Un coup de cœur du Carnet
Sophie D’AUBREBY, S’en aller, Inculte, 2021, 288 p., 18.90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782360841189
Contrairement à l’amour mis en chant par Bizet, Carmen est enfant de bourgeois, et a toujours connu des lois. Née au début du 20e siècle au sein d’une classe aisée, dès son premier souffle, elle a endossé naturellement un costume étriqué confectionné de longue date par la société patriarcale, un « corset de manières cousu à même sa peau » par son milieu. Docile, elle a grandi sagement, sans questions ni attentes, en conformité, préservée. L’évidence la menait au mariage arrangé, une destinée dont elle était tenue à l’écart mais qu’elle acceptait en spectatrice. Cependant, même dans les dess(e)ins les plus maîtrisés, il y a toujours une ligne de fuite. Continuer la lecture

Elle se souvient, tout lui revient en détail, sa rage monte et, avec elle, le besoin d’écrire. Les mots se précipitent car tout est devenu clair à présent que l’étau de leur emprise s’est relâché. Dans cet élan, elle nous dit d’une traite son enfance dans une famille en vue, de celles qui attirent le regard et la convoitise et à qui tout semble réussir. Le père est animateur-vedette, il enchaîne les succès. La mère accompagne cette réussite et en organise la mise en scène. Elle saisit toutes les occasions d’affirmer l’ascension sociale de leur couple au travers de réceptions au cours desquelles il se donne en spectacle, toute pudeur mise de côté. Une maison neuve est construite pour affirmer ce statut, avec une piscine dans laquelle il est de bon ton de se baigner nu. Ces festivités largement arrosées rassemblent des adultes libérés qui recherchent un plaisir sans limite, et les hôtes semblent s’en réjouir tout y en prenant part.
Amélie Nothomb ouvre cette année encore la rentrée littéraire. Pour sa trentième, elle publie Premier sang, un roman dans lequel elle raconte son père, Patrick Nothomb. 

Ce n’est peut-être pas tout le monde pareil, ou peut-être que si, mais nous avons souvent l’impression de vivre arrimés, assujettis, immobilisés, assignés à une identité. Obligés d’être soi. Impression ? Réalité ? Que faire ? Pour dépasser cet état, détecter, affronter les éventuelles chaînes, camisoles, injonctions, certain·e·s pensent que la force est en eux, dans les ouvrages de développement personnel ; d’autres, plus sagement et plus aventureusement, préfèrent se plonger dans des œuvres émancipatrices, comme celle de Laurent de Sutter, par exemple.
Au décès de sa nonna Angela, Sabrina hérite de « La belle dame », un buste en argile qui se transmet aux femmes de la famille de génération en génération. Restauratrice d’art, elle comprend instantanément que la valeur de la sculpture n’est pas uniquement sentimentale. Datée de la Renaissance, étonnamment signée d’un nom de femme, elle représente Simonetta Vespucci dite « La Sans Pareille », muse de plusieurs artistes phares du Quattrocento tels que Botticelli.
L’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Serrai, de sa famille, de la relation proche et riche de silence qu’il a avec Sandro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aussi l’histoire d’un drame dans le beau village de Ravina qui se blottit dans les collines du sud de l’Italie, la disparition d’une adolescente. C’est encore et surtout l’histoire du rapport des hommes avec leur terre, « les hommes sont indissociables de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le portrait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ».
Lise Bellacroix a 27 ans. Elle travaille depuis 4 ans à l’accueil de l’entreprise d’outillage Toolex où ses journées sont rythmées par les frottements de la porte coulissante et les demandes incongrues (quand elles ne sont pas incompréhensibles ou insupportables) des clients.
Kate (ne l’appelez surtout pas Catherine, comme le fait sa mère), est en proie au doute. Étudiante en première année d’université, elle passe son dernier examen oral et n’en mène pas large face à un professeur qui affiche son mépris et la malmène. À la maison, la situation est désespérée : son père boit trop et dort sur le divan, sa mère s’assomme de somnifères et son jeune frère Thibaut est insupportable. La musique, dont elle s’abreuve et qui rythme le roman, est son refuge le plus sûr, qui construit un rempart sonore.
Quatrième participation à la collection de polars « Noir Corbeau »
Discriminations liées au genre, écocide, manipulations du pouvoir et de l’information, importance de la mémoire et de la transmission : l’énumération des thèmes brassés dans ce premier roman peut faire peur. Pourtant, avec Biotanistes, Anne-Sophie Devriese évite l’écueil d’une littérature donneuse de leçons. Mieux : elle signe un roman-univers dont le lecteur met du temps à revenir même si, paradoxalement peut-être, il nous ramène sans cesse au présent. 
Le récit de Sophie Wouters débute sur un procès en cour d’assises : Célestine est accusée d’un crime grave et ne souhaite rien dire à ce sujet. C’est une belle occasion de découvrir l’enfance peu banale de l’héroïne. Et pour cause, elle est née le jour où ses parents sont décédés dans un accident de voiture. Élevée par Berthe (une tante éloignée) et son mari, la jeune fille vit une enfance douce bercée par les émissions de Denise Fabre et les épisodes de Ma sorcière bien aimée, dans un foyer où l’on prend soin d’elle sans lui donner une réelle affection.
La littérature prolétarienne belge a peut-être été moins scrutée que celle des écrivains régionalistes. La question de la collaboration culturelle durant la Seconde guerre mondiale n’a que rarement fait l’objet d’une vulgarisation ; des études, des mémoires, des ouvrages universitaires lui ont été consacrée : les auteurs du présent volume en mentionnent quelques-uns. L’épuration des écrivains ayant collaboré avec l’occupant n’a pas donné lieu à un débat public retentissant et à des condamnations fracassantes comme ce fut le cas en France. Un certain nombre d’écrivains aujourd’hui connus passèrent entre les mailles d’un filet institutionnel et judiciaire somme toute assez complaisant. Certains s’exilèrent. D’autres furent condamnés à mort ou à des peines de prison.
Il y a, au minimum, deux façons d’aborder le dernier essai de Laurent de Sutter. La première consisterait à situer Hors la loi (remarquer d’emblée l’absence de traits d’union…) dans le sillage de