Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

À travers l’objectif

Nathalie SKOWRONEK et Aurélie WILMET, Chi­enne de guerre, Cot­Cot­Cot, 2024, 83 p., 13,50 €, ISBN : 978–2‑930941–59‑2

skowronek chienne de guerrePho­tographe nat­u­ral­iste ukrainien, Mak­sim a changé de sujet de tra­vail quand la guerre s’est invitée dans son pays. Les champs de bataille, les zones sin­istrées, les gens qui pren­nent la route en lais­sant leur mai­son der­rière eux ont rem­placé les paysages, les arbres et les ani­maux devant son objec­tif. Les ani­maux sauvages en tout cas. Car les ani­maux de com­pag­nie, eux, suiv­ent leurs maîtres dans l’exil, subis­sent à leurs côtés les hor­reurs du con­flit, vic­times eux aus­si de la folie des Hommes. Con­tin­uer la lec­ture

Le silence et ses pièges

Luc DELLISSE, L’instant du silence, Mur­mure des soirs, 2024, 210 p., 20 €, ISBN : 9782931235119

dellisse l'instant du silenceTout autant que la parole, le silence est mul­ti­ple. Il peut inau­gur­er un rap­proche­ment ou sceller un dia­logue. Il en est de com­plices, d’hostiles, d’oppressants ou de sere­ins. Entre présence du corps et absence des mots, le silence est instant pur. À tra­vers les seize réc­its qui tis­sent la trame du dernier livre de Luc Del­lisse, un nar­ra­teur unique éprou­ve la com­plex­ité de son étoffe, au fil d’intensités fugaces ou de per­cus­sions aven­tureuses. Con­tin­uer la lec­ture

Et si le diable avait un frère… et trois enfants ?

Jean-Marc RIGAUX, L’Itoi, Mur­mure des soirs, 2024, 235 p., 22 €, ISBN : 978–2‑9312–3518‑8

rigaux l'itoiD’abord remar­qué comme nou­vel­liste, dans la revue Mar­ginales et trois recueils édités entre 2012 et 2018, Jean-Marc Rigaux, en 2020, avait ent­hou­si­as­mé avec Kipjiru 42…195, un thriller lit­téraire, puis­sant et sophis­tiqué. Et voici venir son deux­ième roman, chez Mur­mure des soirs, une très belle enseigne qui le pub­lie depuis ses débuts. Con­tin­uer la lec­ture

« j’ai toutes ces bêtes en moi / murmurais-tu »

François EMMANUEL et Chris DELVILLE, Le dit de la renarde, Esper­luète, 2023, 140 p., 19,50 €, ISBN : 9782359841770

emmanuel le dit de la renardeLe « dit », genre en vogue dans la lit­téra­ture médié­vale, désigne ini­tiale­ment des textes proches des fabli­aux et des lais, pour ensuite évoluer vers une poé­tique lyrique et nar­ra­tive, tout à la fois. Avec Le dit de la renarde, la poésie de François Emmanuel sub­tile­ment liée aux gravures de Chris Delville livre une fig­ure poé­tique qui aboutit à une sorte de « Voir dit » – con­tin­uons la référence aux let­tres du Moyen Âge et à l’incontournable Guil­laume de Machaut –, une aven­ture où ce que la renarde dit rythme l’itinéraire ini­ti­a­tique d’un « je » scan­dé par l’esprit ani­mal, l’adorée, l’être aimé, le corps, l’organique, le ter­ri­toire, la belle ani­male envoû­tante qui inter­pelle. Con­tin­uer la lec­ture

Enlacements tragiques

François EMMANUEL, Funer­al tan­go, Lans­man, coll. « Théâtre à vif », 2023, 60 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0401‑3

emmanuel funeral tango« Oléo : À l’en­ter­re­ment d’une reine, il est pre­scrit de ban­der la jambe arrière gauche de son cheval per­son­nel.
L’an­i­mal n’est donc pas intégré à l’at­te­lage qui tracte le car­rosse funéraire mais il marche un peu en retrait, tenu au mors par un très jeune offici­er.
À cause de l’en­trave à sa jambe le cheval boite et sa clau­di­ca­tion attire tous les regards. »

