Archives par étiquette : Famille

Le double jeu de l’écriture

Ari­ane LE FORT, Beau-fils, post­face de Michel Zumkir, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017 (rééd.), 167 p., 8,50 €, ISBN : 9782875681478

le fort.jpgPrimé plusieurs fois en 2003, par le Rossel notam­ment, Beau-fils d’Ariane Le Fort mérite on ne peut mieux une réédi­tion en Espace Nord, cette fois accom­pa­g­née d’une post­face de Michel Zumkir. On est certes déjà tombé sous le charme des fic­tions de l’auteure sans qu’il soit néces­saire de se référ­er à un guide. Elle a cette habi­tude rare, somme toute, de livr­er des his­toires sim­ples à démêler, voire à dévor­er telles quelles. Mais elle les assor­tit tou­jours d’une réserve, d’un quant-à-soi qui demande qu’on s’y attarde ou qu’on y revi­enne. D’où l’utilité de com­men­taires comme cette post­face qui va attir­er notre atten­tion et débus­quer l’arrière-fable d’une appar­ente sim­plic­ité. S’y révèle le dou­ble jeu de l’écriture de Beau-Fils, ce roman qui se lit sans résis­tance, avec plaisir et qui tient le lecteur dans un cer­tain sus­pense qu’il ne dis­sipera pas. Il ne se ter­mine pas à vrai dire si ce n’est sur un doute majeur, une inter­ro­ga­tion, sorte d’adresse à un témoin imper­son­nel : Con­tin­uer la lec­ture

Insecte et homard

Romane BIRON, Le dia­ble en pan­tou­fles, Mael­strÖm, 2017, 120p.,13€, ISBN : 978–2‑87505–266‑7

bironVu de l’extérieur, le n°18 de l’allée du Silence a tout de l’habitation mod­èle avec jar­dinet pro­pret, où niche une famille qui sem­ble l’être tout autant : Charles, le père, est prag­ma­tique et ses lunettes ne tolèrent aucune salis­sure. Chan­tal, la mère, gère les cor­dons de la bourse famil­iale de façon économe et livre des plateaux-repas au domi­cile des per­son­nes âgées ou alitées. Leurs filles, Marie (13 ans) et Élodie (6 ans) sont élevées de façon très pieuse, avec la Radio Chré­ti­enne Fran­coph­o­ne en fond sonore con­tinu, au point que l’aînée préfère Bernadette Soubirous à toutes les stars pail­letées dont s’amourachent les jeunes de son âge. Elles parta­gent une même cham­bre qui devient le théâtre de leur imag­i­naire, leur rem­part con­tre le monde extérieur. À quelques pâtés de mai­son de là, leur gras­souil­lette et guillerette Mamie Fram­boise ne dit jamais non à un bon gâteau et ne rat­erait pour rien au monde un match des Dia­bles Rouges. Con­tin­uer la lec­ture

Tuer le fils

Mireille BAILLY, Le départ, Lans­man, 2017, 50 p., 11€, ISBN : 978–2‑8071–0145‑6

baillyLe Fils, 35 ans, est sur le départ et l’annonce de but en blanc à ses par­ents pen­dant le repas du soir. Il est 19h pré­cis­es et ils regar­dent bien tran­quille­ment la télévi­sion. Dans le cos­tume de son père, la valise à la main, le Fils a décidé de par­tir loin. Très loin. Ses par­ents ont-ils bien enten­du ? Eux qui cinq min­utes plus tôt se dis­putaient sur la poten­tielle nou­velle couleur de leur salon. Faut-il d’ailleurs vrai­ment le repein­dre ce salon ? L’incompréhension des pre­mières min­utes laisse rapi­de­ment place à la colère. Le Fils veut par­tir ? Lui qui ne sait pas s’habiller tout seul. Un assisté, pour­rait-on dire. La Mère, pour­tant si mater­nelle et affectueuse, se trans­forme en mon­stre crachant des mots vul­gaires et odieux. Le déni suit quand le Fils annonce qu’il part retrou­ver celui, et non celle, qu’il aime. Ce coup — de poignard ou de feu, c’est au choix — leur sera fatal. Le cœur de la Mère saigne de voir par­tir la prunelle de ses yeux. La soirée avance. Des mon­des con­tin­u­ent de s’affronter. Arrivent ensuite Mon­sieur, une mitraille à la main, Madame et le Fils de 33 ans de Mon­sieur et Madame, qui lui aus­si aime les hommes. N’est-il pas temps de laiss­er par­tir son petit chou­chou ? Et si cet amour était bien réel ? Et s’il ne fal­lait pas tou­jours « tuer le père » pour avancer ? Et si rien ne changeait finale­ment ? Con­tin­uer la lec­ture

