pré­cisant par là, s’ef­forçant que la for­mu­la­tion rejoigne au plus juste le com­plexe de cer­ti­tudes et d’in­cer­ti­tudes qui l’anime. La struc­ture générale en onze par­ties fait elle aus­si l’ob­jet d’une atten­tion par­ti­c­ulière, de même que la relance questions/réponses. Dis­ons-le tout net : Pas­ca­line David – qui a pub­lié en 2020 une autre série d’en­tre­tiens avec Jérôme Fer­rari – a pris là une ini­tia­tive méri­toire et l’a menée à bien avec un soin hors pair. Con­tin­uer la lec­ture

Les naissances du poète

Philippe BOURET, Ligne de fond. Entre­tiens avec Wern­er Lam­ber­sy, Rumeur libre, 2019, 272 p., 19 €, ISBN : 978–2‑35577–184‑2

bouret ligne de fondL’œuvre de Wern­er Lam­ber­sy est vaste, comme un océan agité de ténèbres. Pour le par­courir, Philippe Bouret a choisi d’y ten­dre une ligne de fond sous la forme de dia­logues ou plus exacte­ment d’une réflex­ion à deux, menée entre le poète et le psy­ch­an­a­lyste. Il en résulte un livre qui est le témoignage dense de trois années de con­ver­sa­tions. Il se car­ac­térise par la lib­erté : lib­erté du ton, des sujets abor­dés et lib­erté des mots, qui offrent une plongée pas­sion­née dans l’intimité de l’œuvre. La con­ver­sa­tion s’interrompt, par­fois, lorsque Philippe Bouret demande à Wern­er Lam­ber­sy de lire l’un de ses textes, sur lequel l’un et l’autre rebondis­sent, livrent leurs inter­ro­ga­tions. Petit à petit se com­pose un por­trait du poète parsemé de sourires, de con­nivences mali­cieuses et de res­pi­ra­tions mélan­col­iques. Un petit fait, comme une guêpe qui se noie dans une tasse, peut ain­si inspir­er le réc­it d’une anec­dote et une réflex­ion ful­gu­rante sur l’écriture qui noue la vie et la mort. Con­tin­uer la lec­ture

Éloge de la fiction

Les mon­des pos­si­bles de Jérôme Fer­rari. Entre­tiens sur l’écriture avec Pas­ca­line David, Actes Sud et Diag­o­nale, 2020, 176 p., 18 €, ISBN : 978–2‑330–12442‑7

En por­tant son choix sur Jérôme Fer­rari, Pas­ca­line David (co-fon­da­trice de la mai­son d’éditions namuroise Diag­o­nale asso­ciée à Actes-Sud pour cette pub­li­ca­tion) se mon­tre par­ti­c­ulière­ment avisée non seule­ment pour bra­quer les pro­jecteurs « en direct » sur un auteur majeur d’aujourd’hui, mais aus­si pour met­tre en lumière les enjeux de la fic­tion romanesque et sus­citer en tout cas la réflex­ion sur les con­di­tions de sa légitim­ité et sur son rôle spé­ci­fique. Durant plus d’une semaine passée en Corse ‑la terre natale de l’écrivain – Pas­ca­line David l’a con­fron­té à un ques­tion­naire ser­ré, méthodique et per­ti­nent pour activ­er une recherche nour­rie par une con­nais­sance appro­fondie de son œuvre. Il appa­raît au fil de la dialec­tique de l’écrivain et philosophe – à qui l’on doit notam­ment Le principe, Le ser­mon sur la chute de Rome (prix Goncourt 2012), Un dieu un ani­mal, ou plus récem­ment Á son image (Prix du jour­nal Le Monde et Prix Méditer­ranée) – que l’ouvrage con­stitue aus­si, en fil­igrane de pro­fes­sions de foi lit­téraires bien mar­quées et assumées, un out­il à met­tre utile­ment entre les mains de tout can­di­dat à l’écriture romanesque et à la fic­tion sig­nifi­ante. Bien enten­du, pour l’intéressé, il ne s’agit nulle­ment de dis­tribuer des recettes, mais surtout de faire enten­dre que l’écriture de ses romans est soumise à une dou­ble exi­gence. Elle pour­rait se définir en somme par deux maîtres-mots : intégrité de la démarche et cohérence interne. Bref, écrire vrai : Je ne peux pas écrire quelque chose en quoi, d’une cer­taine manière, je ne crois pas. Je sais bien que c’est de la fic­tion, mais en même temps, il faut que j’y croie. Il faut que j’y croie parce que sinon pourquoi irais-je l’écrire ? Con­tin­uer la lec­ture

