Archives par étiquette : extrait sonore

Adolescences irl (in real life)

Un coup de cœur du Car­net

Mathilde ALET, Sexy Sum­mer, Flam­mar­i­on, 2020, 191 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑0815–0245‑1

mathilde alet sexy summer flammarionJuli­ette, 14 ans, est élec­tro­hy­per­sen­si­ble. En résumé, les ondes la ren­dent malade. C’est pourquoi ses par­ents ont décidé de quit­ter Brux­elles pour une « zone blanche » arden­naise. De manière moins poé­tique, on dirait un « trou per­du ». Entre deux années sco­laires, les voilà donc qui débar­quent tous les trois à Var­queville. Con­tin­uer la lec­ture

La musique entêtante des souvenirs

Michel LAMBERT, Je me retourn­erai sou­vent, Pierre Guil­laume de Roux, 2020, 208 p., 18 €, ISBN : 978–2‑36371–327‑8

Un mys­térieux cou­ple sans réelle attache se sépare au lende­main de la mort de l’écrivain Sam Shep­ard. Matthieu, qui a décidé ne plus pronon­cer un mot, par­court les quartiers de son enfance en taxi et laisse défil­er les kilo­mètres, le temps et les sou­venirs. À Prague, Samy, un marc­hand d’art, est paralysé par une peur sournoise. À la mort de leur mère, deux frères et une sœur se retrou­vent après de nom­breuses années sans s’être vus. L’évocation du chanteur Arno ramène à l’esprit d’un comé­di­en une cer­taine Shirley, une anci­enne con­quête faite de tristesse et de soli­tude. Bob donne ren­dez-vous à une femme et deux jeunes per­son­nes devant la mai­son de Lord Byron qu’il admire par­ti­c­ulière­ment et les accom­pa­gne en voiture jusqu’à Paris. Thomas, envoyé à La Havane pour cou­vrir le cinquan­tième anniver­saire de la mort d’Ernest Hem­ing­way, tombe, par le plus grand des hasards, sur une anci­enne amie. Paul retourne dans la rue de son enfance, passe devant la mai­son du den­tiste Gontcharov et se sou­vient du mal­heur qui a frap­pé cette famille d’exilés. Con­tin­uer la lec­ture

La guérilla poétique de Timotéo Sergoï

Tim­o­téo SERGOÏ, Apoc­ap­i­talypse, Ter­ri­toires de la Mémoire, 2020, 87 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930408–45‑3

Cinq par­ties divisées cha­cune en douze déchirures, douze lames, douze éclats, douze failles frac­turant le tis­su du monde, la car­togra­phie d’un monde avalé dans l’immonde : par­tant d’une ques­tion lim­i­nale « Où en sommes-nous ? », le recueil poé­tique Apoc­ap­i­talypse inter­roge la place de la poésie, du poète, leur con­nex­ion avec une insoumis­sion native. Écrivain, poète (Le tour du monde est large comme tes hanch­es, Le diag­o­naute amouraché, La soli­tude du marin dans la forêt, Blaise Cen­drars, brasi­er d’étoiles filantes…), comé­di­en, mar­i­on­net­tiste, voyageur, Tim­o­téo Ser­goï se place au point de ren­con­tre entre poésie et révo­lu­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Deux mille signes par jour avec Lily

Un coup de cœur du Car­net

Aliénor DEBROCQ, Cent jours sans Lily, ONLiT, 2020, 181 p., 17 €, ISBN : 9782875601216

Cent jours sans Lily : dès le titre, Aliénor Debrocq annonce la couleur. Elle ne cessera de le faire au cours de son nou­veau roman, hors normes, qui séduira les lecteurs et lec­tri­ces, dont je suis, qu’interpellent les démarch­es lit­téraires aux con­struc­tions nar­ra­tives inédites. Jour­nal­iste et pro­fesseure de lit­téra­ture con­tem­po­raine, l’autrice y établit un pacte d’écriture — et donc de lec­ture — avec son lec­torat. Con­tin­uer la lec­ture

Récits du monde végétal

Chris­tine VAN ACKER, L’en vert de nos corps, Pré­face de Vin­ciane Despret, Arbre de Diane, coll. « La tortue de Zénon », 2020, 228 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930822–15‑0