Le fil du monde

Un coup de cœur du Carnet

Nathalie SKOWRONEK, Un monde sur mesure, Paris, Gras­set, 2017, 189 p., 18 €/ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑246–86333‑5

skowronek

De livre en livre, Nathalie Skowronek revient sur l’histoire de sa famille plongée dans l’horreur de la Shoah. Un monde sur mesure n’évoque plus directe­ment l’extermination des Juifs. L’auteure y racon­te l’histoire pro­fes­sion­nelle de ses deux lignées grand-parentales en la situ­ant dans l’évolution économique et sociale de nos sociétés aux XXème et XXIème siè­cles.

À lire : extrait d'Un monde sur mesure

Con­tin­uer la lec­ture

Une famille si parfaite

Jean-François FÜEG, Les Oreilles des éléphants, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2017, 132 p., ISBN : 9782874894176

fuegJe hais la lit­téra­ture auto-cen­trée (…) Écrire, c’est témoign­er (…) Faire émerg­er le col­lec­tif der­rière les his­toires per­son­nelles. Ain­si s’explique Jean-François Füeg au terme de cette chronique famil­iale et comme ces annales per­son­nelles pour évo­quer le milieu bour­geois, étriqué et con­formiste dont il provient et cette cel­lule parentale se con­sid­érant mod­èle absolu de la réus­site, idéal indé­pass­able où tout était un peu mieux que dans les autres familles. L’occasion d’interroger le sens de l’existence, du rap­port aux con­di­tion­nements et à la lib­erté, et ce qui fait la trans­mis­sion avec ses défail­lances et mal­adress­es. Et puis la néces­sité d’écrire afin de lever la chape et libér­er son des­tin d’un fardeau – parce que le geste d’écrire porte en lui une libéra­tion, dira un ami. Con­tin­uer la lec­ture

Un moment mémorable et une carrière

Corinne HOEX, Le Grand Menu, Post­face de Nathalie Gillain, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017, 155p., 8,5 €, ISBN : 9782875681461

hoex grand menuExcel­lente ini­tia­tive, cette réédi­tion en Espace Nord du pre­mier roman de Corinne Hoex, Le Grand Menu, paru en 2001 aux Edi­tions de l’Olivier ! Il en émerge avec une grande fraîcheur, tout auréolé pour­tant des suc­cès qui ont suivi, tant dans le champ romanesque que dans la poésie ou la dérive his­torique. J’avais beau­coup aimé déjà à l’époque, cette suite inat­ten­due d’épisodes coupés dans le vif d’un présent con­tinu. La qua­trième de cou­ver­ture sup­po­sait alors « une tragédie muette », men­tion assor­tie d’un point d’interrogation, il est vrai. Rien n’est plus retenu que cette série d’évocations d’un monde clos sur une enfant et ses adultes de par­ents. Con­tin­uer la lec­ture

Même les ancres ont des fragilités

Lau­rence BERTELS, Le silence de Belle-Île, Luce Wilquin, 2017, 232p., 20€   ISBN : 978–2‑88253–530‑6

bertelsCédric, un assureur qui a choisi son méti­er sans con­vic­tion, revient dans sa Bre­tagne natale pour accom­pa­g­n­er les derniers moments de vie de son grand-père. On com­prend vite que le jeune homme mène une vie terne, engagé « sur les rails de l’ennui » et qu’un lien fort et régénérant l’unit à Jacques Le Gar­rec. Con­tin­uer la lec­ture

Oser s’abandonner au doux bercement des signes

Valérie COHEN, Le hasard a un goût de cake au choco­lat, Luce Wilquin, 2017, 137p., 15€   ISBN : 978–2‑88253–528‑3

cohenÀ presque 76 ans, Adèle vient d’apprendre que son cœur fatigué ne lui laisse plus que quelques mois à vivre. Comme elle n’a pas d’enfant, elle se rend chez un notaire pour trans­met­tre son héritage à Françoise, sa filleule, et ses trois enfants, Rox­anne, Sophie et Vadim. Mais c’est bien plus que de sim­ples biens matériels qu’elle souhaite trans­met­tre, surtout à Rox­anne et Sophie, qui sont sa sève. Obser­vant avec bien­veil­lance et dis­cré­tion la manière dont les deux jeunes femmes se cog­nent à la réal­ité, Adèle voudrait leur trans­met­tre sa con­fi­ance en la vie et le lâch­er-prise néces­saire pour y par­venir. Con­tin­uer la lec­ture