Dominique Rolin, « la forêt des mots »

Dominique ROLIN, Plaisirs suivi de Mes­sages secrets, Entre­tiens avec Patri­cia Boy­er de Latour, Gal­li­mard, coll. « L’Infini », 2019, 343 p., 21,50 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 978–2‑07–284905‑3

Le doute, la mémoire, l’amour, le dou­ble, Venise, la musique, les Prim­i­tifs fla­mands, les vis­ages, les miroirs, la Bel­gique… autant de portes d’entrée du voy­age qui mena Dominique Rolin et Patri­cia Boy­er de Latour à tiss­er un ensem­ble d’entretiens réu­nis sous le titre Plaisirs. Dès 1999, bien après Les marais, Le lit, La mai­son la forêt, Le corps, Les éclairs, à l’époque où parais­sent des œuvres majeures comme La réno­va­tion, Jour­nal amoureux, débute une série d’échanges placés sous le signe de « la prom­e­nade dans un jardin » (Rolin), le jardin Rolin dont les fleurs s’appellent le doute, la pas­sion, l’enfance, l’écriture comme « investisse­ment total de l’être ». Con­tin­uer la lec­ture

Conversations avec Amélie Nothomb

Amélie NOTHOMB, La bouche des carpes. Entre­tiens avec Michel Robert, pré­face de Jacques De Deck­er, Archipel, 2018, 160 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8098–2493‑3

Amélie Nothomb a con­nu un automne foi­son­nant : son roman annuel – le réus­si Les prénoms épicènes –, a été rapi­de­ment suivi par un livre d’entretiens signé Michel Robert, La bouche des carpes.

« Signé » est-il d’ailleurs le terme appro­prié ? Dans sa pré­face, Jacques De Deck­er qual­i­fie certes Michel Robert de « maître d’œuvre » du livre, mais tant la cou­ver­ture que la page de titre présen­tent Amélie Nothomb comme l’autrice. Un choix des édi­tions de l’Archipel (le livre n’est pas pub­lié par l’éditeur attitré de la roman­cière, Albin Michel) qu’­ex­plique peut-être cet échange entre l’écrivaine et Michel Robert :

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Isabelle Stengers, Frédérique Dolphijn : tissage d’un dialogue

Isabelle STENGERS, Activ­er les pos­si­bles, dia­logue avec Frédérique Dol­phi­jn, Esper­luète, coll. « Orbe », 2018, 144 p., 13.80 €, ISBN : 978–2‑35984–101‑5

La pra­tique du dia­logue peut revêtir dif­férents vis­ages. Si Pla­ton en a fait une des modal­ités de l’exercice philosophique, il peut priv­ilégi­er l’échange exploratoire au fil d’une ren­con­tre lais­sant place à l’aléatoire, au tracé d’une pen­sée qui rebon­dit, qui ric­oche, sans jamais refer­mer en répons­es les événe­ments qui lui arrivent. Le jeu que l’on pour­rait dire lewis­car­rol­lien qui pré­side au recueil Activ­er les pos­si­bles a pris la forme de notions ten­dues par Frédérique Dol­phi­jn à la philosophe Isabelle Stengers. « Sin­guli­er  sin­gulière », « sève », « Starhawk », « per­cep­tion », « con­trainte », « résis­ter », « nom­mer », « fic­tion », « tis­su », « intri­quer » pour n’en con­vo­quer qu’une poignée… Autant de mots au plus loin de mots d’ordre que les deux inter­locutri­ces activent en suiv­ant des « lignes de sor­cière », des lignes qui bifurquent dirait Deleuze. « Dans éton­nement il y a ton­nerre » énonce Isabelle Stengers. Cette puis­sance d’étonnement, d’ouverture au monde place la pen­sée, l’action, le sen­tir, le percevoir sous le signe de la ren­con­tre avec ce qui nous trans­forme. Con­tin­uer la lec­ture

