Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Des oignons aux fleurs

Tris­tan ALLEMAN, Avoir fleurs, Cac­tus inébran­lable, coll. “Micro­cac­tus”, 2021, 58 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–037‑1

alleman avoir fleursAux édi­tions du Cac­tus inébran­lable, le mys­tère des titres est sou­vent un jeu de pistes et de cache-cache avec le bon sens. Tris­tan Alle­man et son dernier opus Avoir fleurs n’échappe pas à la règle… Nous étions évidem­ment par­ti­c­ulière­ment soucieux de décou­vrir le sens de cette étrange locu­tion ver­bale, « avoir fleurs ». Inter­rogé sur le sens de ce titre, l’auteur nous rap­pelle l’émotion tou­jours présente et sa joie à la lec­ture des poèmes de Géo Norge à qui il dédie ce recueil. Con­tin­uer la lec­ture

Georges Eekhoud, écrivain hybride

Paul ARON et Clé­ment DESSY (dir.), Georges Eekhoud, Autres vies, autres vues, Textyles n°58–59, Ker, 2020, 330 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87593–232‑7

textyles eekhoudÀ cha­cun de ses numéros, la revue uni­ver­si­taire Textyles abor­de un des aspects de la lit­téra­ture belge de langue française de façon féconde. Elle s’attache à des thé­ma­tiques et prob­lé­ma­tiques qui éclairent notre lit­téra­ture d’un fais­ceau por­teur ; elle con­sacre ses pages à des grandes fig­ures auc­to­ri­ales du passé et du présent. Citons notam­ment, par­mi ses numéros récents, ceux con­sacrés aux albums pour la jeunesse (n°57), à une relec­ture de La légende d’U­len­spiegel (n°54) ou à l’écrivaine Nicole Mal­in­coni (n°55). Con­tin­uer la lec­ture

Barocominimalisme

Pierre-Jean FOULON, Enclave de la con­fes­sion, Span­tole, 2020, 48 p., 8 €, Dépôt légal : 2020–0667‑4

foulon enclave de la confessionEnvelop­pés entre les deux plis d’un car­ton blanc de petit for­mat, trois cahiers de 16 pages volantes s’échappent des mains et glis­sent sur les genoux. Enclave de la con­fes­sion est un objet lit­téraire de la taille d’un livret léger comme l’air. Imprimé à cinquante exem­plaires, il compte 60 textes courts et pesam­ment numérotés. Ce n’est pas le seul con­traste fort dans cette pub­li­ca­tion. Le titre est en effet un sub­til oxy­more pen­dant que la forme min­i­mal­iste accueille un con­tenu franche­ment baroque. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire orageuse de James Ensor

Vin­cent DELANNOY, James Ensor à Brux­elles, Sam­sa, 2021, 146 p., 19 €, ISBN : 978–2875933102

delannoy james ensor a bruxellesMet­tre en lumière les rap­ports qui se sont tis­sés entre James Ensor (1860–1949) et Brux­elles, alors qu’on ancre volon­tiers le pein­tre à Ostende, c’est le pro­pos du livre de Vin­cent Delan­noy James Ensor à Brux­elles.

Ori­en­té tout jeune vers la pein­ture par son père (ce qu’il gardera tou­jours par dev­ers lui, pro­fes­sant une fois pour toutes qu’il ne doit rien à per­son­ne), for­mé à l’Académie des Beaux-Arts de Brux­elles, s’il tra­vaille avec ardeur dans son ate­lier d’Ostende, c’est dans la cap­i­tale qu’il noue des con­tacts déter­mi­nants pour sa car­rière artis­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Le combat d’une amazone

Fatouma­ta Fathy SIDIBÉ, La voix d’une rebelle, Luc Pire, 2021, 279 p., 22 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2875422132

sidibe la voix d une rebelleFatouma­ta Fathy Sidibé est une femme noire, de cul­ture musul­mane, laïque et fémin­iste qui nous racon­te ici son par­cours mil­i­tant pour les droits humains. Très tôt mar­quée par le con­traste des rôles soci­aux de l’homme et la femme dans son Mali natal, elle se forge naturelle­ment un car­ac­tère de rebelle et de fémin­iste face aux Mali­ennes pris­on­nières des tra­di­tions et du patri­ar­cat Con­tin­uer la lec­ture