Greta / Annemie

Patri­cia EMSENS, Deux mères pour une fille, Édi­tions des Bus­clats, 2017, 208 p., 15€   ISBN : 978–2‑36166–109‑0

emsens« Gre­ta Devries naît à Nimègue, aux Pays-Bas, le 25 avril 1950, un mar­di, par une journée ensoleil­lée et ven­teuse. Cinquante cen­timètres, deux kilos six, une fos­sette sur la joue gauche, la petite se porte bien. Sa poitrine rem­plie d’air se soulève puis se rabat comme une voile, son cœur bat comme celui de tout nou­veau-né. Sa mère la regarde, émer­veil­lée. La petite a tout ce qu’il faut ; dix doigts, deux oreilles, une bouche, un sexe de petite fille, des dents qui pousseront un jour, l’une après l’autre et que je ne ver­rai pas paraître, se dit-elle. Il nous reste huit semaines à vivre ensem­ble, pourvu que ne flanche pas. »

Au Wel­come Inn, Anke Devries a ren­con­tré un sol­dat du Col­orado. Jim Hud­son, plus doux et timide que ses com­pagnons de caserne, l’a fait danser, l’a ini­tiée aux joies de la chair et s’est aus­sitôt détourné d’elle une fois le couperet de la grossesse tombé. Elle l’a atten­du, il n’est jamais revenu ; Gre­ta est née. Deux mois plus tard, la petite tête blonde et sa poupée de chif­fon sont con­fiées aux bons soins des nonnes de Sti­jl. « Un rêve, un naufrage dont Anke émerge, rescapée. » Con­tin­uer la lec­ture

Tous candidats

Yun Sun LIMET, Les Can­di­dats, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 8,50 €   ISBN : 9782875681324

limetVoici dans cette ren­trée lit­téraire un pre­mier roman qui fait sur­face pour la troisième fois. Édité en 2004 à La Mar­tinière, puis l’année suiv­ante chez Points en poche et épuisé, prix de la pre­mière œuvre de la Com­mu­nauté française en 2004, Les Can­di­dats est aujourd’hui réédité par Espace Nord — what else. De son autrice, on con­naît aus­si 1993 (éd. La rue de Russie), Joseph (La Dif­férence, final­iste du Rossel en 2012) ou encore Cio­ran et ses con­tem­po­rains (essai qu’elle a codirigé avec Pierre-Emmanuel Dauzat chez Pierre-Guil­laume de Roux). La toute fraîche pub­li­ca­tion dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale offre une occa­sion en or de se rep­longer dans les paysages men­taux, dans les accords désac­cordés — ou les désac­cords accordés, ça marche aus­si — de Yun Sun Limet. Con­tin­uer la lec­ture

On est si bien en famille

Bar­bara ABEL, Je sais pas, Bel­fond, 2016, 430 p., 19.90€/ePub : 13.99 € ISBN : 2714470874

abelBar­bara Abel s’est fait un nom dans le monde très prisé des auteurs de polars où elle pour­suit son chemin depuis la paru­tion de L’instinct mater­nel, en 2002, qui lui a valu le Prix Cognac. Avec son onz­ième roman, elle nous entraîne dans un tour­bil­lon de faits d’une rare et noire den­sité, au cœur des désor­dres famil­i­aux.

Camille est une jeune mère dont la vie pour­rait être sans his­toires. Sa petite fille Emma, dont on a fêté le cinquième anniver­saire, lui vaut des éloges pour sa beauté et elle forme un cou­ple aisé avec Patrick, son mari, et ses copines lui envient sa sit­u­a­tion. Mais elle a depuis peu suc­com­bé aus­si aux charmes d’Étienne, un homme plus âgé qui la pour­suit de ses assiduités et ne lui laisse aucun répit, lui offrant la part d’aventure pimen­tée qu’elle ne trou­ve pas dans sa famille. Con­tin­uer la lec­ture

A chacun son idée de la vérité

Un coup de coeur du Carnet

Vin­cent ENGEL, Le miroir des illu­sions, Les Escales, 2016, 509 p., 21,9 €, ePub : 14.99 €    ISBN : 978–2‑36569–191‑8

engelOcto­bre 1849, dans l’étude d’un notaire genevois, Atana­sio assiste au ren­dez-vous qui chang­era le cours de sa vie, lev­ant le voile sur son passé et le chargeant d’une mis­sion pour l’avenir. Le même jour, le jeune homme décou­vre que Don Car­lo, son pro­tecteur de tou­jours, était en réal­ité son père et qu’il a fait de lui son héri­ti­er, posant toute­fois une con­di­tion de taille. Pour béné­fici­er de la for­tune de Don Car­lo, Atana­sio devra d’abord le venger en élim­i­nant, suiv­ant des con­signes pré­cis­es, qua­tre per­son­nes désignées comme les arti­sans de son mal­heur. Con­tin­uer la lec­ture

