Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Poèmes comme ça

Marie-Jo VANRIET, beige fra­cas, Dan­chot-Pin­chart, 2022, 52 p., 14 €, ISBN : 978–2‑96027–962‑7

vanriet beige fracasMarie-Jo Van­ri­et fait avec beige fra­cas son entrée en poésie. Un titre à l’image d’un recueil en nuances fines, con­tra­dic­tions douces et petites défla­gra­tions, dont on sort empli d’images nou­velles et d’émotions sur­prenantes.

Lorsque nous avons cher­ché à en savoir plus sur Marie-Jo Van­ri­et, décou­verte avec beige fra­cas, nous nous sommes naturelle­ment tourné vers la notice biographique du petit livre à la cou­ver­ture blanche. Celle-ci nous apprend que l’autrice, née à Brux­elles en 1983, est notam­ment scé­nar­iste, plas­ti­ci­enne et nou­vel­liste. Con­tin­uer la lec­ture

Chapelet de crimes au monastère

Benoit GOFFIN, Mess­es amères, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2022, 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782874896811

goffin messes ameresVoici une enquête poli­cière qui vous offre une vis­ite dans le monde clos de la vie monacale. Le corps d’un jeune novice vient d’y être retrou­vé sans vie. Le médecin attitré du cou­vent qui vient con­stater le décès émet des doutes quant aux caus­es de la mort, mais l’insistance du prieur le per­suade d’en rester là. Lorsque de nou­veaux faits sanglants survi­en­nent peu après, le secret ne peut être gardé : deux autres frères se retrou­vent hos­pi­tal­isés et la police ouvre une enquête. L’intrusion des forces de l’ordre dans cet univers coupé du monde boule­verse le cours des choses. La vie y est d’ordinaire vouée à la prière et au silence, les con­ver­sa­tions sont réduites au min­i­mum, les offices ouverts au pub­lic sont les seuls moments de con­tact avec l’extérieur. C’est dire si les langues ne sont guère promptes à se déli­er face au com­mis­saire Philippe Légaut qui est en charge de l’affaire et qui représente la jus­tice des hommes là où pré­vaut celle de Dieu. Con­tin­uer la lec­ture

La petite fille aux allumettes et au bidon d’essence

Didi­er VANDEN HEEDE, Meurtres en trois cou­plets, F dev­ille, coll. « Œuvres au noir », 2021, 340 p., 23 €, ISBN : 978–2‑87599–048‑8

vanden heede meurtres en trois coupletsLe dossier de presse annonce un « roman noir », un « polici­er hale­tant », un « scé­nario orig­i­nal » arcbouté à « un morceau de musique » et « à une par­tie d’échecs ». La cou­ver­ture, superbe, happe le regard. Fonds noir et illus­tra­tion sub­tile­ment col­orée signée Loustal. Deux jazzmen, con­tre­basse et sax­o­phone, jouent de nuit sous la lumière d’un réver­bère urbain. Con­tin­uer la lec­ture

Autopsie du fonctionnaire dans son milieu

Jean-Luc OUTERS, L’ordre du jour, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 220 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑87568–558‑2

outers l ordre du jourPre­mier roman de Jean-Luc Out­ers, paru en1987 aux édi­tions Gal­li­mard, L’ordre du jour reparait dans la col­lec­tion Espace Nord. Cette réédi­tion est l’occasion de remet­tre sur les tables un réc­it dont le tran­chant est loin d’avoir été émoussé par les années.

L’ordre du jour dont il est ici ques­tion prend la forme d’un chem­ine­ment en com­pag­nie des névros­es d’un nar­ra­teur anonyme, dans les méan­dres de l’administration du départe­ment des travaux publics de la ville de Brux­elles. Des névros­es qui se cristallisent autour du pas­sage du temps, de l’attente et du lan­gage – ce qui vaut au réc­it d’être piqué de réflex­ions liant l’usage et la poly­sémie de mots et d’expressions à la fois banales et symp­to­ma­tiques d’une cer­taine déliques­cence sys­témique. Toutes ces névros­es suiv­ent la direc­tion de la crainte, celle de se per­dre : dans l’autre (“con­fu­sion totale où l’identité n’aurait plus la moin­dre trace”), dans la langue qui “nous asservit, en quelque sorte”, dans l’absurdité de règles édic­tées et mod­i­fiées suiv­ant l’imprévisible bon vouloir d’une poignée d’hommes s’accrochant à un pou­voir tou­jours pré­caire. Une crainte qui se fait plus vive à mesure que se suc­cè­dent les dis­pari­tions (morts et autres empris­on­nements) qui émail­lent la vie pro­fes­sion­nelle du nar­ra­teur. Con­tin­uer la lec­ture

