Archives par étiquette : Émilie Gäbele

L’étendard de la liberté

Alain DANTINNE, Une gravure satanique, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2023, 136 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782874898761

dantinne une gravure sataniqueDes années sep­tante à nos jours, ces qua­torze nou­velles met­tent en lumière des instants de vie très dif­férents les uns des autres. Cer­taines sont irriguées d’un pen­chant poli­tique, d’autres exposent des par­cours beau­coup plus per­son­nels. Mais toutes témoignent d’un cer­tain idéal lib­er­taire, avec le vagabondage et l’insoumission pour seules armes. De longueur vari­able et ponc­tuées d’humour, les nou­velles nous empor­tent aux qua­tre coins de la Bel­gique et du monde : l’Ardenne belge, Paliseul, l’Entre-Sambre-et-Meuse, mais aus­si l’Espagne, l’Écosse, le Con­go, le Chili… Con­tin­uer la lec­ture

Enfouir le puits, tout comme la vie

Alex LORETTE, Aus­si long que le silence, Lans­man, 2023, 56 p., 12 €, ISBN : 9782807103733

Un beau puits… Du solide. (…) Rien que des blocs de tuffeau, doux au touch­er, comme la peau d’un bébé. (…)
Le puits était plus beau que la mai­son.
La mai­son n’a jamais été agréable. (…) Il y fai­sait som­bre. On aurait dit un ter­ri­er. Oui, la mai­son fai­sait penser à un ter­ri­er… un ter­ri­er à lap­ins, avec des galeries partout. 

lorette aussi long que le silenceDepuis plusieurs généra­tions, la famille de Georges vit dans une petite mai­son, dans un coin reculé où tour­bières et sables mou­vants s’étendent à foi­son. Georges a gran­di dans cette demeure, puis s’y est instal­lé avec sa femme – une fille qui n’était pas du vil­lage – au grand désar­roi de sa mère. Une fois cette dernière par­tie, la femme a fait con­damn­er le puits qui trô­nait devant la mai­son. Il lui gâchait la vue. Mais sous la terre, le puits était tou­jours là et n’avait pas dit son dernier mot.

Un jour, Georges a dis­paru, lais­sant der­rière lui sa femme et trois orphe­lins. Une entre­pre­neuse explique à la mère que la mai­son risque de s’écrouler à cause de l’humidité et qu’il faudrait entre­pren­dre de gros travaux. Mais celle-ci ne veut rien enten­dre. Elle attend dés­espéré­ment que son mari revi­enne. Pren­dre de telles déci­sions sans lui est inen­vis­age­able. Elle n’arrive déjà pas à join­dre les deux bouts alors com­ment pay­er une telle réno­va­tion ? Pour­tant, l’odeur d’humidité s’infiltre partout et, de page en page, ne fait qu’empirer. Les paroles de sa sœur (la tante), venue l’aider, n’y changent rien. Pourquoi ne vend-elle pas car­ré­ment ? Con­tin­uer la lec­ture

La renaissance du Rat mort

Michel LAMBERT, Cinq jours de bon­té, Le beau jardin, 2023, 252 p., 20 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782359700749

Lambert Cinq jours de bontéThomas Noble, le nar­ra­teur, emmène sa femme Raya à Ostende. Une per­mis­sion de cinq jours lui est accordée. Hos­pi­tal­isée dans une clin­ique spé­cial­isée, c’est sa pre­mière sor­tie depuis longtemps. Thomas est nerveux. Il a peur de ses réac­tions. Du couloir de la mort où elle végète, il espère la con­duire dans le couloir de la vie. Beau­coup de non-dits s’interposent. On sent un passé pesant, une frac­ture. Tous les deux sont enfer­més dans des pris­ons dif­férentes et ont ban­ni depuis belle lurette de nom­breux mots de leur vocab­u­laire, tels que chance, « espoir, demain, bon­heur, chanter, rire… ». Thomas fait le clown pour déten­dre l’atmosphère, mais il est mal­adroit. Con­tin­uer la lec­ture

Nos territoires

Alex LORETTE, Un fleuve au galop, Genèse Édi­tion, 2023, 247 p., 22,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782382010259

lorette un fleuve au galopTout au long du roman, nous suiv­ons les réc­its de plusieurs per­son­nages. Il y a d’abord Lucie, qui est née au Con­go et n’a jamais été heureuse en Bel­gique. Ensuite, il y a sa fille Félic­ité avec qui elle n’a jamais réus­si à com­mu­ni­quer. On suit égale­ment les his­toires du père André, autre­fois appelé Nkisu, de Mas­si­ga, la nour­rice de Lucie et enfin d’Edmond, l’arrière-grand-père de Lucie, un colonisa­teur san­guinaire.

