Archives par étiquette : enfance

Désaccord parfait

Cather­ine DEMAIFFE, Jusqu’au lever du jour, F dev­ille, 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 9782875990693

demaiffe jusqu'au lever du jourLe roman de Cather­ine Demaiffe débute par le réc­it de l’enfance des deux héros qui for­meront une famille quelques années plus tard, mais pour l’heure, nous décou­vrons pro­gres­sive­ment ce qui a forgé le car­ac­tère des prin­ci­paux intéressés. D’un côté, il y a Alexan­dra, élevée par des sœurs et sa tante Maria suite au décès de ses par­ents et ses frère et sœur dans un acci­dent d’avion. D’un autre côté, il y a Vic­tor, le fruit d’une union hors mariage, élevé seul par sa mère et taxé de bâtard durant toute sa jeunesse. Alexan­dra a gran­di dans l’admiration de son père pilote à la Roy­al Air Force, tan­dis que Vic­tor a essayé d’être un gen­til garçon mais a été abîmé par les assauts déplacés d’un homme d’église. Con­tin­uer la lec­ture →

L’enfant et la forêt

Daniela GINEVRO, Au-dedans la forêt, Lans­man, 2023, 52 p., 10 €, ISBN : 9782807103856

ginevro au dedans la foretAu cœur d’une forêt mys­térieuse et parait-il mau­dite, rôde une enfant des bois, « cou­verte de peaux d’animaux. Un masque d’écorce sur le vis­age, un couteau à la cein­ture ». Surnom­mée La Mésange, elle racon­te son présent et son passé. Com­ment elle est arrivée dans la forêt, accom­pa­g­née de son frère, Le Géant, et de sa sœur, La Renarde. Ils se sont « éva­porés » dans les bois pour échap­per à la mai­son au toit fêlé, à son froid qui s’insinuait partout, à la faim qui les tirail­lait, à l’absence qui y rég­nait. De cette péri­ode dans la mai­son au toit fêlé où ils vivaient tous trois col­lés ser­rés, on n’en appren­dra pas beau­coup plus, si ce n’est que les par­ents n’étaient plus là et que de nom­breuses cica­tri­ces invis­i­bles datent de cette époque. Son frère, bien qu’étant l’aîné, est resté petit suite à une chute dans les escaliers. La Mésange par­le de leurs pre­miers jours dans la forêt. Com­ment ils ont enter­ré leurs noms et s’en sont choisi de nou­veaux. Elle évoque leur vie à trois dans les bois jusqu’à l’accident qui a scindé leur groupe à tout jamais. Peu à peu, la forêt devient son ter­ri­toire, devient sienne. La soli­tude ne l’effraie pas. La nature, les ani­maux, les bruits sont là. Con­tin­uer la lec­ture →

Quand l’oiseau est poussé du nid

Eva KAVIAN, La clé de Jacque­line, Oskar, 2023, 52 p., 7,95 €, ISBN : 979–1‑0214–0808‑1

kavian la clé de jacquelineMar­cus, huit ans, est un enfant unique qui vit avec ses par­ents. Sa soli­tude est rompue grâce à l’arrivée de Dog dans la famille, un chiot que le papa a ren­ver­sé par inad­ver­tance avec sa voiture et qui a été soigné et adop­té par les par­ents, faute d’identification pos­si­ble des pro­prié­taires. Con­tin­uer la lec­ture →

Le sursis s’écrit noir sur blanc

Car­o­line LAMARCHE et Paul MAHOUX, Dix ans, Cam­bourakis, 2023, 112 p., 16 €, ISBN : 9782366247695

lamarche mahoux dix ansQuand Car­o­line Lamarche s’as­so­cie à Paul Mahoux pour com­pos­er un roman graphique, on tient dans les mains une propo­si­tion limpi­de et intran­sigeante, qui archi­tec­ture le sen­si­ble et l’é­tat du désas­tre. L’ex­tinc­tion de masse et la mort annon­cée d’une jeune fille inscrivent cet ouvrage dépourvu de couleurs dans une noirceur sans men­songe. Au scé­nario, la plume ligne claire, la sim­plic­ité des mots choi­sis par l’autrice de Nous sommes à la lisière. Au dessin, le car­net-de-cro­quiste en Mole­sk­ine et pein­tre Paul Mahoux, les traits fins et noueux, les aplats troués noir sur blanc. Con­tin­uer la lec­ture →

