Olivier de TRAZEGNIES, La présence de l’ombre, Avant-Propos, 2018, 304 p., 16.50 €, ISBN : 9782390000549
Il se passe peu de choses dans le petit village de Bérverbais-les-Sources. Sauf que l’on ne sait rien de ce qui se déroule derrière les grilles du château que seuls quelques privilégiés ont le droit de franchir. Parce qu’ils n’ont plus vu âme qui vive depuis plusieurs jours, et que l’inquiétude grandit, le curé et le médecin du village surmontent leurs appréhensions et, n’obtenant pas de réponse après s’être annoncés, ils poussent la porte et découvrent le corps sans vie au visage sanglant de la châtelaine. De son fils vivant avec elle, pas de trace. La police dépêchée sur les lieux entame l’enquête, mais le mystère s’épaissit de page en page. Les recherches conduisent dans la forêt de Niflhem toute proche, lieu mystérieux et sombre où les enquêteurs se perdront non sans avoir aperçu un homme avec un chien de grande taille aux allures menaçantes de loup. Après une partie de nuit dans le froid, ils sont recueillis par un autre châtelain et côtoient d’autres formes d’ombres. Continuer la lecture


Sarah Berti n’en est pas à son premier polar au sein d’une œuvre littéraire par ailleurs abondante, mais la Rebecquoise consent cette fois une infidélité à son terroir brabançon ainsi qu’à Tiziana Dallavera, l’enquêtrice favorite qui partage ses propres origines transalpines. Nous voila donc dans la région de Mons, à affronter la haine majuscule et inaltérable de Smeralda – jeune femme d’une petite vingtaine d’années – envers Antoine Jankovic, l’homme qui, en 2003, a été reconnu comme l’assassin de sa mère, Madeleine Auriol (alias Lena Orioles). Une mère artiste, pleine d’originalité, de sensualité et de joie de vivre, admiratrice inconditionnelle de Vincent Van Gogh dont elle entretenait religieusement la mémoire en tant que guide de la ville de Mons. L’affaire s’était avérée d’autant plus claire et vite résolue que l’arme du crime – une statuette – allait être retrouvée dans le jardin de Jankovic qui lui-même reconnaîtrait sa culpabilité ainsi que son mobile : le refus de Lena de poursuivre leur liaison malgré ses supplications. Et voila que quinze ans plus tard, coup de tonnerre, un témoignage venu d’ailleurs semble innocenter Jankovic…
Dix ans après la parution de Périls en ce Royaume (qui se déroule en 1947), le détective privé Michel Van Loo continue à être confronté, bon gré mal gré, aux événements majeurs que vit la Belgique. L’exposition internationale de 1958 était une étape obligée.
En 2016,
La vie de Claude ne fait pas vraiment rêver. Aide-pharmacien de profession, il occupe son temps libre au cinéma et en rendant visite à sa famille le week-end. Ses parents d’une part et surtout, sa tante Adrienne, quinquagénaire au charme indéniable, qui a marqué la mémoire de tous les hommes qui ont croisé sa route. Claude lui voue une sorte de culte et, de son côté, elle éprouve une grande affection pour son neveu. Leur relation et leurs rendez-vous hebdomadaires ne réjouissent pas leur entourage et font jaser dans la famille.
C’est sur manuscrit et à l’occasion de la Foire du Livre de Bruxelles 2018 qu’Isabelle Corlier a remporté le premier prix Fintro Écritures noires 2017. Un prix tout à fait mérité pour Ring Est, que les éditions Ker ont publié dans la foulée. Un premier roman d’une grande maturité, tant dans la manière de mener une intrigue hors norme que de décrire le quotidien d’un jeune veuf, père d’une gamine en bas âge, juge d’instruction de profession : Aubry Dabancourt.
