Archives par étiquette : Jeannine Paque

Maîtriser le jeu

Carme­lo VIRONE, Bat­tre les cartes, Mael­strÖm, 2018, 116 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87505–304‑6

virone battre les cartes.jpgC’est un mes­sage de vie que nous adresse en quelques vers Carme­lo Virone, à la pre­mière page de son recueil de nou­velles Bat­tre les cartes. Mes­sage d’amour aus­si puisque le sang y est chaud et le cœur haut. C’est d’un élan tournoy­ant que se suiv­ent ces onze réc­its, si dif­férents les uns des autres qu’ils créent chaque fois la sur­prise, au point qu’on pour­rait se deman­der s’il faut suiv­re une piste ou se laiss­er pren­dre au hasard de la lec­ture. La con­ti­nu­ité existe bel et bien, dans le ton, on y revien­dra, et dans cet ensem­ble cohérent d’humour et de ten­dresse que cha­cun des textes illus­tre à sa manière. À y regarder de plus près, on décou­vre entre eux un sys­tème de répons. Con­tin­uer la lec­ture

Une chevauchée poétique et funèbre

Véronique BERGEN, Pat­ti Smith HORSES, Den­sité, coll. « Disco­go­nie », 2018, 93 p., 9,95 €, ISBN : 978–2‑919296–09‑5

bergen patti smith horsesUn disque culte, ce pre­mier album de Pat­ti Smith, Hors­es, enreg­istré en 1975 à New York. Un brasi­er de poésie rock qui mérite la lec­ture rap­prochée et raf­finée qu’en fait Véronique Bergen dans son dernier opus. Elle mon­tre com­ment Smith est la pio­nnière d’un nou­veau vis­age du rock au féminin après Janis Joplin dont elle a précédem­ment  évo­qué le des­tin (Janis Joplin. Voix noire sur fond blanc, Al Dante 2016). Con­tin­uer la lec­ture

Pour Gilberte cette fois

Jacques DUBOIS, Le roman de Gilberte Swann. Proust soci­o­logue para­dox­al, Seuil, 2018, 227 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978 ‑2–02-137058–4

dubois le roman de gilberte swannDans Tout le reste est lit­téra­ture, un vol­ume d’entretiens avec Lau­rent Demoulin, Jacques Dubois déclare avoir abor­dé Proust assez tar­di­ve­ment, dans son par­cours de lecteur et dans sa car­rière de pro­fesseur d’université. Mais il a ressen­ti cette ren­con­tre comme un coup de foudre, via la belle Alber­tine, ajoute-t-il. Par extra­or­di­naire, ce coup de foudre dure encore, même si la cri­tique amoureuse a fait place à une relec­ture savante et suprême­ment lit­téraire. Après avoir décrit une aven­ture plus que sen­ti­men­tale, dans Pour Alber­tine, déjà sous-titré Proust et le sens du social (Seuil, 1997), ensuite dans Fig­ures du désir. Pour une cri­tique amoureuse (Les Impres­sions nou­velles, 2011), le voici qui revient sur une autre fig­ure fémi­nine majeure de à la recherche du temps per­du, Gilberte. Tout un pro­gramme dans ce dernier ouvrage paru au Seuil : Le roman de Gilberte Swann. Proust soci­o­logue para­dox­al. Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’arène du langage

Lau­rence ROSIER,  De l’insulte… aux femmes, 180° édi­tions, 2018, 180 p., 17 €, ISBN 978–2‑930427–87‑4

rosier de l insulte aux femmesDéjà Jacque­line Harp­man vom­is­sait la qual­i­fi­ca­tion de “pis­seuse” décernée par son père à sa nais­sance, fût-ce dans un roman comme La Fille déman­telée. Pour elle, refuser l’assimilation à la flac­cid­ité ou à l’étron, c’est exis­ter et le dire. Con­tin­uer la lec­ture

Un malin plaisir

Ziska LAROUGE, Au dia­ble !, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2017, 151 p., 14 €, ISBN 978–2‑87489–450‑3

Une bonne excla­ma­tion, bien vigoureuse, ne peut que sus­citer une réac­tion, émo­tion ou humeur. Celle-ci qui titre le recueil de dix nou­velles de Ziska Larouge, Au dia­ble !  ne fera pas excep­tion. Que l’on suive la con­teuse ou s’empare de sa verve, on n’en entam­era pas moins la lec­ture et celle-ci s’avère dès le pre­mier texte en accord avec le titre puisqu’il a pour objet « Le coin du dia­ble » : un texte majeur sur l’ensemble et long qui se divise en qua­tre par­ties. Cette his­toire libre­ment inspirée de la légende du « coin du dia­ble » à Brux­elles invite à vis­iter l’atelier de José Mangano qui a assuré l’illustration de la pre­mière de cou­ver­ture. Sen­si­ble, attachée à l’enfance et à son imag­i­na­tion, cette pre­mière nou­velle inau­gure la série dia­bolique sans mal­ice. Les suiv­antes  n’auront pas tou­jours la même can­deur. Cer­taines de ces nou­velles sont même dra­ma­tiques, comme « Le Porte­feuille », d’autres cyniques, comme « Qui a tué John­ny ? » ou « Lucille », lau­réate du con­cours Désobéis­sance, aux édi­tions du Bas­son. Mais l’humour n’est jamais absent. La plus sig­ni­fica­tive dans le genre aigre-doux est sans doute « Milie ». Con­tin­uer la lec­ture

