Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

Un arbre aux racines profondes

Un coup de cœur du Car­net

Lil­iane SCHRAÛWEN, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2024, 140 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 9782875864758

schrauwen belgiquesQuelques jours de répit au fin fond de la Gaume, loin du tumulte de la cap­i­tale et du quo­ti­di­en. Quelques mois de vacances en Bel­gique, loin de l’Afrique qui a vu la nar­ra­trice naître, et la décou­verte de cette Flan­dre, tel un songe comme dirait Ghelderode. Une balade au cimetière de Laeken, « au milieu des morts, telle­ment morts et telle­ment vivants à la fois à tra­vers leur image dans la pierre ». Une prom­e­nade au cœur de la cap­i­tale, sur la Grand-Place, à tra­vers les épo­ques et les exé­cu­tions cap­i­tales qui s’y tenaient. Con­tin­uer la lec­ture

Une voix vers l’inconnaissance

Un coup de cœur du Car­net

Roland LADRIÈRE, Encres & Trem­blé, Édi­tions de Cor­levour, 2024, 80 p., 15 €, ISBN : 978–2‑37209–133‑6

ladriere encres et tremblésRoland Ladrière (1948) est l’au­teur de recueils poé­tiques, de livres d’artistes, de réc­its et de textes cri­tiques. Par­mi ses tra­duc­tions de la poésie ital­i­enne con­tem­po­raine : une ver­sion com­plète des Œuvres poé­tiques de Sal­va­tore Qua­si­mo­do (prix Nobel 1959) ain­si que des recueils d’Elisa Biagi­ni (Depuis une fis­sure et Fil­a­ments), Sil­via Bre (La fin de cet art) et Fran­co Mar­coal­di (Le temps désor­mais comp­té et Pièges). Comme cri­tique lit­téraire, il col­la­bore aux revues La forge (France) et Le jour­nal des poètes (Bel­gique). Son œuvre pose une inter­ro­ga­tion con­stante sur les pou­voirs du lan­gage poé­tique à tra­vers une écri­t­ure peu bavarde, musi­cale, très phénoménologique et sou­vent apho­ris­tique. La sur­réal­ité des poèmes de Ladrière n’est nulle­ment automa­tique. Elle sem­ble sur­gir d’un indéter­miné de la langue, d’où provi­en­nent des éclats, des aperçus vers le noy­au de ce qui est. Une forme de mys­tique y est opérante. Comme l’écrit Philippe Jones : « La poésie […] n’a pas pour mis­sion d’être le compte ren­du, plus ou moins sub­limé, des faits et gestes du poète ; elle est un moyen de se situer et de se con­naître, d’extraire du vécu le pou­voir d’en reculer l’horizon[1] ». Con­tin­uer la lec­ture

La misère

Un coup de cœur du Car­net

Hubert KRAINS, Le pain noir, Post­face de Frédéric Sae­nen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace nord », 2024, 192 p., 9 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782875686893

krains le pain noirDès le pre­mier para­graphe du Pain noir d’Hubert Krains (1862–1934), on sait que tout est fini, qu’un monde est détru­it (et un autre en cours d’apparition, de con­struc­tion, mais ce n’est pas celui qui intéresse Hubert Krains) : « L’auberge de l’Étoile – qui se trou­vait sur le route de Huy à Tir­lemont – a été démolie quelques années après la con­struc­tion du chemin de fer Hes­baye-Con­droz. » L’action com­mence quelques para­graphes plus tard, après que le décor et le paysage ont été plan­tés ; on retourne dans le passé, un deux­ième dimanche de juin du 19e siè­cle, dans un vil­lage de Hes­baye baigné par la Mehaigne, le jour de l’inauguration du chemin de fer, sym­bole de la moder­nité, de l’industrialisation… Con­tin­uer la lec­ture