Horizon(s)

Marie COSNAY et Vic­toire DE CHANGY (autri­ces), François GODIN (pein­tre), Matthieu LITT (pho­tographe), Paysages pos­si­bles (impos­si­bles), Le Comp­toir, 2021, 48 p.

paysages possibles impossiblesDes rues mal­odor­antes et des bou­tiques qui éclosent à chaque sai­son, des passerelles pré­ten­tieuses et des pavés déchaussés, un fleuve trop boueux et pour­tant scin­til­lant, des pro­jets vague­ment citoyens, telle­ment de rafis­to­lages soci­aux ; une aspi­ra­tion au mieux, par­fois, un con­tente­ment, sou­vent. Des gens, surtout : faune friquée aux ter­rass­es, déclassée sur les seuils, désœu­vrée aux arrêts, col­orée un peu partout. Chaleur du dedans, quant-à-soi bravache, sim­plic­ité désar­mante : Liège, aux mille accents. Cité ardente, mais étouf­fante, brin­que­bal­ante, las­sante, attachante. Ville qui s’empêtre et se démène. Irrite, atten­drit, ragail­lardit. Terre de poésie(s), tout en par­al­lèles et en inter­sec­tions. Et c’est là qu’il y a vingt ans, s’est naturelle­ment enrac­iné « Le Comp­toir », struc­ture œuvrant avec entrain pour la pro­mo­tion des petites maisons d’édition et de leurs artistes, et sou­tenant « les démarch­es édi­to­ri­ales sauvages, les fanzines et les livres auto-édités avec un désir d’exigence et le goût du tra­vail bien fait ». Un incon­tourn­able pour les entichés de sen­tiers lit­téraires moins bat­tus et les curieux en recherche d’affinités élec­tives. « De toutes les ren­con­tres, cha­cune est la préférée », écrirait à ce pro­pos Vic­toire de Changy… Con­tin­uer la lec­ture

Subversion vs Subvention

Éric VAN ESSCHE (dir.), ®évo­lu­tions du Street Art, CFC, 2021, 288 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87572–071‑9

van essche (r)evolutions du street artPhiladel­phie, années 60, les pre­miers graf­fi­tis appa­rais­sent sur les murs de la ville.

Févri­er 2022, un musée brux­el­lois expose de nom­breux artistes urbains issus de ses col­lec­tions.

Entre les deux, que s’est-il passé ?

Dans le métro, sur les volets bais­sés, dans les zones gris­es, sur les murs des écoles, dans les galeries d’art, sur les tee-shirts, dans les toi­lettes, sur les paque­ts de bis­cuits, au musée, dans les gares… Les graf­fi­tis sont partout.  Con­tin­uer la lec­ture

Contes à rebours d’une utopie

Thomas DEPRYCK, Macadam Cir­cus et Qui dort dîne (ou presque), Lans­man, 2021, 92 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0316‑0

depryck macadam circus qui dort dine ou presque

Dans ce recueil des édi­tions Lans­man abri­tant les pièces Macadam Cir­cus et Qui dort dîne (ou presque), Thomas Depryck livre une parabole acide et sur­réal­iste de la con­di­tion humaine dans les sociétés cap­i­tal­istes. Où êtres humains et ani­maux jouent tour à tour les rôles de sauveur et de sauvé/à‑sauver.

Sous la plume de Thomas Depryck, l’écri­t­ure s’ap­par­ente à un sport de com­bat. Écrire ? Affron­ter le réel, s’en défendre, l’at­ta­quer, le repouss­er, s’y accrocher. Comme une matière radioac­tive que l’on sculpte, en même temps qu’elle nous façonne aus­si. Con­tin­uer la lec­ture

Autrement dit

Un coup de cœur du Car­net

Elisa SARTORI, Je con­nais peu de mots, Cot­cot­cot, 2021, 14,50 €, ISBN : 978–2‑930941–28‑8

sartori je connais peu de motsCe lep­orel­lo est un livre ; il se glisse dans un mince étui et se range dans les rayons d’une bib­lio­thèque. Ce livre est un lep­orel­lo ; fait d’une seule page pliée en accordéon, il ne se manip­ule pas comme un ouvrage tra­di­tion­nel ; et voilà que se mod­i­fient pas mal d’habitudes de lec­ture…

Devant ce petit vol­ume qui se déploie et sous l’apparente sim­plic­ité de sa forme, un cer­tain nom­bre d’hésitations dis­parais­sent : il n’y a pas à se deman­der ce qui se joue dans une mise en page ser­rée qui freine la lec­ture ou dans une dis­po­si­tion aérée qui rend la lec­ture aisée ; il n’y a pas à bal­ancer entre le con­tinu ou le dis­con­tinu ; il n’y a pas à s’interroger sur ce qui se dis­simule ou ce qui s’expose… Con­tin­uer la lec­ture

Ego ergo sum ?

