Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Les choses communes

Nicole MALINCONI, Ce qui reste, Impres­sions nou­velles, 2021, 128 p., 13 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 9782874498336

malinconi ce qui resteOn se sou­vient qu’à la ren­trée 2017, Nicole Mal­in­coni pub­li­ait De fer et de verre. Avec ce livre, elle intro­dui­sait dans son œuvre une dimen­sion his­torique qu’elle n’avait qu’effleurer jusqu’alors (à part dans Un grand amour). Elle racon­tait, dans un souf­fle human­iste, la biogra­phie de la Mai­son du Peu­ple, chef‑d’œuvre de l’Art nou­veau détru­it par la brux­el­li­sa­tion; elle l’inscrivait dans l’histoire de la Bel­gique, du mou­ve­ment social­iste, des deux guer­res mon­di­ales, des grèves de soix­ante… Con­tin­uer la lec­ture

Jean Muno, Maître ès leurres

Jean MUNO, Jeu de rôles, Névrosée, coll. « Sous-Exposés », 2020, 210 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931048–42‑9

muno jeu de rôlesDernier des neuf romans que l’on doit à Jean Muno (1924–1988), Jeu de rôles est bien davan­tage qu’un tes­ta­ment : il parachève une expéri­ence lit­téraire glob­ale et représente un aboutisse­ment esthé­tique. Ten­ant de « l’école belge de l’étrange », Muno n’est pas à pro­pre­ment par­ler un fan­tas­tiqueur. Les don­nées de son onirisme, enrac­iné dans le réel, se ren­versent en une sorte d’« iro­nisme » mag­ique dont il demeure un spéci­men sin­guli­er. Con­tin­uer la lec­ture

Défense et illustration de la poésie pour enfants

Carl NORAC, La poésie pour adultes et pour enfants : le grand écart?, Midis de la poésie, 2020, 64 p. , 10 €, ISBN : 978–2‑931054–03‑1

norac poesie pour adultes et pour enfants le grand écartQu’est-ce qu’un poème pour enfants ? Existe-t-il deux formes de poésie, l’une pour la jeunesse et l’autre, la vraie ? Carl Norac réfute les clichés et affirme que « dans sa mul­ti­plic­ité absolue, la poésie est une et indi­vis­i­ble ».

Carl Norac sait de quoi il par­le, lui qui vit dans les deux mon­des et écrit pour les deux publics, mais ne se sent pas être « deux poètes dif­férents ». Grand voyageur, comme en témoignent, par­mi tant d’autres titres, Le sourire de Kiawak ou les Poèmes de roches et de brumes, Carl Norac n’aime pas les fron­tières et son œuvre est, à la fois, diverse et habitée d’une pro­fonde unité. Elle noue des liens féconds avec les arts pic­turaux, dans des rela­tions de com­plic­ité avec les illus­tra­teurs, et avec la musique, qui ani­me les Sonates pour un homme seul et a inspiré à l’auteur des prom­e­nades buis­son­nières entre les notes de com­pos­i­teurs (Mon­sieur Satie, Mon­sieur Mozart). Con­tin­uer la lec­ture

Dominique Rolin, aux premiers jours

Dominique ROLIN, Les marais, pré­face de Frans De Haes, post­face de Lau­rence Ghigny, illus­tra­tions de Dominique Rolin, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 294 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–485‑1

rolin les maraisDans Let­tre à Lise, dernier roman de Dominique Rolin paru en 2003, l’auteure met­tait fer­me­ment en garde sa petite-fille, face à cette « piqure de mouche au poi­son mor­tel » qu’est le cha­grin : « L’être humain est lié aux sangs douloureux des ancêtres, et nous leur devons la plus affreuse rede­vance qui soit. Ma chérie, n’en fais donc pas un plat, ce qui t’arrive est d’une exténu­ante banal­ité psy­chologique, par con­séquent annulée d’office ». Tout Dominique Rolin est là, dans cette dual­ité qui fait écarter comme facile­ment nég­lige­ables des sen­ti­ments pour­tant vio­lents qu’elle a éprou­vés durable­ment dès sa jeunesse, dans le noy­au famil­ial, et qu’elle n’a cessé de com­bat­tre par la suite quand elle les voy­ait à nou­veau entr­er en action au cours de sa vie. Con­tin­uer la lec­ture

