Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Je est un autre

Lil­iane SCHRAUWEN, Irréversible, M.E.O., 2023, 128 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782807003651

schrauwen irreversibleAndré est un homme de trente-deux ans assis seul sur une chaise dans une pièce vide où il se sait observé par des per­son­nes habil­lées en blanc. Nous plon­geons ain­si dans les réflex­ions de cet indi­vidu mys­térieux étranger à lui-même et au monde qui l’entoure.

Touché régulière­ment par des absences de quelques min­utes à plusieurs heures, il ne sait pas ce qui advient de lui lorsqu’il s’enfonce dans ce qu’il appelle le néant. Il par­le peu voire pas du tout, n’exprime pas de besoins et ne com­prend pas les codes soci­aux des êtres humains, qu’il se con­tente d’imiter car il a déduit que c’était ce qu’on attendait de lui. Con­tin­uer la lec­ture

La princesse enfermée dans sa prison dorée se réveilla

Anne DUVIVIER, Eden Beach 1970, M.E.O., 2023, 195 p., 18 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 9782807003682

duvivier eden beach 1970Comme le titre l‘indique, l’histoire de ce roman d’Anne Duvivi­er se situe en 1970 à Eden Beach, une sta­tion bal­néaire dans le Mary­land. Char­lotte, une jeune femme de 22 ans, vient d’y trou­ver refuge quand son mari lui a annon­cé qu’il aimait une autre femme.

Née avec une cuil­lère en argent dans la bouche, Char­lotte a tou­jours été « la fille de », puis « l’épouse de ». Elle se retrou­ve seule dans un endroit incon­nu où elle est oblig­ée de tra­vailler pour la pre­mière fois afin de financer son séjour. Très vite, elle ren­con­tre Cook­ie, qui va quelque peu bous­culer Char­lotte avec son car­ac­tère libéré assumé et son franc-par­ler (« T’es pas au ser­vice de ton mari. Arrête d’être une potiche. Ton Miguel, il n’a pas l’air de se souci­er de savoir ce que tu deviens. »). Con­tin­uer la lec­ture

François Jacqmin en ses premiers états

François JACQMIN, Œuvres com­plètes 1. L’amour la terre, 1946–1956, édi­tion cri­tique et géné­tique établie par Gérald Pur­nelle, AML Edi­tions, coll. « Archives du Futur », 2022, 344 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87168–091‑8

jacqmin oeuvres completes 1Il y a un peu plus de trois décen­nies, le 13 févri­er 1992, s’éteignait François Jacqmin, essen­tielle­ment recon­nu de son vivant pour quelques dis­crets mais éblouis­sants recueils poé­tiques, tels Les saisons (Phan­tomas, 1979) et Le livre de la neige (La Dif­férence, 1990, tous deux réédités en Espace Nord en 2016). Si la recon­nais­sance cri­tique et publique fut tar­dive, on le doit en par­tie à l’écrivain lui-même. L’œuvre poé­tique de Jacqmin, l’un des « Sept types en or » réu­nis en 1953 par l’amitié au sein de la revue Phan­tomas de Théodore Koenig et Joseph Noiret, était en apparence rel­a­tive­ment peu abon­dante. Lui-même, volon­taire­ment, ne livrait qu’avec parci­monie ses textes, alors même qu’il était de notoriété publique à cette époque que l’écriture, celle de poèmes en prose, de réflex­ions sur le lan­gage et le silence, la méta­physique de l’être, les rela­tions entre l’humain et la nature… emplis­sait une grande par­tie de ses jours et de ses nuits. Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du bocal

