D’une prison l’autre

Sylvie GODEFROID, Sal­sa, Scalde, 2022, 196 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930988–30‑6

godefroid salsaSal­sa, le dernier roman de Sylvie Gode­froid, s’aligne sur Sophie, vic­time d’un AVC alors qu’elle rejoignait sa fille, Aman­dine, au café de la Presse à Brux­elles.

À l’hôpital, tout le monde la croit dans le coma alors qu’elle est enfer­mée dans son corps (locked in syn­drome). Con­sciente, elle s’adresse silen­cieuse­ment à sa fille et lui annonce, notam­ment, la rai­son de leur ren­dez-vous ce matin-là : son inten­tion de quit­ter la Bel­gique pour rejoin­dre son amant, Luis, à Cuba où elle compte s’installer défini­tive­ment. Con­tin­uer la lec­ture →

Vous êtes fou

Serge NOËL, Les éléphants clairs tra­verseront les fenêtres du matin. Poèmes enragés, Arbre à paroles, 2022, 145 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–710‑5

ensem­ble nous faisons un livre de poésie
j’en suis ravi comme une vieille rose

noel Les éléphants clairs traverseront les fenêtres du matinCher Serge Noël, l’Arbre à paroles pub­lie aujourd’hui votre dernier recueil de poèmes. Votre chant y émet depuis des temps illim­ités, pour lesquels vous nous quit­tiez, lit-on, inopiné­ment le 27/10/2020. Vous lui voulûtes un titre incon­cev­able et un sous-titre pro­gram­ma­tique. Le sec­ond dit tout, si le pre­mier n’occulte rien.

Cher Serge Noël, au mot d’engage­ment, vous et quelques-uns de vos amis préférez celui d’enrage­ment. Enragés, vous l’êtes con­tre ce que vous nom­mez le vide humain, fruit insipi­de et luisant du cap­i­tal. Con­tre l’alchimie despo­tique de la valeur marchande, qui seule a don de trans­muer la créa­tion en art. Con­tre cet art de rond-point et de bou­tique, tan­tôt abstrait, tan­tôt con­ceptuel, tou­jours volu­mineux et ruti­lant, man­i­fes­ta­tions bavardes d’un monde qui n’a plus rien à dire. Con­tin­uer la lec­ture →

Contes, fables et poèmes de Dotremont

Chris­t­ian DOTREMONT, Abrupte fable, édi­tion établie et présen­tée par Stéphane Mas­sonet, pré­face de Georges A. Bertrand, Ate­lier con­tem­po­rain, 2022, 256 p., 20 €, ISBN : 978–28-50350–74‑0

dotremont abrupte fableAvec Dotremont, tou­jours se laiss­er bal­ancer – comme lui – au hasard du noir et blanc, tourbe des Fagnes et neige de Laponie, d’une page l’autre et d’une plume voleuse :

Tor­dre ton image
déjouer ton ordre
te faire gri­mace
dis­lo­quer ton verbe
non pour te grimer
mais pour te revoir
comme tu riais (Lta­tion exa tumulte, 1970)

En 2022, Chris­t­ian Dotremont aurait eu cent ans. S’il n’avait été trop tôt, en 1979, emporté par la mal­adie, la tuber­cu­lose, l’épuisement, si « la tache », « le trou », « la cat­a­stro­phe » n’avaient eu rai­son de lui. Con­tin­uer la lec­ture →

Série d’été : Les instants d’Henri Vernes

les instants d'henri vernes

Pren­dre le temps pour décou­vrir, ou redé­cou­vrir, une autrice, un auteur. C’est l’invitation que lance Le Car­net et les Instants avec la série esti­vale « Les instants de… ». Chaque dimanche jusqu’au 14 août, nous met­tons à l’hon­neur un‑e écrivain‑e par le biais des arti­cles, inter­views, recen­sions, por­traits parus tant dans notre revue imprimée que sur ce blog. Des instants, sai­sis par­fois à des dizaines d’années d’intervalle, pour approcher la com­plex­ité et la richesse de tra­jec­toires uniques.