Pour évo­quer le monde végé­tal que le savoir dom­i­nant de l’Occident a ignoré pen­dant des siè­cles, Chris­tine Van Ack­er a choisi de nouer deux reg­istres, ceux de la poésie et de la sci­ence jusqu’à brouiller leurs fron­tières, mon­trant l’artificialité des découpes entre champs de con­nais­sance. Livre-jardin, livre-forêt, ryth­mé par un essaim de cita­tions qui pollinisent le texte, L’en vert de nos corps nous fait pénétr­er dans les mélodies du végé­tal. Par les sens et les ver­tus de l’écoute, en col­lant l’oreille au tronc des grands silen­cieux, en prê­tant atten­tion aux fleurs, aux arbres, aux légumes, non pour ce qu’ils nous pro­curent comme bien­faits mais pour eux-mêmes. Con­tin­uer la lec­ture

Le secret d’une vie

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie SKOWRONEK, La carte des regrets, Gras­set, 2020, 144 p., 16 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑246–82151‑9

Dans ses romans précé­dents, Nathalie Skowronek explo­rait l’histoire de sa famille, à la recherche de ce qui pour­rait expli­quer ces des­tins sin­guliers.


Lire aus­si : Nathalie Skowronek, une iden­tité à tra­vers les con­flits (C.I. 199)


La carte des regrets représente un tour­nant et une nou­velle voie. Ici, point d’histoire per­son­nelle mais la créa­tion d’une fic­tion où l’on retrou­ve cepen­dant  l’idée qui tra­ver­sait les autres livres et sin­gulière­ment Max, en apparence : quelle est la part de mys­tère de quelqu’un que l’on croit con­naître ?

Véronique Ver­bruggen est trou­vée morte sur un sen­tier des Cévennes. Mais qui est-elle vrai­ment ? Elle est éditrice, spé­cial­isée dans la pub­li­ca­tion de livres sur les petits maîtres de la pein­ture, et à la fin du roman l’on com­pren­dra les raisons de ce choix. Con­tin­uer la lec­ture

C’était sait

Edgar KOSMA, #VivreAuVingtE­tU­nième­Siè­cle, Arbre à paroles, 2019, 113 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–688‑7

Same­di soir, lors de dédi­caces chez Home Frit’ Home, librairie-galerie-bou­tique du sur­réal­isme et micro-musée de la frite à For­est, Edgar Kos­ma m’accueille avec douceur et sim­plic­ité. Il a man­i­feste­ment l’habitude de recevoir un incon­nu venu de nulle part. Et d’emblée, il absorbe les ques­tions d’un regard pro­fond dans celui de son inter­locu­teur. De temps en temps, son champ de vision s’élargit et part pas mal loin pen­dant qu’il répond. Con­tin­uer la lec­ture

Trois petits tours et puis s’en vont…

Un coup de cœur du Car­net

Aïko SOLOVKINE, Rodéo, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 220 p., 8.50 €, ISBN : 978–2‑87568–482‑0

Le roman Rodéo d’Aïko Solovkine, bien que salué par les cri­tiques lors de sa pre­mière pub­li­ca­tion en 2014 chez Fil­ip­son et récom­pen­sé par le prix de la Pre­mière œuvre de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles en 2016, avait con­tin­ué de cir­culer dans une com­mu­nauté restreinte de lecteurs. Sa deux­ième édi­tion est un événe­ment atten­du, tant il est évi­dent que le réc­it de cette jeune autrice n’avait pas eu alors la vis­i­bil­ité qu’il méri­tait. Aug­men­té d’une post­face, comme c’est tou­jours le cas dans la col­lec­tion Espace Nord, ce roman met en scène les actions d’une jeunesse mâle oubliée dans une région rurale belge délais­sée. Con­tin­uer la lec­ture

Bruxelles, section criminelle

Anne-Cécile HUWART, Mourir la nuit, Onlit, 2019, 252 p., 18 € / ePub : 6 €, ISBN : 978–2‑87560–114‑8