Jacques De Decker sur le devant de la scène

Jacques DE DECKER, Théâtre, Édi­tion établie et présen­tée par Paul Emond, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2020, 432 p., 20 €, ISBN : 9–782803-200559

de decker theatre

Une œuvre ne se laisse pas réduire à l’effet immé­di­at qu’elle a pro­duit lors de sa pre­mière appari­tion : ni dans l’espace soci­ologique, ni dans la mémoire de ceux qui l’ont côtoyée. Il faut y ajouter la lumière qui naît d’une entre­prise créa­trice quand elle échappe aux cir­con­stances orig­inelles et qu’elle entre dans la durée. S’agissant de Jacques De Deck­er, se sou­venir de son tal­ent de chroniqueur, de romanci­er, de débat­teur – et d’incomparable ami pour ceux qui ont pu jouir de sa fréquen­ta­tion régulière – ne suf­fit pas. On risque de man­quer le cœur du per­son­nage, le cen­tre de sa pen­sée, et de rester aveu­gle à l’essentiel. Con­tin­uer la lec­ture

Le lever des astres sous-exposés

Jacques HENRARD, Du bleu dans les nuages, pré­face de Guy Del­has­se, Névrosée, coll. « Les sous-exposés », 2020, 146 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931048–32‑0

henrard du bleu dans les nuagesAux côtés de la col­lec­tion « Femmes de let­tres oubliées », les édi­tions Névrosée ont créé une nou­velle col­lec­tion, « Les sous-exposés ». Non pas, à pro­pre­ment par­ler, les auteurs oubliés, mais des écrivains tombés dans le pur­ga­toire, dont la vis­i­bil­ité est vac­il­lante, dont l’existence dans les cir­cuits de la recon­nais­sance offi­cielle est clan­des­tine. Un geste de renais­sance qu’on louera pour deux raisons. D’une part pour la décou­verte de plumes, de titres épuisés, inédits, relégués dans l’invisible, d’autre part pour le retour cri­tique qu’il autorise sur les mécan­ismes (tout à la fois aléa­toires et for­matés) de pro­mo­tion cul­turelle de cer­tains auteurs médi­atisés de leur vivant et de la mise à l’ombre des autres. On peut qual­i­fi­er de loi, voire de con­stante fon­da­men­tale du paysage lit­téraire, du champ artis­tique en général, les change­ments de signe qui affectent  la  renom­mée. Des notoriétés écla­tantes de manière anthume som­brent dans le néant quand sonne l’heure posthume. Et, par­fois, inverse­ment, les mau­dits de leur vivant jouis­sent d’une gloire que seule leur mort leur con­fère. Con­tin­uer la lec­ture

La plus haute tour

Anne-Marie DERÈSE, La Belle me hante, Pré­face d’Anne-Michèle Hamesse, Illus­tra­tions de Michel Cli­quet, Coudri­er, 2020, 111 p., 18 €, ISBN : 978–2‑3905–2010‑8

derese la belle me hanteLa féminité est, plus que jamais, le creuset de la plu­part des livres qui parais­sent aujourd’hui…Une féminité transfuge, abusée, déclarée, revendiquée, guer­rière… Les études de genre veu­lent rebat­tre les cartes  des iden­tités, les lignes d’hori­zon de notre human­ité.

La poésie enchérit chaque jour là aus­si, dans ces zones de trou­ble et de quête. Aux édi­tions Le Coudri­er, c’est une des matières pre­mières des  autri­ces et auteurs mai­son. Con­tin­uer la lec­ture

Des mots aux actes, une révolution rouge qui en appelle à Rimbaud

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Ulrike Mein­hof. His­toire, tabou et révo­lu­tion, Sam­sa, 2020, 340 p., 24 €, ISBN : 9782875932723

Tan­dis qu’on y adhère tout de suite il est dif­fi­cile de qual­i­fi­er dans sa total­ité le remar­quable dernier livre paru de Véronique Bergen. Elle l’appelle « réc­it » : Ulrike Mein­hof. His­toire, tabou et révo­lu­tion. Ce texte mul­ti­ple est foi­son­nant. Riche, doc­u­men­té puisqu’il est his­torique dans son principe. Suprême­ment intéres­sant, il est aus­si poé­tique, même dans ses moments inter­pel­lants, voire trag­iques. Tou­jours l’action est présente, vio­lente par­fois, mais elle ne cesse pas de boule­vers­er. Con­tin­uer la lec­ture