Entre tout et rien, la collection…

Un coup de cœur du Car­net

Jan BAETENS, Un monde à col­lec­tion­ner, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2024, 216 p., 18 €, ISBN : 978–2‑491462–77‑2

baetens un monde a collectionnerUne fois n’est pas cou­tume, com­mençons par l’excipit : « Les col­lec­tions, comme le monde, sont faites pour aboutir à des livres ». Ce n’est pas spoil­er Un monde à col­lec­tion­ner, le dernier essai de Jan Baetens, que d’en citer d’emblée la con­clu­sion ; c’est au con­traire annon­cer que la promesse sug­gérée par sa cou­ver­ture et son titre est par­faite­ment tenue. Con­tin­uer la lec­ture

Le soleil de l’insurrection

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Moctezu­ma. Le dernier Soleil, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 160 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–506‑4

bergen moctezumaLa civil­i­sa­tion aztèque ne peut retourn­er à la pous­sière, se voir plongée dans la nuit. Nous qui avons con­nu les feux de la gloire, le raf­fine­ment des sci­ences et des arts, tombe­ri­ons-nous comme des fruits, anéan­tis par des êtres incultes ? 

Le roman Moctezu­ma de Véronique Bergen évoque la fin de l’empire aztèque dans les années 1510–1522 suite à l’appropriation de ses ter­res et de sa cul­ture par les con­quis­ta­dores chré­tiens espag­nols. Ceux-ci, assoif­fés de richesse et de sang, pil­lent et sacca­gent les formes du vivant qui s’y déploient, vio­lent les lois sacrées mis­es au dia­pa­son des cycles saison­niers et leurs croy­ances. Con­tin­uer la lec­ture

Par-dessus tête

Un coup de cœur du Car­net

Lucas MOMMER, Micro-drames, Cac­tus inébran­lable, coll. « Micro­cac­tus », 2024, 110 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–105‑7

mommer micro-dramesChaque ren­trée édi­to­ri­ale offre des refrains déjà enten­dus mais révèle aus­si des voix neuves imprégnées de ce mir­a­cle de la beauté sur ordon­nance : la lit­téra­ture. Micro-drames de Lucas Mom­mer, paru cet été dans la col­lec­tion  « Micro­cac­tus » ,  en ce sens, est une « potion mag­ique » à déguster au plus vite… Con­tin­uer la lec­ture

Mon premier, c’est désir

Un coup de cœur du Car­net

Alix GARIN, Impéné­tra­ble, Le Lom­bard, 2024, 300 p., 29,9 € / ePub : 9 ‚99 €, ISBN : 978–2‑8082–1080‑5

garin impenetrableEn 2021, Alix Garin pub­li­ait Ne m’oublie pas, son pre­mier roman graphique qui, sans détour, fai­sait de son autrice une bédéiste à suiv­re. Suite à ce suc­cès, son nou­v­el ouvrage était atten­du et elle le savait. Au-delà d’une mise en con­texte, il s’agit là d’une par­tie de l’histoire de son nou­veau titre. Car si Ne m’oublie pas était inspiré par sa grand-mère, malade d’Alzheimer, Impéné­tra­ble est car­ré­ment auto­bi­ographique. Con­tin­uer la lec­ture

Quelqu’un qui me ressemble enfin, qui me reconnaît

Un coup de cœur du Car­net

Emmanuelle PIROTTE, Au bord du monde, École des loisirs, coll. « M+ », 2024, 144 p., 13,50 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 978–2‑211–33720‑5

pirotte au bord du mondeCes deux-là, tout les sépare. Ils ne se con­nais­sent pas.

En tout cas leurs familles n’ont rien à se dire. Un peu comme les Capulet et les Mon­taigu mais sans qu’il y ait eu haine ou affron­te­ment. On est en Angleterre, là où la nature de lan­des et de falais­es peut être sauvage comme un héros de tragédie shake­speari­enne, et où dans de petites villes indus­trielles gris­es, les jeunes cherchent le sens de l’existence. Con­tin­uer la lec­ture

