Devant soi, vingt ans de bon

Un coup de cœur du Carnet

Ari­ane LE FORT, Par­tir avant la fin, Seuil, 2018, 173 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2021385540

le fort partir avant la finLe précé­dent roman d’Ariane Le Fort datait de 2013, et la lau­réate du Prix Rossel 2003, qui pub­lie avec une cer­taine parci­monie, nous pro­pose chaque fois un tra­vail pré­cis, d’une écri­t­ure retenue et rigoureuse, avec un sens du con­cret le plus réal­iste empreint de tact, de ten­dresse et d’ironie, et un désen­chante­ment qui ne se prive cepen­dant pas du goût de vivre. Par­tir avant la fin qui vient tout juste de paraître au Seuil s’entend dès l’abord à dou­ble entrée, lais­sant penser à une déci­sion de quit­ter cette vie avant sa décrépi­tude ou de rompre une liai­son avant la décep­tion. Et le roman croise en effet et fait se rejoin­dre les deux thé­ma­tiques d’une mère per­dant peu à peu la mémoire mais obstinée à vouloir marcher dans la mer sans s’arrêter pour s’y noy­er, et d’une femme entre deux amours qui a le chic, dit-elle, de rem­plac­er une illu­sion par une autre. Con­tin­uer la lec­ture

Histoire du scandale de Jean Claude Bologne

Jean Claude BOLOGNE, His­toire du scan­dale, Albin Michel, 2018, 304 p., 20,90 €, ISBN : 9782226326584

bologne histoire du scandaleAuteur d’une œuvre impor­tante qui se dif­fracte en romans, réc­its (La Faute des femmes, L’Arpenteur de mémoire, Fer­mé pour cause d’Apocalypse…), en essais (His­toire de la pudeur, Le Mys­ti­cisme athée, His­toire du sen­ti­ment amoureux, His­toire du cou­ple, His­toire du coup de foudre), Jean Claude Bologne inter­roge dans son dernier livre la ques­tion du scan­dale. Dans un ouvrage truf­fé d’érudition, emprun­tant des chemins inédits, il se penche sur ce phénomène tout à la fois moral, socio-poli­tique, religieux en remon­tant à ses orig­ines. Il n’est d’intelligibilité de ce fait, sat­u­rant notre temps, qui ne passe par une mise en per­spec­tive his­torique. Anthro­pologique­ment, dans toute société, ce qu’on nomme scan­dale est à l’œuvre sous une mul­ti­plic­ité de formes (en poli­tique, dans la finance, sous la guise des provo­ca­tions artis­tiques, sur le plan religieux, dans le domaine sex­uel…). Afin de com­pren­dre les scan­dales qui explosent à l’ère de la sur­con­som­ma­tion médi­a­tique — qu’ils touchent les cam­pagnes élec­torales, les politi­ciens, les hommes d’affaires, les créa­tions artis­tiques, les mœurs… —, afin de saisir la portée des lanceurs d’alerte, des femen, il faut en pass­er par un retour aux sources, par le scan­dale de Jésus, de la croix, en référ­er à ceux de Jeanne d’Arc, d’Her­nani. Con­tin­uer la lec­ture

D’une vie à l’autre

Armel JOB, Une femme que j’aimais, Robert Laf­font, 2018, 296 p., 19,5 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782221215449

job une femme que j aimaisLa vie de Claude ne fait pas vrai­ment rêver. Aide-phar­ma­cien de pro­fes­sion, il occupe son temps libre au ciné­ma et en ren­dant vis­ite à sa famille le week-end. Ses par­ents d’une part et surtout, sa tante Adri­enne, quin­quagé­naire au charme indé­ni­able, qui a mar­qué la mémoire de tous les hommes qui ont croisé sa route. Claude lui voue une sorte de culte et, de son côté, elle éprou­ve une grande affec­tion pour son neveu. Leur rela­tion et leurs ren­dez-vous heb­do­madaires ne réjouis­sent pas leur entourage et font jas­er dans la famille. Con­tin­uer la lec­ture

Résidence au Collège européen des traducteurs de Seneffe : appel à candidatures

résidence seneffe

Le col­lège de Sen­effe — Pho­to Françoise Wuil­mart

La Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles a reçu un pro­jet de reprise des rési­dences de tra­duc­tion à Sen­effe pour 2018. Ces rési­dences se dérouleront du 1er août au 31 août 2018. Les tra­duc­teurs du monde entier dis­poseront du temps et du cadre néces­saires à la créa­tion dans un envi­ron­nement idéal : les dépen­dances rénovées du Château de Sen­effe (à 30 min­utes de Brux­elles).