Deux­ième épisode : les instants d’Henri Vernes. Con­tin­uer la lec­ture →

Si je t’oublie Afghanistan

Daniel Sal­va­tore SCHIFFER, Afghanistan. Chroniques de la Résis­tance, Sam­sa, 2022, 105 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87593–412‑3

schiffer afghanistan chroniques de la resistancePré­facé par Ali Maisam Nazary, porte-parole inter­na­tion­al et délégué aux Affaires étrangères du Front Nation­al de la Résis­tance d’Afghanistan (sous l’autorité d’Ahmad Mas­soud, fils du com­man­dant Mas­soud) et par Obaidul­lah Mah­di, mem­bre du FNR, Afghanistan. Chroniques de la Résis­tance rassem­ble les nom­breuses tri­bunes publiques que Daniel Sal­va­tore Schif­fer a rédigées dès l’été 2021 lors de la prise de Kaboul par les Tal­ibans et leur retour au pou­voir. Philosophe, essay­iste, auteur de nom­breux ouvrages sur le dandysme, sur Oscar Wilde, Lord Byron, sur l’esthétique, d’essais poli­tiques (Tes­ta­ment du Koso­vo. Jour­nal de guerre ; Ruines de l’Intelligence. Les Intel­lectuels et la guerre en ex-Yougoslavie ; Requiem pour l’Europe. Zagreb, Bel­grade, Sara­je­vo…), Daniel Sal­va­tore Schif­fer inter­roge la « ques­tion afghane » sous une mul­ti­tude de focales : analy­ses géopoli­tiques, appels à la lib­erté pour le peu­ple afghan, dénon­ci­a­tions des manœu­vres des pays occi­den­taux et des puis­sances lim­itro­phes, dessous des cartes de la Realpoli­tik, désac­cords et con­flits d’intérêt entre la poli­tique, le poli­tique comme mou­ve­ment et l’éthique, l’humanitaire. Les cam­pagnes et les mobil­i­sa­tions aux côtés du Front Nation­al de la Résis­tance d’Afghanistan en faveur de la défense des lib­ertés des citoyens afghans com­posent la lame de fond de l’ouvrage. Con­tin­uer la lec­ture →

La photographie en amateur, c’est toute une histoire !

Ade­line ROSSION, Michel F. DAVID, et Anne DELREZ, En dilet­tante. His­toire et petites his­toires de la pho­togra­phie ama­teur, Musée de la Pho­togra­phie de Charleroi et Edi­tions du Caïd, 2022, 400 p., 55 €, ISBN : 978–871 83 08 49

en dilettante histoire et petites histoires de la photographie amateurQue dia­ble peut bien sig­ni­fi­er aujour­d’hui le terme de « pho­togra­phie ama­teur » ? À l’heure glob­al­isée des self­ies omniprésents et des images démul­ti­pliées en abon­dance, l’œil vorace des réseaux soci­aux se dis­perse dans une volatil­ité sans fin. Tout con­court à ce que, par l’usage expo­nen­tiel des télé­phones porta­bles et autres appareils pluri-fonc­tions, soit ren­due évidem­ment « obsolète » cette dénom­i­na­tion de « l’a­ma­teur ». N’im­porte qui de nos jours peut à son gré et en posant le doigt sur quelques touch­es, non seule­ment saisir mais aus­si com­mu­ni­quer dans des sphères plus ou moins proches ou loin­taines, comme on voudra, ces images instan­ta­nées, pour le meilleur et pour le pire, d’un instant unique et par essence éphémère. Con­tin­uer la lec­ture →

Un dossier minutieux

Lau­rence BOUDART et Christophe MEURÉE (sous la dir. de), François Emmanuel. Un écrivain sur la terre, Textyles n° 62, Ker, 2022, 165 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–317‑1

textyles francois emmanuelÀ mi-par­cours seule­ment, 2022 s’an­nonce déjà un excel­lent cru pour le vig­no­ble François Emmanuel : paru­tion du roman Racon­ter la nuit (Seuil), de deux pièces de théâtre chez Lans­man, de l’es­sai Guérir par l’écri­t­ure ? (Le Tail­lis Pré), dossier Le monde de François Emmanuel (A.M.L.), numéro spé­cial de la revue Textyles. Celui-ci prend place dans un flux de travaux cri­tiques qui grossit depuis une quin­zaine d’an­nées, venant con­firmer – un peu tar­di­ve­ment ? – la stature d’un écrivain qu’on n’hésite plus à dire « grand ». Out­re le vol­ume et la diver­sité de sa pro­duc­tion lit­téraire, F. Emmanuel mène une réflex­ion exigeante sur les ressorts obscurs de l’écri­t­ure et de la fic­tion tels qu’il les éprou­ve, guidant avec tact ceux et celles qui inter­ro­gent son art. Ce va-et-vient auteur-lecteur, le récent Textyles – pre­mier numéro de revue con­sacré à l’écrivain – l’il­lus­tre de manière tan­tôt explicite, tan­tôt implicite, à tra­vers sept études de textes, deux inédits de l’écrivain, une enquête sur ses lec­tures. Il ne fait pas dou­ble emploi avec Le monde de François Emmanuel, dont il est plutôt com­plé­men­taire et qui est dû aux mêmes maitres d’œu­vre : Lau­rence Boudart et Christophe Meurée, chevilles ouvrières des Archives et Musée de la Lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture →

«De la page au micro. Radio et littérature en Belgique francophone (1924–2022)» : une journée d’étude

de la page au micro

Les 20 et 21 octo­bre 2022, une journée d’é­tude aura lieu à la KBR autour des rela­tions entre lit­téra­ture et radio en Bel­gique fran­coph­o­ne. L’événe­ment, placé sous la direc­tion de Flo­rence Huy­brechts (AML), Manon Houtart (FNRS/UNamur) et Lau­rence Brog­niez (ULB), est organ­isé par la revue Textyles, en parte­nar­i­at avec les Archives & Musée de la Lit­téra­ture (AML), la Fac­ulté de Let­tres, Tra­duc­tion et Com­mu­ni­ca­tion de l’Université libre de Brux­elles (ULB), les Cen­tres de recherche Philixte (ULB) et NaLTT (UNa­mur) et avec le sou­tien du FNRS, de KBR, de la SONUMA, de la SCAM et de la SACD.  Con­tin­uer la lec­ture →

Camille et Arthur, des bornes stellaires

Isabelle BIELECKI, Les rescapés de l’aube : Valse nue / Le bateau de sable, Coudri­er, 2022, 131 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–033‑7

bielecki les rescapés de l'aubeÀ tra­vers ce livre à deux temps, Les rescapés de l’aube (Valse nue et Le bateau de sable), Isabelle Bielec­ki s’empare de deux des­tins aus­si trag­iques l’un que l’autre : celui de Camille Claudel et d’Arthur Rim­baud.

Dans Valse nue, en sept tableaux et trois per­son­nages prin­ci­paux, l’autrice met en scène une Camille Claudel qui a déjà quit­té son maître et amant Rodin et s’est éloignée de sa famille. Con­tin­uer la lec­ture →

Les secrets de Félicien

Paul DE RE, Le chan­toir du dia­ble, Mur­mure des soirs, 2022, 140 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930657–88‑2

de ré le chantoir du diableCréa­trice  et direc­trice de la mai­son d’édition Mur­mure des soirs – dont on célébra il y a peu la pre­mière décen­nie –, Françoise Salmon pub­lie le dernier roman en date d’un écrivain à la fois pro­lifique et mul­ti­ple, Paul de Ré. Auteur et inter­prète de nom­breuses chan­sons (de 1974 à 1986, le futur romanci­er pub­lia pas moins de cinq 33 tours  dont on retrou­ve avec nos­tal­gie quelques traces  sur l’internet), l’écrivain lié­geois inscrit, après des pre­miers romans « région­al­istes », tous les trois ans un nou­veau roman au cat­a­logue de Mur­mure des soirs : les deux vol­umes de La pierre au cœur (2013), Made­moi­selle de ces gens-là (2016), Les secrets du basti­don bleu (2019). Con­tin­uer la lec­ture →

Dans le giron d’un livre gigogne

Un coup de cœur du Car­net

aNNe HERBAUTS, Ma matri­ochka, Cast­er­man, 2022, 11 p., 11,90 €, ISBN : 9782203236646

herbauts ma matriochkaLe dernier livre d’aNNe herbauts épouse la forme d’une matri­ochka, dont il porte le joli nom. Pour réalis­er cet éton­nant tout car­ton, l’autrice-illustratrice belge s’est amusée à adapter d’autres car­ac­téris­tiques d’une poupée russe. Comme le jou­et en bois, le livre est séparé en une par­tie supérieure, dont les pages s’ouvrent vers le haut, et une inférieure, dont les pages s’ouvrent vers le bas. Ain­si, elles peu­vent se feuil­leter indépen­dam­ment les unes des autres, à la manière d’un livre méli-mélo, ce qui offre aux lecteurs la pos­si­bil­ité de créer autant de lec­tures que les règles de prob­a­bil­ité le per­me­t­tent, soit une abon­dance d’interprétations, ou, s’ils le préfèrent, de suiv­re une lec­ture linéaire qui s’avère riche en sens et d’une grande cohérence poé­tique. Ce fonc­tion­nement ludique sied par­ti­c­ulière­ment à cet objet en forme de jou­et : non seule­ment il mime une poupée gigogne et son fonc­tion­nement, mais il en a l’apparence solide. En effet, l’objet est en car­ton épais, résis­tant aux manip­u­la­tions des petites mains. Con­tin­uer la lec­ture →

