Archives de catégorie : Recensions

Comment écrire par les oreilles autant que par la tête

Un coup de cœur du Car­net

David BESSCHOPS et Christoph BRUNEEL, En quête du p, Âne qui butine, coll. « Amphis­bène », 2025, 22 €, ISBN : 9782919712366

besschops bruneel en quete du pEn quête du p est le pre­mier livre d’Amphisbène, la nou­velle col­lec­tion de L’Âne qui Butine. Le “con­cept” de la col­lec­tion ? Très sim­ple. Un duo d’auteurs ou d’autrices écrit à qua­tre mains un livre de poèmes, de fic­tions, ou d’autres choses encore. Peu importe. Pourvu qu’il y ait l’ivresse. Le même duo four­nissant des œuvres plas­tiques ou visuelles, elles aus­si pro­duites à qua­tre mains. Con­tin­uer la lec­ture

La liste de Rainer

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Le col­lec­tion­neur, Onlit, 2025, 272 p., 22,90 €, ISBN : 978–2‑87560–178‑0

bergen le collectionneur

Véronique Bergen affec­tionne les listes. On se sou­vient de la litanie de noms de rues qui ouvrait, comme un poème, son Marolles. Dès le titre, on imag­ine aisé­ment que Le col­lec­tion­neur, son nou­veau roman paru chez Onlit, sera lui aus­si riche en énuméra­tions. 

Celle des mer­veilles qui com­posent la col­lec­tion d’An­dreas, « le prénom de Baad­er, de Vesal­ius, du con­tre-ténor Scholl », héri­ti­er des tableaux amassés par son oncle Rain­er. Picas­so, Modigliani, Klee, Cha­gall, Klimt, Matisse et bien d’autres : le cadeau est somptueux, mais empoi­son­né. Con­tin­uer la lec­ture

À l’horizon suspendu

Daniel SIMON, Courts-cir­cuits, Cac­tus inébran­lable, 2025, 78 p., 12 €, ISBN : 978–2‑39049–116‑3

simon courts circuitsSur les pan­neaux éclec­tiques accrochés dans les soubasse­ments du réel, Daniel Simon repère des Courts-cir­cuits qu’il aime not­er dans son rap­port-au-monde ; sans doute pour ten­ter de s’y retrou­ver un peu.

Où suis-je ? Loin d’ici si sou­vent. Où suis-je alors ? Dans le sou­venir d’ici…

En gestes dis­tincts, doux et pro­gres­sifs, de phras­es en sen­tences, l’auteur rassem­ble ain­si en pre­mière par­tie de son inébran­lable ouvrage, des pointes de cac­tus ou de seins. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour en partage

Jean-Michel AUBEVERT, Aux cimais­es de l’aube, illus­tra­tions de Joëlle Aubev­ert, Coudri­er, coll. « Sor­tilèges », 2025,101 p., 22 €, ISBN : 978–2‑39052–075‑7

aubevert aux cimaises de l'aubeLa col­lec­tion « Sor­tilèges » des édi­tions Le coudri­er com­prend des exem­plaires de tête en tirage lim­ité, des livres d’artiste et des livres au for­mat ital­ien. Pub­lié à titre posthume, ce livre est rehaussé de quelques pho­togra­phies en couleurs réal­isées par l’éditrice, com­pagne du poète (Uccle, 1952 / Ottig­nies, 2024). Auteur d’une œuvre ample et sen­si­ble, Jean-Michel Aubev­ert pos­sé­dait un sens indé­ni­able de la musi­cal­ité et une imag­i­na­tion tournée vers la nature et le mythe, la féérie et le rêve. Il était aus­si atten­tif par son tra­vail de cri­tique et de pré­faci­er aux œuvres d’autrui. Con­tin­uer la lec­ture

Tempêtes intérieures

Marie-Pierre JADIN, Tem­pêtes, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2025, 268 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87489–964‑5

jadin tempetesMarie-Pierre Jadin a été lau­réate du prix Fin­tro Écri­t­ures noires pour son pre­mier roman, Brasiers (Ker). Y aurait-il une suite ? Le sus­pens vient de se résoudre. La voici avec Tem­pêtes, une enquête plus famil­iale que poli­cière qui nous balade dans le temps, des Ardennes à Rot­ter­dam, avec un détour par l’Inde.