La durée des séjours sera com­prise entre deux semaines (min­i­mum) et un mois (max­i­mum). Con­tin­uer la lec­ture

Se battre, toujours se battre

Isabelle BIELECKI, Les tulipes du Japon, M.E.O., 2018, 238 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0143‑5

bielecki les tulipes du japon.jpgAprès un pre­mier roman Les mots de Russie (éd. E.M.E.), remar­qué par le prix des Amis des Bib­lio­thèques de la Ville de Brux­elles, plusieurs recueils de poésie ain­si que des pièces de théâtre et des nou­velles, Isabelle Bielec­ki pro­pose un deux­ième roman, Les tulipes du Japon, aux édi­tions M.E.O. Le roman d’une femme au par­cours éton­nant à tra­vers lequel le lecteur est en droit de lire des accents auto­bi­ographiques, à par­tir des élé­ments que lui four­nit la qua­trième de cou­ver­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Après la loi de Laurent de Sutter

Un coup de cœur du Carnet

Lau­rent DE SUTTER, Après la loi, PUF, 2018, 272 p., 18 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑13–080144‑3

de sutter apres la loi.jpgDans le sil­lage de Mag­ic, Théorie du kamikaze, Lau­rent de Sut­ter signe avec Après la loi un ouvrage décisif qui révo­lu­tionne la pen­sée du droit. Au fil d’une éru­di­tion au ser­vice d’une inven­tiv­ité con­ceptuelle, il démonte le règne du légal­isme en Occi­dent, analyse la cor­réla­tion étroite entre loi, ordre, rai­son, police et exhume ce que l’empire de la loi a dû étouf­fer pour tri­om­pher : l’invention du droit. Le réel que la loi a for­c­los a pour nom le droit. L’entreprise magis­trale de Lau­rent de Sut­ter sépare deux régimes de pen­sée que l’on se plaît à con­fon­dre : celui de la loi qui, se ten­ant du côté de l’être, de la sanc­tion, du châ­ti­ment, s’arc-boute au sujet humain doté de droits et de devoirs et celui du droit qui, se ten­ant du côté du devenir, de la casu­is­tique, se fonde sur une per­son­ne humaine, ani­male, végé­tale… L’appel à fray­er un au-delà de la loi entend retrou­ver le droit, c’est-à-dire la magie, la jus­tice que le légal­isme a bâil­lon­nées. Le coup de force opéré par la loi con­siste à affirmer que, sans elle, le monde som­bre dans le chaos : seule l’hypothèse d’un désor­dre résul­tant de son absence donne « une jus­ti­fi­ca­tion à l’injustifiable ». Con­tin­uer la lec­ture

Boulevard du polar, édition 2018

boulevard du polar 2018.pngUn livre écrit sur cinq est un polar. Un genre qui n’a cessé de croître en notoriété et pop­u­lar­ité. À Brux­elles, le polar a main­tenant son fes­ti­val. Le Boule­vard du Polar — Sai­son 3 se tien­dra les 13 et 14 avril 2018 à  Bozar, avec un avant-goût dès le 9 avril. sa spé­ci­ficité : il s’ag­it d’un fes­ti­val mul­ti­mé­dia, adossé au BIFFF. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on ramène une bonne dose de réel dans un monde qui se rêverait aseptisé

Éric THÉRER, Le déficit des années antérieures, East­ern Bel­gium at night, 2017, 7 €, 56 p.

therer le deficit des années anterieuresUn con­stat tout d’abord : Le déficit des années antérieures est un objet soigné. Très classe. « Fait mai­son », pour­rait-on dire. Ou du moins ayant les qual­ités de tout objet conçu avec amour. Se parant soudaine­ment d’une aura qui le dis­tingue des autres. Le déficit des années antérieures ne dif­fère pas en cela des autres livres d’Éric Thér­er. Un poète pour­tant qui aime s’af­franchir de la page. Sor­tir ses poèmes du petit monde des livres et des revues, pour nous les dire, assén­er sur scène, entouré de com­pars­es, d’amis musi­ciens élec­tro-con­tem­po­rains. Con­tin­uer la lec­ture

Bibliographie de mars 2018. 2ème partie

Avec la bib­li­ogra­phie bimen­su­elle du Car­net, retrou­vez toutes les pub­li­ca­tions, nou­veautés et réédi­tions, en lit­téra­ture belge.

Une liste établie par Thibault Car­i­on

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Tremblement de frère

Erik SVENMon frère et moi, Mur­mure des soirs, 2018, 126 p., 18€, ISBN : 978–2‑930657–40‑0

À L…, vil­lage en bor­dure de forêt, Colline l’aînée nar­ra­trice et Aubin le cadet sauvageon qui prend sou­vent la tan­gente sont à l’orée de l’adolescence et fusion­nels comme des lis­erons. C’est qu’ils ne peu­vent pra­tique­ment compter que l’un sur l’autre : Édouard, leur père, ne vit que pour ses bull­doz­ers. Josyane, leur mère, som­bre la plu­part du temps dans des migraines qui la ren­dent aigrie ou apathique. Con­tin­uer la lec­ture

Une rencontre au pays de Delvaux

Jean JAUNIAUX, Per­cep­tion de Del­vaux, édi­tion Au Hibou des dunes, 2018, 40 p., 8 €, ISBN : 978–2‑96022128–0‑8

jauniaux perception de delvaux.jpgSous le titre intri­g­ant Per­cep­tion de Del­vaux, une nou­velle de Jean Jau­ni­aux imag­ine une ren­con­tre touchante, un jour d’été, dans le musée de Saint-Ides­bald con­sacré au pein­tre.

Le nar­ra­teur, l’autocariste qui a con­duit un groupe de touristes japon­ais de Bruges à Gand, puis jusqu’à Saint-Ides­bald, et l’accompagne dans sa vis­ite, remar­que une jeune fille qui s’attarde devant chaque tableau, lais­sant s’éloigner ses com­pagnons de voy­age avec leur guide jacas­sant, absorbée par sa con­tem­pla­tion fer­vente. Con­tin­uer la lec­ture

C’est arrivé près de Charleroi

André LALIEUX, Les Bien­heureuses, Édi­tions du Bas­son, 2018, 160 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930582–56‑6

lalieux les bienheureusesCom­ment dit-on un page turn­er en français ? L’histoire des Bien­heureuses com­mence pour­tant en douceur et sans pro­fondeur. Mar­cel Dou­by est un cinquan­te­naire et un fils mod­èle. Telle­ment atten­tif à sa mère qu’il préfère rester chômeur. Ain­si per­met-il à maman de le dor­lot­er tout son soûl. « Mer­cre­di, c’est le jour des boulettes sauce tomate, frites. Elle les pré­pare super bien et je ne veux pas rater ça. » Con­tin­uer la lec­ture

Le désarroi et la maraude

William CLIFF, Au Nord de Mogador, Le Dilet­tante, 2018, 124 p., 15 €, ISBN : 978–2‑84263–931‑0

cliff au nord de mogadorPeut-être ses lecteurs seront-ils un peu déçus par le dernier recueil de W. Cliff, au style et aux con­tenus plus prosaïques que jamais. Davan­tage encore que dans ses livres précé­dents, l’au­teur prend à bras le corps l’or­di­naire de la vie en évi­tant toute espèce d’embellissement. Pour la plu­part, les textes pren­nent – ou sem­blent pren­dre – leur source dans une anec­dote vécue per­son­nelle­ment, laque­lle devient matière à réflex­ion sinon à médi­ta­tion général­isante. Le para­doxe, c’est qu’ils adoptent la forme de poèmes, ver­si­fiés selon une métrique générale­ment régulière : déca­syl­labes, alexan­drins, hep­ta­syl­labes, etc., avec recours à l’as­so­nance plutôt qu’à la rime. Il en résulte une ten­sion con­stante, car­ac­téris­tique de l’écri­t­ure cliffi­enne, entre le poé­tique et le prosaïque : le pre­mier n’est là que pour tran­scen­der le sec­ond, le sauver de l’in­signifi­ance, lui don­ner relief et intérêt. C’est ain­si qu’au fil des pages sont évo­qués telle auditrice hau­taine, une panne d’élec­tric­ité, le chant d’un oiseau, le soleil print­anier, cha­cune de ces expéri­ences devenant l’oc­ca­sion de con­tre­car­rer, sans exal­ta­tion super­flue, la pesante banal­ité de la vie. De même, l’on note une curieuse insis­tance sur le motif du repas, acte d’une par­faite quo­ti­di­en­neté, mais assor­ti en l’oc­cur­rence d’une valeur pos­i­tive et même sal­va­trice. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on suit joyeusement au gré des vagues des bouteilles jetées à la mer

