Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Le temps suspendu des vacances

Iocas­ta HUPPEN, Mai­son d’été, ill. de Jus­tine Gury, Par­tis pour, 2021, 68 p., 18 €, ISBN 978–2‑9602004–7‑8

huppen maison d'été                   Le jardin était d’orangers, l’ombre bleue,
des oiseaux pépi­aient dans les branch­es.
Le grand vais­seau, tous feux allumés,
avançait lente­ment, entre ces rives silen­cieuses.
Yves Bon­nefoy

L’errance et le voy­age for­ment le matéri­au du bal­last sur lequel s’appuie la ligne de fuite pour­suiv­ie par les édi­tions Par­tis Pour. Sans par­ti pris et avec le souci de pro­pos­er de beaux-livres, les édi­tions ont pour objec­tif d’embarquer le lecteur sur les chemins du monde à tra­vers les itinéraires de femmes et d’hommes qui ont l’impulsion du départ rivée au corps.

Con­tin­uer la lec­ture

Écouter parler la nature

David JAUZION-GRAVEROLLES, Lumière des lim­ites, Coudri­er, 2021, 108 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–023‑8

jauzion graverolles lumieres des limitesPartagé en qua­tre coins géo­graphiques de la France à la Suède, David Jauzion-Graverolles pub­lie en Bel­gique son pre­mier recueil de poésie pour, assure-t-il en entre­vue, matéri­alis­er son ancrage sur notre ter­ri­toire. Met­teur en scène et dra­maturge, enseignant au Lycée français, il a quit­té son Jura natal pour suiv­re son épouse sué­doise. Ain­si con­nait-il au moins deux étés, l’un méditer­ranéen (dont est issue sa famille) et l’autre nordique. Ce con­traste est à l’origine de ce recueil de poésie, Lumière des lim­ites, chapitré du Små­land en ses tour­bières aux marécages Brux­el­lois en pas­sant par le mas­sif du Jura et les gorges de l’Ardèche. Con­tin­uer la lec­ture

Le palais des papilles

Dominique MAES, Gour­man­dis­es, Mur­mure des soirs, 2021, 211 p., 20 €, ISBN : 9782930657776

maes gourmandisesL’éditrice Françoise Salmon et l’au­teur Dominique Maes ont bien eu rai­son de nous offrir en cette fin d’an­née une ving­taine de nou­velles autour du bon­heur de la cui­sine, de l’amour et de la lit­téra­ture. En ces temps secs, c’est un bon­heur de lire et relire cer­tains pas­sages de ce livre gouleyant, Gour­man­dis­es.

Dominique Maes a fait des études artis­tiques et a nav­igué, lors d’une déjà longue car­rière, d’un archipel du réc­it à l’autre : écri­t­ure, dessin, illus­tra­tion, con­te… Il a été aus­si nom­mé prési­dent directeur généreux de la droguerie poé­tique qu’il ani­me, con­stru­it et présente lors de ses mul­ti­ples ren­con­tres et expo­si­tions. Con­tin­uer la lec­ture

Les prix littéraires de l’AEB

L’As­so­ci­a­tion des écrivains belges (A.E.B.) a remis ses prix lit­téraires ce mer­cre­di 15 décem­bre. Qua­tre récom­pens­es ont été attribuées. Con­tin­uer la lec­ture

L’harmonie d’une dissonance

Tom NISSE, Une longue dis­so­nance, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « Root­leg », 2021, 54 p., 6 €, ISBN : 9782875053879

« j’ai l’air de frag­menter comme ça, en réal­ité j’unis »
Ch. Dotremont

nisse une longue dissonanceCeux qui ont eu l’occasion d’entendre Tom Nisse sur scène savent l’importance qu’il accorde à ce sub­til dosage qui s’opère entre la forme, le pro­pos et le corps dès lors que l’on se trou­ve face au pub­lic. Accom­pa­g­né ou non d’un musi­cien, le poète sait jouer de cette alchimie par­ti­c­ulière. Rares en effet sont les poètes qui parvi­en­nent comme lui à trou­ver la juste mécanique de cet engrenage dans le scan­dé, dans la (pro)pulsion du poème. C’est dire si la lec­ture d’un nou­veau texte de Tom Nisse résonne de cette voix grave et fis­surée dont il a le secret. Une parole poé­tique ten­due qui rend compte des har­moniques sou­vent dis­so­nantes du monde con­tem­po­rain et des voix de celles et ceux que l’on a muselés, effacés. Voix lézardées comme le sont les murs des villes que le poète arpente dans des errances noc­turnes, sous les lumières bla­fardes des rues qui font par­fois tanguer les corps. Con­tin­uer la lec­ture

