Archives de catégorie : Recensions

Célébration du quotidien

Gabriel RINGLET, Des rites pour la Vie, Albin Michel, 2025, 252 p., 19,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑226–50435‑7

ringlet des rites pour la vieFon­da­teur de l’École des rites, prêtre, écrivain, longtemps pro­fesseur et vice-recteur de l’Université catholique de Lou­vain, mem­bre de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, Gabriel Ringlet nous offre un livre de con­vic­tions qui retrace l’invention d’une voie autre, celle des rites dont l’essayiste est le célébrant. Une voie qui se tient au-dehors des rites ecclési­aux, des céré­monies offi­cielles de l’Église et des pra­tiques céré­monielles laïques. Con­tin­uer la lec­ture

L’infini des invisibles

Flo­ri­an PÂQUE, Dans le silence des paumes, Lans­man, 2025, 72 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0442‑6

paque dans le silence des paumesDans le silence des paumes, la dernière pièce en date de Flo­ri­an Pâque (qui a déjà pub­lié plusieurs textes chez le même édi­teur) pro­pose un croise­ment de séquences doc­u­men­taires et de pas­sages pro­pre­ment oniriques, et d’une haute den­sité émo­tion­nelle.

Faire par­ler les invis­i­bles a, depuis longtemps, taraudé les dra­maturges de toutes orig­ines : Tchekhov, Molière avec sa per­ma­nence des valets, Brecht et Mère Courage, et, il n’y a pas si longtemps (années 1970) Jean Lou­vet qui don­na voix la pre­mière fois à la fig­ure de l’ou­vri­er enfoui dans la classe ouvrière, … Con­tin­uer la lec­ture

Petits objets blessés à l’horizon

Anne LETORÉ et Françoise LISON-LEROY, Col­lec­tions après usage, Âne qui butine, 22 €, ISBN : 9782919712373

letore lison leroy collections apres usageVoilà un objet curieux que celui com­posé des qua­tre mains asso­ciées d’Anne Letoré et Françoise Lison-Leroy. Col­lec­tions après usage vient de paraitre dans la col­lec­tion « Amphis­bène » des édi­tions de l’Âne qui butine, dans laque­lle “deux auteur-es créent en duo, tis­sent leurs mots, illus­trent ensem­ble une œuvre unique.” Entre prose (Anne Letoré), poésie (Françoise Lison-Leroy), recette de cui­sine sat­ur­nale, pho­togra­phie et col­lages, les deux artistes voy­a­gent dans les espaces, les épo­ques et les médi­ums pour explor­er quan­tité de col­lec­tions croisées sur leur chemin. Comme l’annonce l’inscription au feu­tre orange et vert sur la qua­trième de cou­ver­ture : ça riboule, ça pêle-mêle, ça tar­touffe. Con­tin­uer la lec­ture

Eltonland, de la mère à la lune

Un coup de cœur du Car­net

Ralph VENDÔME, Dans la tête d’Elton Munk, M.E.O., 2025, 194 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0522‑8

vendome dans la tete d'elton munkRalph Vendôme s’est fait con­naitre dès 2020 comme (bril­lant) auteur de nou­velles : des recueils au Scalde puis, déjà, chez M.E.O. ; des textes chez Lamiroy ou dans la revue Mar­ginales. Dans la tête d’Elton Musk est sa pre­mière incur­sion dans le « long ». Com­ment va-t-il franchir le cap ? Con­tin­uer la lec­ture

La littérature comme reconfiguration du donné

Myr­i­am WATTHEE-DELMOTTE, La lit­téra­ture, une réponse au désas­tre, Académie royale de Bel­gique, coll. « L’Académie en poche », 2025, 140 p., 9 €, ISBN : 9782803109982