Anci­enne rédac­trice en chef de la revue Indi­ca­tions (rebap­tisée Karoo depuis) et libraire à la Librairie Clau­dine à Wavre, Marie-Pierre Jadin est une amoureuse de la nature arden­naise. Après avoir plongé ses per­son­nages au cœur de brasiers, elle les place face à des tem­pêtes avant de peut-être les con­fron­ter à des… inon­da­tions. Un titre, un mot, qui don­nent à chaque fois le cli­mat de l’intrigue. On retrou­ve dans ce deux­ième opus Luc Del­court, jeune inspecteur de 27 ans à la Police Judi­ci­aire de Bas­togne, qui reste fidèle à sa méthodolo­gie : « Laiss­er par­ler, voir venir. C’était une tech­nique qui fonc­tion­nait aus­si avec cer­taines per­son­nes. » À la manière de Simenon dont l’œuvre trou­ve ici des échos, on pour­rait ajouter : et ne pas juger. Con­tin­uer la lec­ture

Puis, il y a l’insondable de la foi (…)

Un coup de cœur du Car­net

David GIANNONI, Alrede­dor, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2025, 109 p., 14 €, ISBN : 9782975055262
Texte accom­pa­g­né d’une bande sonore com­posée par Rober­to Gril­li, avec les voix de l’auteur, de Nade­j­da Peretti et Gioia Gian­noni. Tra­duc­tion ital­i­enne par Maria Stel­la Tataran­ni

giannoni alrededorPoète (mais aus­si pein­tre, per­former, thérapeute, directeur de revue, libraire), David Gian­noni est une fig­ure de proue du monde lit­téraire, poé­tique, édi­to­r­i­al et événe­men­tiel de la fran­coph­o­nie. Depuis la créa­tion du pro­jet « mael­strÖm » en 1989 à Brux­elles, il n’a cessé d’accompagner sa pro­pre écri­t­ure poé­tique, d’événements, de lieux et d’instruments mis au ser­vice de la créa­tion et de l’animation. Con­tin­uer la lec­ture

La nuit de la Saint-Jean

Claude DONNAY, La dame de la combe, M.E.O., 2025, 132 p., 16 € / ePub : 9,49 €, ISBN: 978–2‑8070–0519‑8

donnay la dame de la combeL’approche de la mort est sou­vent l’occasion de retrou­vailles. Ce roman, qui s’apparente à un con­te, ne fait pas défaut à cette règle usuelle. Trou­ver les mots justes et la force de les dire, tel est l’enjeu de ces moments où sonne le glas.

Insti­tutrice de for­ma­tion, Aurore con­nait les mots et leurs usages. Mais un événe­ment red­outable la con­traint au silence et à l’isolement. Une mise à l’écart du monde comme une mar­que d’infâmie suprême. D’institutrice à exclue ou paria, il n’y a que quelques pas. La jeune femme en fait l’expérience mal­gré elle. Con­tin­uer la lec­ture

Entrer dans…

Carl NORAC (auteur) et Éléonore SCARDONI (illus­tra­trice), Avant toute chose, Cot­Cot­Cot, 2025, 44 p., 22 €, ISBN : 9782930941523

norac scardoni avant toute chose« Chaque couche d’impression reflète une vari­a­tion dans la tex­ture, la couleur ou la pro­fondeur, évo­quant les mod­u­la­tions d’un son à tra­vers le temps et l’espace. Cette approche crée une analo­gie visuelle et sen­si­ble entre l’invisible du son et sa tran­scrip­tion graphique tan­gi­ble. Ain­si, je trans­forme les sons, habituelle­ment perçus comme immatériels et fugaces, en élé­ments con­crets et per­cep­ti­bles, traduisant l’évolution et les nuances d’un paysage sonore par un tra­vail d’impression et de gravure. » Telle est la démarche adop­tée par Éléonore Scar­doni pour ses Frag­ments d’écoute offerts aux regards. Con­tin­uer la lec­ture