Le grain sépia des secrets de famille…

Jean-Luc & Simon OUTERS, Por­traits de famille, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2021, 58 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–119‑7

outers portraits de familleOn a tous été con­fron­tés aux vieilles pho­tos de famille. Pho­togra­phies polaroïd, sépia, argen­tiques qui ont cet avan­tage sur le numérique d’être imprimées donc aus­si le pou­voir de remon­ter à la sur­face un jour ou l’autre, sans crier gare. Pho­tos déten­tri­ces le plus sou­vent de secrets « flot­tant dans l’atmosphère » qu’ils soient d’alcôve, d’état ou de polichinelle. Gar­di­ens de mémoires enfouies, ces clichés, retrou­vés au fond de quelque tiroir, pren­nent la place de mots souf­flés, écrits et per­dus. Paroles qui s’envolent, images qui restent même si elles s’effacent par­fois. Dans ce texte pub­lié à La pierre d’alun sous forme de petit car­net à spi­rales (à feuil­leter en écoutant William Sheller), les images de Simon répon­dent aux mots de Jean-Luc. Ou peut-être est-ce l’inverse ? Peu importe puisque le dia­logue ici entre le père et le fils naît en quelque sorte de ces bains révéla­teurs qui font revivre les sil­hou­ettes famil­iales dél­itées. Con­tin­uer la lec­ture

L’implacable loi des générations

Jean-Marc DEFAYS, Deux fau­teuils au bal­con, Mur­mure des soirs, 2021, 127 p., 19 €, ISBN : 978–2‑930657–74‑5

defays deux fauteuils au balconLa famille a la cote en lit­téra­ture ces derniers temps. Elle y appa­raît sou­vent tox­ique, source de vio­lences et de dys­fonc­tion­nements. Voici un réc­it qu’on imag­ine auto­bi­ographique, tout en douceur et en empathie, sur la présence offerte par un fils à sa mère dev­enue veuve. Un roman qui se déroule comme une petite musique de cham­bre.

Octogé­naire, veuve, la mère du nar­ra­teur a quit­té la mai­son famil­iale pour s’installer dans un apparte­ment situé au sep­tième étage d’un immeu­ble en ville. En bor­dure d’un fleuve, elle y a une vue qui est comme une con­so­la­tion. À l’image du titre et des pho­togra­phies en cou­ver­ture qui sont en elles-mêmes tout un réc­it, le bal­con où mère et fils s’installent régulière­ment est devenu un phare sur l’existence, la leur et celle de ceux et celles qu’ils voient déam­buler à leurs pieds. Con­tin­uer la lec­ture

« Les sens au carré »

Jacques RICHARD, Sur rien mes lèvres, Cormi­er, 2021, 51 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87598–029‑8

« De l’image à la voix le chemin peut être bref, si les sens répon­dent. La rétine com­mu­nique avec le tym­pan et par­le à l’oreille de celui qui regarde ; et pour celui qui écrit la parole écrite est sonore : il l’entend aupar­a­vant dans sa tête. »
Anto­nio Tabuc­chi, Réc­its avec fig­ures

richard sur rien mes levresDécou­vrir, par­al­lèle­ment à la lec­ture du dernier recueil de Jacques Richard, Sur rien mes lèvres, cette phrase d’Antonio Tabuc­chi extraite de son dernier livre n’est pas une coïn­ci­dence. Il n’y a d’ailleurs pas de coïn­ci­dence en lit­téra­ture dès lors que l’on sait, lecteurs curieux que nous sommes, que les livres sub­tile­ment, « maïeu­tique­ment », s’appellent, se répon­dent et s’engendrent. Pour le poète,  musi­cien et pein­tre qu’il est aus­si, le décor s’affiche sur le théâtre des sens qui sont le point de départ du ques­tion­nement, de la réflex­ion de l’artiste. Con­tin­uer la lec­ture