Éric ALLARD, Grande vie et petite mort du poète fourbe, Cac­tus Inébran­lable, 2021, 70 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–054‑8

allard grande vie et petite mort du poete fourbeÉric Allard est une fig­ure dis­crète mais impor­tante du micro­cosme lit­téraire belge : on lui doit une œuvre décalée, dédiée à la forme courte (nou­velles, apho­rismes, poésies), au clin d’œil, au doute, au grince­ment, mais, tout autant, l’animation d’une plate­forme lit­téraire col­lec­tive, Les belles phras­es, offrant une alter­na­tive indépen­dante de haut niveau à la médi­a­tion clas­sique mais aus­si aux blogs (trop) per­son­nels. 

Côté créa­tion, les précé­dentes pub­li­ca­tions de l’auteur étaient des réus­sites : La mai­son des ani­maux, une fic­tion enjouée chez Lamiroy en 2020, et Les écrivains nuisent grave­ment à la lit­téra­ture, déjà au Cac­tus Inébran­lable, en 2017. Grande vie et petite mort du poète fourbe, on peut le devin­er dès le titre, pro­longe la séquence ouverte avec ce dernier opus­cule et va venir tit­iller les tra­vers du milieu lit­téraire. Un lim­i­naire déca­pant le con­firme : Con­tin­uer la lec­ture

« La solidarité change la vie ! »

Flo­rence DUCATTEAU (autrice) et Dominique MERTENS (illus­tra­teur), Mouna, CNCD-11.11.11, 2021, 48 p., 15 €

ducatteau et mertens mounaIl est des thé­ma­tiques aux­quelles il faut être sen­si­bil­isé dès le plus jeune âge. Le com­merce équitable et la rémunéra­tion juste sont de celles-là. Pour­tant, cela peut paraître ardu d’expliquer ces con­cepts à des enfants : quels mots choisir pour évo­quer ces réal­ités à la fois économiques et sociales ? L’album Mouna, édité par le Cen­tre nation­al de coopéra­tion au développe­ment, se révèle l’outil par­fait pour abor­der le sujet. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie en temps de confinement

Tim­o­téo SERGOÏ, Il faut que tu me comptes par­mi nous, Ter­ri­toires de la mémoire, 2022, 120 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930408–49‑1

sergoi il faut que tu me comptes parmi nousLe vers de Hölder­lin, « pourquoi des poètes en temps de détresse ? », ne cesse de sauter de siè­cle en siè­cle, de con­vo­quer les poètes à y répon­dre, à tout le moins à s’y affron­ter. Fig­u­rant dans le poème élé­giaque « Pain et vin », ce « Wozu Dichter in dürftiger Zeit ? » se décline sous la plume de Tim­o­téo Ser­goï. Que peut la poésie face au covid-19, quelles ressources indi­vidu­elles et col­lec­tives nous pro­pose-t-elle lors des con­fine­ments ? Com­ment une poésie hors quar­an­taine peut-elle décon­fin­er les corps et dés­in­car­cér­er les esprits ? Durant les cinquante jours de con­fine­ment s’étalant du 20 mars au 8 mai 2020, le poète, comé­di­en, artiste, voyageur Tim­o­téo Ser­goï a lancé à près de deux cents per­son­nes un poème-gravure quo­ti­di­en, un objet poé­tique, une bouteille ivre de mots, ciselée dans un esprit de résis­tance et de sol­i­dar­ité. Il faut que tu me comptes par­mi nous nous délivre des créa­tions qui s’élèvent comme autant de con­tre-feux à un quo­ti­di­en plom­bé à l’intérieur duquel elles dessi­nent une brèche. Il s’agit moins d’un manuel de survie en milieu hos­tile qu’une volte-face rompant avec la résig­na­tion et le nihilisme, qu’un témoignage d’une vie enfer­mée, cade­nassée dans un état d’exception qui tend dan­gereuse­ment à s’inscrire dans le régime socié­tal, à devenir la règle. Con­tin­uer la lec­ture