Mémoire textile d’une enfance pieuse

THISOU, Notre Père, Brux­elles, FRMK, 2016, 72 p., 11 € ISBN : 9782930204932

thisou

Thisou se sou­vient. Dans cet album illus­tré de petit for­mat, elle mêle broderie et dessin pour faire revivre des sou­venirs d’enfance fugaces, mais qui ont lais­sé chez elle une trace vive. Con­tin­uer la lec­ture

Le poids des racines coupées

Isabelle BARY, Ce qu’elle ne m’a pas dit, Luce Wilquin, 2016, 256 p., 20€/ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑88253–525‑7

baryMarie et Alex for­ment un cou­ple en apparence con­ven­tion­nel. Elle est une enfant unique et une chercheuse sci­en­tifique de 47 ans. Lui est un prof de phi­lo con­ver­ti en vendeur de sou­tiens-gorge, issu d’une famille généreuse et démon­stra­tive. De leur union est née Nola, une jeune femme de presque 16 ans, hyper­sen­si­ble et en quête de sens. Leur quo­ti­di­en sem­ble banal, ryth­mé par le boulot, les dis­putes et les fous rires. Con­tin­uer la lec­ture

Cernes de famille

Chan­tal DELTENRE, La Forêt Mémoire, mael­strÖm, 2016, 110 p., 12 €

deltenreCom­ment imbrique-t-on dans sa mémoire les sou­venirs, doux ou douloureux ? Com­ment faire pour qu’ils se trans­fig­urent, se floutent et ne nous digèrent pas tout cru ?
Dans La Forêt-Mémoire, la nar­ra­trice, encore enfant, a plan­té à son seul usage une canopée sen­si­ble imag­i­naire. Au plus pro­fond, comme dans autant de boules à neige, elle peut à loisir étein­dre ou ani­mer les scènes qu’elle a vécues : Grande, la mamy aimante, en train de rac­com­mod­er un chandail. Grand, le pépé com­mu­niste, feuil­letant Le Dra­peau Rouge en quête d’une nou­velle manif où il l’emmènerait. La Ducasse d’Ath et ses Géants au dernier week-end d’août, les bor­ds de la Den­dre et la stat­ue de Saint Antoine, qui veille sur la plus jeune occu­pante de la maison­née. Il reste mal­gré tout des paysages qui grésil­lent bien trop à son goût, sous ten­sion ou au mieux, vidés de tout lien. Des moments qu’elle ne maîtrise guère: tous ceux où appa­rais­saient ses par­ents, mar­iés très jeunes et comme encom­brés de leur progéni­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Secrets de soupente

Patrick DELPERDANGE, Le cli­quetis, Genèse Édi­tions, 2016, 194p., 20.5 €/ePub : 14.99 €

delperdangeImag­inez une demeure de plus d’un siè­cle, un peu décrépie, mais au pouls vail­lant. Prête à vous con­fi­er les mys­tères qui l’ont tra­ver­sée au fil des ans ou à vous révéler les petits secrets de cha­cun de ses occu­pants actuels. Cette mai­son, c’est elle qui endosse le réc­it, nous présen­tant Maïa, la concierge grecque tou­jours fidèle au poste et Mon­sieur Gode­froid, le chercheur acar­iâtre qui s’escrime sur ses vieux livres depuis au moins 20 ans. Charles et Marthe Lau­rent, un cou­ple âgé, dis­cret, et tou­jours amoureux qui rêve de retourn­er aux Con­t­a­mines, où leur his­toire s’est scel­lée. Les Messier qui ont du mal à se par­ler car mon­sieur est tou­jours le nez plongé dans ses recherch­es chim­iques. Leurs deux enfants, Clara, qui adore dessin­er, et Jonathan qui pense que sa sœur est un peu folle. Madame de Pasquale en désha­bil­lé de soie et crinière blonde, et son major­dome qui veille au grain. Tous sont habités par des secrets, des regrets qui finiront par exsud­er à la suite d’un inci­dent anodin : un cli­quetis per­ma­nent, agaçant et inex­plic­a­ble venant de la soupente dis­simulée du qua­trième étage, que des ouvri­ers vien­dront met­tre au jour. De quelle exis­tence trag­ique cette petite pièce fut-elle le témoin ? Quand on fis­sure son mur, ne frac­ture-t-on pas aus­si la moelle épinière d’une mai­son ? Con­tin­uer la lec­ture