Peindre-écrire Stéphane Mandelbaum

Un coup de cœur du Car­net

Véronique SELS, Por­trait de Stéphane Man­del­baum, CFC, 2024, 144 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87572–103‑7

sels portrait de stephane mandelbaumPein­dre-écrire Stéphane Man­del­baum comme Stéphane Man­del­baum n’a cessé de con­vo­quer Pier Pao­lo Pasoli­ni, Fran­cis Bacon, Pierre Gold­man, Luis Buñuel sur ses toiles, tourn­er autour de l’énigme S.M. en tant que con­den­sé de l’énigme de la pein­ture, arracher à la mémoire des mots les traces de leur dessin pri­mor­dial, antérieur à leur fix­a­tion dans l’espace du verbe : c’est ce que Véronique Sels nous donne à lire, à sen­tir dans son éblouis­sant Por­trait de Stéphane Man­del­baum. Écrit à la pre­mière per­son­ne, porté par la voix du pein­tre et dessi­na­teur, ce roman-con­fes­sion s’offre comme le pen­dant d’un dip­tyque dont le pre­mier pan­neau s’intitule Même pas mort ! (Ed. Genèse, 2022). Con­tin­uer la lec­ture

Apocalypse Now

Un coup de cœur du Car­net

Michaël MATTHYS, Kurtz, FRMK, 2024, 368 p., 39  €, ISBN :  978–2‑39022–041‑1

matthys kurtzIl s’agit là d’un mon­u­ment graphique. On peine à trou­ver les mots tant les images sont fortes. L’auteur, lui-même, pour d’autres raisons, s’en est fait très économe…

En 1979, le monde décou­vre le film Apoc­a­lypse Now. Ce sont là 140 min­utes d’une adap­ta­tion libre du livre Au cœur des ténèbres de Joseph Con­rad. Quar­ante-cinq ans plus tard, c’est à une autre « claque » qu’un pub­lic médusé a droit : une adap­ta­tion, en bande dess­inée. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour est à réinventer

Un coup de cœur du Car­net

Elya VERDAL, L’amour en creux : là où est mon vide est ta place, Bleu d’encre, 2024, ISBN : 978–2‑930725–68‑0

verdal l'amour en creuxRési­dant à Brux­elles, Elya Verdal offre en ce pre­mier ouvrage poé­tique une explo­ration auda­cieuse de l’érotisme, mêlant sub­tile­ment la poésie, la nar­ra­tion et la psy­chothérapie. Née à Limo­ges en 1978, elle se con­sacre désor­mais à l’expression artis­tique et à l’écriture. Ce recueil de prose libre célèbre l’amour dans toute sa com­plex­ité, offrant une vision où l’érotisme se fond har­monieuse­ment avec le spir­ituel et le sen­suel. La prose poé­tique d’Elya Verdal cap­ture l’intensité des émo­tions humaines, offrant une expéri­ence de lec­ture immer­sive et émou­vante. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’auteur nous incite à devenir co-autrice et co-auteur de son livre

Un coup de cœur du Car­net

Olivi­er DEPREZ, WREK, FRMK, 2024, n.p., 29 €, ISBN : 9782390220497

Scriptum

deprez wrekWREK est un livre hors-norme. Un OLNI. Objet lit­téraire non iden­ti­fié comme on dis­ait il y a quelques années. Com­ment ? Objet “lit­téraire”, dites-vous ? Alors que le texte est réduit ici à quelques inter­titres façon film muet ou à des sous-titres ponc­tu­ant ci et là des images tirées de doc­u­men­taires, actus, inter­views, films expés, vieilles pein­tures et BD, per­for­mances, et glanées ci et là dans la poubelle à pho­tos que sont, des fois, les archives sur le net ? Oui. Je per­siste et je signe : WREK est un objet lit­téraire. De haute voltige en plus. Parce qu’un OLNI a beau ne pas respecter les règles du jeu, ne pas pro­pos­er à ses lec­tri­ces et lecteurs une his­toire atten­due et plan-plan déroulant ses grands effets de manche et sor­tant ses géants des Flan­dres de son cha­peau-claque, WREK demeure un livre et se lit comme un livre. Il gagne à se feuil­leter une pre­mière fois, du moins je trou­ve, de sa page 1 à sa page 200 et quelque, dans l’ordre voulu par l’auteur, sur le chemin très sub­jec­tif pro­posé pour ne pas se per­dre dans le chaos. Parce que l’auteur grave sur bois, recy­cle et réa­gence à sa sauce tout ce qui le touche, l’émeut, l’a touché ou ému au hasard de ses recherch­es sur le web. Une man­i­fes­ta­tion qui tourne vilain. Un gag de Nan­cy et Slug­go, la BD naughty girl d’Ernie Bush­miller. Des dans­es macabres moyenâgeuses. Des per­for­mances de Joseph Beuys et d’autres. Des cou­ples posant debout, “face caméra”, comme on posait, jadis, pour l’œil du pho­tographe. Con­tin­uer la lec­ture