Dans la litanie des crescen­dos et decrescen­dos d’un tan­go joué par deux musi­ciens, un rit­uel de mort se déploie autour de Dona Pia, vivante, qui va mourir, qui est morte. Con­tin­uer la lec­ture

Retour au pays de l’enfance

Michel DESMARETS, La plage d’après, Acad­e­mia, 2024, 176 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3646‑6

desmarets la plage d'aprèsLe pre­mier roman de Michel Des­marets nous fait décou­vrir les sou­venirs de Côme, qui a per­du son frère aîné et rep­longe dans son passé en foulant le sable d’une plage qu’il affec­tionne. Il emmène son lecteur dans ses ter­ri­toires intimes, dans les explo­rations de l’enfance et les jeux frater­nels tein­tés d’euphorie et d’émerveillement, devenus ain­si inou­bli­ables. Con­tin­uer la lec­ture

Célébration de la chair

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie GASSEL, Éros androg­y­ne et autres textes, Pré­face de Pierre Bourgeade, Tail­lis Pré, 2024, 180 p., 19 €, ISBN : 9782874502200

gassel eros androgyne et autres textesOuvrir les pages étince­lantes, ver­tig­ineuses d’Éros androg­y­ne et autres textes, c’est s’abandonner à l’œuvre lit­téraire sans équiv­a­lent de Nathalie Gas­sel, sen­tir qu’en amont des mots elle pose l’équivalence entre l’écriture qui bande ses mus­cles et le corps jouis­sant. Mag­nifique­ment pré­facée par Pierre Bourgeade, la réédi­tion d’Éros androg­y­ne s’accompagne de textes inédits qui explorent les ter­ri­toires du désir, les ren­con­tres des corps, la mys­tique de l’écriture et du sexe. Con­tin­uer la lec­ture

Complainte du temps qui passe

Loren­zo CECCHI, Non fini­to, Bleu d’encre, 2024, 128 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930725–67‑3

cecchi non finitoLoren­zo Cec­chi est né à Charleroi en 1952. Agrégé en soci­olo­gie, il a été ani­ma­teur de mai­son de jeunes, pro­mo­teur de spec­ta­cles au Théâtre Nation­al, admin­is­tra­teur de sociétés, ou encore com­mis­saire d’exposition avant de ter­min­er sa car­rière en tant que com­mer­cial dans une société de pro­tec­tion con­tre l’incendie. Pen­dant dix ans, il a égale­ment enseigné la philoso­phie de l’art à l’académie des Beaux-arts de Mons. « Loren­zo Cec­chi a com­mencé à pub­li­er tar­di­ve­ment avec un pre­mier roman remar­qué, Nature morte aux papil­lons (2012), sélec­tion­né pour le Prix Pre­mière de la RTBF, ain­si que les prix Alain-Fournier, Saga Café et des lecteurs du mag­a­zine Notre Temps. Depuis, l’auteur belge, pro­lixe, alterne romans et recueils de nou­velles », écrivait à son pro­pos Michel Tor­rekens. Non fini­to, son pre­mier recueil de poèmes, nous  invite à mor­dre la vie au présent parce que « demain n’est pas cer­tain »  et que « […]. Le ciel, comme celui de Camus, reste aux abon­nés absents, il ne répond pas, il y a des ques­tions, seule­ment des ques­tions ». Con­tin­uer la lec­ture

Véronique Bergen : l’alphabet de l’insurrection

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Clan­des­tine, Lamiroy, 2024, 25 €, ISBN : 978–2‑87595–908‑9

bergen clandestineTou­jours à la croisée de la grande His­toire col­lec­tive et de la micro-his­toire indi­vidu­elle, l’écriture de Véronique Bergen s’impose une nou­velle fois et exulte dans son nou­veau roman, Clan­des­tine. Ce livre est cer­taine­ment l’un des plus puis­sants et des plus boulever­sants de l’œuvre de la roman­cière et poète, en ce qu’il attaque toute pudi­bon­derie – parce qu’ensauvagé, indompt­able ; la langue faisant bas­culer l’horizon à l’exacte mesure de toute quête. Con­tin­uer la lec­ture