Être soi, joyeusement

Un coup de cœur du Car­net

Anne HERBAUTS, Ni l’un ni l’autre, Cast­er­man, 2020, 32 p., 15,90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 9782203207578

Ni l’un ni l’autre, le dernier album d’Anne Herbauts est joyeux, entrainant, et une vraie déc­la­ra­tion d’indépendance des jeunes enfants aux­quels il s’adresse. Eux qui sont sou­vent com­parés à papa ou maman (dont ils auraient les oreilles, le nez ou le car­ac­tère), défi­nis par ceux-ci, éti­quetés mal­gré eux, se dévelop­pent pour­tant en tant qu’individus dotés d’une per­son­nal­ité qui n’appartient et ne ressem­ble qu’à eux. Et c’est ce que nous rap­pelle cet album tout en couleurs. Con­tin­uer la lec­ture

Bouffées d’enfance

Ralph VENDÔME, La théorie du para­pluie, Scalde, 2020, 20 €, ISBN : 9782930988160

vendome la theorie du parapluie« Com­ment tenir les promess­es des années d’insouciance ? Pro­jec­tions d’une légèreté dans un futur aux portes famil­ières, faciles à ouvrir et à fer­mer. Ser­ments non for­mulés, sans caus­es ni con­séquences, juste l’enfance à recopi­er en grand ».

Ces quelques mots épinglés au seuil d’une des 16 nou­velles qui for­ment ce recueil don­nent le ton : c’est essen­tielle­ment en terre d’enfance que nous con­duit l’auteur, même s’il glisse çà et là des textes d’une autre portée. Et il con­cen­tre son pro­pos sur les rela­tions entre les per­son­nes qui con­stituent le noy­au famil­ial : par­ents bien sûr, oncles et tantes, aïeux. Il étend son obser­va­tion aux hôtes, atten­dus et moins désir­ables. Peu de détails, des impres­sions, des bribes de con­ver­sa­tion qui tis­sent peu à peu l’économie du monde, qui dévoilent les rus­es que cha­cun déploie pour ren­dre la vie moins cru­elle. La décou­verte pré­cieuse du remède du jardin secret, du pou­voir fab­uleux de l’écriture, de l’art. Des notes de musique, des livres s’échappent des albums de sou­venirs, les amours d’enfance déploient leur joyeuse magie : Con­tin­uer la lec­ture

Une sérénité incertaine

Un coup de cœur du Car­net

Daniel DE BRUYCKER, Neu­vaines 7 à 9, Mael­strÖm, coll. « Poésie », 2020, 239 p., 16 €, ISBN 978–2‑87505–365‑7

de bruycker neuvaines 7 à 9Troisième et dernier tome des Neu­vaines, le nou­veau livre de Daniel De Bruy­ck­er offre avec les deux précé­dents assez de simil­i­tudes pour ne pas décon­cert­er le lecteur, et assez de dif­férences pour éviter une impres­sion de monot­o­nie. On y redé­cou­vre à chaque page cette atti­tude mod­este­ment “philosophique” devant l’ex­is­tence, non l’énon­cé d’une doc­trine, mais une sagesse empirique mêlant fatal­isme et stoï­cisme. Y domi­nent les thèmes de la quo­ti­di­en­neté bien­v­enue, de la fru­gal­ité, du chem­ine­ment, de la soli­tude libre­ment con­sen­tie – on l’a dit, il y a quelque chose de monacal dans cette démarche. Revient sou­vent le motif du logis, du chez-soi, sug­gérant le désir de (re)trouver sa juste place dans la com­plex­ité du monde. « Vivre est si sim­ple ! », lit-on, affir­ma­tion rare dans la poésie con­tem­po­raine… Toute­fois, il ne s’ag­it nulle­ment d’as­sur­ance ou de con­fi­ance béate. À de nom­breuses repris­es pointent des sen­ti­ments de non-cer­ti­tude, d’ig­no­rance ou d’im­puis­sance, que sig­na­lent le recours à la forme inter­rog­a­tive, à la fig­ure du para­doxe, à l’hési­ta­tion, au « peut-être ». Tout ce style de vie et de ques­tion­nement trou­ve à la fois son expres­sion idoine et sa jus­ti­fi­ca­tion dans la pra­tique inlass­able, vitale, de l’écri­t­ure poé­tique, où sans fin se relance la dialec­tique entre le con­nu et l’in­con­nu, l’ac­cep­té et l’éludé. Ain­si le vécu ne se sou­tient-il pas de lui seul. Il est mis en bal­ance con­tin­uelle avec ce qui lui échappe et que pour­tant il nour­rit : la poésie en tra­vail. Neu­vaines tient à la fois de la quête du sens exis­ten­tiel, d’un jour­nal intime au “moi” introu­vable, de l’ex­er­ci­ce spir­ituel, des grandes manœu­vres ver­bales. Con­tin­uer la lec­ture

