Archives par étiquette : Bruxelles

La fièvre révolutionnaire

Philippe BRANDES,En ce qui con­cerne Alexan­dre, Accro, 2022, 361 p., 22 €, ISBN : 9782931137048

brandes en ce qui concerne alexandreAlexan­dre More­au est un jeune homme qui désire effectuer des études d’architecture à l’académie de l’Ouvroir. Mal­gré la dés­ap­pro­ba­tion de son père, inqui­et de la répu­ta­tion lib­er­taire de l’école, le héros se lance à cœur per­du dans son cur­sus, porté par des pro­fesseurs pas­sion­nants et les man­i­fes­ta­tions estu­di­antines de gauche qui ont ponc­tué les années 1970 à Brux­elles.

Alexan­dre est un pas­sion­né : il met en place des pro­jets avant-gardistes et provo­ca­teurs afin de lut­ter con­tre l’urbanisation inquié­tante de la cap­i­tale dic­tée par les intérêts poli­tiques et financiers. Il entre dans la vie active en devenant assis­tant à l’académie et en s’installant avec sa copine Véronique, mais il prend rapi­de­ment con­science de son malaise dans une vie rangée : l’amour libre mar­quera désor­mais sa vie affec­tive, au point que le compte de ses con­quêtes devient dif­fi­cile. Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du miroir

Aliénor DEBROCQ, Mai­son miroir, Rouer­gue, coll. « La Brune », 2022, 304 p., 21 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782812623509

debrocq maison miroir« Rose passe la plu­part de ses journées chez elle. Avant, elle y rece­vait aus­si ses clients, mais elle a mod­i­fié ses habi­tudes depuis que la mai­son voi­sine est dev­enue une boîte à déci­bels. Elle n’ose plus accueil­lir per­son­ne, se sent prise en otage du vacarme, guette avec crainte le retour de la mar­maille, comme la nomme son mari. Dès que la petite troupe bar­i­olée passe le por­tail et s’engouffre à côté, Rose sait que le tin­ta­marre va tra­vers­er les murs. Finie, la tran­quil­lité. » Tel est le quo­ti­di­en sonore de cette quadra bour­geoise­ment instal­lée au creux d’un quarti­er vert de la ban­lieue brux­el­loise. Avant, le calme rég­nait. Avant, Rose ne se claque­mu­rait pas non plus chez elle. Elle menait une car­rière d’architecte con­scien­cieuse, d’épouse établie, de mère atten­tive à sa Boucles d’Or. Elle avançait sans se pos­er (trop) de ques­tions, suiv­ant le mou­ve­ment, inter­agis­sant par­faite­ment. Cer­tains trou­bles la tra­ver­saient bien enten­du ; ils demeu­raient juste assez inof­fen­sifs quant à la sta­bil­ité des fonde­ments de son exis­tence. Mais avant, Rose n’avait pas per­du son bébé ni subi de cure­tage, et n’était pas encore cette présence d’éther détachée du monde et pour­tant douloureuse­ment con­sciente de ses priv­ilèges. Avant, tout était moins déli­cat, et plus silen­cieux. Con­tin­uer la lec­ture

Le cœur grenadin

Pierre ANDRÉ, Elle s’appelait Lucía, Gras­set, coll. « Le courage », 2022, 174 p., 17 €, ISBN : 978–2‑246–82797‑9

andré elle s appelait lucia« Tout a déjà été dit, mais pas par moi » : tel aurait pu être le leit­mo­tiv de Pierre André lorsqu’il écrivait son pre­mier roman, Elle s’appelait Lucía. Le livre, qui parait aujourd’hui dans l’élégante col­lec­tion « Le courage » (dirigée par Charles Dantzig) des édi­tions Gras­set, racon­te une his­toire éter­nelle – celle d’un ravisse­ment amoureux. Con­tin­uer la lec­ture

Le livre à la fête en mars

La Foire du livre est annulée, mais le mois de mars sera résol­u­ment lit­téraire. Plusieurs ini­tia­tives invi­tent le pub­lic à — enfin — se retrou­ver, à échang­er et (s’)offrir des livres. Con­tin­uer la lec­ture

Subversion vs Subvention

Éric VAN ESSCHE (dir.), ®évo­lu­tions du Street Art, CFC, 2021, 288 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87572–071‑9

van essche (r)evolutions du street artPhiladel­phie, années 60, les pre­miers graf­fi­tis appa­rais­sent sur les murs de la ville.