Nos territoires

Alex LORETTE, Un fleuve au galop, Genèse Édi­tion, 2023, 247 p., 22,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782382010259

lorette un fleuve au galopTout au long du roman, nous suiv­ons les réc­its de plusieurs per­son­nages. Il y a d’abord Lucie, qui est née au Con­go et n’a jamais été heureuse en Bel­gique. Ensuite, il y a sa fille Félic­ité avec qui elle n’a jamais réus­si à com­mu­ni­quer. On suit égale­ment les his­toires du père André, autre­fois appelé Nkisu, de Mas­si­ga, la nour­rice de Lucie et enfin d’Edmond, l’arrière-grand-père de Lucie, un colonisa­teur san­guinaire.

Lucie aimerait retourn­er au Con­go, cette terre qui l’a vue naître, au bord du fleuve, dans les années 1940. Mal­gré sa couleur blanche, elle s’est tou­jours sen­tie noire à l’intérieur, une Con­go­laise. À présent, il est trop tard. Elle est clouée au lit dans sa mai­son de retraite. Elle pour­rait deman­der à sa fille qui habite en Norvège de l’y accom­pa­g­n­er, mais elle n’a plus de con­tact avec elle. Seuls lui restent les sou­venirs dans lesquels elle plonge à corps per­du, au risque de s’y per­dre. Lucie se sou­vient de Mas­si­ga, cette Con­go­laise qui l’a éduquée comme sa pro­pre fille. De Koko, son grand-père, qui con­sid­érait les Con­go­lais comme des sauvages. De son père, presque tou­jours absent. De ce 28 mai 1958 où, âgée de 17 ans, on l’envoya en Bel­gique pour étudi­er dans un pen­sion­nat de sœurs. Lucie repense aus­si à Nkisu, son ami d’enfance qui allait chez les pères blancs. Elle se sou­vient de leurs par­ties de foot, de leurs baig­nades dans le fleuve, mais aus­si de ce jour d’été de 1957, où ils se sont aimés et où sa vie a bas­culé. Elle évoque sa grossesse cachée. La nais­sance de Félic­ité et le départ vers la Bel­gique, en 1958, sans son enfant, seule et sans d’autres bagages qu’une volon­té tenace de revenir au plus vite au Con­go. Con­tin­uer la lec­ture →

G, comme Gloria et Géniale

Un coup de cœur du Car­net

Almu­de­na PANO, Glo­ria, Rue de l’Échiquier, 2023, 224 p., 24,90 €, ISBN : 978–2‑37425–385‑5

pano gloriaG tra­vaille comme assis­tante sociale dans un cen­tre pour mineurs. D’apparence coquette et sportive, fana de self­ies, elle dénote avec l’image qu’on se forge d’une pro­fes­sion­nelle du domaine, qu’on voudrait les cheveux gras, le sourire éteint et les épaules ployées par la lour­deur des vécus aux­quels elle se frotte. Et pour­tant G se démène corps et âme pour ses pro­tégés, s’investit dans leur exis­tence cabossée, oublie ses plans per­son­nels, hap­pée qu’elle est par sa mis­sion d’aide à autrui. À cause de son salaire de mis­ère, elle se voit con­trainte d’habiter chez ses par­ents, mod­estes et aimants, et d’écouter les ser­mons de ses amies inquiètes de sa sit­u­a­tion, sans pour autant se résoudre à cess­er sa quête sisyphéenne : « Je sais que mon tra­vail c’est comme un panse­ment sur une jambe de bois. Mais je ne peux pas regarder ces enfants, qui ont des prob­lèmes que tu ne saurais même pas imag­in­er, et rester là sans rien faire. » G, amie d’Elisa Sar­tori (généreuse com­parse de l’autrice), a fourni à Almu­de­na Pano la matière pre­mière de l’album lors d’une inter­view en 2017 ; après, le pro­jet a mûri et s’est réori­en­té, en rai­son d’impulsions édi­to­ri­ales et d’ébranlements intimes. Con­tin­uer la lec­ture →