Louis Scutenaire, dans toute l’essence du mot

Louis SCUTENAIRE, J’ai quelque chose à dire. Et c’est très court, Pré­face de X. Canonne, Cac­tus Inébran­lable, 2021, 466 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39049–038‑8

scutenaire j ai quelque chose a dire et c est tres courtOn ne tir­era pas ici le por­trait de Louis Scute­naire (1905–1987), ami et com­plice de Magritte, Col­inet, Nougé, et activiste très act­if du sur­réal­isme en Bel­gique, bien plus qu’une appar­ente indo­lence le lais­sait croire. Mais dis­ons-le en préam­bule pour éviter toute ambiguïté : l’auteur de ces lignes eut la viv­i­fi­ante joie de le con­naître, ain­si qu’Irène Hamoir (la « Lor­rie » des Inscrip­tions), le plaisir de les ren­con­tr­er régulière­ment tous deux rue de la Luzerne durant les dernières années de leur vie, et le bon­heur intel­lectuel de con­tribuer à le faire lire ou décou­vrir : prin­ci­pale­ment chez Edmond Thomas (éd. Plein Chant, 1986) et dans la col­lec­tion Espace Nord (le pre­mier vol­ume de Mes inscrip­tions réédité en 1990, sur les cinq ini­tiale­ment prévus à l’époque par Labor). Con­tin­uer la lec­ture

Dépression au-dessus du dessin

Ben­jamin MONTI, Rup­ture (frag­ments), La 5e couche et IMAGEs, 2021, 130 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39008–071‑8

monti rupture fragmentsVoici deux ban­des dess­inées où s’insère un essai, tels trois livres en un.

Livre 1 : la rup­ture. Sous la forme d’un long strip de 56 pages, deux grandes vignettes par page, deux cas­es par vignette, Ben­jamin Mon­ti racon­te en noir et blanc et par frag­ments intimes, la rup­ture dont il ne se relève pas. D’entrée, la ques­tion d’un bébé vient rompre l’équilibre du cou­ple et bien que ce soit une erreur d’étiquettes, l’amour a bas­culé : il n’y  aura ni bébé ni avorte­ment mais désac­cords. Une dialo­gie, telle que dévelop­pée par le théoricien Bakhtine dans Prob­lème de la poé­tique de Dos­toïevs­ki, s’entame alors entre elle et lui, en lui, en elle, par des dis­cours internes, mais aus­si formelle­ment entre les deux cas­es de chaque vignette. Con­tin­uer la lec­ture

Des toutous partout

Un coup de cœur du Car­net

Kit­ty CROWTHER, Je veux un chien et peu importe lequel, Pas­tel, 2021, 56 p., 13,50 €, ISBN : 9782211307017

crowther je veux un chien et peu importe lequelMil­lie n’a qu’une phrase en bouche : « Est-ce que je pour­rais avoir un chien ? ». Jour après jour, elle pose inlass­able­ment la même ques­tion. Peu lui importe quelle sorte de chien, grand, comique ou à poils longs, l’essentiel est qu’elle en ait un ! Tout aus­si inlass­able­ment, sa mère lui répond non, jour après jour, en la trainant à l’école comme un toutou. Il faut dire que Mil­lie y va avec les pieds de plomb, à cette école nom­mée « Les Trois Couronnes », étab­lisse­ment select dans lequel la petite ne sem­ble pas trou­ver sa place. Pas éton­nant, puisque toutes ses petites cama­rades font par­tie du Club des dogs. Et bien enten­du, pour en faire par­tie, il faut avoir… un chien. Con­tin­uer la lec­ture