Lucie aimerait retourn­er au Con­go, cette terre qui l’a vue naître, au bord du fleuve, dans les années 1940. Mal­gré sa couleur blanche, elle s’est tou­jours sen­tie noire à l’intérieur, une Con­go­laise. À présent, il est trop tard. Elle est clouée au lit dans sa mai­son de retraite. Elle pour­rait deman­der à sa fille qui habite en Norvège de l’y accom­pa­g­n­er, mais elle n’a plus de con­tact avec elle. Seuls lui restent les sou­venirs dans lesquels elle plonge à corps per­du, au risque de s’y per­dre. Lucie se sou­vient de Mas­si­ga, cette Con­go­laise qui l’a éduquée comme sa pro­pre fille. De Koko, son grand-père, qui con­sid­érait les Con­go­lais comme des sauvages. De son père, presque tou­jours absent. De ce 28 mai 1958 où, âgée de 17 ans, on l’envoya en Bel­gique pour étudi­er dans un pen­sion­nat de sœurs. Lucie repense aus­si à Nkisu, son ami d’enfance qui allait chez les pères blancs. Elle se sou­vient de leurs par­ties de foot, de leurs baig­nades dans le fleuve, mais aus­si de ce jour d’été de 1957, où ils se sont aimés et où sa vie a bas­culé. Elle évoque sa grossesse cachée. La nais­sance de Félic­ité et le départ vers la Bel­gique, en 1958, sans son enfant, seule et sans d’autres bagages qu’une volon­té tenace de revenir au plus vite au Con­go. Con­tin­uer la lec­ture

Quarante-cinq minutes

Stéphanie BLANCHOUD, Le temps qu’il faut à un bébé girafe pour se tenir debout,  Lansman/Rideau, coll. « Théâtre à vif », 2023, 40 p., 10 €, ISBN : 9782807103740

blanchoud le temps qu'il faut a un bebe girafe pour se tenir deboutQuar­ante-cinq min­utes. C’est le temps d’une mi-temps au foot­ball ou le temps qu’il faut à un gira­fon pour se tenir debout, après sa nais­sance. C’est aus­si le temps régle­men­taire que dure une vis­ite au par­loir, en prison. Et le temps que Louise passe sur un banc, chaque mer­cre­di, face au numéro 44 de la rue Berk­endael, à Brux­elles, la prison des femmes.

Tout en comp­tant les trous dans le trot­toir, Louise racon­te son his­toire depuis ce banc. Elle par­le de sa mère qui est comme un fan­tôme à présent. Elle se sou­vient de sa mère qui visait les pigeons avec son pis­to­let à billes. Des his­toires qu’elle leur racon­tait. De sa voix récon­for­t­ante. Mais aus­si de la vio­lence de l’homme qui a partagé sa vie durant dix-huit ans. Quand elle était plus jeune, Louise mon­tait dans sa cham­bre lors de leurs dis­putes et ne redescendait que quand elle entendait Vival­di, signe qu’il était par­ti et que sa maman ramas­sait les morceaux brisés. Dix-huit années à voir sa mère s’éteindre à petit feu. Vival­di était l’échappatoire de celle-ci, sa bouée de sauve­tage. Que s’est-il passé le jour du meurtre ? Le jour où sa mère a mis fin à son cal­vaire en tuant son beau-père ? Louise a plein de ques­tions, mais sa mère ne se sou­vient de rien. Elle se ferme de plus en plus jusqu’à défini­tive­ment refuser de la voir. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour-camaraderie

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, La cabane d’Alexandra Kol­lon­taï, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 112 p., 10 €, ISBN : 9782931101599

delmotte weber la cabane d'alexandra kollontaiAlix ren­con­tre Julia, par l’intermédiaire d’une amie com­mune. Dès les pre­mières sec­on­des passées ensem­ble, elles tombent dans les bras l’une de l’autre. S’ensuit une rela­tion. Julia est aus­si en cou­ple avec Samuel. Enfin, « en cou­ple » n’est pas tout à fait le terme appro­prié. Samuel goûte aux joies du polyamour et n’a pas moins de qua­tre rela­tions au même moment. Il encour­age Julia dans cette voie, mais elle est plus réti­cente. Des pointes de jalousie sur­gis­sent, surtout quand Alix ren­con­tre Samuel et que ces deux-là se plaisent à leur tour. Alix décou­vre ce nou­veau mode de rela­tions. Leur ren­con­tre a lieu dans la cabane de Samuel, un lieu retiré où il désire vivre autrement. Son rêve serait de s’épanouir au sein d’un poly­cule, c’est-à-dire un groupe polyamoureux. Selon lui, le cou­ple ne laisse pas de place à l’in­di­vid­u­al­ité. Sa référence dans le domaine est Alexan­dra Kol­lon­taï, une com­mu­niste et mil­i­tante fémin­iste marx­iste sovié­tique, qui a forgé une nou­velle con­cep­tion du monde. Il a d’ailleurs don­né son nom à sa cabane. Con­tin­uer la lec­ture