Ver­e­na HANF, L’enfer du bocal, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2023, 162 p., 17 €, ISBN :9782875990679

hanf l'enfer du bocalLe philosophe Alexan­dre Jol­lien, dans son Petit traité de l’abandon, a émis l’idée que, « ren­con­tr­er l’autre, c’est se repos­er un peu de soi ». Sans nul doute, Jacques Janssens pour­rait à présent acqui­escer devant cette sage affir­ma­tion. Il y a neuf mois infi­nis, sa vie et son moral avaient lour­de­ment chuté. Dans la société où il per­for­mait depuis des années, suite à un remaniement (et de bass­es mani­gances), sa place dans l’organigramme avait con­nu un ren­verse­ment coper­ni­cien : il « avait dégringolé, le Jacques, [et] se rangeait dans la ligne large des employés de base, tout en bas de la page ». Au boulot, coincé der­rière les vit­res de son espace délim­ité dans l’open space, ce low per­former pas­sait ses inter­minables journées, seul, ostracisé, à regarder évoluer ses col­lègues-pira­nhas et flot­ter ses pen­sées-fugus. Il le maud­is­sait, cet aquar­i­um, et « ses écailles avaient per­du toutes ses couleurs » à force de rumin­er l’humiliation. Et si seule­ment c’était l’unique trahi­son… Con­tin­uer la lec­ture

Migrations intérieures

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Le cer­cle des oise­leurs, Impres­sions nou­velles, 2022, 304 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39070–010‑4

emmanuel le cercle des oiseleursUn titre énig­ma­tique, assor­ti d’une cou­ver­ture attrayante : il ne nous en faut par­fois pas davan­tage pour pren­dre en mains un roman et le feuil­leter, mus par l’envie d’en savoir plus. La patience est cepen­dant ici de mise, comme elle s’impose au per­son­nage prin­ci­pal dont nous emboitons le pas. Léo Vogels (!) est employé dans une société dont l’activité, aux con­tours incer­tains, repose sur des procé­dures strictes et néces­site des réu­nions régulières où il est bon de parse­mer régulière­ment les pro­pos que l’on tient de ter­mes emprun­tés au mar­ket­ing mod­erne. Dans cet univers où les rap­ports de force tout à la fois bru­taux et feu­trés régis­sent les rela­tions, Léo évolue sur la pointe des pieds, avec le prin­ci­pal souci de rédi­ger le procès-ver­bal de la réu­nion à laque­lle il assiste. Il vient de fêter le départ à la retraite de son col­lègue Char­lie Mutzinger dont le bureau était proche du sien. Cet homme, avec lequel il con­ver­sait d’ordinaire, est resté un mys­tère pour lui. Con­tin­uer la lec­ture

Poutine & Co

Un coup de cœur du Car­net

Alain BERENBOOM, Clan­des­tine, Genèse, 2023, 248 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑382010–235

berenboom clandestineL’Histoire est tou­jours une sur­prise, elle ne se répète jamais à l’identique et a besoin de romanciers, d’écrivains, d’historiens pour piéger les paress­es des com­para­isons. Alain Beren­boom pra­tique, dans une joie com­mu­nica­tive, un art rare : celui de fouiller, de dépli­er et de scruter le Grand Réc­it par le prisme des per­son­nages qu’il a con­stru­its de roman en roman, à par­tir d’une qual­ité néces­saire à tout véri­ta­ble écrivain, l’ironie.

Dans son dernier roman en date, Clan­des­tine, l’écrivain s’attache à une péri­ode glaciaire de l’Histoire de l’Occident (et du Monde) : le temps som­bre, cré­d­ule et obscène à la fois qui suiv­it la chute du Mur de Berlin. Con­tin­uer la lec­ture

Quelque chose d’heureux

Luc DELLISSE, Mers intérieures, Car­net d’exil 2021, Le Cormi­er, 2022, 74 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87598–032‑8

dellisse mers interieuresLes poètes sont pris dans cette tour­mente de vivre chaque jour comme le pre­mier. Pour eux, il n’y a pas d’ac­quis. Tout s’ef­face, tout est à repren­dre sans fin. Luc Del­lisse est poète, pas­sion­né­ment. À chaque mot, il s’investit. À chaque ligne, il tend cette corde raide du funam­bule qui pèse ses pas. À chaque phrase, il rompt, mais pour mieux partager.