Francis Delpérée l’éclaireur

Fran­cis DELPÉRÉE, Les crises de gou­verne­ment, Académie royale de Bel­gique, coll. « L’Académie en poche », 2020, 150 p., 7 € / ePub : 3.99 €, ISBN : 978–2‑8031–0762‑9

delperee les crises de gouvernementDans le paysage des études juridiques, le nom de Delpérée sonne comme une antono­mase pour le terme « con­sti­tu­tion­nal­iste », tant son exper­tise dans ce domaine est chevil­lée à sa per­son­nal­ité. À défaut d’être médi­a­tique, l’homme est médi­atisé : com­bi­en de fois n’est-il pas apparu au JT, afin d’évaluer un point de realpoli­tik à l’aune du texte fon­da­teur de notre État ? Mais Fran­cis Delpérée s’exprime davan­tage encore à l’écrit. La bib­li­ogra­phie qu’il a la mod­estie d’afficher ne reprend que ses prin­ci­paux ouvrages, pub­liés ici dans la col­lec­tion « Que sais-je ? » des Press­es Uni­ver­si­taires de France, là chez Bruy­lant ou Racine. Prise dans son exhaus­tiv­ité, elle est con­sid­érable. Con­tin­uer la lec­ture

Là où tout le réel est poésie…

Marie GEVERS, La comtesse des digues, Post­face de Vin­cent Van­cop­penolle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace nord », 2021, 220 p., 8,50 €, ISBN : 9–782875-6854–14

gevers la comtesse des diguesLà où tout le réel est poésie, écrivait Jacques Sojch­er dans sa pré­face à une précé­dente édi­tion de La comtesse des digues, pre­mier roman de Marie Gev­ers (1883–1975). En effet, l’œuvre de celle qui reçut une édu­ca­tion mi-fla­mande mi-fran­coph­o­ne et vécut de manière qua­si exclu­sive dans le domaine famil­ial de Mis­sem­bourg où une sco­lar­ité orig­i­nale lui fut dis­pen­sée notam­ment via la lec­ture du Télé­maque de Fénelon et une con­nais­sance appro­fondie de la Nature, repose sur un ensem­ble de dynamiques struc­turantes qui sont générale­ment celles du dis­cours poé­tique. La lit­téra­ture clas­sique et le grand livre du jardin doma­nial rem­placèrent donc avan­tageuse­ment l’école, faisant de la petite fille un être mi-rus­tique mi-intel­lectuel et un écrivain fran­coph­o­ne élevé au con­tact des patois fla­mands de son milieu natal. Con­tin­uer la lec­ture

Hommage à un grand éclaireur

COLLECTIF, Pierre Mertens ou la qua­tre-ving­taine, Tail­lis pré, coll. “Essais et témoignages”, 2021,105 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–178‑4

collectif pierre mertens ou la quatre-vingtainePierre Mertens a eu qua­tre-vingts ans le 9 octo­bre 2019. Pour fêter cette belle échéance, plusieurs de ses proches – sa sœur Cather­ine, sa fille Dominique, Agnès Triebel, Pietro Piz­zu­ti – avaient mis sur pied des retrou­vailles ami­cales et fes­tives dans un haut lieu de la bohème brux­el­loise : « La Fleur en papi­er doré ». Héros en veston fraise et chevelure blanche, assis­tance triée sur le volet, témoignages chaleureux, lec­tures d’ex­traits de Ter­reurs, des Bons offices et de Peras­ma, paus­es musi­cales, zeste de sou­venirs nos­tal­giques, buf­fet con­clusif, tous les ingré­di­ents d’une réus­site par­faite étaient au ren­dez-vous. Elle a d’ailleurs fait l’ob­jet d’une oppor­tune cap­ta­tion vidéo, due à Marc Ghy­sels : les absents peu­vent donc appréci­er l’am­biance cor­diale et con­viviale qui rég­nait ce soir-là rue des Alex­iens… Con­tin­uer la lec­ture

La farce dérisoire de tout pouvoir…

Simon LEYS, La mort de Napoléon : roman, Post­face de Françoise Châte­lain, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 160 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑87568–556‑8

leys la mort de napoleonLa mort de Napoléon est le seul roman écrit par Simon Leys, pseu­do­nyme du grand sino­logue et essay­iste belge Pierre Ryck­mans (Brux­elles, 1935 – Syd­ney, 2014). Il offre de mul­ti­ples bon­heurs de lec­ture : un sens éblouis­sant de la langue française ; une grande maîtrise des ter­mes de marine –la mer étant une des pas­sions de l’écrivain, qui lui con­sacra une antholo­gie de référence ; une  poétic­ité inspirée dans ses descrip­tions de la Nature ; un humour ravageur ; un con­den­sé de procédés lit­téraires emprun­tés à la fable, au con­te philosophique, à la lit­téra­ture pop­u­laire, dans les deux branch­es de son développe­ment : le roman his­torique et le roman d’aventure ; la maîtrise du réc­it uchronique. Tou­jours en prenant le con­tre-pied du genre et en faisant d’Eugène Lenormand/Napoléon un exem­ple-type du anti-héros. Con­tin­uer la lec­ture