Nouveau Monde

Un coup de cœur du Car­net

Éric LAMBÉ, David B., Antipodes, Cast­er­man, 2024, 112 p., 22 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑203–25772‑6

lambé david B antipodesÉric Lam­bé, récom­pen­sé par le Fauve d’or à Angoulême en 2017 pour l’album Paysage après la bataille réal­isé en col­lab­o­ra­tion avec Philippe de Pier­pont, revient avec Antipodes, une œuvre qui se dis­tingue à nou­veau par son style graphique excep­tion­nel. Ses dessins, d’une appar­ente sim­plic­ité mais d’un détail remar­quable, font altern­er formes et for­mats de cas­es et jouent sur les fonds, créant une atmo­sphère visuelle unique, à la fois orig­i­nale et poé­tique. Les couleurs choisies, avec l’utilisation d’un bleu intense et pro­fond qui rehausse encore cer­taines planch­es par­ti­c­ulière­ment sub­limes (elles sont toutes absol­u­ment mag­nifiques), parachèvent un album qui est une réus­site totale. Con­tin­uer la lec­ture

Le vivant et le néant

Un coup de cœur du Car­net

Quentin JARDONLe cha­grin mod­erne, Flam­mar­i­on, coll. « Pre­mier roman », 2024, 254 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑0804–5007‑4

jardon le chagrin moderneQuentin Jar­don nous donne avec Le cha­grin mod­erne un roman, voire LE roman, de la solastal­gie. Plus que d’éco-anxiété, son per­son­nage souf­fre d’un burn-out envi­ron­nemen­tal auquel s’ajoute une crise de la trentaine. Un désir irré­press­ible de fuite le pousse à réalis­er l’inimaginable, dont il aura du mal à se remet­tre. Alors que son kif à lui, c’était de faire rire les siens et le pub­lic… Con­tin­uer la lec­ture

Quelques cris

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie MARQUÈS, Nos ven­dredis, Impres­sions nou­velles, 2024, 208 p., 19 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–150‑7

marques nos vendredisTrône, au rang des nou­veautés de la ren­trée lit­téraire, Nos ven­dredis, pre­mier roman de Nathalie Mar­quès. L’ouvrage, pub­lié aux Impres­sions Nou­velles, est présen­té comme un roman choral. Avec beau­coup de sub­til­ité, il décrit les des­tins croisés d’habitants d’un quarti­er cos­su du Bra­bant Wal­lon : bobo, calme et famil­ial. Con­tin­uer la lec­ture

Repousser les démons, faire place à la vie

Un coup de cœur du Car­net

Anne-Sophie KALBFLEISCH, Eure­ka dans la nuit, Rouer­gue, coll. « La brune », 2024, 384 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782812626111

kalbfleisch eureka dans la nuitQui oserait encore se ris­quer à dire que les autri­ces belges nég­li­gent le genre du roman noir ? Depuis quelques décen­nies déjà, cer­taines d’entre elles se sont imposées comme des références et leur répu­ta­tion dépasse allè­gre­ment nos fron­tières, leur per­me­t­tant de con­quérir un large lec­torat, que l’on songe à Pas­cale Fonte­neau, Nadine Mon­fils ou Bar­bara Abel, pour ne citer que celles les plus en vue par­mi elles. Con­tin­uer la lec­ture