S’il est un domaine de la vie que l’on con­naît essen­tielle­ment par la fic­tion, c’est bien celui de la crim­i­nal­ité. On est nour­ri de romans policiers, de films noirs, crim­inels, de séries télévisées, téléchargées ou en flux dif­fusées, de Faites entr­er l’accusé… On absorbe les gestes (la ges­tic­u­la­tion par­fois) des enquê­teurs, les tech­niques sci­en­tifiques, les procé­dures judi­ci­aires au point de finir par les croire vrais alors qu’ils ne sont que vraisem­blables (et encore…), qu’ils sont nour­ris autant par leur pro­pre mytholo­gie que par la réal­ité du ter­rain. Davan­tage ? Qu’en sait-on vrai­ment ? Pour dépass­er la fic­tion, Anne-Cécile Huwart, jour­nal­iste spé­cial­isée dans les affaires judi­ci­aires, la san­té, l’enseignement, le social est allée observ­er au plus près l’instruction des crimes. Puis elle l’a racon­tée au plus juste, « de l’intérieur, sans voyeurisme, dans le respect de l’instruction et de la dig­nité des vic­times et de leurs proches. » In fine, out­re le fait qu’il n’y ait héroï­sa­tion ni de la police ni des crim­inels, le plus éton­nant est le rap­port au temps : rien ne va vite. Entre le moment où le meurtre est com­mis et l’énoncé du ver­dict, il se passe des années. Anne-Cécile Huwart a respec­té cette tem­po­ral­ité lente. Elle a mené son tra­vail minu­tieuse­ment, au long cours. Son enquête a duré près de six ans. Un temps que per­met le livre et que ne souf­frent pas les médias et les réseaux soci­aux. Con­tin­uer la lec­ture

Entre douceur et mélancolie

Jean JAUNIAUX, Bel­giques, Ker, 2019, 124 p., 12 € / ePub : 5.99 €, ISBN : 978–2‑87586–254‑9

Nou­velles, sou­venirs, évo­ca­tions : les textes de Jean Jau­ni­aux, réu­nis sous le titre Bel­giques, égrè­nent sen­ti­ments, impres­sions, humeurs, couleurs.

On par­ticipe à l’exaltante, foi­son­nante pré­pa­ra­tion d’une série d’émissions his­toriques con­sacrées à la Révo­lu­tion de 1830 dont la télévi­sion entendait com­mé­mor­er, en sep­tem­bre 1980, les cent cinquante ans. Épisode décisif dans la vie de Jean Jau­ni­aux, fraîche­ment sor­ti de l’INSAS, que l’un de ses pro­fesseurs lance dans cette aven­ture. « C’est là que sur­git dans ma vie le mir­a­cle de la Révo­lu­tion de 1830. » L’horizon s’ouvre et, avec lui, la chance de pou­voir ren­con­tr­er — et col­la­bor­er avec — des per­son­nal­ités tels Jacques Cog­ni­aux, Jacques Bré­dael, Armand Bache­li­er… Un pre­mier con­trat d’emploi s’apparentait ici à un moment de grâce. (Une journée hors norme) Con­tin­uer la lec­ture

La rivière entre en crue ! C’est cuit pour nous !

Dominique MASSAUT, Débor­de­ments, Mael­ström, 2019, 81 p. + CD Audio, 15€, ISBN : 978–2‑87505–321‑2

La Laï­ta est une riv­ière bien con­nue des Fin­istériens, qui coule du côté de Quim­per­lé. Ce sont en quelque sorte ses rives qui enser­rent le nou­veau texte de Dominique Mas­saut. Aber textuel et sonore qui gronde, qui jute son trop plein de déjec­tions. Comme la riv­ière débor­de, soumise aux défer­lantes des élé­ments et des hommes, le texte ici défer­le et se révolte. Un ras(z)-le-bol maré­mo­teur pour l’auteur qui vole dans les plumes des pigeons si peu voyageurs. Mas­saut dézingue, à coups de mots-valis­es, d’onomatopées, de « phar­ma-con-trepètries », les dérives aguicheuses et con­som­ma­tri­ces de notre société « algo­rith­mée ». Con­tin­uer la lec­ture

Intensité scalpel

Un coup de cœur du Car­net

Maud JOIRET, Cobalt, Tétras Lyre, coll. « Lyre sans borne », 2019, 50 p.,12 €, ISBN : 978–2‑930685–47‑2

 « Je suis atom­isée. »

Dans ce pre­mier opus que signe Maud Joiret aux édi­tions Tétras Lyre, la poétesse ne croque pas la vie à pleines dents : elle y mord com­plète­ment, armée jusqu’aux dents. Jusqu’aux traces. Jusqu’à l’hématome. Dehors ça blesse, c’est étouf­fant et, sur la chair de l’âme, ça devient bleu. Dedans ça vit, ça étouffe et, dans les mains, ça devient cobalt. Con­tin­uer la lec­ture

Ekphrasis

Théo CASCIANI, Rétine, P.O.L., 2019, 284 p., 19,90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑8180–4743‑9

Rétine, pre­mier roman de Théo Cas­ciani paru aux édi­tions P.O.L., séduira ceux et celles qui aiment sor­tir des sen­tiers bat­tus. Ce roman est d’abord un con­cept : ren­dre compte d’un univers essen­tielle­ment artis­tique à tra­vers le seul prisme du regard.

