Natalie DAVID-WEILL, Bon à rien, Robert Laffont, 2018, 355 p., 20 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑221–19575‑8

Grégoire est astrophysicien, Charlotte est ophtalmologue. C’est dire s’ils mesurent l’importance des études dans le parcours d’une personne et combien leur désarroi est grand lorsque leur fils Félix donne des signes évidents de faiblesses scolaires. Ses notes se dégradent, les remarques des professeurs se suivent et se ressemblent, mettant en évidence sa distraction, son manque de travail et ses mauvais résultats. Comble de l’humiliation : les parents sont convoqués par la directrice de cette école secondaire huppée qui leur conseille dès à présent de réfléchir à l’inscrire ailleurs l’année scolaire prochaine.
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Dans son nouveau livre, L’ombre portée, paru en janvier dernier chez Jean-Claude Lattès, Bernard Tirtiaux s’inscrit dans l’histoire de sa famille paternelle, comme héritier du domaine de Martinrou qu’il a racheté et patiemment autant qu’obstinément rebâti, reconverti. On y trouve toute la trame de sa vie de bâtisseur, d’artisan, d’écrivain et d’homme de théâtre. Au fil des pages, l’auteur se raconte dans la lignée de son grand-père et de son père, qui ont en quelque sorte préfiguré les grandes options de sa vie, en construisant l’un une chapelle en 1938, là où le jeune Bernard posera ses premiers vitraux en 1968 et ensuite une rosace en lames de verre en 1998, l’autre une nouvelle laiterie pour la ferme, qui deviendra l’atelier du futur maître-verrier.
Madeleine et Jeanne, deux sœurs sans le sou, vivent dans l’ancien cinéma familial qui n’est plus qu’une ruine. La belle époque de l’Eldorado est bien lointaine. L’avenir n’offre plus que des plafonds croulants, des bouillons et du pain rassis. Alors parfois une main innocente traine dans le rayon traiteur du supermarché le plus proche et emporte avec elle lotte à l’armoricaine ou lapin aux pruneaux. Les deux sœurs, qui sont comme un vieux couple, aiment jouir de petits plaisirs. Un soir, Louise, leur sœur cadette, refait surface après dix ans d’absence. Elle n’a plus un rond et veut réintégrer le domicile familial. Madeleine et Jeanne acceptent. Les voilà prêtes à se serrer la ceinture à trois. La vie est moins sombre quand on est plusieurs. Elles désirent toutefois manger à leur faim et se mettent à voler de plus en plus. Des petits plats cuisinés dans le hyper, on passe aux vêtements et aux vases dans les cimetières. Tout est bon pour se faire un peu de blé. Surtout qu’un expert leur somme de quitter leur domicile devenu insalubre. L’expropriation n’est plus très loin, mais les trois sœurs n’ont pas dit leur dernier mot. Telles des Robins des bois, elles extorquent les riches. Tout est permis pour survivre. Louise rencontre d’ailleurs un veuf riche au cimetière. La voilà leur solution. À moins qu’elles ne soient tombées sur plus rusé qu’elles encore…
Armel Job emmène le lecteur dans le monde de son nouveau roman. Cette histoire de famille, terrible, dans une tension qui augmente jusqu’à la toute fin du livre avec la chiquenaude finale, vous tiendra assurément en haleine.
Isabelle Spaak, prix Rossel 2004 pour Ça ne se fait pas, revient aujourd’hui avec un récit aiguisé, publié chez L’iconoclaste.
Au chevet de sa mère, hospitalisée pour avoir une fois encore joué avec les limites mortelles, la narratrice n’en mène pas large. Il faudrait que la température du corps de l’alitée, à deux doigts de jouer sa dernière grande scène, redevienne acceptable. C’est que la génitrice de Maud et de sa sœur cadette, Marie, n’est pas de celles qui s’effaceraient sans bruit. À peine sortie des limbes, la voici d’ailleurs qui réclame son fer à friser, un Paris Match et surtout, de l’attention. Qui tempête sur le personnel soignant, congédie son psychiatre, et admoneste son aînée pour avoir écrit « suicide » dans le dossier médical.