Ruines et cuissardes

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Les dans­es de Rober­to Suc­co, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « Book­leg », 2023, 3 €, ISBN : 978–2‑87505–480‑7

bergen les danses de roberto succoD’une den­sité dessil­lante, l’opus Les dans­es de Rober­to Suc­co de Véronique Bergen est con­stru­it à l’image de la rêver­ie de sa nar­ra­trice. Celle-ci arpente les rues de Brux­elles, de même que nous, lecteurs, arpen­tons les phras­es de Véronique Bergen ser­ties dans l’émail de la langue.

D’emblée, le réc­it emprunte une voix et des ruelles : la voix d’amorce, servie en italiques, annonce une forme de soli­tude, tan­dis que les rues amon­cel­lent quan­tités de pas. Ain­si de tout l’opus, oscil­lant entre voix intérieure et échos extérieurs, l’un et l’autre s’interpénétrant, se trans­fig­u­rant mutuelle­ment jusqu’à se con­fon­dre et se brouiller au sein de ce « pèleri­nage anar­chiste ». Con­tin­uer la lec­ture

Espace urbain et innovations technologiques

Tyler REIGELUTH, L’intelligence des villes. Cri­tique d’une trans­parence sans fin, Météores, 2023, 144 p., 16 €, ISBN : 2960288726

reigeluth l'intelligence des villesDoc­teur en philoso­phie, maître de con­férences à l’Université catholique de Lille, Tyler Reige­luth ques­tionne les pro­jets de « villes intel­li­gentes », de « smart cities » qu’on nous impose de manière écras­ante à tra­vers le monde depuis les années 2000. Pub­lié aux Édi­tions Météores dont on soulign­era la force de la ligne édi­to­ri­ale, L’intelligence des villes. Cri­tique d’une trans­parence sans fin sonde les enjeux explicites et cachés, les fan­tasmes, la vision de l’urbanisation et du vivre ensem­ble que mobilise le « solu­tion­nisme tech­nologique » (Evge­ny Moro­zov), la ges­tion tech­nologique de l’espace urbain. Que recou­vre le mot d’ordre actuel d’une intel­li­gence arti­fi­cielle cen­sée  « sauver » les villes des impass­es écologiques, sociales qu’elles génèrent ?   Con­tin­uer la lec­ture

Formes mutantes et chair du poème

Un coup de cœur du Car­net

Jacques CRICKILLON, Le cycle de la nuit. Régions insoumis­es, Approche de Tao, Nuit la neige, Léta­mor­phos XIII, Ténébrées, Intro­duc­tion et post­face d’Éric Brog­ni­et, Arbre à paroles, 2024, 358 p., 20 €, ISBN :  978–2‑87406–743‑3 

crickillon le cyle de la nuitIndi­en des chants d’amour, de la pen­sée cos­mique et des guer­res poé­tiques, Jacques Crickil­lon (1940–2021) est l’auteur d’une œuvre rare, sédi­tieuse, insoumise. Ce voyageur en rup­ture de ban, cet infati­ga­ble arpen­teur des énigmes de l’Être a con­stru­it et décon­stru­it une œuvre tout à la fois poé­tique, en prose, théâ­trale qui procède par cycles comme l’analyse Éric Brog­ni­et dans sa somptueuse pré­face. Le cycle de la nuit, réédi­tion en un vol­ume d’œuvres poé­tiques pub­liées par L’Arbre à paroles, s’avance comme la pre­mière fig­ure de proue d’une con­stel­la­tion qui com­pren­dra Le cycle de la mon­tagne et Le cycle de l’amour et de la guerre (2025). Con­tin­uer la lec­ture