Le roman de l’amitié ou repousser l’ennui d’exister

Stéphane LAMBERT, Frater­nelle mélan­col­ie, Arléa, 2018, 218 p., 19  €, ISBN : 978–2‑36308–150‑6

lambert fraternelle melancolieCe pour­rait être un roman qui com­mence avec brio par la rela­tion de la ren­con­tre entre Nathaniel Hawthorne et Her­man Melville, au Mon­u­ment Moun­tain, le 5 août 1850.

Les deux per­son­nages sont intro­duits tour à tour par un rapi­de por­trait physique et déjà com­porte­men­tal. Rien ne per­met encore de devin­er cette Frater­nelle mélan­col­ie qui fait l’objet du dernier livre de Stéphane Lam­bert. Ce début est délibéré­ment ori­en­té vers le genre romanesque et cela cor­re­spond à un choix de la part de l’auteur. Il l’affirme claire­ment : ce ne sera ni une biogra­phie ni une étude lit­téraire. Faudrait-il pour cela écarter le genre de la fic­tion ? Non. Stéphane Lam­bert revendique le droit à la sub­jec­tiv­ité dans son pro­jet, le recours à l’invention, et pour cause. Com­ment pour­rait-il se borner aux faits en l’occurrence ? Soit ils ne sont pas con­nus, soit ils sont trop rares et dis­per­sés pour livr­er un soupçon d’évidence ou sim­ple­ment un sens. En effet, que sait-on des rela­tions entre Hawthorne et Melville ? Quelques ren­con­tres ont eu lieu, des let­tres ont été échangées, mais une part de celles-ci, celles de Hawthorne, a été détru­ite par Melville, on ne sait d’ailleurs pour quel motif. Il faut ajouter le car­net de notes de Melville lui-même, intéres­sant entre pro­lix­ité et retenue. Demeurent surtout les œuvres, mine où puis­era notre auteur inspiré. Elles lui fourniront le thème de la mélan­col­ie où s’épanche la fra­ter­nité. Il faut à cet égard sig­naler l’à‑propos de l’illustration de la pre­mière de cou­ver­ture, une repro­duc­tion de Deux jeunes hommes devant la lune qui se lève sur la mer, de Cas­par David Friedrich. Con­tin­uer la lec­ture

Le top 3 de Jeannine Paque

La suite de notre rétro­spec­tive de l’an­née. Aujour­d’hui : le choix de Jean­nine Paque.


Lire aus­si : la fiche de Jean­nine Paque


Con­tin­uer la lec­ture

Au cœur du labyrinthe

Véronique BERGEN, Pre­mières fois, Edwar­da, coll. « Cli­mats », 2017, 105 p., 18 €

berge premieres foisLes règles du jeu dans ce labyrinthe : il n’y aurait que sept pre­mières fois et une seule sec­onde fois entre­vue.

L’éblouissement de la pre­mière fois, Proust l’a évo­qué, notam­ment lors de l’épisode de la madeleine. Qu’on se sou­vi­enne, le boule­verse­ment total ressen­ti à la pre­mière gorgée de thé ne sera pas répété si le nar­ra­teur renou­velle l’expérience. Ce n’est qu’après un long tra­vail d’introspection que la sen­sa­tion involon­taire sera iden­ti­fiée et « l’édifice immense » du sou­venir dévoilé. À son tour, Véronique Bergen va se pencher sur ce mys­tère, définir son émoi et en analyser les caus­es. D’emblée, au seuil de son livre Pre­mières fois, elle en  sig­nale la puis­sance : Con­tin­uer la lec­ture

La résistance, un pays en soi

COLLECTIF, Pays dans un pays. Marcheuses et Marcheurs des Temps présents, Mael­strÖm, 2017, 105 p., 8€, ISBN : 978–2‑87505–288‑9

pays dans un paysIls ont marché et marcheront encore, ils traceront des voies nou­velles, ces Marcheuses et Marcheurs, comme ils l’ont fait le 20 mai 2017, à l’initiative des Acteurs des Temps Présents. Deux march­es se sont ain­si déroulées en Wal­lonie, l’une à par­tir de Liège, l’autre de Tour­nai pour aboutir à Brux­elles. Il s’agissait pour la pre­mière d’aller à la ren­con­tre de sit­u­a­tions sin­gulières et irri­tantes où les intérêts privés men­a­cent le bien com­mun. D’où le nom adéquat : « Marche des com­muns ». La sec­onde avait pour but de repér­er les lieux en péril pour cause de pré­cari­sa­tion ou d’abandon afin de pro­pos­er des alter­na­tives. C’est pourquoi elle a pris pour nom « Marche des répa­ra­tions ». Con­tin­uer la lec­ture

Le double jeu de l’écriture

Ari­ane LE FORT, Beau-fils, post­face de Michel Zumkir, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017 (rééd.), 167 p., 8,50 €, ISBN : 9782875681478

le fort.jpgPrimé plusieurs fois en 2003, par le Rossel notam­ment, Beau-fils d’Ariane Le Fort mérite on ne peut mieux une réédi­tion en Espace Nord, cette fois accom­pa­g­née d’une post­face de Michel Zumkir. On est certes déjà tombé sous le charme des fic­tions de l’auteure sans qu’il soit néces­saire de se référ­er à un guide. Elle a cette habi­tude rare, somme toute, de livr­er des his­toires sim­ples à démêler, voire à dévor­er telles quelles. Mais elle les assor­tit tou­jours d’une réserve, d’un quant-à-soi qui demande qu’on s’y attarde ou qu’on y revi­enne. D’où l’utilité de com­men­taires comme cette post­face qui va attir­er notre atten­tion et débus­quer l’arrière-fable d’une appar­ente sim­plic­ité. S’y révèle le dou­ble jeu de l’écriture de Beau-Fils, ce roman qui se lit sans résis­tance, avec plaisir et qui tient le lecteur dans un cer­tain sus­pense qu’il ne dis­sipera pas. Il ne se ter­mine pas à vrai dire si ce n’est sur un doute majeur, une inter­ro­ga­tion, sorte d’adresse à un témoin imper­son­nel : Con­tin­uer la lec­ture

Un délire calme, diffus et incohérent

André BÉNIT, Char­lotte princesse de Bel­gique et impéra­trice du Mex­ique (1840–1927), Historic’one Edi­tions, 2017, 218 p., 20 €, ISBN : 978–2‑912994–62‑4

bénitUn des­tin qui a soulevé beau­coup de curiosité, c’est celui de Char­lotte de Bel­gique (1840–1927) dont la longue vie som­bra très tôt dans la folie. Elle la ter­mi­na dans le calme d’un délire instal­lé, mais dans un état physique rel­a­tive­ment sta­ble et con­stant. Nom­bre  d’études, com­men­taires ou his­toires fig­urent par­mi les références bib­li­ographiques du dernier ouvrage en date qui lui est con­sacré par André Bénit, pro­fesseur à l’Université Autonome de Madrid. Char­lotte princesse de Bel­gique et impéra­trice du Mex­ique  s‘inspire en effet des plus récentes recherch­es his­toriques et psy­chi­a­triques con­cer­nant cette princesse, un ouvrage com­men­té ain­si dès sa pre­mière de cou­ver­ture : un con­te fées qui tourne au délire. Ce qui se con­firme au regard d’un bref résumé. Con­tin­uer la lec­ture

La vie est là simple et tranquille

Fran­cis DANNEMARK, Martha ou la plus grande joie, Le Cas­tor Astral, Escale des Let­tres, 2017, 122 p., 15€ /ePub : 7,99 €, ISBN : 979–10-278‑0120‑6

dannemark marthaAucune rumeur qui vienne de la ville ne trou­blerait les jours pais­i­bles qu’on peut vivre en Bour­gogne, dans un petit vil­lage aux bor­ds de l’Yonne, cette riv­ière qui va grossir la Seine pour­tant. Un vil­lage peu peu­plé, dont les habi­tants sont sym­pa­thiques et accueil­lants. Rien ne devrait donc entraver le court séjour que vont y faire Mar­tin et sa sœur Martha. Un peu par devoir, il s’agit de pren­dre soin d’une per­son­ne chère, cette Martha qui a un peu per­du la mémoire depuis son acci­dent ; un peu par hasard aus­si, la per­spec­tive de retrou­ver peut-être les traces écrites d’un père dis­paru et qui sait ? un secret de sa vie passée. C’est la douce impres­sion qu’on peut avoir en lisant les pre­mières pages du roman de Fran­cis Dan­nemark, Martha ou la plus grande joie. Entrée en matière avant la ren­con­tre avec la riv­ière, un paysage, soit, mais sans mièvrerie : Con­tin­uer la lec­ture

