Riton LIEBMAN, La vedette du quartier, Séguier, 2024, 277 p., 21 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑84049–969‑5
Riton Liebman est comédien depuis plus de quatre décennies. Sa première apparition à l’écran remonte à 1977 dans Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier. Il a alors 13 ans. L’appel pour un casting est paru dans le journal et il s’y est présenté sans ses parents. Il est retenu pour un rôle aux côtés d’acteurs reconnus et sa vie bascule. Il découvre la vie sur le tournage, celle d’adultes sans complexes alors que lui vient d’un milieu où l’existence est guidée par des principes forts. Son père, Marcel Liebman, est professeur de sciences politiques à l’ULB, il est de gauche et ne manque aucune occasion de le manifester. Sa mère vient d’une famille juive, elle est psychothérapeute spécialiste de la méthode Gordon, mieux connue sous le nom de Parents efficaces. Chez lui, on ne rigole pas avec les principes. Continuer la lecture

Anthropologue, économiste, chercheur et développeur en intelligence artificielle, auteur de nombreux ouvrages (La crise du capitalisme américain, La guerre civile numérique, Se débarrasser du capitalisme est une question de survie, Comment sauver le genre humain ? avec Vincent Burnand-Galpin, À quoi bon penser à l’heure du grand collapse ?, Le capitalisme à l’agonie, Quelques considérations relatives au phénomène « provo »), Paul Jorion interroge en tant que penseur et artisan de la révolution technologique les enjeux, les conséquences, les dangers, les promesses de l’IA. La thèse qu’il développe nous dit que le point de bascule a eu lieu le 14 mars 2023, non pas le jour du dépassement de la Terre, mais la date à laquelle le modèle de langage multimodal, le Chat-GPT4, a signé l’avènement de la Singularité. 
Des textes brefs font la part belle aux évocations d’autrefois. Les images se bousculent dans une succession d’instantanés couleur sépia.
Rédiger un roman, c’est toujours livrer une part de soi. Personnages, scènes précises, ressentis, des bribes de vécu se glissent qui remontent à la surface à mesure que les mots se pressent et que les doigts courent sur le clavier. Mais il y a aussi des élans d’écriture fondateurs, ceux que guide le besoin irrépressible de se dire à livre ouvert pour extirper des blessures anciennes et souvent toujours vives. Parfois cet élan donne un livre unique, qui ne sera suivi d’aucun autre, parfois il sommeille quelque temps et le précèdent des préludes où la fiction domine jusqu’à ce que l’évidence s’impose comme une nécessité absolue. Il semble que le dernier roman de Karine Lambert appartienne à cette seconde catégorie, son nouvel opus venant à la suite de cinq romans publiés au cours des dix dernières années qui ont rencontré le succès auprès de ses lecteurs.
Rares sont les romanciers qui, dans leurs œuvres, interrogent le bal de la vie qui touche à sa fin, les dernières mesures de la valse existentielle. Dans son récit Les reines du bal, Corinne Hoex décrit dans une partition en trente mesures le microcosme d’une résidence pour personne âgées, le destin de femmes qui ont été parquées dans des mouroirs invisibles. Elles refusent de se résoudre au sort que leur monde veut leur imposer — l’effacement —, elles refusent de disparaître, prises en étau entre des camisoles chimiques et un corps médical déshumanisé. Parmi les reines de ce bal enfermées dans la résidence Les Pâquerettes, il y a Madame Prunier, Madame Pincemin, Madame Spinette, Madame Simonart, Madame Coppens. Chacune affronte à sa manière la vieillesse qui monte en elles ; ce petit peuple que la société a soustrait au regard se déchire souvent. Peu importe qu’on ait déjà un orteil dans la tombe. La logique du bal, c’est la rivalité, les coups bas pour rafler la première place sous les projecteurs.
Dans
Des retrouvailles, tout comme des coïncidences, égrènent ce recueil de nouvelles. Un professeur d’Université rencontre l’un des enseignants qui a marqué sa jeunesse. Une autre retrouve un ancien amour. Des relations naissent, malgré les obstacles. Des épisodes incongrus, parfois presqu’irréels, provoquent des chamboulements dans la vie de certains protagonistes : des boules de cheveux poussent sur la tête de l’un, pendant qu’un autre hérite d’une maison en bord de mer où une mystérieuse source semble avoir élu domicile. Étrange concours de miss proche d’un combat de gladiateurs, amants de papier, poèmes qui changent une vie, renaissance à la foire du Midi, héros malgré lui, sanglante marelle… les nouvelles s’enchainent sans se ressembler. Telles la vie et la mort, l’altruisme tout comme la haine s’insinuent partout. Il y a de nombreuses manières de vivre, renaitre, mourir, voire tuer.
« Il était emballé dans un petit morceau de papier journal déchiré à la hâte, un journal allemand. En surimpression étaient écrits au crayon une suite de chiffres et un mot, qu’elle ne comprenait pas, le tout grossièrement entouré. Rechtsanwalt. […] Le pendentif était magnifique. Les lobes du cœur, finement gravés, étaient asymétriques. Léontine lut sur le verso du médaillon “Souvenirs d’exil”. » Ce bijou, à l’odeur particulière de soufre, recèle l’amour profond, solennel et meurtri de Melchior, alors en déportation à Soltau.
Nous sommes à Metz en 1940. Odile Waldner, bibliothécaire municipale, commence à écrire un journal secret qu’elle destine à son fils, encore tout bébé, afin qu’il sache la vérité sur elle. Car elle pressent que sa vie ne sera pas un long fleuve tranquille.
Découverte par les éditions Quadrature pour son premier recueil de nouvelles,
1919. La grande guerre a laissé de profondes blessures et l’on n’a mis fin au conflit qu’avec l’aide des États-Unis dont le Président Wilson porte le projet de création de la Société des Nations censée notamment garantir le maintien de la paix sur terre. C’est ce momentum de l’histoire de l’humanité que saisit Grégoire Polet dans ce huitième roman qui semble bâti sur un défi littéraire un rien débridé. Il prend soin en prologue de nous mettre au parfum :
À première vue, peu de choses distinguent La théorie des cœurs bunkers des romances nombreuses qui s’offrent aux amateurs du genre en librairie : cadenas en forme de cœur sur la couverture, façon pont des Arts, chapitres courts, phrases fluides, personnages charismatiques… Jusqu’à la mention de Wattpad, la plateforme de lecture sociale prisée du jeune public où ce roman a vécu sa première vie, tout renseigne le livre parfaitement calibré pour rencontrer un lectorat attaché aux codes du genre.
Sophie de Kerdelec est une jeune femme de 19 ans qui vit paisiblement dans la campagne bretonne avec sa famille à une époque que l’on pourrait situer au 20e siècle. Malgré la ressemblance physique frappante avec son frère jumeau Étienne, elle s’oppose diamétralement à sa retenue et sa prudence avec son caractère impétueux et fier. Leur duo fonctionne à merveille dans la mesure où elle se travestit régulièrement sous les traits de son frère pour gérer à sa place le domaine et les terres.