Dans ses Mers intérieures, on ne plonge pas. C’est un jour­nal imag­i­naire, rétro­spec­tif : celui de l’année 2021, « une année comme les autres, excep­té que j’ai jeté l’ancre dans le temps ». Une fois cette balise larguée, à même les flots de la mémoire, on peut quit­ter le temps compt­able et l’aventure com­mence. Ce ne sont plus douze mois qui sont tra­ver­sés ici, mais « Qua­tre saisons. Un seul regard ». Pour voir quoi ? Un défilé d’images et d’impressions qui ne nous appar­tien­dront jamais entière­ment, puisque ce sont d’abord les siennes ; une suite de vérités aus­sitôt retournées, de leçons de ténèbres qu’un brusque lever de rideau bal­aie sans état d’âme. Con­tin­uer la lec­ture

Sur les traces d’un mythe

Juan MARTINEZ, Gil­gamesh, Lansman/CTEJ, 2022, 41 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0368‑9

martinez gilgameshDans l’antique Mésopotamie, Gil­gamesh est un roi puis­sant, admiré et craint. Sa force le rend impi­toy­able : le con­tredire expose automa­tique­ment à de sévères repré­sailles. Tout lui est dû et ce qui n’est pas don­né sera pris.

Dans la plus anci­enne his­toire
le tout pre­mier héros était un homme infati­ga­ble
qui se pre­nait pour un dieu

Gil­gamesh était son nom
Il était le roi d’Uruk
la ville aux grands rem­parts bâtie entre deux fleuves 
Con­tin­uer la lec­ture

Le plaisir s’estompe-t-il avec l’âge ?

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève DAMAS, Per­fect Day, Lans­man, 2022, 52 p., 11 €, ISBN : 9782807103658

damas perfect dayÀ tra­vers ce mono­logue, écrit pour l’actrice Hélène The­unis­sen, nous suiv­ons le quo­ti­di­en de Marie Cou­turi­er, une sex­agé­naire céli­bataire qui doute beau­coup et n’aime pas voir son corps vieil­lir. Ce corps, qu’elle n’aimait déjà pas dans sa jeunesse et qu’elle aurait dû pour­tant aimer, n’est aujourd’hui plus que l’ombre de ce corps passé avec ses bras fripés, ses rides, ses pattes d’oie, ses dents que l’on bichonne pour qu’elles ne se déchaussent pas, ses quelques poils blancs sur le pubis, sa cel­lulite, les con­tours du vis­age qui s’affaissent, ses chevilles qui s’épaississent… Marie voit la vieil­lesse comme une guerre, un bom­barde­ment sans fin. Ce qu’elle craint le plus, c’est de ne plus jamais faire l’amour. Peut-être a‑t-elle déjà vécu sa dernière fois ? Sera-t-elle encore objet de désir et de fan­tasme ? La vieil­lesse ne peut-elle pas aus­si être le champ de tous les pos­si­bles ? Con­tin­uer la lec­ture

Les saltos arrière du récit

Jean-Michel BRAGARD, Loli­tal­ice, Pré­face de Jean-Marie Klinken­berg, Bozon2x, 2022, 159 p., 21 €, ISBN : 978–2‑93067–11‑4

bragard lolitaliceLoli­tal­ice, voilà Loli­tal­ice, apparue pour la pre­mière fois dans le roman de Jean-Michel Bra­gard, un roman-songe, dit-il, une fugue, sous-titre-t-il, et nous décou­vrons avec ravisse­ment les plus sin­gulières sœurs siamoi­ses de la lit­téra­ture. Loli­ta, provo­cante et fausse can­dide de Nabokov et Alice trans­gres­sive et aven­tureuse, de Car­roll, toutes deux représen­tant une fig­ure du féminin que l’auteur fête avec mal­ice dans ce beau livre récem­ment paru aux aven­tureuses et explo­ratri­ces Édi­tions du Bozon2X.

