Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

De la chaleur humaine

Marc MEGANCK, La lunette, F dev­ille, coll. « Œuvres au jaune », 2023, 78 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87599–060‑0

meganck la lunetteMarc Meganck pra­tique une lit­téra­ture à dif­férentes vitesses (his­toire, décou­vertes, polici­er, roman, …) et vient de nous offrir un objet étrange et mer­veilleux, triste et joyeux, mélan­col­ique et d’une rare énergie, La lunette, micro-roman. Nous ne vous dévoilerons pas ici de quelle lunette il s’agit…

Dans la lit­téra­ture et l’édition, les gen­res se mêlent facile­ment,  sont plus « flu­ides » que dans le dis­cours social : micro-roman et pourquoi pas nou­velle (comme les Anglo-Sax­ons, l’auraient prob­a­ble­ment nom­mée en short-sto­ry) ? Mais, n’y eut-il pas récem­ment des « romans à nou­velles », des ciné-romans, des ciné ou vidéo-poèmes, des aut­ofic­tions qui ne sont pas des romans auto­bi­ographiques… ? Les gen­res se mêlent, comme dans tous les lieux de notre psy­ché et du réel socié­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Révéler la beauté  de la nuit

Paul G. DULIEUIl voulait pein­dre la nuit, Tra­verse, 2022, 193 p., 18 €, ISBN : 978–2‑93078–342‑0

dulieu il voulait peindre la nuitD’emblée, on s’attache à ce Mar­cel Fau­reuve, fig­ure cen­trale du roman de Paul G. Dulieu Il voulait pein­dre la nuit, qui, licen­cié aux approches de la soix­an­taine de la société dans laque­lle il œuvrait comme pho­tographe, saisit l’occasion de cette retraite anticipée pour se con­sacr­er à sa pas­sion : pein­dre. Avec une prédilec­tion pour le ciel noc­turne, les étoiles, qu’il monte con­tem­pler  depuis la lucarne du toit d’ardoises.

Au grand dam de son épouse, la réal­iste Géral­dine, qui devine que « le dia­ble de la pein­ture » va s’emparer de lui et qui ne partage pas son vibrant amour pour la nuit, pour le noir. À ses yeux, le noir est « tout ce qui reste quand toutes les couleurs ont dis­paru. (…) c’est le trou, le manque, l’opacité, la céc­ité. » Con­tin­uer la lec­ture

Pour un bouquet de violettes

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cale FONTENEAU, Com­ment (et pourquoi) j’ai mangé mon amant, Onlit, 2023, 18 €, ISBN : 9782875601643

fonteneau comment et pourquoi j ai mange mon amantHélène a tout pour être heureuse. Un mari, des enfants, un boulot sta­ble et peu de soucis matériels. Elle mène une vie sans his­toires avec un petit goût de trop peu, un rien d’amertume sans doute lié au manque de ten­dresse que lui témoignent ses proches. Un mari cadre dans une banque, qui aime tout anticiper et prévoir, fort de ses cer­ti­tudes, une fille juriste qui s’inscrit dans le sil­lage du père, un fils bril­lant qui s’apprête à par­tir au Japon.

Dans la com­pag­nie d’assurances où elle assure la direc­tion des con­tentieux com­mer­ci­aux, elle reçoit les con­fi­dences d’Isabelle, dont le fils sem­ble fil­er un mau­vais coton. Une petite voix en elle lui mur­mure la petitesse de ce monde où tout est prévis­i­ble, mal­gré les risques qui, même assurés, peu­vent tout faire bas­culer sans crier gare. À son médecin, elle con­fie, faute d’écoute de son mari : « (…) ce qui m’inquiétait le plus, surtout depuis mon dernier anniver­saire, c’était de voir ma vie se dérouler désor­mais sans change­ment, sans un pli jusqu’à la fin. Une vie comme un tapis roulant qui, inex­orable­ment, me con­duirait là où finit l’existence. » En guise de remède, il lui pre­scrit quelques change­ments, un brin de fan­taisie et des vit­a­mines. Con­tin­uer la lec­ture