Lau­rence VIELLE, Domo de Poezia (Bouteilles à la mer ), livre + CD, PoezieCen­trum et Mael­strÖm, 2018, 194 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87505–300‑8

vielle domo de poezia.jpgEnvie de pren­dre la vie en main ? La vôtre et celle des autres ? Ten­té, ten­tée, depuis longtemps, par les ini­tia­tives citoyennes, les rap­proche­ments, les liens soci­aux à resser­rer ? Marre du dép­ri­mant TINA, du gris ambiant dans les têtes ? Envie de posi­tif et de joie ? Désir fou d’être regon­flé, de sourire à nou­veau ? Pour sûr, il n’y a pas que le film Demain pour faire pétiller. On peut aus­si s’im­merg­er dans la poésie résol­u­ment pos­i­tive, amoureuse de la vie et des ren­con­tres, dans la poésie éminem­ment « sociale » et socié­tale de Lau­rence Vielle. Parce que Lau­rence Vielle a décidé, une fois pour toutes, de laiss­er au plac­ard ses petits ou grands prob­lèmes d’ego – ses soucis de gnêgnêtre comme a dit une fois Jean-Pierre Ver­heggen –, d’être généreuse, de pren­dre à bras le corps les ques­tions du « vivre ensem­ble » et du « bien vivre », de con­sid­ér­er la poésie, le fait d’écrire la poésie, comme un acte social, une façon d’ac­com­pa­g­n­er les ques­tions qui tra­versent ou tarau­dent bon nom­bre d’en­tre nous. Con­tin­uer la lec­ture

Jeanne Moreau chante des poèmes de Norge

Un coup de cœur du Carnet

Jeanne More­au chante Norge, album de deux vinyles et un CD, réal. Françoise Canet­ti, Pro­duc­tions Jacques Canet­ti, 2018, 19.99 €, Réf. PJC 503969.
moreau jeanne moreau chante norgeDe Jeanne More­au, on sait qu’elle fut une grande comé­di­enne et une femme cul­tivée. Plus dis­crète, sa car­rière de chanteuse tient en six albums, dont deux morceaux au moins sont célèbres : Le tour­bil­lon de la vie et J’ai la mémoire qui flanche, sur des textes et par­ti­tions de Cyrus Bassi­ak, alias Serge Rez­vani. La pre­mière chan­son fut insérée par François Truf­faut dans Jules et Jim en 1962, la sec­onde fig­ure sur un disque édité en 1963 par Jacques Canet­ti, qui avait fait con­naitre des artistes tels que Boris­Vian, Léo Fer­ré, Georges Brassens ou Ray­mond Devos. D’autres albums suiv­ront en 1966, 1967, 1969. Tour­nages et enreg­istrements, toute­fois, n’empêchent pas l’ac­trice de s’adon­ner à la lec­ture, un de ses loisirs favoris. En 1978, Jacques Canet­ti lui apporte les Œuvres poé­tiques 1923–1973 de Norge, fraiche­ment rééditées par Pierre Seghers. Elle s’en­t­hou­si­asme aus­sitôt pour ces poèmes incisifs, sonores, savoureux, avec une préférence pour les recueils de 1949 à 1973 : Les râpes, Famines, Le gros gibier, La langue verte, etc.  « Ses poèmes m’ont paru sim­ples, évi­dents, avec des mots qui allaient droit au cœur…  J’ai eu envie de les dire puis d’en faire des chan­sons pour un disque. Cer­taines sont drôles ou cru­elles, d’autres ten­dres, agres­sives, humoris­tiques », dira-t-elle plus tard aux jour­nal­istes, ajoutant que cette poésie véhicule « le besoin d’amour, la rage créa­trice, la cru­auté de la vie, le goût du néant, l’e­spérance d’un idéal, le dérisoire état de l’homme. »


Lire aus­si : “Norge mis en chan­sons” (Textyles n° 26–27, 2005)


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Prix littéraires : Odile d’Oultremont et Bernard Quiriny multi-finalistes

 

odile doultremont

Odile d’Oul­tremont

Les déraisons, pre­mier roman d’Odile d’Oul­tremont, paru cet hiv­er aux édi­tions de L’Ob­ser­va­toire, fig­u­rait déjà dans la pre­mière sélec­tion du prix de la Closerie des lilas. Le livre pour­suit depuis lors son par­cours remar­qué, puisqu’il est à présent en lice pour deux autres prix lit­téraires.


Lire aus­sinotre recen­sion des Déraisons


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