Jean-Michel Bra­gard se définit comme géo­logue de salon (il est géo­logue-ani­ma­teur à l’Institut roy­al des Sci­ences naturelles de Bel­gique), poète de ter­rain, flûtiste à 16h, pat­a­physi­cien et ami d’André Blavier. Il a déjà pub­lié des textes, poèmes,… entre autres aux Édi­tions du Dai­ly-Bul, dont un mag­nifique ouvrage en duo avec l’artiste Camille de Taeye. Con­tin­uer la lec­ture

Une bonhomie intense

Jean-Louis MASSOT, Opus­cules poé­tiques 1995–1998, Gros Textes, 123 p.,  9 €, ISBN: 978–2‑35082–524‑3

massot opuscules poetiquesPour le dire sim­ple­ment, en poésie coex­is­tent le flux  et le goutte-à-goutte. En une bonne trentaine d’années, c’est lente­ment, de façon pré­cise et ent­hou­si­aste que Jean-Louis Mas­sot a semé des recueils de tous for­mats où la poésie s’enchante du quo­ti­di­en, de la nature et de cette magie qui est de porter un regard sur le monde sans le restrein­dre, le plain­dre ou le pleur­er. Sa poésie trace des sen­tiers où il va sou­vent ébloui par les péripéties d’un réc­it com­posé des épisodes sim­ples et sou­vent ver­tig­ineux de la vie. Con­tin­uer la lec­ture

La fine pointe du ressenti

Olivi­er NORIA, Ren­dre grâce, Tail­lis pré, 2022, 90 p., 14 €, ISBN : 9782874501999

Tôt ou tard, tout reflet se blesse
À ce qui n’est pas clarté

noria rendre graceLe Tail­lis Pré ouvre la voie à un nou­veau poète, en nous don­nant à décou­vrir le pre­mier livre d’Olivi­er Noria. L’auteur y appa­raît pluridis­ci­plinaire : musi­cien et poète d’après sa notice biographique, plas­ti­cien d’après le fron­tispice orangé, océanique et dis­cret, qui prélude au texte.

Né à Brux­elles en 1980, Olivi­er Noria est musi­cien et poète. Indis­so­cia­ble de son inspi­ra­tion, sa vie se con­jugue au fil des ren­con­tres, au pas à pas, de lieux en lien. Il partage son art sous la forme de con­certs et d’accompagnements dédiés. Ren­dre Grâce est son pre­mier recueil pub­lié. Con­tin­uer la lec­ture

Parce que c’était lui, parce que c’était là

Frédéric SAENEN, L’enfance unique, Post­face de Lau­rence Boudart, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 200 p., 9 €, ISBN : 9782875685728

saenen l'enfance uniqueÀ se laiss­er guider par les pre­miers mots de l’avertissement de l’auteur, la ques­tion prin­ci­pale porterait sur la manière « de traiter les mots et expres­sions en langue wal­lonne présents dans ce texte ». 

À se laiss­er guider par les pre­miers mots du roman, la ques­tion prin­ci­pale, out­re « la Langue pre­mière » serait « l’enfance ».  Les deux vont l’amble, livrant le réc­it intime d’une enfance baignée dans le wal­lon de l’Origine, la Langue pre­mière pra­tiquée par Grand-Popa, pour­tant un Fla­mand du Lim­bourg, et Mamy, même si elle « se plaît à rap­pel­er ses orig­ines français­es ». Con­tin­uer la lec­ture