Les titres des dif­férents chapitres, comme celui du livre, en dis­ent long dans leur brièveté : Expo­si­tion / Images / Regard / Optogramme. Tout com­mence au Japon, au print­emps bien sûr, que l’auteur con­naît man­i­feste­ment bien. Le nar­ra­teur débar­que au Musée pré­fec­toral de Hyō­go à Kyoto pour par­ticiper au cat­a­logue et à la mise en place d’une expo­si­tion de l’artiste DGF (com­prenez : Dominique Gon­za­lez-Foer­ster, jamais citée comme telle dans le roman. Artiste et réal­isatrice française, née en 1965, DGF, qui réside à Paris et Rio de Janeiro, a une œuvre d’envergure inter­na­tionale). Expo­si­tion inti­t­ulée… Rétine. Par­al­lèle­ment à ce tra­vail, le nar­ra­teur com­mu­nique par écran inter­posé avec son amie Hit­o­mi, instal­lée à Berlin pour un cours… d’histoire de l’art. Tout se tient. Quand le lecteur la décou­vre, elle est nue. Muette. Théo Cas­ciani la décrit comme il le ferait d’une sculp­ture. Il a tro­qué le pinceau pour le clavier, mais il se lance dans un exer­ci­ce de style pré­cis, con­cis, détail­lé où la descrip­tion prime. Une per­for­mance sur une autre per­for­mance, mise en scène par Hit­o­mi avec l’apparition d’un chat qu’elle a teint en rouge. « Hit­o­mi n’était plus qu’une image ». Con­tin­uer la lec­ture

Tu es né pour ne pas vivre

Gil BARTHOLEYNS, Deux kilos deux, Lat­tès, 2019, 300 p., 19.90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑7096–6335‑9

Deux kilos deux ren­ferme tous les ingré­di­ents du pre­mier roman réus­si : de l’originalité, de l’audace, du style ; des défauts aus­si, ceux dont on dira qu’ils sont « de ses qual­ités ».

Les pre­mières pages camp­ent une atmo­sphère à la Hop­per, états-uni­enne à souhait, avec ses per­son­nages estampil­lés Mol­ly, Jo, Wern­er ou Earl, clairsemés sur les ban­quettes et les tabourets du Papy’s, un de ces din­ers isolés où la serveuse vient vous revers­er du café à table toutes les demi-heures si vous n’avez pas choisi l’option milk­shake. Une mon­strueuse tem­pête de neige est annon­cée « dans le poste », il va fal­loir se pré­par­er à affron­ter les élé­ments et roder les pick-up dont le froid men­ace de grip­per le moteur sur le park­ing… Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Bonnaffé lit Jean-Claude Pirotte

Avec “Jacques Bon­naf­fé lit la poésie”, France Cul­ture offre à ses audi­teurs, du lun­di au jeu­di, cinq min­utes de lec­ture poé­tique quo­ti­di­enne — et un voy­age dans des textes du monde entier et de toutes les épo­ques. À l’oc­ca­sion de la paru­tion dans la col­lec­tion “Poésie” de Gal­li­mard d’un réédi­tion d’Ajoie de Jean-Claude Pirotte, Jacques Bon­naf­fé a con­sacré qua­tre émis­sions suc­ces­sives au poète belge. Con­tin­uer la lec­ture

L’urgence est aussi littéraire

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line LAMARCHENous sommes à la lisière, Gal­li­mard, 2019, 165 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782072819292

Nous sommes à la lisière : superbe titre pour un recueil de nou­velles qui ne l’est pas moins. Car­o­line Lamarche s’était déjà, dès ses débuts, révélée comme une auteure exigeante en matière de lit­téra­ture et d’écriture peaufinée. Le recueil de nou­velles, Le jour du chien, pub­lié aux édi­tions de Minu­it en 1996, lui val­ut d’emblée le prix Rossel. À la suite d’un chien en errance, elle traçait le por­trait d’humanités au bord de gouf­fres.

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