La publication du « Belgiques » confié par les éditions Ker à Françoise Lalande, et sous-titrée « Pas des anges » (même si ce titre n’apparaît pas sur la couverture), s’inscrit dans une nouvelle collection lancée par l’éditeur Xavier Vanvaerenbergh, “Belgiques” (et dirigée par Marc Bailly).
Quatre ans après la sortie de L’homme qui ne voulait plus être roi (Genèse édition), Joan Condijts revient avec un second roman, une histoire de renaissance, de famille, Les sœurs De Vlaeminck.
Depuis quelques romans déjà (Une famille, 
La vie de Claude ne fait pas vraiment rêver. Aide-pharmacien de profession, il occupe son temps libre au cinéma et en rendant visite à sa famille le week-end. Ses parents d’une part et surtout, sa tante Adrienne, quinquagénaire au charme indéniable, qui a marqué la mémoire de tous les hommes qui ont croisé sa route. Claude lui voue une sorte de culte et, de son côté, elle éprouve une grande affection pour son neveu. Leur relation et leurs rendez-vous hebdomadaires ne réjouissent pas leur entourage et font jaser dans la famille.
Écrire la biographie d’un individu, avec ce qu’elle comporte de révélations, de rencontres, de richesses et d’aléas, relève déjà de la gageure ; mais s’attacher à retracer l’histoire des membres successifs d’une même famille depuis ses plus lointaines origines, quel défi ! L’ouvrage que Paul-Henry Gendebien consacre à sa lignée plaide en tout cas pour une extension des enquêtes généalogiques, qu’il s’agirait de réintégrer dans le récit national commun, et qui pourraient avoir ici pour objets les Nothomb ou les Orban…
Six jours par mois, le vent souffle sur Somlyo, petit village enclavé sur une île, entre mer et montagne. Six jours par mois, les bourrasques frappent, les éléments se déchaînent, les vagues rompent tout sur leur passage, le volcan Popracapato crache. Six jours par mois, les débris volent, le sang coule, la mort s’active. Six jours par mois, Erzebeth Rozgovnyi, qui vit encore chez sa mère, délire et se laisse emporter par ses vieux démons : son père mort trop tôt, son amant Hyvàn évaporé dans la nature, son enfance avortée. Au village, on s’accroche, on attend patiemment que la tempête passe. Mais toujours il y a quelques imprudents qui sortent et se font happer par une branche, une vague, un rocher…
Primé plusieurs fois en 2003, par le Rossel notamment, Beau-fils d’Ariane Le Fort mérite on ne peut mieux une réédition en Espace Nord, cette fois accompagnée d’une postface de Michel Zumkir. On est certes déjà tombé sous le charme des fictions de l’auteure sans qu’il soit nécessaire de se référer à un guide. Elle a cette habitude rare, somme toute, de livrer des histoires simples à démêler, voire à dévorer telles quelles. Mais elle les assortit toujours d’une réserve, d’un quant-à-soi qui demande qu’on s’y attarde ou qu’on y revienne. D’où l’utilité de commentaires comme cette postface qui va attirer notre attention et débusquer l’arrière-fable d’une apparente simplicité. S’y révèle le double jeu de l’écriture de Beau-Fils, ce roman qui se lit sans résistance, avec plaisir et qui tient le lecteur dans un certain suspense qu’il ne dissipera pas. Il ne se termine pas à vrai dire si ce n’est sur un doute majeur, une interrogation, sorte d’adresse à un témoin impersonnel :
Vu de l’extérieur, le n°18 de l’allée du Silence a tout de l’habitation modèle avec jardinet propret, où niche une famille qui semble l’être tout autant : Charles, le père, est pragmatique et ses lunettes ne tolèrent aucune salissure. Chantal, la mère, gère les cordons de la bourse familiale de façon économe et livre des plateaux-repas au domicile des personnes âgées ou alitées. Leurs filles, Marie (13 ans) et Élodie (6 ans) sont élevées de façon très pieuse, avec la Radio Chrétienne Francophone en fond sonore continu, au point que l’aînée préfère Bernadette Soubirous à toutes les stars pailletées dont s’amourachent les jeunes de son âge. Elles partagent une même chambre qui devient le théâtre de leur imaginaire, leur rempart contre le monde extérieur. À quelques pâtés de maison de là, leur grassouillette et guillerette Mamie Framboise ne dit jamais non à un bon gâteau et ne raterait pour rien au monde un match des Diables Rouges.