1990, année de tous les possibles

Daniel SOIL, L’année nonante, M.E.O., 2025, 105 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0528‑0

soil l'année nonanteSi un ou une écrivain∙e belge devait finalis­er LE roman européen con­tem­po­rain, L’année nonante, le réc­it de Daniel Soil, pour­rait en con­stituer un chapitre. Et le fait que son livre aut­ofic­tion­nel soit tra­ver­sé par une romance n’est pas incom­pat­i­ble avec la dimen­sion européenne, même si le cou­ple de pro­tag­o­nistes est belge, même si le nar­ra­teur nomme sa dame de cœur la Sig­no­ra. Certain∙e∙s l’i­den­ti­fieront sans dif­fi­cultés comme autrice et essay­iste de chez nous, dont le nom de plume recou­vre un patronyme à con­so­nance… slave !  Con­tin­uer la lec­ture

Ils ont vu le loup

Jean-Pol HECQ, L’armée des loups, M.E.O., 2025, 196 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782807005259

hecq l'armée des loups2035. À la faveur de ce léger bond dans le temps, les guer­res sur terre ont pour­suivi leurs rav­ages et leurs muta­tions. Tou­jours davan­tage de machines com­mandées à dis­tance rem­pla­cent les sol­dats sur le ter­rain et pour­chas­sent l’ennemi par les airs et sur terre. Voici que les forces armées européennes (ceci est bien une fic­tion) dévelop­pent le pro­jet d’un robot mil­i­taire auquel ils ont don­né l’apparence d’un loup. Celui-ci est capa­ble de se fau­fil­er partout de jour comme de nuit, de tout filmer et iden­ti­fi­er et il peut devenir un tueur red­outable, insai­siss­able, qui n’hésitera pas à s’autodétruire si néces­saire. Alors que les dernières mis­es au point et essais ont lieu, le pro­jet doit être présen­té aux autorités européennes pour envis­ager sa mise en pro­duc­tion et son inté­gra­tion à de futures opéra­tions. Ce qui ne manque pas de soulever bien des ques­tions auprès des respon­s­ables, notam­ment quant au recours à l’intelligence arti­fi­cielle dans les logi­ciels qui ani­ment cette arme red­outable tenue au plus grand secret. Con­tin­uer la lec­ture

Josef ou la montée des mots

Un coup de cœur du Car­net

Antoine WAUTERS, Haute-Folie, Gal­li­mard, 2025, 176 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782073101556

wauters haute-folieTout com­mence par un éclair. Une strie de lumière qui embrase un arbre, court dans un champ et gagne la ferme de la Haute Folie, toute proche. Gas­pard ne peut rien con­tre le feu qui fait rage alors que sa femme, Blanche, monte sur la colline et accouche de leur pre­mier enfant, Josef. Le mal­heur s’égrène en chapelet, une par­tie du bétail a péri, la mai­son est inhab­it­able, le bien n’était pas assuré. Con­tin­uer la lec­ture

Klaus Mann, le clair-obscur

Un coup de cœur du Car­net

Gilles COLLARD, Klaus. Une vie antifas­ciste, Cli­mats, 2025, 382 p., 23 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782080480101

collard klausLes par­tis pris d’une cou­ver­ture peu­vent révéler bien des choses quant au con­tenu d’un livre. D’avoir préféré une pho­to de matu­rité, mon­trant un vis­age pris de face avec l’esquisse d’un sourire aux lèvres et d’une cer­taine sérénité, plutôt que celle mon­trant un ange dandy et tor­turé entouré d’un sfu­ma­to de cig­a­rette ; d’avoir aus­si choisi d’intituler le livre Klaus, comme si ce prénom suff­i­sait à sug­gér­er tacite­ment à sa suite le nom du père ; ces deux choix nous met­tent d’emblée en présence d’un « por­trait biographique ». Con­tin­uer la lec­ture