Pensée-écriture et invention de mondes. Dialogues aviens

Vin­ciane DESPRET, Fab­ri­quer des mon­des hab­it­a­bles, dia­logue avec Frédérique Dol­phi­jn, Esper­luète, coll. « Orbe », 2021, 144 p., 12 €, ISBN : 9782359841466

dolphijn vinciane despretSep­tième titre de la très belle col­lec­tion « Orbe », Fab­ri­quer des mon­des hab­it­a­bles descend à pas de loup et de colombe dans la forge de l’écriture de la philosophe et étho­logue Vin­ciane Despret, de la mise en réc­it et en pen­sée de ques­tions à l’interface de la philoso­phie et de l’éthologie. Adop­tant le principe heuris­tique de la col­lec­tion — celui d’un piochage dans un mas­sif de mots choi­sis par Frédérique Dol­phi­jn —, le dia­logue emprunte des chemins qui res­sai­sis­sent l’articulation entre espace du livre, traduction/accueil des ani­maux et des morts, propo­si­tion de mon­des. Con­tin­uer la lec­ture

Prendre soin

Jean-Louis VANHERWEGHEM, ARDS, M.E.O., 2021, 72 p., 10 € / ePub : 6.49 €, ISBN : 9782807003088

vanherweghem ardsJean-Louis Van­her­weghem est médecin néphro­logue, il a exer­cé de hautes  fonc­tions académiques et il est l’auteur de plusieurs pub­li­ca­tions de vul­gar­i­sa­tion médi­cale, d’essais en rap­port avec la san­té. S’il a repris la plume cette fois, c’est pour nous faire réc­it de ce qui lui est advenu lorsque son épouse a con­nu de graves prob­lèmes de san­té qui ont entraîné son décès en 2018. Atteinte du Syn­drôme de Détresse Res­pi­ra­toire Aigüe, con­nu sous l’acronyme ARDS, elle a été con­fron­tée aux symp­tômes que l’on con­naît chez les patients atteints des formes les plus graves de Covid 19, mais les faits relatés sont évidem­ment antérieurs à la pandémie que nous con­nais­sons depuis début 2020. Con­tin­uer la lec­ture

Sous les pavés, la rage…

Michel CLAISE, Crime d’initiés, Genèse, 188 p., 21 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑38201–007‑5
Michel CLAISE, Sou­venirs du Rif, Genèse, 273 p., 14,50 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑38201–006‑8

Aux manettes de la création…

claise crime d'initiésMichel Claise est un juge d’instruction médi­a­tique et médi­atisé. Expert de la lutte con­tre la cor­rup­tion et le blanchi­ment, il lui arrive de quit­ter son pre­mier ter­rain d’action pour alert­er pub­lic et poli­tiques par le biais de la fic­tion lit­téraire. Comme s’il ouvrait un deux­ième front. Chez Genèse, deux sor­ties (son douz­ième roman, Crimes d’initiés, et une réédi­tion, Sou­venirs du Rif), con­fir­ment sa place au côté d’Alain Beren­boom, comme auteur phare du sil­lon polici­er de la mai­son d’édition fran­co-belge. Con­tin­uer la lec­ture

La partition argerichienne de Véronique Bergen

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Martha Arg­erich. L’art des pas­sages, Sam­sa, 2021, 18 €, ISBN : 978–2‑87593–366‑9

bergen martha argerichToute main qui frôle un piano, toute main qui écrit est veinée de bruisse­ments, d’énigmes sécu­laires, de pul­sa­tions de nuit, de créa­tures inso­lites, de forêts de sen­sa­tions. Seules les mains de Véronique Bergen pou­vaient écrire un essai aus­si mer­veilleux à pro­pos de la pianiste Martha Arg­erich. Après la biogra­phie d’Olivier Bel­lamy, Martha Arg­erich. L’art des pas­sages est le pre­mier essai con­sacré à la musi­ci­enne. N’étant pour­tant pas musi­co­logue, comme l’écrivaine le sig­nale hum­ble­ment elle-même au début de l’essai, Véronique Bergen approche l’univers de la pianiste d’une manière qui nous fait en douter. À la lec­ture de cet opus, l’on se risque même à avancer que les mains de l’écrivaine sont aus­si famil­ières du piano que du sty­lo… Con­tin­uer la lec­ture