Févri­er 2022, un musée brux­el­lois expose de nom­breux artistes urbains issus de ses col­lec­tions.

Entre les deux, que s’est-il passé ?

Dans le métro, sur les volets bais­sés, dans les zones gris­es, sur les murs des écoles, dans les galeries d’art, sur les tee-shirts, dans les toi­lettes, sur les paque­ts de bis­cuits, au musée, dans les gares… Les graf­fi­tis sont partout.  Con­tin­uer la lec­ture

Célestin de Méeûs donne le droit de foutre le camp

Un coup de cœur du Car­net

Célestin de MÉEÛS, Cav­ale russe, Cheyne, 2021, 80 p., 17 €, ISBN : 978–2‑84116–309‑0

de meeus cavale russeBrux­elles, un « vieux ven­dre­di d’avril », un vingt-qua­tre. Célestin de Méeûs prend la tan­gente pour une cav­ale russe qu’il effectue à rebours de Cen­drars – s’ex­pul­sant du petit pays dont il « n’a jamais voulu rien savoir » pour se fich­er, telle une épin­gle sur une carte, à Vladi­vos­tok. C’est des con­fins de la Russie, du plus extrême est, qu’il entre­prend alors un retour vers Ostende et vers l’aimée. Gar­di­en d’une pho­togra­phie d’elle qu’il « criblera de doigts », c’est à elle qu’il s’adresse dans ce long poème démon­trant que le souf­fle peut ne jamais mourir, déroulant implaca­ble­ment des vers d’une exigeante soif de justesse. Con­tin­uer la lec­ture

Bagarre devant la discothèque

Patrick PARMENTIER, La tra­jec­toire du papil­lon, Mem­o­ry, 2021, 20 €, ISBN : 9782874133589

parmentier la trajectoire du papillonUne rixe à la sor­tie d’une boîte de nuit brux­el­loise tourne mal. Une bande de jeunes a pris à par­tie un homme âgé mal fagoté qui pas­sait par là. Bous­culé mal­gré son air impas­si­ble qu’ils ont pris pour du dédain, l’homme s’est écroulé et il a été roué de coups de pieds. Il est lais­sé pour mort par la bande qui s’enfuit. Ser­gio, qui a don­né le tem­po de l’attaque, file vers son domi­cile et décide de dis­paraître. Véhiculé par un voisin, puis pris en charge par son oncle Alec, il trou­ve refuge dans une famille d’agriculteurs fla­mands qui le fait pass­er pour un neveu. Là, il attend de se faire oubli­er et apprend le tra­vail de la ferme et le néer­landais. Con­tin­uer la lec­ture

Schuiten et Peeters : lettre à Bruxelles, la survivante

Un coup de cœur du Car­net

François SCHUITEN, Benoît PEETERS, Brux­elles. Un rêve cap­i­tal, Cast­er­man, 2021, 128 p., 29 €, ISBN : 978–2‑203–22977‑8

schuiten peeters bruxelles un reve capitalQuand l’hommage à une ville jail­lit de l’imaginaire, de la sen­si­bil­ité d’un duo de créa­teurs ayant mar­qué le neu­vième art de leur empreinte, l’enchantement est au ren­dez-vous. Dans le somptueux ouvrage Brux­elles. Un rêve cap­i­tal, François Schuiten et Benoît Peeters opèrent un glis­san­do de Brüsel des Cités obscures à la cap­i­tale Brux­elles approchée sous la forme d’une balade archi­tec­turale, his­torique et onirique. Au fil d’une prom­e­nade résol­u­ment sub­jec­tive, les auteurs nous entraî­nent dans un réc­it con­stru­it sur des por­traits de lieux (la Grand-Place, le Palais de Jus­tice, la Porte de Hal, le Palais Sto­clet, le Musée Wiertz, la Mai­son Autrique…), de per­son­nages (les archi­tectes Joseph Poe­laert, Vic­tor Hor­ta, Hen­ry Van de Velde, l’archiviste Paul Otlet et son Mun­da­neum…) et d’événements (ponctuels et irréversibles : le voûte­ment de la Senne, la Jonc­tion Nord-Midi, choix de Brux­elles comme cap­i­tale de l’Europe…). Con­tin­uer la lec­ture