Crimée : l’amitié en temps de guerre

Un coup de cœur du Car­net

Alain LALLEMAND, Ce que le fleuve doit à la plaine, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2023, 420 p., 23,50 € / ePub : 18,99 €, ISBN : 978–2‑87489–923‑2

lallemand ce que le fleuve doit a la plaineLes grands reporters font-ils de bons romanciers ? Kessel ou Hem­ing­way nous ont mon­tré que oui et ô com­bi­en. En Bel­gique, Alain Lalle­mand s’inscrit dans leur sil­lage avec plusieurs romans qui tis­sent grande His­toire et his­toires intimes à par­tir de ses mis­sions de cor­re­spon­dant de guerre, prin­ci­pale­ment pour Le Soir, en Yougoslavie, Colom­bie, Afghanistan, etc. Ou en Crimée. Con­tin­uer la lec­ture

Boiter à quatre jambes, et nager

Jacques RICHARD, Écrit sous l’eau, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2024, 104 p., 16 €, ISBN : 9782491462765

richard ecrit sous l'eauC’est peut-être parce qu’il a été Écrit sous l’eau qu’il donne l’impression d’une lec­ture-apnée. Cha­cune des pros­es com­posant le recueil de Jacques Richard se présente comme une micro-plongée dans un bain d’étrangeté et de flu­id­ité. L’on y pro­gresse en brass­es pru­dentes et curieuses, avec la sen­sa­tion de ne pou­voir garder le cap à cause de mou­ve­ments ondins sur­prenants. Le mieux est sans doute de se laiss­er porter, sans chercher à retenir ni se faire retenir, en accep­tant la caresse du flux lan­gagi­er et le mys­tère des fonds sous-scrip­turaux. Con­tin­uer la lec­ture

Genres et rapports de forces

Line ALEXANDRE, Les femmes et les enfants d’abord, Quad­ra­ture, 2024, 133 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782931080405

alexandre les femmes et les enfants d'abordLine Alexan­dre a déjà fait sa place dans notre espace lit­téraire avec six romans dont le pre­mier, paru en 2009, Petites pra­tiques de la mort, avait été final­iste du prix Pre­mière et avait obtenu le prix Car­refour des tal­ents lit­téraires. Les lecteurs ont trou­vé en elle une obser­va­trice atten­tive des rela­tions humaines et ils ne seront pas déçus par son arrivée dans le monde de la nou­velle. Con­tin­uer la lec­ture

Penser le poétique aujourd’hui

Éric BROGNIET, Yves Peyré. L’e­space d’un instant, Tan­dem, coll. « Alen­tours », 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87349–153‑6

brogniet yves peyré l'espace d'un instantPeu con­nu du grand pub­lic, le Français Yves Peyré est l’au­teur fécond et poly­graphe de plusieurs recueils de poèmes, de neuf réc­its, de vingt-cinq essais con­sacrés prin­ci­pale­ment à la pein­ture, de nom­breux livres copro­duits avec des artistes, sans compter la direc­tion de qua­tre revues et d’ou­vrages col­lec­tifs. Grand con­nais­seur de l’œu­vre d’H. Michaux, il par­ticipe en 1995 au col­loque Les ailleurs d’Hen­ri Michaux, organ­isé par Éric Brog­ni­et à la Mai­son de la Poésie de Namur. Ain­si débute une longue com­plic­ité assise sur une quête com­mune, dont l’ob­jet n’est rien de moins que l’essence pro­fonde du poé­tique con­tem­po­rain et sa réin­ven­tion mul­ti­forme. É. Brog­ni­et pub­lie dans sa revue Sources un pre­mier arti­cle, puis le développe en quar­ante-trois pages sous le titre Yves Peyré, l’e­space de l’in­stant, inté­grées dans l’é­pais vol­ume La lec­ture silen­cieuse (ARLLFB, 2022). Cepen­dant, beau­coup de choses lui restent à dire. Pro­je­tant un essai à part entière qui atteigne un pub­lic élar­gi, il retra­vaille les qua­tre textes exis­tants (En appel de vis­ages, L’œu­vre en prose, L’œu­vre poé­tique, Pour en revenir à Michaux) et y joint deux nou­veaux : Voy­age et paysage, His­toire du livre, esthé­tique, cri­tique d’art et de lit­téra­ture. Tel vient de paraitre aux édi­tions Tan­dem le vol­ume Yves Peyré. L’e­space d’un instant. Con­tin­uer la lec­ture