watthee delmotte la litterature une reponse au desastreQue peut la lit­téra­ture ? Com­ment dis­pose-telle un espace imag­i­naire tis­sé par la fic­tion, qui soit à même d’agir sur le réel, sur le monde, sur soi, sur la pen­sée, les affects, les représen­ta­tions ? Dans son essai vigoureux autant que rigoureux, La lit­téra­ture, une réponse au désas­tre, Myr­i­am Watthee-Del­motte dresse une étude exigeante, pas­sion­née, de la manière dont la lit­téra­ture se pose comme un levi­er d’action, un dynamisme de forces qui parie pour une riposte au désas­tre. Le ques­tion­nement se découpe en plusieurs champs : une analyse de son rôle de témoin (du chœur antique de la tragédie grecque aux témoins intérieurs, extérieurs ou imag­i­naires), de ses con­tenus et des dis­posi­tifs lan­gagiers qui met­tent en forme ces derniers et une inves­ti­ga­tion des spé­ci­ficités du médi­um de la lit­téra­ture imprimée par rap­port au ciné­ma, au théâtre ou autre médi­um requérant un dis­posi­tif ver­bal. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots retrouvés d’une chanson sans musique

Jean FAUCONNIER, Tchan­sons… sins pont d’ musique, tra­duc­tion française de Jean-Luc Fau­con­nier, Èl Môjo dès Walons, coll. « èl bour­don », 2024, 68 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931107–14‑0

fauconnier tchansons... sins pont d' musiqueCer­taines œuvres lit­téraires con­nais­sent une longue péri­ode de latence avant leur pub­li­ca­tion. Le recueil qui nous occupe en est un par­fait exem­ple : com­posé dans les années 1950, il est resté mécon­nu du plus grand nom­bre – et même des héri­tiers de l’auteur – jusqu’à tomber for­tu­ite­ment entre les mains des employés de Èl Môjo dès Walons, la mai­son des tra­di­tions car­olorégi­en­nes. Con­tin­uer la lec­ture

Du sexe, de l’amour et du lâcher-prise

Arnaud DELCORTE, Gand­hara, Bleu d’encre, 2025, 175 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930725–85‑7

delcorte gandharaGand­hara est une région his­torique située au nord-ouest de l’actuel Pak­istan, englobant la val­lée de Peshawar et s’é­ten­dant jusqu’aux bass­es val­lées des riv­ières Kaboul et Swat. Elle était un car­refour com­mer­cial et cul­turel impor­tant, reliant l’Inde, l’Asie cen­trale et le Moyen-Ori­ent. L’art du Gand­hara (du 1er siè­cle av. J.-C. au 7e siè­cle apr. J.-C.) est car­ac­térisé par des représen­ta­tions réal­istes de Boud­dha et d’autres fig­ures influ­encées par la stat­u­aire grecque. Cette région a joué un rôle majeur dans la prop­a­ga­tion du boud­dhisme vers l’Asie cen­trale et dévelop­pé une cul­ture unique. Si la poésie d’Arnaud Del­corte est « un cri douloureux mais un cri sal­va­teur » (N. Louis), elle est aus­si « berceuse et démence, sem­blable à un Qawali de Nus­rat Fateh Ali Khan […] » car elle est aus­si « lave qui char­rie les para­dox­es, l’infini de la chair, ses pesan­teurs et ses extases […] une chair ten­due vers une pos­si­ble tran­scen­dance […] » (U. Tim­ol). Con­tin­uer la lec­ture

Bons baisers de Koksijde, Oostende et Meli Park

Un coup de cœur du Car­net

François LIENARD, Regi­na Maris, Let­tre volée, 2025, 128 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87317–655‑6

lienard regina marisLe voile de gras, de gris, de graf­fi­tis se déchire,
Vers Gand le ciel s’ouvre, des grains de sable
Tombent de l’émeri des nuages bleus, une odeur
De crêpe au sucre brin­que­bale vers Blanken­berge

Bon­heur fou de suiv­re François Lié­nard dans ses péré­gri­na­tions en tram tout du long de la côte belge ! C’est que François Lié­nard est généreux :  en dix-neuf poèmes de formes et de longueurs vari­ables, Regi­na Maris nous offre autant de cartes postales, ou de let­tres intimes, qu’un ami nous enver­rait d’Oostende ou du West­hoek. C’est jubi­la­toire et addic­tif. Con­tin­uer la lec­ture

Une ultime liberté

Michel VAN DEN BOGAERDE, Sus­pen­sion du pronon­cé, Coudri­er, 2025, 66 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–073‑3

van den bogaerde suspension du prononcéEnsem­ble de poèmes en vers libres, Sus­pen­sion du pronon­cé offre au lecteur une bonne cinquan­taine de textes poé­tiques, tous titrés, agré­men­tés d’œuvres pic­turales en couleur, illus­trant ain­si le dou­ble tal­ent de Michel van den Bogaerde, qui s’inscrit là dans une tra­di­tion bien belge des rap­ports chez le même créa­teur entre la plume et le pinceau. Lau­rence Brog­niez, Paul Aron ou Claudette Sar­let ont analysé ce phénomène prég­nant à tra­vers l’histoire de nos Let­tres et Char­lyne Audin écrit à ce pro­pos : Con­tin­uer la lec­ture

La rencontre entre Masereel et Verhaeren

Masereel / Ver­haeren, Dia­logue en noir et blanc / Dialoog in zwart en wit, Textes bilingues de Christophe Meurée, Paul Aron et Hans Van­de­vo­or­den, Ed. Emile Ver­haeren­mu­se­um, 2025, 80 p., 18 €, ISBN : 978–9082533552

collectif masereel verhaerenAu nom­bre des ren­con­tres créa­tri­ces fécon­des entre un poète, un écrivain et un artiste, celle qui se noua entre Frans Masereel (1889–1972) et Émile Ver­haeren (1855–1916) occupe une place majeure. Davan­tage qu’un illus­tra­teur de la poésie, des nou­velles, des con­tes d’Émile Ver­haeren, Frans Masereel en est l’interprète, le lecteur graphique qui, non seule­ment, traduisit les textes ver­haere­niens dans des gravures sur bois, des dessins, des aquarelles mais réal­isa une œuvre graphique imprégnée par des thèmes, des motifs, des visions de l’auteur des Villes ten­tac­u­laires, de La mul­ti­ple splen­deur. Si Masereel a été exposé au Musée Émile Ver­haeren à trois repris­es, en 1963, en 1968 et en 1977, l’exposition actuelle déplace la focale en inter­ro­geant l’influence de l’écrivain sur le graveur. Une influ­ence, une con­ver­gence, des rap­proche­ments que Christophe Meurée, Paul Aron et Hans Van­de­vo­or­den analy­sent avec finesse dans le cat­a­logue. Con­tin­uer la lec­ture

Facile est l’offense

Éric BRUCHER, Par­donne-nous nos offens­es, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2025, 189 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87489–977‑5

brucher pardonne nous nos offenses okAvec Par­donne-nous nos offens­es, Éric Bruch­er offre treize nou­velles qui met­tent en saynètes beau­coup des (hyper)sensibilités actuelles, leurs tra­vers légers mais aus­si plus lourds. Il parvient, grâce à divers­es sit­u­a­tions, toutes atten­tive­ment réal­istes, à génér­er de la nuance et de la réflex­ion dans ce monde nou­veau, envahissant et se heur­tant avec com­plai­sance aux car­i­ca­tures. Con­tin­uer la lec­ture

Le poème est un sauf-conduit

Philippe LEUCKX, Lumière des murs, Cygne, 2025, 48 p., 12 €, ISBN : 978–2‑84924–831‑7

leuckx lumière des mursPhilippe Leuckx pour­suit une œuvre poé­tique élé­giaque : chaque poème ressem­ble ain­si aux petits cail­loux que l’enfant du con­te sème dans la forêt obscure où on est en train de le per­dre, pour pou­voir retrou­ver ultérieure­ment son chemin vers la lumière. Le titre, Lumière des murs, métapho­rise ce thème de la perte et de la résilience. Car le mur est, du point de vue de nos sens, une struc­ture matérielle fixe qui enferme, tan­dis que la lumière est un élé­ment mobile et presque immatériel. La lumière tra­verse l’espace quand le mur le cir­con­scrit. Le poète quête l’éclaircie de manière oxy­morique, comme si nom­mer sa douleur, écrire sa perte et son deuil, saluer la morte bien-aimée et pren­dre soin des enfants, était la seule issue à l’éphémère de notre pas­sage sur terre : Con­tin­uer la lec­ture

Perdre le nord

Jacques-Gérard LINZE, Au nord d’ailleurs. Paysage avec petits per­son­nages, pré­face de Xavier Han­otte, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2025, 300 p., 22 €, ISBN : 978–2‑8032–0091‑7

linze au nord d'ailleursOn n’entre pas à la légère dans ce roman de Jacques-Gérard Linze ini­tiale­ment édité en 1982 par Jacques Antoine. Le nar­ra­teur final – dont on ne saura rien de plus – apprend de son ami Gar­cia-Lévi les con­fi­dences naguère faites par leur ancien condis­ci­ple Vin­cent Berti­er, récem­ment tué d’un coup de feu au large de la côte danoise. Nous sommes donc dans le reg­istre for­cé­ment trou­ble d’un dis­cours dou­ble­ment rap­porté, en style tan­tôt direct, tan­tôt indi­rect, glis­sant sou­vent de l’un à l’autre, au point que cer­tains « je » et « nous » sont mal iden­ti­fi­ables, sans compter quelques invraisem­blances. Gar­cia-Lévi livre à son audi­teur d’innombrables détails com­porte­men­taux, ver­baux, anec­do­tiques et même météorologiques ; certes, il a béné­fi­cié de let­tres et de longues con­ver­sa­tions avec Berti­er, mais ne lui arrive-t-il pas de fab­uler ? « Je ne sais plus ce qui est à moi et ce qui est à Vin­cent » avouera-t-il. Quant à la tour­nure très lit­téraire du réc­it, entrave gênante au sen­ti­ment de vérac­ité, est-elle due au maniéré Gar­cia-Lévi ou à son audi­teur ? Quoi qu’il en soit, tous deux mul­ti­plient les incis­es quant à la dif­fi­culté de recon­stituer le passé, au car­ac­tère aléa­toire des sou­venirs, aux con­fu­sions inévita­bles, aux trous de mémoire. Les nom­breux lap­sus du pre­mier ont à cet égard un rôle vis­i­ble­ment indi­ciel : ainé / aimé, ali­bis / amis, sor­dides / solides, la parole elle-même vient à trébuch­er dans la traque du vrai. Con­tin­uer la lec­ture

De la plume au harpon

Sébastien FEVRY, Pêch­es de Géorgie, Cheyne, 2025, 85 p., 19 €, ISBN : 978–2‑84116–364‑9

fevry peches de georgieSaluée par plusieurs récom­pens­es, dont le prix Mar­cel Thiry en 2021 pour Brefs déluges, l’œuvre de Sébastien Fevry se des­sine patiem­ment autour d’une géo­gra­phie à la fois intime et spa­tiale. La cohérence qui la car­ac­térise est ren­for­cée sans nul doute par la fidél­ité aux édi­tions Cheyne puisque ce nou­v­el opus Pêch­es de Géorgie con­stitue le qua­trième recueil que l’auteur pub­lie chez l’éditeur ardé­chois depuis 2018. Con­tin­uer la lec­ture

Une valse à trois temps

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line LAMARCHE, Le Bel Obscur, Seuil, 2025, 240 p., 22 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782021603439

lamarche le bel obscurIl existe des livres que l’on ne peut lâch­er, des livres qui, une fois com­mencés, con­duisent à délaiss­er toute autre activ­ité.

La nar­ra­trice du Bel Obscur s’adonne avec pas­sion à la lec­ture des Alchimistes grecs, ouvrage ancien con­sacré aux arts et métiers qu’elle a trou­vé en bro­cante. Con­tin­uer la lec­ture

Un nid protégé farouchement

Isabelle STEENEBRUGGEN, La mai­son des bis­cuits, 180°, 2025, 390 p., 23 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑94072–166‑5

steenebruggen la maison des biscuitsLe nou­veau roman d’Isabelle Steene­bruggen nous donne à lire une saga famil­iale divisée en cinq par­ties, ponc­tuée par les événe­ments roy­aux et poli­tiques qui ont mar­qué la Bel­gique. L’histoire com­mence au retour d’Ovide, qui a par­ticipé à la Grande Guerre. Il retrou­ve sa femme, Clarisse, et ses qua­tre enfants dans leur vaste mai­son Art nou­veau à Brux­elles. Nous décou­vrons alors une famille très chré­ti­enne où les enfants sont élevés dans la foi, les filles appren­nent les bonnes manières, l’art de recevoir et de tenir une mai­son pour « faire un bon mariage », tan­dis que les garçons sont élevés pour effectuer des études de droit et avoir une belle car­rière. Con­tin­uer la lec­ture