Ils étaient onze 

Cécile ASTACHENKO, Ce que cachent les jupes des filles, J’ai lu, 2025, 343 p., 8,80 €, ISBN : 978–2‑290–42262‑5

astachenko ce que cachent les jupes des fillesEn 2023, Cécile Astachenko, une jeune incon­nue, médecin dans une vie par­al­lèle, pub­lie un pre­mier livre sous pseu­do­nyme. Mais Ce que cachent les jupes des filles, au titre fripon, inter­pelle : finale du prix du Roman noir de la Foire du Livre de Brux­elles ; prix Sus­pense ; gros édi­teur français, Pris­ma ; à présent, réédi­tion en poche. Con­tin­uer la lec­ture

L’expérience du lieu

Geneviève DE BUEGER, Jusqu’à l’arbre, Abra­pal­abra, coll. « iF », 2025, 106 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931324–07‑3

de bueger jusqu'à l'arbreDans la col­lec­tion « iF » des édi­tions Abra­pal­abra, Geneviève de Bueger signe avec Jusqu’à l’arbre un pre­mier réc­it poé­tique qui s’inscrit dans la foulée du mantra de la mai­son (“Que s’ouvre la parole comme une incan­ta­tion”) en révélant des chemins de tra­verse dans le paysage. Diplômée du mas­ter de let­tres Ecopé­tique & Créa­tion (uni­ver­sité d’Aix-Marseille) fondé par Chris­tine Mar­can­di­er et Jean-Christophe Cav­allin, Geneviève de Bueger déploie un regard ancré dans le hors-champ, la marge et les pas de côté. Con­tin­uer la lec­ture

La poésie comme voix et comme voie

Un coup de cœur du Car­net

Éric BROGNIET, Le nuage et la riv­ière, Tail­lis Pré, 2025, 168 p., 18 €, ISBN : 9782874502477

brogniet le nuage et la riviereQue l’aventure poé­tique ne se donne aucun hori­zon qui l’excède mais que, dans un même mou­ve­ment, elle ait l’ambition d’ouvrir un autre régime du vivre et du penser, l’œuvre exigeante, nova­trice d’Éric Brog­ni­et l’affirme tant sous son ver­sant poé­tique que dans l’ordre des essais. S’ouvrant sur une médi­ta­tion de maître Dogen en exer­gue, Le nuage et la riv­ière res­saisit les mots et les choses ain­si que leurs noces com­plex­es sous l’angle de leur genèse, de leur mou­ve­ment d’engendrement. Con­tin­uer la lec­ture

Un monde qui déraille

Jérémie THOLOMÉ, Clark Nova, Mael­strÖm reEvo­lu­tion, 2025, 134 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–527‑9

tholome clark novaDans la pré­face de Clark Nova, Vin­cent Tholomé indique que la reprise de per­son­nages mythiques (ici, ceux de William Bur­roughs) doit s’établir dans un texte héris­sé d’« une langue vive et nerveuse (…) ne cher­chant ni à plaire ni à faire joli. Se con­tentant de rap­porter le cauchemar ». Défi par­faite­ment relevé par Jérémie Tholomé qui use d’une syn­taxe criblée de tirets, offrant une nar­ra­tion rapi­de et cap­ti­vante. Hachant le texte, ces tirets rem­pla­cent même les points fin­aux, comme si le déroule­ment de la pen­sée n’avait jamais com­plète­ment abouti, sus­pendu en plein vol. Con­tin­uer la lec­ture