Habiter parmi les livres

Serge MEURANT et Frédérique BIANCHI, Dans l’odeur des livres et le par­fum du papi­er d’Arménie. Entre­tiens avec Jean-Pierre Canon, libraire de La borgne agasse, pho­togra­phies de Daniel Locus, Car­nets du Dessert de Lune, 2018, 48 p., 6 €, ISBN : 9782930607948

Vivre au milieu des livres, quel amoureux de la lit­téra­ture, quel fer­vent lecteur n’en a rêvé ? Une vision roman­tique de la vie de libraire, née à l’adolescence, et que le pas­sage des années, le sens des réal­ités ont tem­pérée sans l’altérer. Une librairie demeure un roy­aume, un monde où pal­pi­tent des his­toires, des pen­sées, des émo­tions, des songes… Et ren­con­tr­er un libraire de voca­tion, de pas­sion, de con­vic­tion nous ouvre des hori­zons, des vibra­tions… Sin­gulière­ment un libraire bouquin­iste, si l’on en croit l’ode exaltée de John Cow­per Powys : « Ah ! le splen­dide con­ser­va­toire de toutes les folies humaines qu’une bou­tique de livres d’occasion ». Con­tin­uer la lec­ture

Bernard Foccroulle, regards sur l’opéra

Bernard FOCCROULLE, Faire vivre l’opéra, un art qui donne sens au monde, Entre­tiens, Actes Sud, 2018, 224 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑330–09625‑0 ; Louis GEISLER et Alain PERROUX (dir.), L’opéra, miroir du monde, Fes­ti­val d’Aix-en-Provence 2007–2018, 2018, Actes Sud, 176 p., 32 €, ISBN : 978–2‑330–10261‑6

À l’occasion de la sep­tan­tième édi­tion du fes­ti­val d’art lyrique d’Aix-en-Provence, un fes­ti­val que Bernard Foc­croulle dirige depuis douze ans, paraît un recueil d’entretiens au fil desquels celui qui fut aupar­a­vant le directeur du Théâtre roy­al de la Mon­naie (1992–2007), livre son regard sur l’opéra, ses devenirs, son avenir, ses enjeux actuels. Pour couron­ner sa dernière sai­son à la tête du fes­ti­val d’Aix, il dresse un bilan, une car­togra­phie de la vital­ité de l’opéra con­tem­po­rain, inter­roge sa place dans la cité, son actu­al­ité, sa capac­ité à penser les muta­tions du monde. Si, loin d’être devenu une insti­tu­tion muséale, tournée vers le passé, l’opéra affiche de nos jours une créa­tiv­ité auda­cieuse et une con­nex­ion à un monde qu’il ques­tionne, c’est, entre autres, grâce à l’engagement de directeurs ouverts non seule­ment aux grandes œuvres du réper­toire — des œuvres recréées, réin­ter­prétées par l’action con­jointe de la direc­tion musi­cale, du met­teur en scène, des inter­prètes — mais aux nou­velles créa­tions. La vie des chefs‑d’œuvre est éter­nelle, leur richesse étant gage d’une relance infinie des inter­pré­ta­tions, des visions qu’on porte sur eux. Non seule­ment, la manière de chanter, de met­tre en scène, de se rap­porter aux œuvres du réper­toire ne cesse d’évoluer, mais les lec­tures que Pierre Boulez/Patrice Chéreau, René Jacobs/Trisha Brown, Marc Minkovski/Olivier Py, Sir Simon Rattle/Stéphane Braun­schweig, Louis Langrée/Peter Sel­l­ars ont pro­duit de Janacek (Dans la mai­son des morts), Mon­tever­di (L’Orfeo), Mozart (Idoménée, roi de Crête), Wag­n­er (la Tétralo­gie, L’Anneau du Nibelung), Mozart (Zaïde), plus que de sim­ple­ment les dépous­siér­er, les ont revi­tal­isés dans des direc­tions insoupçon­nées. Con­tin­uer la lec­ture