Des vertus d’une expérience fondatrice

Anne STAQUET, Les effacés, M.E.O., 2021, 73 p., 10 €, ISBN : 9782807002548

staquet les effacesPro­fesseure de philoso­phie à l’Université de Mons, Anne Sta­quet nous donne à lire un texte com­pos­ite mêlant expéri­ences per­son­nelles, analy­ses de sit­u­a­tions et réflex­ions philosophiques sur son rôle de bénév­ole dans un home pour per­son­nes âgées durant le pre­mier con­fine­ment dû à la crise de la Covid 19. Con­tin­uer la lec­ture

Vertige !

Un coup de cœur du Car­net

Kate MILIE, Le mys­tère Spilli­aert, 180° édi­tions, 2020, 154 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931008–33‑1

millie le mystère spilliaertLe titre pilote vers le polici­er, une page de garde annonce un roman, le texte échappe aux éti­quettes et con­jugue les reg­istres : jour­nal de bord de l’autrice autour d’un pro­jet d’écriture, doc­u­ments qui le fondent (let­tres de pro­tag­o­nistes ou de témoins, liste de lieux à vis­iter), frag­ments d’une rêver­ie biographique à par­tir des points d’acmé d’une exis­tence. Con­tin­uer la lec­ture

Retrouver les instants étoilés de nos vies

Éric CAUSIN, Étin­celles, Genèse, 2019, 154 p., 17,50 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9791094689608

Eric Causin EtincellesTout être ren­ferme au creux de lui des étin­celles secrètes. « La voca­tion humaine est de faire jail­lir ces étin­celles, cha­cun selon sa pro­pre voie. »

Cette con­vic­tion vibrante est au cœur d’un roman tout naturelle­ment inti­t­ulé Étin­celles, le pre­mier d’Éric Causin, prix Saga Café 2020.

De l’été 1914 au print­emps 1946, nous suiv­ons des per­son­nages qui nous devi­en­nent proches. Des des­tinées qui se croisent, se rejoignent ou se man­quent. Con­tin­uer la lec­ture

Le mistral souffle encore à Uzès

Corinne HOEX, Uzès ou nulle part, Cormi­er, 2020, 84 p., 17 €, ISBN : 9782875980236

hoex uzes ou nulle partExiste-t-elle vrai­ment cette ville d’Uzès ? Sans doute est-ce une des­ti­na­tion prisée pour les amoureux du Sud de la France mais pour d’autres, le nom même de cette com­mune résonne comme un leurre, une hypothèse. Pour Corinne Hoex, la ville n’a pas de con­sis­tance même si para­doxale­ment elle n’en finit pas de bruire, de ren­voy­er l’écho d’une décep­tion. Le titre de son dernier recueil en témoigne, Uzès ou nulle part. Une ville comme gom­mée de la carte, une ville-fan­tôme. Con­tin­uer la lec­ture

Bruges-la-Belle

Georges RODENBACH, Le car­il­lon­neur, Pré­face de Frédéric Sae­nen, Névrosée, 2020, 325 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931–048405

rodenbach le carillonneurSous les sig­na­tures respec­tives de Georges Roden­bach, Jean Muno, Jean-Bap­tiste Baron­ian, Horace Van Offel et Jacques Hen­rard, ce ne sont pas moins de cinq romans que la jeune éditrice Sara Dom­bret met à dis­po­si­tion des lecteurs attachés au pat­ri­moine de la lit­téra­ture belge de langue française. Sous le label « Les sous-exposés », cette nou­velle col­lec­tion con­stitue, au sein des Edi­tions Névrosée, le « dou­ble mas­culin » de « Femmes de let­tres oubliées », com­plé­tant ain­si l’offre pat­ri­mo­ni­ale lit­téraire con­sti­tuée par Espace Nord, les édi­tions Sam­sa et, bien sûr, les pub­li­ca­tions de l’Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture