Marguerite YOURCENAR, « Le pendant des Mémoires d’Hadrien et leur entier contraire », Correspondance 1964–1967, (D’Hadrien à Zénon, IV), Texte établi et annoté par Bruno Blanckman et Rémy Poignault, préfacé et coordonné par Elyane Dezon-Jones et Michèle Sarde, Gallimard, 2019, 344 p., 29,50 €, ISBN : 9782072790119
Dans ce quatrième volume de correspondance couvrant les années 1964–1967, la voix de Yourcenar explore principalement trois directions : des réflexions éblouissantes sur ses œuvres en cours (L’œuvre au noir, son étude et ses traductions des Negro Spirituals dans Fleuve profond, sombre rivière, son anthologie La couronne et la lyre), ses conflits juridiques avec Plon, ses combats environnementalistes, son pessimisme face à l’évolution du monde. D’emblée, frappe la hauteur de vue, ce regard yourcenarien qui décèle l’intelligibilité du tout dans un détail et perçoit dans les grands mouvements historiques et géologiques les bruissements du temps et de l’éternité. Continuer la lecture


À Ittre, le Musée Marthe Donas consacre 

« Plongez dans le parcours d’un enseignant libre et rétif à toute discipline imposée, imaginatif, fou de poésie et de théâtre ! Un prof philosophe qui voyage et aime partager ses découvertes, n’hésitant pas à transformer sa classe en agora et à pousser chaque élève au bout de lui-même. »
“Tjukurrpa” est un mot de la langue anangu, propre à un peuple aborigène d’Australie. Il signifie “le temps du rêve”, cette ère mythique totalement éthérée qui a précédé la création de la Terre, mais continue de coexister discrètement avec le monde tangible. Utiliser comme titre d’un recueil poétique ce mot exotique – qui reviendra une seule fois, en fin de volume – n’est pas un geste superficiel. C’est suggérer d’emblée l’existence d’une “quatrième dimension”, de nature à la fois cosmogonique et spirituelle, sans toutefois que l’auteur juge nécessaire d’en mener davantage l’exploration. Au fil des pages, il accorde en effet une plus grande place aux origines du bouddhisme, à travers le personnage de Shakyamuni, « fils aîné du soleil et havre de sagesse », également qualifié de « Tathâgata », et auquel succèdera un jour Maitreya ; un autre poème mentionne l’érudit-traducteur Kumârajîva, patriarche de l’école des Trois Traités, qui influença fortement le bouddhisme chinois… Troisième grande référence spirituelle d’Arnaud Delcorte : l’épopée de Gilgamesh dans la Mésopotamie antique, où apparaissent son ami Enkidu, Soumouqân, dieu des troupeaux et des bêtes sauvages, mais aussi la déesse Arourou, génitrice de Gilgamesh. 
Qui se souvient de Marguerite Japy-Steinheil, qui a pourtant défrayé la chronique et enflammé les passions il y a plus d’un siècle ? Sylvie Lausberg est historienne et elle livre avec Madame S les résultats d’une recherche menée sur deux décennies en quête du vrai visage d’une femme qui a marqué son temps.
Pourquoi je n’écris plus de poésie repose sur un double mouvement, une aspiration romantique à une poésie oraculaire lors de l’adolescence et une déconstruction rock de la posture du poète-mage. Rythmés par les dessins sauvages de Xavier Noiret-Thomé, les textes sont taillés comme des chants, des uppercuts rock’n roll innervés par l’absurde. Écriture automatique, cut-ups burroughiens concourent à mettre en œuvre un surréalisme du quotidien. Ce n’est qu’à la fin du recueil que nous apprenons qu’à l’exception des quatre derniers textes composés récemment, l’ensemble a été rédigé par Daniel Vander Gucht à l’adolescence. En son essence, davantage que les autres arts, la poésie est tiraillée entre la postulation de sa mission et le renoncement à elle-même, écartelée entre l’absolu de sa visée et le hara-kiri. L’exhumation de textes écrits dès l’âge de quinze ans s’assortit à un abandon ultérieur de la poésie. La percutance dans l’auscultation des signes, le parfum de ballade rock, la radiographie du « zoo humain », d’un monde qui dérape donnent la tonalité du recueil.
Plaisir toujours renouvelé de retrouver la prose poétique de Karel Logist après quelques années d’absence. C’est que l’œil narquois du poète n’a pas pris une ride. Un nouveau recueil donc composé d’une soixantaine de courts textes comme autant d’instantanés pris sur le vif et qui dissèquent avec acuité les cœurs chamboulés des « aimables solitudes » que nous croisons en chemin. Nos contemporains pris en flagrant délit de vie par l’objectif aguerri du poème polaroïde et que viennent illustrer les photographies du complice de toujours, Serge Delaive.
Faut-il s’étonner de voir Maigret se tailler une place dans la galerie de la « Fabrique des héros » (collection lancée récemment par les Impressions nouvelles) et y côtoyer
Dans la collection Espace Nord, les classiques de la littérature belge des siècles passés côtoient ce que Tanguy Habrand, son directeur, aime à appeler « les classiques de demain ». Parmi ces derniers, Un monde sur mesure de Nathalie Skowronek,
Sur les connivences entre le cinéma et les Aventures de Tintin, l’on disposait déjà de multiples indications, grâce aux entretiens d’Hergé avec Benoît Peeters et Numa Sadoul, ou encore aux essais de Philippe Lombard et de Bob Garcia. Or, plus obstiné que les précédents, ce dernier a consacré de longues années à creuser le sujet avec une minutie entomologique, tout en élargissant son enquête aux tribulations des Totor, Quick et Flupke, Jo et Zette. Ainsi nous offre-t-il aujourd’hui un volume d’une érudition impressionnante – mais dont la profusion même, comme il était à craindre, n’est pas toujours bien maitrisée. La méthode adoptée semblait pourtant garante de rigueur, avec ses cinq étapes successives :