Aux heureuses collectionneuses de cailloux et autre Jean Jardinier

Françoise LISON-LEROY et Matild GROS, De la terre dans mes poches, Cot­Cot­Cot, coll. « Matière vivante», 2021, 20 p., 10,50 €, ISBN : 978–2‑930941–31‑8 
Françoise LISON-LEROY et Raphaël DECOSTER, Tous mes cail­loux, Cot­Cot­Cot, 2021, 44 p., 19,90 €, ISBN : 978–2‑930941–32‑5

lison leroy gros de la terre dans mes pochesUn grand car­net sou­ple, Tous mes cail­loux, un petit livret col­oré, De la terre dans mes poches, et nous voilà plongés dans les sons et les odeurs des mots de Françoise Lison-Leroy accom­pa­g­nés des dessins de Matild Gros et de Raphaël Decoster. Des univers graphiques entourant les poèmes de Françoise Lison-Leroy que l’on ren­con­tre dans le cat­a­logue de la mai­son d’édition Cot­cot­cot. La matière, terre, pierre et cail­loux, est le sujet prin­ci­pal de ce pre­mier livret et ce pre­mier car­net enta­mant de nou­velles col­lec­tions. Con­tin­uer la lec­ture

La femme qui marchait dans sa tête

Mar­tine ROUHART, Les ailes bat­tantes, pré­face de Philippe Remy-Wilkin, M.E.O., 2021, 64 p., 10 € / ePub : 6.49 €, ISBN : 9782807003057

rouhart les ailes battantesLe nou­v­el opus de Mar­tine Rouhart se présente sous la forme d’un jour­nal de bord divisé en vingt-trois tableaux. L’autrice nous y relate un frag­ment de sa vie réelle, lorsqu’elle a dû se bat­tre con­tre un can­cer il y a quelques années.

Habitée par la volon­té de partager l’impartageable et d’écrire pour ne pas oubli­er, Mar­tine Rouhart nous fait part de ses réflex­ions sur sa vie boulever­sée suite à une retraite for­cée chez elle. Alors que tout un cha­cun con­tin­ue de vivre son quo­ti­di­en, elle s’isole loin des bruits du monde afin de se retir­er à l’intérieur de soi, là où les pen­sées et les émo­tions se bous­cu­lent, envis­ageant la mal­adie comme une chance de s’enrichir et de se recen­tr­er sur l’essentiel. Con­tin­uer la lec­ture

Bagarre devant la discothèque

Patrick PARMENTIER, La tra­jec­toire du papil­lon, Mem­o­ry, 2021, 20 €, ISBN : 9782874133589

parmentier la trajectoire du papillonUne rixe à la sor­tie d’une boîte de nuit brux­el­loise tourne mal. Une bande de jeunes a pris à par­tie un homme âgé mal fagoté qui pas­sait par là. Bous­culé mal­gré son air impas­si­ble qu’ils ont pris pour du dédain, l’homme s’est écroulé et il a été roué de coups de pieds. Il est lais­sé pour mort par la bande qui s’enfuit. Ser­gio, qui a don­né le tem­po de l’attaque, file vers son domi­cile et décide de dis­paraître. Véhiculé par un voisin, puis pris en charge par son oncle Alec, il trou­ve refuge dans une famille d’agriculteurs fla­mands qui le fait pass­er pour un neveu. Là, il attend de se faire oubli­er et apprend le tra­vail de la ferme et le néer­landais. Con­tin­uer la lec­ture

Raconter hier pour patienter jusqu’à demain

Claire BORTOLIN, Moi, Rober­ta, Pré­face d’Al­ice on the Roof, Lamiroy, 2021, 114 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87595–538‑8

bortolin moi robertaRober­ta s’est frac­turé le bassin sur le chemin menant à son jardin. La voilà immo­bil­isée et, faute de pou­voir se débrouiller seule chez elle, pen­sion­naire de La Ceri­saie, cette mai­son de repos dont le nom lui rap­pelle Tchekhov. Le séjour sera tem­po­raire : trois semaines. Vingt-et-un jours. Assez pour avoir à tromper l’ennui, entre lec­ture et écri­t­ure.

 J’écrirai un peu chaque jour pour mieux tra­vers­er ce temps immo­bile, et mon car­net se refer­mera au jour 21.  Con­tin­uer la lec­ture