« Je suis une mère de trois enfants qui écrit »

Mali­ka MADI, Mater­nité et lit­téra­ture. Créa­tion et pro­créa­tion, Édi­tions du Cygne, 2017, 140 p., 14€, ISBN : 978–2‑84924–482‑1.

madi maternite et litteratureC’est ain­si que Mali­ka Madi a décidé d’introduire son dernier livre Mater­nité et lit­téra­ture. Un ordre qui pré­vaut sur l’autre.  « Je n’ai pas pen­sé : je suis écrivain et mère de trois enfants », pour­suit-elle. Le sous-titre rétablit une sorte d’équilibre dans l’absolu : Créa­tion et pro­créa­tion. Un équili­bre que l’auteure va chercher à définir en alig­nant argu­ments et réfu­ta­tions de con­tre-argu­ments. Dans cette per­spec­tive, elle relate sa pro­pre expéri­ence de femme, mère et écrivain, embras­sant con­join­te­ment les trois domaines qu’elle explore en détail aux­quels elle ajoute son vécu de fille d’une immi­grée algéri­enne qui lui a trans­mis les valeurs de ses orig­ines kabyles, ses tra­di­tions mais aus­si son mal-être et ses prob­lèmes. Elle a écrit ce livre pour com­pren­dre qui elle est et dis­tinguer si pos­si­ble les pro­por­tions de l’un et l’autre de ses états. Con­tin­uer la lec­ture

La chasse et l’amour

Car­o­line LAMARCHE, Dans la mai­son un grand cerf, Gal­li­mard, 2017, 131 p., 12,50 €/ePub : 8.99 €, ISBN 978–2‑07–270024‑8

lamarcheIl est dif­fi­cile de s’arracher au ton mineur qui prélude au dernier réc­it de Car­o­line Lamarche, Dans la mai­son un grand cerf. Dès le départ, le bat­te­ment irrité du sang, le sif­fle­ment dans les oreilles vient oblitér­er l’écoute. Pour­tant elle a lieu l’écoute tout intime et si par­ti­c­ulière du père qui, en con­traste avec le bruit de la con­ver­sa­tion à la table famil­iale, pour­suit son mar­mon­nement dis­cret. Déjà cet envi­ron­nement envahissant et le brouha­ha général font comme une cen­sure et évo­quent la vio­lence, que ce soit celle de la meute, des chas­seurs, de l’amour même qui lui aus­si peut forcer. Mais Lamarche dira tout de l’amour éter­nel des filles pour leur père, quoi qu’il en aille de ses aléas. Il aurait été et serait encore un anti­dote aux com­pli­ca­tions de l’amour. Le charme est donc bien réel. Con­tin­uer la lec­ture

Défense et illustration de la Langue première

Frédéric SAENEN, L’enfance unique, Neufchâteau, Weyrich, coll. “Plumes du Coq”, 2017, 195 p., 14 €, ISBN : 9782874894169

saenen.pngJean-Pierre Ver­heggen a bien rai­son d’être ent­hou­si­aste à la lec­ture de ce « roman », L’enfance unique, dans sa Let­tre-pré­face adressée à Frédéric Sae­nen.

Non, elle n’est pas raide morte, cette langue que Sae­nen qual­i­fie haut et fort de pre­mière, le wal­lon. La défense qu’il en dresse est vail­lante : une con­tre-argu­men­ta­tion forte et de pre­mière main à l’égard de ceux qui la méprisent ou l’ignorent ; et surtout toute une panoplie d’illustrations vigoureuses y pour­voient, qu’agrémente, pour notre plaisir à nous qui la com­prenons encore, un glos­saire plein d’humour. Con­tin­uer la lec­ture

Un moment mémorable et une carrière

Corinne HOEX, Le Grand Menu, Post­face de Nathalie Gillain, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017, 155p., 8,5 €, ISBN : 9782875681461

hoex grand menuExcel­lente ini­tia­tive, cette réédi­tion en Espace Nord du pre­mier roman de Corinne Hoex, Le Grand Menu, paru en 2001 aux Edi­tions de l’Olivier ! Il en émerge avec une grande fraîcheur, tout auréolé pour­tant des suc­cès qui ont suivi, tant dans le champ romanesque que dans la poésie ou la dérive his­torique. J’avais beau­coup aimé déjà à l’époque, cette suite inat­ten­due d’épisodes coupés dans le vif d’un présent con­tinu. La qua­trième de cou­ver­ture sup­po­sait alors « une tragédie muette », men­tion assor­tie d’un point d’interrogation, il est vrai. Rien n’est plus retenu que cette série d’évocations d’un monde clos sur une enfant et ses adultes de par­ents. Con­tin­uer la lec­ture