Renaud BOUCQUEY, Rien sur Nietzsche, Samsa, 2023, 165 p., 20 €, ISBN : 9782875934567
Comment un homme peut-il se libérer, quitter la routine, les valeurs de réussite, de travail qu’on lui a inculquées ? Par quel cheminement intérieur, quelle révolution personnelle, en vient-il à changer de vie, à jeter par-dessus bord les charges d’une vie axée sur la famille, l’argent, la performance, le statut social, la promotion immobilière ? Dans son roman Rien sur Nietzsche, Renaud Boucquey campe l’histoire d’un homme, Bruno Tserstevens, qui après avoir été la parfaite incarnation d’un rouage du système, trouve la force de muer, d’entrer dans des devenirs dont les étapes quasi initiatiques réverbèrent les trois métamorphoses qui, dans Ainsi parlait Zarathoustra, composent le premier discours de Zarathoustra. Continuer la lecture
Gareth est un jeune homme de 15 ans vivant à Attert, dans le Nord d’Arlon. Passionné de livres fantasy et de félins, il mène une vie routinière jusqu’au jour où il tente de chasser un chat noir se transformant sous ses yeux en panthère qui lui parle et l’attaque dans la foulée. Il est fort heureusement sauvé par Kzin, un chasseur qui apprend à Gareth qu’il est doté de pouvoirs magiques activés par cette bataille.
Bien des romans policiers, à l’instar de leurs nombreuses déclinaisons destinées au petit écran, entraînent le lecteur dans des récits menés au pas de charge qui prennent soin de délivrer leur dose régulière d’adrénaline. D’autres promènent tranquillement leur fiction et misent sur des atouts complémentaires pour attiser le plaisir de la lecture. Le premier roman de Pascal Lorent appartient résolument à la seconde catégorie, prenant bien le temps d’installer ses personnages, de construire une ambiance, de l’insérer dans un espace et un temps donnés.
Au milieu de la tectonique des plaques de la littérature francophone, les livres d’Eugène Savitzkaya sont des forêts où vivent des êtres en marge qui tressaillent dans un ballet de phrases remontant le cours du fleuve de l’enfance. Il y avait le Fou de Vincent d’Hervé Guibert. Il y a désormais la féerie sans égale, le livre le plus libre de tous les temps, Fou de Paris, qui, venant après Fou civil (1999), Fou trop poli (2005), brame, feule, tisse sa toile autour d’Hégésippe, celui qui a tout perdu en perdant l’aimée, celui qui endosse la flânerie comme une première peau, promeneur poète qui, comme les bouffons des rois, profère les vérités du temps, démasque l’imposture des pouvoirs. À l’écart des vivants et des vivantes « fabriqués et fabriquées à la chaîne », qui endurent confinement et joug sous l’ordre « « serrez-vous la ceinture », Hégésippe danse, vaticine, l’amour perdu collé à ses pieds de bête sauvage.
Les lichennes est un récit qui repose sur la rencontre de personnages provenant d’environnements radicalement différents. On y croise entre autres : Thelma, la chlorophilienne, mi-humaine mi-végétale, qui a grandi sous terre, dans une grotte pleine de végétaux dépolluants. Farouk, habille mécanicien habitant du satellite artificiel qui tourne autour de la terre. Ros, rebelle originaire des bas-fonds pollués de la planète, condamnée à trier les déchets qui sont exploités par la classe dirigeante. Anatol, étudiant médecin qui vit aux Arcades, la cité qui culmine au-dessus de la nappe toxique. Mais ce ne sont pas là tous les personnages du récit, d’autres personnalités faisant ensuite leur apparition pour jouer le rôle d’antagoniste ou d’allié auprès des héros et héroïnes précitées.
Maxime Benoît-Jeannin, né dans les Vosges, a connu un beau début de carrière parisien avant de s’installer il y a une trentaine d’années à Bruxelles, où il publie tous ses livres (dont les épatants Brouillards de guerre ou
L’endroit défriché par le fou : quel titre étrange ! C’est ainsi que le Romains auraient appelé Sclessin, Scloeticinus, où le narrateur a grandi. Quant aux Carnets d’une Côte d’Or, ils font référence à la rue où vécut sa famille.