Le plaisir s’estompe-t-il avec l’âge ?

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève DAMAS, Per­fect Day, Lans­man, 2022, 52 p., 11 €, ISBN : 9782807103658

damas perfect dayÀ tra­vers ce mono­logue, écrit pour l’actrice Hélène The­unis­sen, nous suiv­ons le quo­ti­di­en de Marie Cou­turi­er, une sex­agé­naire céli­bataire qui doute beau­coup et n’aime pas voir son corps vieil­lir. Ce corps, qu’elle n’aimait déjà pas dans sa jeunesse et qu’elle aurait dû pour­tant aimer, n’est aujourd’hui plus que l’ombre de ce corps passé avec ses bras fripés, ses rides, ses pattes d’oie, ses dents que l’on bichonne pour qu’elles ne se déchaussent pas, ses quelques poils blancs sur le pubis, sa cel­lulite, les con­tours du vis­age qui s’affaissent, ses chevilles qui s’épaississent… Marie voit la vieil­lesse comme une guerre, un bom­barde­ment sans fin. Ce qu’elle craint le plus, c’est de ne plus jamais faire l’amour. Peut-être a‑t-elle déjà vécu sa dernière fois ? Sera-t-elle encore objet de désir et de fan­tasme ? La vieil­lesse ne peut-elle pas aus­si être le champ de tous les pos­si­bles ? Con­tin­uer la lec­ture

Une haine qui consume tout

Céline DELBECQ, Les yeux noirs, Lans­man, 2022, 60 p., 11 €, ISBN : 9782807103641

delbecq les yeux noirsLes yeux noirs rassem­ble trois textes courts de Céline Del­becq, trois his­toires « pour com­pren­dre l’incompréhensible, son­der l’insondable ». Ce trip­tyque, com­posé de Phare, Les ombres et La nuit est noire et pub­lié aux édi­tions Lans­man, abor­de les vio­lences con­ju­gales et intrafa­mil­iales.

Phare, écrit en 2017 suite à une com­mande de la SACD France, nous met en présence d’une femme abimée par son mari. Ils vivent avec leurs enfants dans un phare. Sept min­utes de retard et le déluge s’abat sur elle. Les tem­pes de l’homme se met­tent à bat­tre. Ses yeux ne sont plus les mêmes. C’est le sig­nal que les coups vont pleu­voir. Elle se per­suade qu’il n’est plus maitre de lui-même dans ces moments-là, que ce n’est pas Benoît qui la bat, mais un démon qui prend pos­ses­sion de son corps. Il n’est qu’une âme égarée qui n’a que trop vu son père bat­tre sa mère. Cette fois, les coups pleu­vent très vio­lem­ment, comme la mer qui se déchaine dehors et se fra­casse con­tre les rochers. L’homme s’en va pour pleur­er et se couch­er, et laisse la femme éten­due par terre. Ses enfants arrivent. Va-t-elle réus­sir à se relever ? Va-t-elle réus­sir à par­tir ? Con­tin­uer la lec­ture

Les reconstructions

Lénaïc BRULÉ, Ric­o­chet, Lans­man, 2022, 52 p., 10 €, ISBN : 9782807103610

brulé ricochetCom­ment con­tin­uer à vivre quand on vous annonce le pire ? Com­ment faire son deuil ? Sur­mon­ter la douleur face à la mort de son enfant ? La vie, telle un ric­o­chet, impose par­fois des rebonds imprévis­i­bles.