La nouvelle Odyssée

David JAUZION-GRAVEROLLES, Bien accueil­lir son pris­on­nier, M.E.O., 2023, 374 p., 25 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782807003743

jauzion graverolles bien accuellir son prisonnierÀ la demande d’un mem­bre de sa famille, le nar­ra­teur du réc­it décide de rédi­ger la biogra­phie de la sœur aînée de sa grand-mère, Marie Mon­tin, une nonagé­naire anal­phabète, afin de don­ner forme aux his­toires qu’elle racon­te. Il passe alors de nom­breuses heures à écouter son témoignage, d’autant plus impor­tant que son mari Jean, un ancien sol­dat pris­on­nier pen­dant la Deux­ième guerre, est décédé 20 ans plus tôt.

Habitué à la recherche pointilleuse d’informations grâce à sa thèse de doc­tor­at, l’apprenti biographe nous donne à lire un car­net de bord où l’on retrou­ve les extraits du solil­oque de Marie et de sa biogra­phie, mais aus­si ses réflex­ions sur les dif­fi­cultés qu’il tra­verse dans ce tra­vail de recon­sti­tu­tion. Nous apprenons ain­si que la guerre a éclaté quelque peu après le mariage de Marie et Jean et nous décou­vrons leur quo­ti­di­en par­al­lèle, l’une dans l’attente des nou­velles et du retour de son époux, l’autre dans la vie de sol­dat et de cap­tif avec la faim et la las­si­tude qui l’accompagnent notam­ment. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour-camaraderie

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, La cabane d’Alexandra Kol­lon­taï, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 112 p., 10 €, ISBN : 9782931101599

delmotte weber la cabane d'alexandra kollontaiAlix ren­con­tre Julia, par l’intermédiaire d’une amie com­mune. Dès les pre­mières sec­on­des passées ensem­ble, elles tombent dans les bras l’une de l’autre. S’ensuit une rela­tion. Julia est aus­si en cou­ple avec Samuel. Enfin, « en cou­ple » n’est pas tout à fait le terme appro­prié. Samuel goûte aux joies du polyamour et n’a pas moins de qua­tre rela­tions au même moment. Il encour­age Julia dans cette voie, mais elle est plus réti­cente. Des pointes de jalousie sur­gis­sent, surtout quand Alix ren­con­tre Samuel et que ces deux-là se plaisent à leur tour. Alix décou­vre ce nou­veau mode de rela­tions. Leur ren­con­tre a lieu dans la cabane de Samuel, un lieu retiré où il désire vivre autrement. Son rêve serait de s’épanouir au sein d’un poly­cule, c’est-à-dire un groupe polyamoureux. Selon lui, le cou­ple ne laisse pas de place à l’in­di­vid­u­al­ité. Sa référence dans le domaine est Alexan­dra Kol­lon­taï, une com­mu­niste et mil­i­tante fémin­iste marx­iste sovié­tique, qui a forgé une nou­velle con­cep­tion du monde. Il a d’ailleurs don­né son nom à sa cabane. Con­tin­uer la lec­ture

Gribouille en Morticolie ?

Lit­téra­ture et Médecine. Deux arts du regard. Autour de Jean-Christophe Rufin, Jean-Bap­tiste Baron­ian, Georges Casimir, Bernard Dan, François Emmanuel, Philippe Lekeuche, Pierre Mertens, Yves Namur et Ray­mond Red­ing, Académie rouyale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2023, 130 p., 15 €, ISBN : 9782803200696

litterature et medecine deux arts du regardLit­téra­ture et Médecine… L’ordre des mots adop­té dès le titre se soumet-il sim­ple­ment à celui de l’alphabet, ou bien est-ce que, fussent-elles toutes deux affublées d’une majus­cule et érigées en « arts du regard » la sec­onde reste un corol­laire de la pre­mière ? Il fal­lait tranch­er, bien sûr, et ce livre par­le davan­tage en ter­mes de « roman », « fic­tion », « auteurs », que de « patholo­gie », « traite­ment » ou « prati­cien ».

