Michel LAMBERT, Sosies de l’amour, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2023, 191 p., 17 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑87489–905‑8
De tous les auteurs belges francophones, Michel Lambert a sans doute à son actif une des productions les plus fournies dans le genre de la nouvelle puisqu’à ce jour, on dénombre onze recueils parus parallèlement à son activité de romancier. La parution de son premier ouvrage remonte à 1987 et le plus récent date de 2022, tandis que plusieurs prix littéraires en ont souligné la qualité. Les éditions Weyrich ont eu la bonne idée de rassembler une douzaine de textes issus de différents recueils et couvrant une trentaine d’années, ce qui nous offre un panorama de sa production. À les lire, on mesure d’emblée la très grande homogénéité de son œuvre. Celle-ci se traduit dans son écriture, mais aussi et surtout dans l’univers narratif d’une rare constance, à telle enseigne que l’on peinerait à reconstruire une chronologie sans consulter les notes qui précisent les ouvrages parus dont elles ont été extraites. Continuer la lecture





Si on ne présente plus François Emmanuel, on peut sans fin le redécouvrir, à l’exemple de Jean-Luc Outers qui confie s’emparer régulièrement, au hasard, de l’un de ses romans – et l’étagère qu’ils peuvent occuper dans une bibliothèque est longue – pour y picorer une page, un bref extrait, une ligne. Le volume Le monde de François Emmanuel permettra, à celles et ceux qui ont trop longtemps ajourné le bonheur de faire sa rencontre, de l’approcher cette fois en exhaustivité comme en intimité.
Autrice d’une œuvre aussi importante que singulière, psychologue, philosophe, Sandrine Willems interroge dans son essai-enquête Au cœur des hommes la construction de l’identité masculine, le rapport qu’elle implique à la sphère des affects, amour, amitié, joie, tristesse… Ayant recueilli les propos d’une douzaine d’hommes âgés de 25 à 65 ans, elle amène ses interlocuteurs à questionner leurs rapports à l’autre, au genre, au monde, à la vie, à l’invention de soi.
Paru aux éditions Gründ sous le titre Phénomène, un beau-livre présente le travail de Marianne Rosenstiehl sur Amélie Nothomb. Quatre-vingts portraits photographiques sont ainsi rassemblés, assortis d’interviews accordées par l’écrivaine à l’émission À voix nue de France Culture.
Septième titre de la très belle collection « Orbe », Fabriquer des mondes habitables descend à pas de loup et de colombe dans la forge de l’écriture de la philosophe et éthologue Vinciane Despret, de la mise en récit et en pensée de questions à l’interface de la philosophie et de l’éthologie. Adoptant le principe heuristique de la collection — celui d’un piochage dans un massif de mots choisis par Frédérique Dolphijn —, le dialogue emprunte des chemins qui ressaisissent l’articulation entre espace du livre, traduction/accueil des animaux et des morts, proposition de mondes.
Après
Sophie Pirson nous donne à lire les fragments de ses nombreuses conversations avec Fatima Ezzarhouni, une femme rencontrée dans un programme de médiation. Rien n’est anodin dans l’espace de parole qui a permis une entrevue surprenante entre les deux femmes, l’une étant une Bruxelloise dont la fille a été blessée lors de l’attentat de Maelbeek, et l’autre, une Anversoise d’origine marocaine dont le fils radicalisé est parti en Syrie. 