Alors qu’elle vient d’arriver dans la bib­lio­thèque où elle tra­vaille, Claire reçoit un ter­ri­ble appel : elle est demandée urgem­ment à l’hôpital. Son mari et son fils ont eu un grave acci­dent de voiture. Arrivée sur place, on lui annonce que son mari, Mar­tin, est en salle d’opération et qu’il va s’en sor­tir. Mal­heureuse­ment, ils ont fait tout ce qu’ils pou­vaient pour leur fils, Sacha, qui est décédé. Con­tin­uer la lec­ture

Le puzzle de nos multiples « moi »

Un coup de cœur du Car­net

Marie HENRY, Nor­man c’est comme nor­mal, à une let­tre près, Lans­man Jeunesse, 2022, 40 p., 9 €, ISBN : 2807103561

henry norman c'est comme normalDans une con­trée loin­taine, mais pas si loin­taine, un soir de pluie entre les mois de jan­vi­er et févri­er, nait Nor­man, un petit garçon aux joues ros­es et jouf­flues comme tous les bébés. À sept ans, Nor­man affirme ses choix : il aime le rose et tout ce qui brille, et ce qu’il affec­tionne par-dessus tout, c’est porter des robes. Un jour, on lui per­met de garder sa robe toute la journée pour jouer au jardin. Nor­man aime sen­tir le vent s’engouffrer sous son vête­ment qu’il fait tourn­er inlass­able­ment. Mais der­rière cet acte, déjà des voix s’élèvent : « Que fait le gamin des voisins ? Il ne porte pas une robe quand même ? ». Nor­man, lui, aurait préféré ressem­bler à sa mère plutôt qu’à son père. Con­tin­uer la lec­ture

Le scribe du soupirail

Daniel SIMON, La troisième nuit, Lans­man, 2022, 40 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0357‑3

simon la troisieme nuitUn homme vit reclus dans sa cave de 10m2. Par le soupi­rail, il observe la vie d’en haut et note, dans un car­net, des bribes de ce qu’il s’y passe : la belle Madame Hiron­delle avec ses talons, le gamin qui court et tombe sou­vent, cette autre dame avec toute sa mar­maille… Il est le scribe du soupi­rail. Il mange peu et se nour­rit exclu­sive­ment de den­rées qu’il trou­ve dans les poubelles, au pied des immeubles ou à côté des grandes sur­faces. La nuit, il mar­monne et pense à sa famille qu’il avait encore, il n’y a pas si longtemps. Con­tin­uer la lec­ture

#ToutesAvecLune

Pamela GHISLAIN, Lune, Lans­man, 2022, 52 p., 11 €, ISBN : 9782807103580

ghislain luneUne jeune femme, Lune Bogaert, dépose plainte con­tre l’État belge pour inac­tion envers l’égalité hommes-femmes. Un avo­cat, Gabriel de Grey­mon, maitre dans son genre, accepte d’assurer sa défense gra­tu­ite­ment. Il ne sait expli­quer ce qui le pousse à dire oui. D’habitude, il fuit ce genre de mis­sion ban­cale. Cette fois, c’est dif­férent. La déter­mi­na­tion de Lune peut-être. Darya, la secré­taire du tri­bunal de pre­mière instance qui reçoit sa plainte, la prévient que la procé­dure va pren­dre beau­coup de temps, d’argent, et qu’elle aurait plus de chance à intro­duire une plainte au nom d’un groupe. Qu’importe, Lune est déter­minée et décide de s’installer devant le tri­bunal jusqu’à ce qu’elle reçoive une réponse. Les jours passent. Les médias com­men­cent à s’intéresser à elle. On la qual­i­fie de « Gre­ta du fémin­isme ». Con­tin­uer la lec­ture

Sur l’aile des tendresses et des solitudes

Anne-Michèle HAMESSE, Un jour d’été à Cen­tral Park, Coudri­er, coll. « Coudraie », 2022, 84 p., 18 €

hamesse un jour d'été a central parkMéfiez-vous, le titre du recueil Un jour d’été à Cen­tral Park est trompeur. Vous ne voy­agerez que très peu au cœur de la « Grosse Pomme ». Ces nou­velles sen­tent plutôt le par­fum du nord, fla­mand ou brux­el­lois.

Les gens applaud­is­sent à son pas­sage, dans les tour­nants son trône vac­ille, ça lui rap­pelle les moissons, quand elle par­court les champs de blé juchée sur un tracteur, dans la foule cer­tains lui lan­cent des pétales de rose, la rue est jonchée de pétales, la rue sent bon, une odeur de fleurs mûres qui se mêle aux sen­teurs de bière et de tran­spi­ra­tion, c’est la fête, toute la Flan­dre vit au rythme de la Sainte-Marie, on dirait un tableau médié­val, une grande fête pop­u­laire, les gens sont heureux. Con­tin­uer la lec­ture