Il n’empêche : l’historiographie lit­téraire (fran­coph­o­ne mais pour tout dire, mon­di­ale) a beau regorg­er de fig­ures d’« écrivains-médecins », il serait peut-être plus juste de les qual­i­fi­er de « médecins-écrivains », puisque l’exercice de l’art d’Esculape précé­da par­fois de loin la fréquen­ta­tion des Mus­es… Prenons le cas le plus célèbre en lit­téra­ture française du XXe siè­cle, Louis-Fer­di­nand Céline. Il décou­vre sa voca­tion au Camer­oun, en 1916, en soignant vaille que vaille les pop­u­la­tions indigènes. Sa thèse de médecine, con­sacrée à un chirurgien hon­grois du siè­cle précé­dent, est con­sid­érée, à rai­son, comme son pre­mier texte lit­téraire… mais il fau­dra atten­dre les années 1926–1927 pour qu’il se mette à la rédac­tion de ce qui allait devenir Voy­age au bout de la nuit. Com­bi­en sont-ils, par­mi ses détracteurs, à regret­ter que le Doc­teur Destouch­es ait lâché son car­net d’ordonnances pour devenir le par­a­digme de l’écrivain col­labo et anti­sémite ? Con­tin­uer la lec­ture

Les enjeux vitaux de la biodiversité

Un coup de cœur du Car­net

Marc SCHMITZ (coor­di­na­tion), Le souf­fleur de feuilles. La bio­di­ver­sité n’est pas un luxe, elle est vitale, Pré­face de Vin­ciane Despret, Couleur livres, 2022, 128 p., 12 €, ISBN : 9782870039342

collectif le souffleur de feuillesC’est à par­tir d’un lieu bien pré­cis, de la réserve naturelle du Kin­sendael située dans le sud de Brux­elles que l’ouvrage col­lec­tif Le souf­fleur de feuilles. La bio­di­ver­sité n’est pas un luxe, elle est vitale inter­roge les ressources con­ceptuelles et les scé­nar­ios à met­tre en œuvre sur le ter­rain afin de fab­ri­quer « des mon­des encore hab­it­a­bles » (Vin­ciane Despret) où se nouent des liens har­monieux entre humains et non-humains. Com­posé d’acteurs issus de divers­es dis­ci­plines, un col­lec­tif de con­tribu­teurs (Isabelle Stengers, Serge Gutwirth, Vin­ciane Despret qui signe la pré­face, Marc Schmitz qui coor­donne l’ouvrage, Mar­tine De Beck­er, Thérèse Verteneuil, Benoît Dumont, Olivi­er De Schut­ter, Jean-Claude Gré­goire, Paul De Gob­ert, Amau­ry Van­laer) s’empare des ques­tions des ter­ri­toires de vie où se déploient des mon­des sauvages, semi-sauvages, de l’érosion cat­a­strophique de la bio­di­ver­sité, de la frag­men­ta­tion de l’habitat, de la spa­tio­phagie, de l’urbanisation galopante qui men­a­cent la survie d’innombrables espèces ani­males et végé­tales pour penser un change­ment de par­a­digme qui en passe par le local. Con­tin­uer la lec­ture

Les spectres d’Albert

François DEGRANDE, Trois fan­tômes biodégrad­ables, Bleu d’encre, 2022, 168 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930725–52‑9

degrande trois fantomes biodegradablesOrné de dessins de Philippe Jois­son, de M. la Mine et de l’auteur, cette fable en vers de François Degrande s’ouvre sous une épigraphe on ne peut plus révéla­trice : Inspiré de faits réels basés sur une fic­tion…

Le recueil racon­te les mul­ti­ples ten­ta­tives man­quées de spiritisme aux­quelles se livre le nar­ra­teur. La pre­mière s’ouvre sur une inven­tion capa­ble de boule­vers­er l’équilibre économique des sociétés d’auteur dans le monde (nous n’en dévoilerons pas davan­tage ici pour ne rien divul­gâch­er). Con­tin­uer la lec­ture

Excavation du verbe

Un coup de cœur du Car­net

Har­ry SZPILMANN, Ful­gor, Cormi­er, 2022, 72 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87598–033‑5

szpilmann fulgor« Souf­fle », « désas­tre » et « embrase­ments » – nous sommes d’emblée, dès les pre­miers mots, en terre szpil­mani­enne. D’un livre à l’autre du poète, le même noy­au, les mêmes champs lex­i­caux, le même labour du verbe, le même refus de l’enclos… et des fir­ma­ments, jusque-là demeurés incon­nus, éclosent. Chaque livre de Szpil­mann est un réseau vas­cu­laire de mots et un cristal d’images tou­jours appréhendés sous un nou­veau prisme. Pub­lié au Cormi­er, Ful­gor, dont le titre con­dense tant la ful­gu­rance de l’éclair que l’or du feu, est une suite, déser­tique autant que mag­ma­tique, de courts frag­ments dens­es, den­si­fiés par l’ « Obscur ».

À nos genès­es en l’instant glo­ri­fié, en l’instant glo­ri­fi­ant, ont présidé d’innombrables eaux et d’innommables astres. En remon­ter le cours, en déclin­er la source, voilà la tâche généra­trice qui nous requiert, et nous exauce.  Con­tin­uer la lec­ture

Ne plus amasser de mousse

Clé­ment MAGOS et Damien RUELENS, En roulotte à tra­vers l’Europe cen­trale. Une errance hip­po­trac­tée, Par­tis pour, 2022, 196 p., 13,50 €, ISBN : 978–2‑931209–01‑1

magos en roulotte a travers l europe centraleEn roulotte à tra­vers l’Europe cen­trale. Une errance hip­po­trac­tée se range dans la col­lec­tion « Errances » des édi­tions Par­tis pour, col­lec­tion qui aug­mente fréquem­ment le texte. Frot­ter son index sur la tra­jec­toire annotée de la sep­tième page ouvre l’appétit. Plus que de situer spa­tiotem­porelle­ment le voy­age annon­cé, cette carte stim­ule nos attentes : dess­inée, la tra­jec­toire en roulotte a eu lieu (de la Croat­ie à la Pologne, en pas­sant par la Hon­grie et la Slo­vaquie) mais ne dévoile rien de plus.

Une sélec­tion d’œuvres, placée après les remer­ciements fin­aux, définit rétroac­tive­ment le car­can de l’errance : la lignée de con­quérants ou d’aventurier.e.s mobil­isée, et com­men­tée par­fois ironique­ment, offre un appui inspi­rant. Pour Clé­ment Magos et Damien Rue­lens, le voy­age a débuté dans ces réc­its, sortes de cail­loux-balis­es à polir. Au gré de la pra­tique, les appren­tis­sages hip­piques s’affineront : le savoir trans­mis, ques­tionnable et con­tra­dic­toire, illus­tre d’ailleurs à mer­veille l’adage d’une de leurs ren­con­tres croates, selon lequel on est tou­jours l’incapable de quelqu’un. À leur tour, les deux acolytes lais­sent une trace de leurs foulées, par le tour­nage de reportages in situ qui ajoutent une couche réflex­ive à leur démarche et l’embellissent, et par l’écriture de cet ouvrage. Gliss­able dans une poche, il appelle au mou­ve­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’enfer de l’engrenage

Didi­er ROBERT, Une pêche mirac­uleuse, F dev­ille, 2022, 59 p., 9 €, ISBN : 9782875990624

obert une peche miraculeuseUne pêche mirac­uleuse est un micro roman qui dévoile une his­toire famil­iale se déroulant dans un huis clos étouf­fant. C’est la sai­son de la pêche, Roger et Lisa sont par­tis avec la car­a­vane et leurs deux enfants pour s’adonner à ce loisir saison­nier.

La ten­sion est pal­pa­ble lorsque Lisa et ses fils s’arrêtent presque de respir­er lorsque Roger revient d’un apéro qui a duré plusieurs heures. Il a l’alcool vio­lent et la sit­u­a­tion dégénère vite, d’autant plus que sa femme est fière et rend coup pour coup jusqu’à ce que l’inégalité physique prenne le dessus. Les enfants ne sont pas en reste dans la mesure où ils repro­duisent entre eux la vio­lence dont ils sont vic­times, ce qui donne à lire une scène de pugi­lat puis­sante, presque sur­réal­iste. Con­tin­uer la lec­ture

« Voir l’insecte au visage »

Mau­rice MAETERLINCK, La vie des four­mis / La vie des ter­mites, Post­face de Mathilde Régent, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 390 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–566‑7

maeterlinck la vie des termites la vie des fourmisDans la vaste pro­duc­tion de Mau­rice Maeter­linck, les essais con­sacrés aux insectes soci­aux occu­pent une place à part. Cette trilo­gie se trou­ve dis­ten­due, par sa chronolo­gie d’abord, mais aus­si par sa tonal­ité. Elle s’ouvre en 1901 avec La vie des abeilles, qui jouira d’un immense suc­cès. Paul Gor­ceix jugeait que cet ouvrage pose « le prob­lème de la Weltan­schau­ung de Maeter­linck et, au-delà, celui de sa per­son­nal­ité ». Que révèle en effet cette atten­tion par­ti­c­ulière à des col­lec­tiv­ités invis­i­bles, vivant en sys­tème clos dans le com­plexe réseau alvéo­laire ou souter­rain qu’elles ont dess­iné, se repro­duisant et s’organisant selon des mod­èles immuables depuis des mil­lé­naires sans doute, mais qui échap­pent encore par­tielle­ment à notre com­préhen­sion ? Cet intérêt crois­sant pour les ruch­es, les ter­mi­tières et les four­mil­ières serait-il l’indice d’une fas­ci­na­tion mal­saine envers les régimes autori­taires ? Car si l’on trans­pose leur fonc­tion­nement aux col­lec­tiv­ités humaines, le pire régime des castes appa­raît d’une bien­veil­lance extrême… Con­tin­uer la lec­ture

Tableaux-sonnets

Denis DE RUDDER, Brève his­toire de l’art en son­nets, Let­tre volée, 2022, 192 p., 20 €, ISBN : 9782873176068

de rudder breve histoire de l'art en sonnetsArtiste pein­tre, Denis De Rud­der délivre dans sa pre­mière pub­li­ca­tion des tableaux textuels qui, emprun­tant la forme du son­net, retra­cent les jalons de l’histoire de l’art occi­den­tal de la Grèce antique à nos jours. Ponc­tué de repro­duc­tions d’œuvres, le voy­age se tient à la croisée de divers­es matières abor­dées sous un fais­ceau de manières. Déroulant un fil chronologique qui pro­duit un effet de dia­pos­i­tives, Brève his­toire de l’art en son­nets choisit de con­vo­quer des noms d’artistes davan­tage que des courants, des mou­ve­ments, des ten­dances. S’ouvrant sur le fameux duel entre les pein­tres grecs Zeux­is et Par­rha­sios, le recueil abor­de les muta­tions du regard, la ques­tion de l’imitation du réel, de la mimè­sis, les bougés dans l’expérience per­cep­tive, les con­textes socio-his­toriques, économiques, géo­graphiques de la pro­duc­tion d’images. Sous-ten­du par l’érudition, porté par un par­ti-pris résol­u­ment sub­jec­tif, l’ouvrage dresse en creux les moments, les tour­nants, les aven­tures, les motifs, la gram­maire des formes qui scan­dent l’histoire des arts plas­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

De profundis clamat Menu

Marc MENU, Pol­lu­tions noc­turnes, Tail­lis Pré, 2023, 80 p., 13 €, ISBN : 9782874502002

menu pollutions nocturnesMarc Menu crie depuis les pro­fondeurs. De ce cri écrit sourd un imag­i­naire théâ­tral, sym­bol­iste, baude­lairien, déca­dent, fan­tas­tique. En forme de poèmes en prose, les soix­ante-cinq textes de Pol­lu­tions noc­turnes, tels qu’en eux-mêmes, ont tout pour mérit­er leur titre.

Après Mur­mures du chardon (2016) et Ce soir c’est relâche (2020), Pol­lu­tions noc­turnes est le troisième livre de Marc Menu pub­lié au Tail­lis Pré. Hors le champ poé­tique, Marc Menu est notam­ment con­nu pour de très brèves fic­tions (Quad­ra­ture, Cac­tus inébran­lable) au lud­isme cynique et à l’efficacité red­outable. Le nou­vel­liste de poche et le poète dés­abusé sem­blent ici se rap­procher à la faveur d’un ouvrage qui prend lui aus­si la forme de fic­tions d’une page, sortes de poèmes de l’effondrement, cauchemardesques et han­tés. Con­tin­uer la lec­ture

P‑O ça existe ? 

Gio­van­ni LENTINI, André Antoine le dernier prêtre-ouvri­er, Cerisi­er, coll. « Quo­ti­di­ennes », 2022, 128 p., 14 €, ISBN : 9782872672400

lentini andre antoine le dernier pretre ouvrierQui se sou­vient encore qu’il y a eu des prêtres-ouvri­ers ?  C’est une espèce en voie de dis­pari­tion au même titre que le rhinocéros blanc dont le dernier indi­vidu mâle est mort le 19 mars 2018. Deux femelles sont encore en vie, ce qui augure mal de la survie de l’espèce.

D’ailleurs, les temps ont telle­ment changé que quand on lit la pre­mière occur­rence de P‑O dans le livre, on se demande ce qu’un Pou­voir Organ­isa­teur vient faire dans cette galère ! C’est donc à bon escient que Gio­van­ni Lenti­ni s’intéresse à cette prob­lé­ma­tique et on en sait gré aux édi­tions du Cerisi­er, tou­jours fidèles à leur con­science sociale.  Con­tin­uer la lec­ture

Derrière les mots

Michel VOITURIER, Mi-fable mi-rai­son, Tra­verse, 2022, 154 p., 17 €, ISBN : 9782930783437

voiturier mi fable mi raisonDans l’ombre de la fic­tion, la rai­son ne cesse d’agir. Elle guide le choix des mots, l’ordre de la phrase, l’enchaînement des faits, tend le fil de la nar­ra­tion, son ordon­nance­ment sur la ligne du temps. Elle orchestre le scé­nario, règle l’aiguillage des des­tins, leur artic­u­la­tion avec ce que nous savons du passé et rêvons de l’avenir, négo­ciant avec les opin­ions de l’auteur, ten­ant compte de sa volon­té ou non d’y dévelop­per sa pro­pre vision du monde, ses choix de valeurs. Si le plus sou­vent elle se fait dis­crète, par­fois elle s’exprime à décou­vert, comme elle le fait dans ce recueil de textes brefs de Michel Voi­turi­er, en marge de micro-fic­tions dont la taille varie de quelques lignes (le plus sou­vent) à 2 pages (tout au plus), à telle enseigne qu’il con­tient plus de 90 textes sur 146 pages. Les per­son­nages qui défi­lent demeurent dans l’indéfini, ils ne sont pas nom­més, ils sont présen­tés sous le régime de la troisième per­son­ne. Des quidams, que nous pour­rions être, sai­sis dans leur banal­ité quo­ti­di­enne en petits frag­ments de vie : Con­tin­uer la lec­ture