Les fêtes traditionnelles ont ce quelque chose de particulier qui échappe à tout non-« natif » de la commune en fête. Se plonger au cœur de l’une d’entre elles, à savoir le fameux Doudou de Mons – reconnu, depuis 2005, au Patrimoine oral et immatériel de l’Humanité par l’UNESCO – fut pour nous savoureux. Apprendre ses rouages, ses enjeux locaux et politiques, son histoire – son origine remonte au XIVe siècle – et surtout la fierté que ce folklore provoque chez ses protagonistes. Le Doudou commence officiellement un jeudi (en mai ou juin, selon l’année) et se termine le Dimanche de la Trinité avec comme point d’orgue le Combat sur la Grand-Place, appelé le « Lumeçon », qui oppose Saint Georges au Dragon. Le destin de la Cité n’est pérennisé qu’avec la victoire de Saint Georges. L’enjeu est donc de taille.
Un village à la campagne, au cœur d’un paysage de collines et de vignobles, avec un air de Toscane. C’est là qu’Anna est envoyée pour faire ses armes. Elle sillonne la campagne en baskets pour effectuer son travail « J’étais auxiliaire de police. J’aimais les chemins de traverse ».
Salvatore Minni tente avec son premier roman, Claustrations, d’explorer les labyrinthes tortueux de la schizophrénie. Le sujet est vaste, et les modèles nombreux. C’est presque dans une tradition que l’auteur cherche à s’inscrire, terrifiante avec Maupassant et Stevenson, humoristique avec Gogol, renouvelée avec Emond ou Malerba, et si féconde dans le cinéma qu’on ne compte plus les rejetons de Psychose, excellents quand ils sont signés De Palma (L’esprit de Caïn), Fincher (Fight club) ou Scorsese (Shutter Island), pénibles quand ils se contentent de singer les codes du thème, comme lorsque M. Night Shyamalan cherche pathétiquement à renouer avec le succès jamais retrouvé du Sixième sens et nous offre un poussif Split, ou quand Fenêtre secrète vient nous rappeler que Johnny Depp se perd régulièrement dans des mauvais projets et que tout bon roman de Stephen King ne fait pas un bon film.
Créer des zones d’incertitude, d’opacité, mélanger l’angoisse des esprits brisés et l’horreur des corps torturés ; la plume de Patricia Hespel atteste d’une grande dextérité dans le maniement des codes du thriller. Dans La fille derrière la porte, l’on trouve des actions fomentées par des âmes tourmentées, des lettres anonymes, une torture psychologique génératrice d’angoisse chez les personnages et qui n’a de cesse d’entretenir le mystère et d’accroître l’avidité du lecteur à l’élucidation de cette intrigue vénéneuse. 
Si le roman policier a envahi à ce point l’espace littéraire au cours des dernières décennies, c’est sans nul doute que, comme l’affirment des maîtres du genre, sa pratique leur permet de cerner au mieux notre époque, d’en dévoiler les rouages, de dépasser la vérité apparente des choses. Le nouveau roman de Line Alexandre s’inscrit pleinement dans cette logique.
Ce n’est nul autre que le destin qui a choisi de nous livrer, glanées au hasard parmi d’innombrables dossiers, l’histoire de Josiane, de René, de Maddox, d’Ève… Ou encore celle d’une collégienne qui a voulu un jour revoir sa vieille école, y pénètre quand une main invisible déverrouille la porte, reconnaît tout : les couloirs, les classes, la verrière qui menaçait de s’effondrer à chaque orage. Sans se douter que ce pèlerinage sera semé d’invraisemblances, le passé surgissant, tragique ou joyeux, dans le présent, qui vacille… (Sur un toit de verre) 
Pour son troisième roman publié chez Murmure des Soirs, Douze mesures pour un meurtre, Michel Lauwers nous emmène à Hokum, petite ville de l’état du Mississippi, après la Deuxième Guerre mondiale. Descendu à l’unique hôtel, Alan Malox, employé d’une firme de disques de New York, s’écroule dans le fauteuil qu’il occupait au salon après avoir avalé son jus de citron quotidien, agrémenté d’une dose mortelle de cyanure. Pour Sol Chambers, le jeune shérif chargé de l’enquête, un meurtre dans sa juridiction est une occasion inespérée de démontrer ses qualités de fin limier.