Logoclastie et biogenèse

Yves NAMUR, O, l’œuf, pré­face de Fran­cis Éde­line, La Let­tre volée, 2022, coll. « Poiesis », 2023, 143 p., 20 €, ISBN 978–2‑87317–605‑1

namur o l'oeufAprès une pre­mière péri­ode de pub­li­ca­tion (1974–1978) suiv­ie d’un silence de six ans, Yves Namur fait paraitre deux recueils qui annon­cent une poé­tique moins trans­gres­sive quant à la forme lin­guis­tique. Or, au même moment, l’a­cadémie gas­tronomique dont il est mem­bre lui pro­pose d’écrire à pro­pos de l’œuf, défi que le poète relève dans un style proche des expéri­ences let­tristes ou spa­tial­istes. Le man­u­scrit n’est pas pub­lié, hormis deux ou trois textes en revue : l’au­teur pense qu’il est trop mar­gin­al, qu’il n’in­téresserait per­son­ne. Il envis­age même de s’en débar­rass­er, ou encore de le pub­li­er sous pseu­do­nyme… En 2019 pour­tant, il le soumet à Fran­cis Éde­line, spé­cial­iste de la “poésie con­crète”, qui s’en­t­hou­si­asme et rédi­ge une pré­face de haute volée. Ce déclic est cor­roboré par Véronique Bergen puis Pierre-Yves Soucy : le livre parait début 2023, don­nant un con­tre­poids inat­ten­du à la poésie “pen­sante” que pra­tique Y. Namur depuis une bonne trentaine d’an­nées. Con­tin­uer la lec­ture

Poser les mots

Jacinthe MAZZOCCHETTI, Hele­na DA SILVA CASQUILHO, En écorch­es, Chat polaire, 2022, 122 p.,  16 €, ISBN : 978–2‑931028–22‑3

mazzocchetti en ecorchesJacinthe Maz­zoc­chet­ti pub­lie pour la pre­mière fois aux édi­tions du Chat polaire un recueil de poèmes inti­t­ulé En écorch­es. Le recueil, illus­tré à l’encre de Chine par Hele­na Da Sil­va Casquil­ho, abor­de de nom­breux sujets de société qui revi­en­nent à la manière de ritour­nelles, d’un vers à l’autre ou d’un poème à l’autre, se nour­ris­sant les uns les autres afin de tran­scrire avec le plus de lim­pid­ité pos­si­ble les pen­sées et posi­tions idéologiques de la poétesse. Au fil des stro­phes, il sera ain­si ques­tion du con­sumérisme, de l’absurdité et de l’hypocrisie occi­den­tales ; de l’immigration, du tiers monde, de la guerre, des injus­tices et des vio­lences faites aux femmes ; de l’écriture et de la mémoire. Con­tin­uer la lec­ture

Spleen et éros

Tris­tan SAUTIER, Vrilles, Illus­tra­tions de Lil­iane Gor­dos, Coudri­er, 2022, 100 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–042‑9

sautier vrillesDans ce recueil poé­tique placé sous le signe du rock et de l’ivresse, des bac­cha­nales et de l’enfer, Tris­tan Sauti­er inter­roge, au plus nu, sans filet ni garde-fou, les rives du vivre et du mourir, de l’écrire et du jouir. Tom Waits et Rim­baud, les dieux tutélaires en exer­gue, don­nent le beat d’un texte com­posé de divers frag­ments (écrits entre jan­vi­er 2013 et décem­bre 2021) qui, au tra­vers d’une écri­t­ure ramassée, se tien­nent au plus près de la tra­ver­sée du rien, du temps des liba­tions et des corps qui s’étreignent. Auteur d’une impor­tante œuvre poé­tique et cri­tique, aus­si mar­ginale qu’intransigeante (Le temps inter­dit, Le piège du sacré, Claire Venise, Let­tres brûlées à l’amoureuse, En terre étrangère, Corps né sans, Embruns…), Tris­tan Sauti­er fore des textes à la ver­ti­cale du vivre et de l’éprouver, voy­ageant dans des paysages où le réel sif­fle, où les sen­sa­tions se resser­rent sur les gouf­fres et sur les extases, sur le spleen et sur éros. Con­tin­uer la lec­ture