Le silence de l’invisible…

Anne-Marielle WILWERTH, Les miroirs du désor­dre, Tail­lis Pré, 2021, 88 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–180‑7

wilwerth les miroirs du desordreL’hiver
est une vaste clair­ière
où la neige minu­tieuse­ment
déplie son inef­fa­ble

Anne-Marielle Wilw­erth con­tin­ue ici, avec ce dernier recueil, Les miroirs du désor­dre, d’explorer son archéolo­gie du silence. On y retrou­ve les thèmes chers à l’auteure qui n’a de cesse de creuser, de cir­con­scrire, d’ouvrage en ouvrage, cette zone impal­pa­ble que forme l’écho du silence en nous. À la dif­férence peut-être que ce nou­v­el opus, ce nou­veau champ de fouille décale quelque peu son ray­on d’action en se focal­isant sur une matière qui ferait appel à un autre sens, la vue. Sub­tile­ment, la poétesse laisse dériv­er le silence vers l’invisible. La pre­mière par­tie du recueil, inti­t­ulée un sim­ple frois­sé d’infini, en témoigne dès l’entame. Con­tin­uer la lec­ture

Hic et nunc !

Pierre SCHROVEN, Ici, Arbre à paroles, 2021, 63 p., 10 €, ISBN : 9782874067037

schroven iciAvec ce onz­ième recueil pub­lié aux édi­tions de L’Arbre à paroles, le poète Pierre Schroven pour­suit son archéolo­gie du vivant avec peut-être encore plus d’urgence que précédem­ment. Salué par le prix Jean Kobs et s’inscrivant dans la lignée du tra­vail à l’œuvre depuis la pub­li­ca­tion des pre­miers livres comme Toi, l’instant ou Matière d’énigme, Ici porte, dans son titre même, « l’instant » à son acmé, une sorte de réflex­ion spa­tio-tem­porelle sur ce qui advient quand on prend la peine d’interroger le bon­heur d’être là, main­tenant, ici ! Le lecteur est dès lors amené à pos­er armes et bagages le temps d’un silence, d’une res­pi­ra­tion pour mieux enten­dre peut-être le tin­te­ment de la lumière de l’aube. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la rue des solitudes…

Philippe LEUCKX, Pren­dre mot, Dan­cot-Pin­chart, 2021, 13 €, ISBN : 9–782960-279603

leuckx prendre motLe dernier recueil du poète hen­nuy­er Philippe Leuckx paraît chez Dan­cot-Pin­chart, une nou­velle enseigne, créée par Pierre Dan­cot et Nico­las Pin­chart. Leur mai­son est, nous dit la qua­trième de cou­ver­ture,  « née des ter­res noires du roman­tisme et de la lib­erté folle du sur­réal­isme ». Elle fait la part belle  « à l’écriture spon­tanée à l’épiderme chaude, révoltée et amoureuse. » Con­tin­uer la lec­ture

Nuit macabre au bivouac

Fran­cis GROFF, Water­loo, mortelle plaine, Weyrich, coll. “Noir cor­beau”, 2021, 264 p., 18 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑87489–631‑6

groff waterloo mortelle plaineQua­trième par­tic­i­pa­tion à la col­lec­tion de polars «  Noir Cor­beau », c’est sur Water­loo, après plusieurs autres sites de chez nous, que Fran­cis Groff, jour­nal­iste, scé­nar­iste et romanci­er, a pointé sa plume dans Water­loo, mortelle plaine. On y retrou­ve Stanis­las Bar­ber­ian, bouquin­iste belge instal­lé à Paris, mais  fiancé à Mar­tine, une con­sœur brux­el­loise, com­plice des enquêtes poli­cières que le jeune homme mène à titre offi­cieux pour ren­dre ser­vice à ceux qui font appel à sa per­spi­cac­ité. Con­tin­uer la lec­ture