Fidèle désormais aux éditions fDeville puisque ce Vert atlantique constitue le troisième livre qu’il publie chez l’éditeur bruxellois, Marc Meganck, une nouvelle fois, nous surprend par sa capacité à nous entraîner, dès les premières pages, dans son sillage. L’aisance dans l’écriture, la structuration fluide du récit, la manière qu’il a de croquer en quelques coups de plume, un personnage, une situation et l’époque font de ce roman, qui se déroule dans un futur proche, un livre que l’on ne quitte pas. Indécrottable citadin, passionné par l’urbanisme et l’architecture, historien de formation, l’auteur nous emmène sur les traces d’Alex Larsen. Petit fonctionnaire d’un sombre département du ministère, il est notamment en charge du dépouillement de dossiers émanant des Assemblées de Vérification de Constructibilité dont l’acronyme, « A.V.C. », suffit à lui seul à résumer le désabusement dans lequel le plonge sa situation.
Pop, c’est la gamine que sa sœur chambre. Ben oui, c’est quoi cette manie de s’asseoir sous le billard de La boule de Feu, ce café où trainent leurs parents tous les soirs, et d’observer « les jambes des gens, celles des tables, des chaises et du flipper aussi », chipoter avec les restes de chips tombés par terre, assister au spectacle des gens qui s’enivrent, se frôlent, remuent, titubent ? Et pourquoi cette petite lui colle aux basques quand elle désire s’éclater avec son copain du moment ou avec ses amies majorettes ? Et qu’est-ce qu’elle est pénible, aussi, lorsqu’elle lui rappelle les interdits et les punitions qui pleuvent alors qu’elle, Fani, aspire à un peu de vie et de légèreté. Mais, en même temps, elle l’adore, son encombrante sœurette ; elle la taquine et la rabroue, mais elle la défendrait contre n’importe qui, c’est sûr.
« Ici, c’est comme tu attends la mort. La prison, elle te tue ».
927, 3 chiffres en titre pour condenser tout un roman. 927, 3 chiffres auxquels on a tenté de réduire la vie et l’art d’un homme. 3 chiffres qui cachent toute l’émotion qui se dégage à la lecture des mémoires de cet homme, Lôc Vàng, chanteur de Nhac Vàng (Musique jaune, d’or), genre musical vietnamien qui n’est pas sans rappeler le boléro et parle d’amour, de cœurs brisés, de la condition humaine et qui fut interdit par le pouvoir communiste dans les années 60. 927 n’est pas le titre de ces mémoires mais celui du nouveau roman de Tuyêt-Nga Nguyên dont ils sont une part. Nous expliquons.
Mon oncle, quand tu liras ceci je serai déjà loin. N’essaie pas de me retrouver. Je te dis merci pour tout ce que tu as fait pour moi, mais je suis majeur désormais et je veux vivre ma vie. Il faut m’oublier. Djô.
Est-ce un fait propre à notre paysage belge francophone ? Des auteurs, pleinement reconnus comme poètes, sont nombreux à évoluer avec succès dans le monde du roman, que l’on songe à Lisette Lombé ou à Antoine Wauters pour ne citer qu’eux. Tel fut le cas aussi en 2016 d’Hubert Antoine, 
Avec Jacki est sage, Jacques Sojcher s’historialise et signe son premier roman. Le philosophe-artiste s’ancre – s’encre – en tant que personnage de sa vie et nous livre une autobiographie dont la prose, par la ciselure de l’écriture, simple et nue, approche parfois le poème.
Pour mon soixantième anniversaire, j’avais décidé de me faire un cadeau et de partir à la recherche de la poésie perdue. Je voulais retrouver ces superpositions improbables entre le rêve et le fil des jours, ces moments où le réel et l’imaginaire le plus débridé s’emboîtent et se complètent pour former un tout harmonieux, que j’avais connu jadis puis qui avaient peu à peu disparu, étouffés sous l’empilement des années. (…)