Série d’été : Les instants de Françoise Mallet-Joris

les instants de francoise mallet joris

Pren­dre le temps pour décou­vrir, ou redé­cou­vrir, une autrice, un auteur. C’est l’invitation que lance Le Car­net et les Instants avec la nou­velle série esti­vale « Les instants de… ». Chaque dimanche jusqu’au 14 août, nous met­tons à l’hon­neur un‑e écrivain‑e par le biais des arti­cles, inter­views, recen­sions, por­traits parus tant dans notre revue imprimée que sur ce blog. Des instants, sai­sis par­fois à des dizaines d’années d’intervalle, pour approcher la com­plex­ité et la richesse de tra­jec­toires uniques.

Pre­mier épisode : les instants de Françoise Mal­let-Joris. Con­tin­uer la lec­ture →

Prix RTS littérature ados : la sélection

Le prix RTS lit­téra­ture ados 2023 a dévoilé sa sélec­tion. Cinq livres sont en lice, dont un roman de Marie Colot.  Con­tin­uer la lec­ture →

Appel à projets pour la collection “Espace Nord”

adaptation graphique espace nord

La col­lec­tion “Espace Nord” s’en­richi­ra en 2023 d’un nou­veau label pro­posant des adap­ta­tions graphiques d’oeu­vres de son cat­a­logue. Un appel à à pro­jets est lancé à des­ti­na­tion des auteurs et autri­ces, illus­tra­teurs et illus­tra­tri­ces belges, ayant à leur act­if au moins une pub­li­ca­tion en album ou en revue. Les can­di­da­tures sont atten­dues pour le 15 sep­tem­bre. Con­tin­uer la lec­ture →

Naître au bout du rouleau …

Fabi­en ABRASSART, Vers la joie, pein­tures de Jean DALEMANS, L’herbe qui trem­ble, 2022, 81 p., 15 €, ISBN : 9782491462109

abrassart vers la joieQua­tre rouleaux pour une marée de mots. Qua­tre rouleaux-chapitres mus par les replis des vagues absentes, peut-être sur les berges de la Mer Morte, aux alen­tours de Qum­rân et qui for­ment l’ossature du dernier recueil de Fabi­en Abras­sart, Vers la joie. Poète dis­cret et exigeant, auteur de qua­tre livres en 20 ans, il sem­ble appro­fondir ici une réflex­ion entamée dans son précé­dent livre, Si je t’oublie, pub­lié en 2017 chez le même édi­teur. Quelle poésie, quels mots pour dire l’atrocité, pour par­ler après l’atroce ? Com­ment repouss­er, repenser le néant avec les mots de la tribu ? Con­tin­uer la lec­ture →

La malle à malices

Roger LAHU et Éric DEJAEGER***, Con­tre tous cha­caux*, A Trib­ute to Bob Morane**, Gros Textes, 2022, 132 p., 8 €, ISBN : 978–2‑35082–512‑0

lahu et dejaeger contre tous chacauxLe ton est don­né… que dis-je ?… upper­cut­té… dès la cou­ver­ture ! Le titre Con­tre tous cha­caux (écho au texte de la chan­son L’aventurier, du groupe Indo­chine) est un pro­gramme en soi, en sus accom­pa­g­né d’un « * » qui ren­voie à une note de bas de page : « Que les puristes ne mon­tent pas sur leurs grands chevals ! ». Rebe­lotte avec le sous-titre et les auteurs : « ** » et « *** » pour « Inter­dit aux moins de 60 ans sauf autori­sa­tion parentale » et « Et/ou inverse­ment ».

Un hom­mage à Bob Morane, donc, mais irrévéren­cieux. Bref, une par­o­die de l’œuvre-phare d’Henri Vernes. Et com­ment s’en éton­ner au vu des pedi­grees des auteurs ? Experts du court et du facétieux, le Français Roger Lahu et le Belge Éric Dejaeger ont œuvré avec humil­ité dans la microédi­tion, la revue, l’humour au fil des décen­nies, zigza­guant entre leurs deux pays et divers édi­teurs (Cac­tus inébran­lable, Car­nets du dessert de lune, etc.). Dans la pré­face d’un ouvrage de Dejaeger (Éla­gage max…, Mem­or, 2001), Jacques Stern­berg le définit comme « un vir­tu­ose de l’ellipse, un rechercheur (…) de la chute finale, du choc imprévu (…) du gag bru­tal ». Con­tin­uer la lec­ture →