La nef des bannis

Marc MEGANCK, Van Kroetsch 4 : Les faire taire à jamais, Lamiroy, 2021, 207 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–494‑7

meganck van kroetsch les faire taire a jamaisImag­inez un immeu­ble d’une dizaine d’étages dans lequel sont con­signées des per­son­nes mis­es au ban de la société pour des dél­its vari­ables. Une for­mule inter­mé­di­aire entre la prison telle que nous la con­nais­sons et une forme d’assignation à rési­dence, avec des con­trôles de présence le matin et le soir, des pos­si­bil­ités de sor­ties néces­si­tant des démarch­es com­pliquées. C’est dans ce monde por­tant le doux nom de Cimetière des éléphants que nous entraîne ce roman placé sous le regard de Van Kroetsch, un détec­tive lui-même rési­dent, qui mène l’enquête suite au décès du veilleur de nuit et dont ce n’est pas la pre­mière appari­tion sous la plume de l’auteur. Con­tin­uer la lec­ture

Déplacements et floraison

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine GUINARD, Autour de B., avec des pho­togra­phies de France Dubois, Unic­ité, 2021, 13 €, ISBN : 978–2‑37355–580‑6

guinard autour de b« […] et rien ne pour­rait rivalis­er mal­gré le poids du ciel et le chaos des routes, avec l’aptitude sin­gulière à creuser insen­si­ble­ment le sil­lon du renou­veau – la fraîcheur de l’eau du nord et l’entrebâillement des langues, des esprits et des corps tra­ver­sés même loin des côtes par l’eau salée. »

Après son dernier recueil poé­tique, le mer­veilleux Sténopé (édi­tions Unic­ité), Chris­tine Guinard nous revient avec un autre tout aus­si mer­veilleux (et très dif­férent) recueil, Autour de B., paru aux mêmes édi­tions. La qua­trième de cou­ver­ture développe le con­texte de l’écriture : « Autour de B. évoque le retrait inquié­tant mais splen­dide dans Brux­elles au print­emps 2020, entre déam­bu­la­tion intérieure et avène­ment d’une flo­rai­son lux­u­ri­ante. » Si le recueil est donc pleine­ment con­tex­tu­al­isé, il acquiert pour­tant, comme tou­jours chez Chris­tine Guinard, une dimen­sion intem­porelle. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire orageuse de James Ensor

Vin­cent DELANNOY, James Ensor à Brux­elles, Sam­sa, 2021, 146 p., 19 €, ISBN : 978–2875933102

delannoy james ensor a bruxellesMet­tre en lumière les rap­ports qui se sont tis­sés entre James Ensor (1860–1949) et Brux­elles, alors qu’on ancre volon­tiers le pein­tre à Ostende, c’est le pro­pos du livre de Vin­cent Delan­noy James Ensor à Brux­elles.

Ori­en­té tout jeune vers la pein­ture par son père (ce qu’il gardera tou­jours par dev­ers lui, pro­fes­sant une fois pour toutes qu’il ne doit rien à per­son­ne), for­mé à l’Académie des Beaux-Arts de Brux­elles, s’il tra­vaille avec ardeur dans son ate­lier d’Ostende, c’est dans la cap­i­tale qu’il noue des con­tacts déter­mi­nants pour sa car­rière artis­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Des gouttes de poésie dans le métro bruxellois

image de métro

Image par Shutterbug75 de Pix­abay

Le romanci­er Gré­goire Polet, en parte­nar­i­at avec la Stib et les AML, a imag­iné une inter­ven­tion poé­tique et bilingue, lancée ce ven­dre­di 16 juil­let dans les sta­tions du métro brux­el­lois. Con­tin­uer la lec­ture

« Ceci n’est pas un Maigret »