Les veilleurs et veilleuses de nos vies

Flo­rence CRICK, Vous m’avez appelée, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? (His­toires de patients), Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2022, 120 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–47‑6

crick vous m avez appelee qu est ce que je peux faire pour vous« Vous m’avez appelée ? Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » Cette phrase, Flo­rence Crick l’a répétée des cen­taines de fois. Infir­mière volante dans un hôpi­tal qui traite des per­son­nes atteint·es de can­cers, elle a voulu ren­dre hom­mage à ses patient·es et ses col­lègues en reprenant leurs his­toires et leurs paroles. Les témoignages des un·es et des autres s’entrecroisent. Le réc­it est ponc­tué de phras­es quo­ti­di­ennes que peu­vent dire les patient·es et les infirmier·es. L’ensemble est poignant, sou­vent déchi­rant. Impos­si­ble de ressor­tir indemne d’une telle lec­ture, que l’on ait ou pas déjà côtoyé le can­cer, de près ou de loin. Certain·es patient·es gar­dent espoir et se bat­tent jusqu’au bout. Certain·es s’en sor­tent. D’autres, las de souf­frir, deman­dent l’euthanasie. Com­ment ne pas être bouleversé·e par cette dame qui écrit des let­tres à ses petits-enfants qu’elle ne ver­ra jamais grandir ? Par cette jeune fille qui avait fait promet­tre à sa mère de ne pas mourir, mais dont la mère n’aura pas pu tenir la promesse ? Par ce jeune garçon qui rêvait de voir John­ny en con­cert, mais qui s’en est allé bien avant son idole ? Par cette jeune mère en phase ter­mi­nale qui perd son com­pagnon d’un acci­dent de moto ? Com­ment ne pas être révolté·e de voir des jeunes, à peine âgé·es de trente ans, mourir si tôt ? Con­tin­uer la lec­ture

La nuit je mens

Ben CHOQUET, Le dernier truand, Kennes, 2022, 396 p., 19,90 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782380751437

choquet le dernier truandDepuis la mort de sa fille, Tuco, un ancien flic recy­clé en détec­tive privé, n’est plus que l’ombre de lui-même. Ses journées sont ryth­mées par l’alcool et les his­toires sans lende­main. Cette fausse quié­tude est inter­rompue par la mort subite de son père, dit le Colonel. Bien qu’il ait coupé les ponts avec lui, Tuco se rend à son enter­re­ment. Vu la longue car­rière dans l’armée du pater­nel, de nom­breuses per­son­nes y sont présentes. Tuco refuse l’héritage, au prof­it de sa sœur Sophie. Toute­fois, dans la nuit qui suit l’enterrement, il est enlevé et séquestré par des moloss­es masqués. Il parvient à s’échapper, grâce à une con­di­tion physique jamais prise en défaut. Les morts qui s’accumulent sur sa route se volatilisent aus­si vite qu’ils sont apparus. Un car­net lais­sé par son père et ne con­tenant que deux inscrip­tions étranges s’invite dans l’histoire. Pourquoi le Colonel lègue-t-il ce car­net à son fils ? Est-il vrai­ment mort d’une crise car­diaque ou est-ce un meurtre déguisé ? Et qui sont ces mys­térieux hommes qui pour­chas­sent à présent Tuco ? Con­tin­uer la lec­ture

Les chantiers de l’amour ou de la mort

Sophie KESTER, Au-delà des ombres, 180°, 2022, 336 p., 20 €, ISBN : 9782940721122

kester au dela des ombres

Emi­ly Jensen, soci­o­logue fran­co-anglaise, met au monde une petite Sophia, après avoir vécu un mariage dif­fi­cile où elle était sans cesse rabais­sée. À la nais­sance de sa fille, elle lui fait la promesse de ne jamais l’abandonner, au con­traire de sa pro­pre mère, une jeune hip­pie qui avait pris la poudre d’escampette six mois après sa nais­sance et n’avait plus jamais réap­paru. Comme son père avec elle, la jeune femme élève seule son enfant. À la dif­férence que son père, ne s’étant jamais remis de la dis­pari­tion de sa moitié, avait som­bré dans l’alcool jusqu’à y être englouti. Emi­ly, bien entourée par trois amies dont la pétil­lante Emma, ne se laisse pas abat­tre, trou­ve un petit apparte­ment et fal­si­fie son cur­ricu­lum vitae pour pos­tuler à un poste d’assistante de direc­tion finan­cière dans une très grande société française, Aon, spé­cial­isée dans la con­struc­tion à l’international. Ces deux lignes mod­i­fiées vont pour­tant lui jouer des tours. Con­tin­uer la lec­ture