Né à Tours en 1967, Laurent Mauvignier est considéré comme une valeur sûre des éditions de Minuit, dont on connait à la fois la grande exigence qualitative et le profil anti-académique à la Beckett. Voici quelques années, il participe à une lecture-rencontre à l’Université de Namur où il est écouté avec vif intérêt, notamment par Pascaline David, laquelle apprécie la sincérité avec laquelle il évoque son expérience personnelle de la création. Philosophe de formation, elle a créé en 2014 les éditions Diagonale avec Ann-Gaëlle Dumont et projète de lancer une collection d’entretiens sur l’écriture littéraire. Ainsi entreprend-elle de lire tous les livres de Mauvignier et tous les articles parus à son sujet, avant de mener avec lui plusieurs journées de vidéo-conférence. La transcription faite, s’ensuit un va-et-vient de réécriture – pas moins de quatre versions en deux mois ! Car l’écrivain s’est piqué au jeu : il veut apporter à ce livre de dialogues autant de soin qu’à la confection de ses romans, élaguant par ci, précisant par là, s’efforçant que la formulation rejoigne au plus juste le complexe de certitudes et d’incertitudes qui l’anime. La structure générale en onze parties fait elle aussi l’objet d’une attention particulière, de même que la relance questions/réponses. Disons-le tout net : Pascaline David – qui a publié en 2020
L’œuvre de Werner Lambersy est vaste, comme un océan agité de ténèbres. Pour le parcourir, Philippe Bouret a choisi d’y tendre une ligne de fond sous la forme de dialogues ou plus exactement d’une réflexion à deux, menée entre le poète et le psychanalyste. Il en résulte un livre qui est le témoignage dense de trois années de conversations. Il se caractérise par la liberté : liberté du ton, des sujets abordés et liberté des mots, qui offrent une plongée passionnée dans l’intimité de l’œuvre. La conversation s’interrompt, parfois, lorsque Philippe Bouret demande à Werner Lambersy de lire l’un de ses textes, sur lequel l’un et l’autre rebondissent, livrent leurs interrogations. Petit à petit se compose un portrait du poète parsemé de sourires, de connivences malicieuses et de respirations mélancoliques. Un petit fait, comme une guêpe qui se noie dans une tasse, peut ainsi inspirer le récit d’une anecdote et une réflexion fulgurante sur l’écriture qui noue la vie et la mort.
En portant son choix sur Jérôme Ferrari, Pascaline David (co-fondatrice de la maison d’éditions namuroise Diagonale associée à Actes-Sud pour cette publication) se montre particulièrement avisée non seulement pour braquer les projecteurs « en direct » sur un auteur majeur d’aujourd’hui, mais aussi pour mettre en lumière les enjeux de la fiction romanesque et susciter en tout cas la réflexion sur les conditions de sa légitimité et sur son rôle spécifique. Durant plus d’une semaine passée en Corse ‑la terre natale de l’écrivain – Pascaline David l’a confronté à un questionnaire serré, méthodique et pertinent pour activer une recherche nourrie par une connaissance approfondie de son œuvre. Il apparaît au fil de la dialectique de l’écrivain et philosophe – à qui l’on doit notamment Le principe, Le sermon sur la chute de Rome (prix Goncourt 2012), Un dieu un animal, ou plus récemment Á son image (Prix du journal Le Monde et Prix Méditerranée) – que l’ouvrage constitue aussi, en filigrane de professions de foi littéraires bien marquées et assumées, un outil à mettre utilement entre les mains de tout candidat à l’écriture romanesque et à la fiction signifiante. Bien entendu, pour l’intéressé, il ne s’agit nullement de distribuer des recettes, mais surtout de faire entendre que l’écriture de ses romans est soumise à une double exigence. Elle pourrait se définir en somme par deux maîtres-mots : intégrité de la démarche et cohérence interne. Bref, écrire vrai : Je ne peux pas écrire quelque chose en quoi, d’une certaine manière, je ne crois pas. Je sais bien que c’est de la fiction, mais en même temps, il faut que j’y croie. Il faut que j’y croie parce que sinon pourquoi irais-je l’écrire ?
Le doute, la mémoire, l’amour, le double, Venise, la musique, les Primitifs flamands, les visages, les miroirs, la Belgique… autant de portes d’entrée du voyage qui mena Dominique Rolin et Patricia Boyer de Latour à tisser un ensemble d’entretiens réunis sous le titre Plaisirs. Dès 1999, bien après Les marais, Le lit, La maison la forêt, Le corps, Les éclairs, à l’époque où paraissent des œuvres majeures comme La rénovation, Journal amoureux, débute une série d’échanges placés sous le signe de « la promenade dans un jardin » (Rolin), le jardin Rolin dont les fleurs s’appellent le doute, la passion, l’enfance, l’écriture comme « investissement total de l’être ».