Écrit avec soin

Carl VANWELDE, Car­nets buis­son­niers, Weyrich, 2021, 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782874896446

vanwelde carnets buissonniersCarl Van­welde est médecin et écrivain. Out­re des poèmes, il rédi­ge depuis une quin­zaine d’années des chroniques qui parais­sent dans Le jour­nal du médecin et qui sont rassem­blées dans le présent recueil. Dans son court pro­logue, l’auteur prévient le lecteur qui chercherait quelque pro­lon­ga­tion des séries télévisées urgen­tistes trép­i­dantes que les pages que l’on apprête à tourn­er sont « sig­ni­fica­tives de la trans­for­ma­tion que le con­tact des autres apporte ». Con­tacts : celui du regard qui embrasse un intérieur lors d’une vis­ite à domi­cile, pour se cen­tr­er ensuite sur le vis­age, celui de l’écoute des mots enten­dus, puis de l’examen des corps avec l’oreille, avec les doigts. Con­tin­uer la lec­ture

Petits tableaux en demi-teintes

Jean-Louis MASSOT, Abonné·e·s absent·e·s, ill. Ronan Bar­rot, Chat polaire, 2021, 55 p., 12 €, ISBN : 978–2931028-16–2

massot abonnees absentesAbonné·e·s absent·e·s. Le titre intrigue. Laisse entrevoir des attentes déçues ; percer une secrète mélan­col­ie.

Jean-Louis Mas­sot effleure des instants de vie en demi-teintes. Petits tableaux où s’esquissent ce qui est aujourd’hui et ce qui advien­dra peut-être. Con­tin­uer la lec­ture

Désencagement de l’esprit et de la lumière

Un coup de cœur du Car­net

Serge DELAIVE, Autour d’un hiv­er, Bozon2x, 2021, 121 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931067–09‑3

delaive autour d un hiverSou­vent, les ciels sont liss­es et pâles.
Ils reti­en­nent et dis­persent la lumière. Qui ne jouira pas.

Accom­pa­g­né de son ami Aïtor, Serge Delaive sil­lonne l’hiv­er 2020 encagé par le deux­ième con­fine­ment (rebap­tisé « sec­onde venue de l’In­sekt »). Armé de son télé­phone puis d’un petit reflex, il cap­ture les paysages qu’il tra­verse dans le froid et les joint à ses mots dans ce recueil Autour d’un hiv­er. La poésie ici est déam­bu­la­tions en prose, union de l’œil, du sen­si­ble et de la pen­sée. Con­tin­uer la lec­ture

Les carnets du bourlingueur

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Pol HECQ, Moth­er India, Des nou­velles de l’Inde, Genèse, 2022, 190 p., 21 €, ISBN : 978–2‑38201–012‑9

hecq mother indiaMoth­er India n’est pas un recueil de nou­velles mais « une col­lec­tion de sou­venirs per­son­nels » livrant des nou­velles du sous-con­ti­nent indi­en. Le jour­nal de bord d’un jour­nal­iste belge, Jean-Pol Hecq, qui a repris en radio le flam­beau éthique des Lachter­man, Désir, Dan­blon et autres Sas­son, qui ont enchan­té les écrans des années 1970–1980 :

Je suis per­suadé que l’on ne peut pas bien faire ce tra­vail sub­lime qui con­siste à ren­dre compte de la marche du monde le plus hon­nête­ment pos­si­ble (le jour­nal­isme), sans ten­ter de se met­tre à la place, même briève­ment, des gens à qui l’on tente de tir­er les vers du nez.  Con­tin­uer la lec­ture

Qu’est-ce que tu as comme dix-heures ?

Stéphane EBNER et Nico­las MAYNÉ, Tôa Moä, Esper­luète, 2021, 40 p., 16,50 €, ISBN : 9782359841473

ebner mayné toa moaFran­chis la grille et tais-toi, observe. Si tu restes longtemps immo­bile, si tu ne bouges pas, tu auras peut-être la chance de voir pass­er l’une des bêtes sauvages qui peu­plent ce livre. Sont-elles nom­breuses ? Oui, très nom­breuses. Dan­gereuses ? Cer­taines sont effrayantes. Il y a celles qui mon­trent les crocs, celles qui sor­tent les griffes et qui don­nent des coups de bec. On les ren­con­tre soli­taires ou en hard­es. Mais atten­tion, les plus effrayantes ne sont pas for­cé­ment les plus inquié­tantes, et cer­taines ont le vis­age humain… Par­mi ces créa­tures qui pour­raient être Tôa et qui furent un jour Moä, il y a aus­si cette petite bête timide qui attend qu’on l’aide car elle a per­du quelque chose… Mais voilà qu’elle se décide à sor­tir de sa cachette… Con­tin­uer la lec­ture