Nadine MONFILS, Les folles enquêtes de Magritte et Geor­gette. Nom d’une pipe !, Robert Laf­font, coll. « La bête noire », 2021, 296 p., 14,90 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑221–25020‑4

monfils les folles enquetes de magritte et georgetteAh ! comme il doit se réjouir René Magritte là-bas au milieu de ses ouates de nuages qui nav­iguent allè­gre­ment dans un ciel bleu, d’être devenu, le détec­tive chargé (par lui-même) d’élucider une série de meurtres que Nadine Mon­fils nous racon­te dans ce pre­mier roman polici­er de la série « Les Folles enquêtes de Magritte et Geor­gette ». On annonce déjà – pour juin – une deux­ième enquête qui se déroulera à Knokke, Nom d’une pipe ! se déroulant pour l’essentiel à Brux­elles. Il y a fort à pari­er que notre Belge de Mont­martre ne s’arrêtera pas en si bon chemin et que, Geor­gette et René, avec leur chien  Loulou revien­dront dans de nou­velles aven­tures ! Con­tin­uer la lec­ture

Palimpsestes de pignonnistes

Michel LAUWERS, Kennedy et le dinosaure, Roman, Mur­mure des Soirs, 2021, 259 p., 20 €, ISBN : 9782930657653

lauwers kennedy et le dinosaureCe roman de Michel Lauw­ers, Kennedy et le dinosaure, entraîne lecteurs et lec­tri­ces dans une dou­ble enquête : famil­iale et crim­inelle, intime et his­torique, à par­tir d’un reportage sur le pat­ri­moine brux­el­lois, ancêtre du street art : les pub­lic­ités peintes à la main sur les murs des bâti­ments de la ville au siè­cle précé­dent par des artistes mécon­nus, les pignon­nistes. Con­tin­uer la lec­ture

« L’erreur d’une vie. La vie d’une erreur »

Pierre MERTENS, Les éblouisse­ments, Seuil, coll. « Points », 2021, 475 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑7578–8509‑3

mertens les éblouissementsPour son cinquan­tième anniver­saire, la col­lec­tion “Points” pro­pose la réédi­tion de titres qui ont ponc­tué son his­toire. Le roman de Pierre Mertens, Les éblouisse­ments, y trou­ve sa place. Il s’est vu attribuer le prix Médi­cis en 1987.

Le roman met en scène le poète alle­mand Got­tfried Benn, né en 1886 et mort en 1956. Con­sid­éré comme un des écrivains majeurs de la lit­téra­ture alle­mande du 20e siè­cle, défen­dant à par­tir des années 1910 une esthé­tique expres­sion­niste, il s’est cepen­dant four­voyé briève­ment en 1936, affir­mant si pas des sym­pa­thies du moins une tolérance à l’égard du régime nazi dont il est quelque temps « com­pagnon de route ». Bien vite il revient sur cette erreur, mais il sera renié autant par les autorités que par ceux de ses pairs en lit­téra­ture qui, eux, ont choisi l’exil pour lut­ter con­tre la dic­tature nazie. Benn est donc cen­suré, voué au silence avant d’être recon­sid­éré après la Sec­onde Guerre par les jeunes écrivains de ce que l’on a appelé la généra­tion de « l’année zéro » qui redé­cou­vrent la per­ti­nence et la ful­gu­rance de son œuvre, mais le ques­tion­nent aus­si sur les raisons de son aveu­gle­ment pas­sager. Con­tin­uer la lec­ture

“La fantastique histoire de Jewish Rebel et Muslim Monster”

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève DAMAS, Jacky, Gal­li­mard, 2021, 159 p., 14,50 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑07–292456‑9

damas jackyIbrahim a 18 ans. À l’âge où la plu­part pré­par­ent leur avenir, lui ne fait pas de pro­jet. Il ne croit plus en rien depuis qu’il est allé Là-bas. Là-bas, cet endroit dont il ne faut pas par­ler, où il est par­ti sans prévenir et d’où, par chance, sa mère l’a ramené. Là-bas, c’est la Syrie. S’il en est revenu, son esprit est mar­qué par l’horreur et son quo­ti­di­en par les règles qui enca­drent son retour à Brux­elles. Con­tin­uer la lec­ture