Les vies du bord de mère

Emmanuelle POL, Les bracelets d’amour, Fini­tude, 2023, 128 p., 15 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782363391834

pol les bracelets d'amourSub­limée, célébrée, sanc­ti­fiée et tou­jours mythi­fiée dans la plu­part des cul­tures, la mater­nité est une expéri­ence étrange et sin­gulière qui, faut-il le rap­pel­er,  ne saurait se résumer aux images doucereuses qui l’entourent. Voici un recueil de nou­velles qui en des­sine les para­dox­es, qu’on l’envisage sous l’angle de la mère elle-même, de ses enfants ou de son con­joint. Le pre­mier texte, « Les bracelets d’amour », qui offre son titre au vol­ume, donne le ton : une jeune femme est face à son enfant et elle est engloutie par sa mater­nité dans laque­lle elle est recluse. Ce petit être envahissant prend le pou­voir, dicte ses horaires, envahit l’espace de ses cris, l’air de ses odeurs, les nuits de ses pleurs, l’esprit de ses besoins indéchiffrables. Assez pour que la sub­merge une forme de dés­espoir qui entame son désir de vivre :

D’ici quelques heures, l’homme ren­tr­era, fringant, fleu­rant bon l’eau de Cologne et l’extérieur, tan­dis qu’elle sera là, minable, grossie, idiote, dans les décom­bres du petit-déje­uner et les odeurs de lait rance. Con­tin­uer la lec­ture →

Parce que c’était lui, parce que c’était là

Frédéric SAENEN, L’enfance unique, Post­face de Lau­rence Boudart, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 200 p., 9 €, ISBN : 9782875685728

saenen l'enfance uniqueÀ se laiss­er guider par les pre­miers mots de l’avertissement de l’auteur, la ques­tion prin­ci­pale porterait sur la manière « de traiter les mots et expres­sions en langue wal­lonne présents dans ce texte ». 

À se laiss­er guider par les pre­miers mots du roman, la ques­tion prin­ci­pale, out­re « la Langue pre­mière » serait « l’enfance ».  Les deux vont l’amble, livrant le réc­it intime d’une enfance baignée dans le wal­lon de l’Origine, la Langue pre­mière pra­tiquée par Grand-Popa, pour­tant un Fla­mand du Lim­bourg, et Mamy, même si elle « se plaît à rap­pel­er ses orig­ines français­es ». Con­tin­uer la lec­ture →

Dans son propre rôle

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane BISSOT, Après nous les mouch­es, Oiseaux de nuit, 2022, 142 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–53‑7

bissot apres nous les mouchesComé­di­enne, Stéphane Bis­sot a l’habitude de don­ner vie à des per­son­nages imag­inés par d’autres. Cette fois, c’est son pro­pre rôle qu’elle écrit et incar­ne. Elle racon­te ses sou­venirs, ses racines surtout, sa famille. De blessures en man­i­fes­ta­tions de ten­dresse, elle revient sur les allers-retours entre ses par­ents divor­cés, les liens avec cha­cun d’eux et avec sa grand-mère, les clins d’œil de la vie, ses mau­vais tours aus­si. Dès le début, le ton est don­né : des sujets tristes vont être abor­dés, mais non sans humour voire même une cer­taine légèreté.

J’ai envie de com­mencer avec les sand­wichs mous.
Le sand­wich mou est à l’enterrement ce que l’air est au vent… Le pouce à [l’]enfant… Le poil au pubis… Hum. Je veux dire que le sand­wich mou
nous sur­vivra tous.  Con­tin­uer la lec­ture →

Le puzzle de nos multiples « moi »

Un coup de cœur du Car­net

Marie HENRY, Nor­man c’est comme nor­mal, à une let­tre près, Lans­man Jeunesse, 2022, 40 p., 9 €, ISBN : 2807103561

henry norman c'est comme normalDans une con­trée loin­taine, mais pas si loin­taine, un soir de pluie entre les mois de jan­vi­er et févri­er, nait Nor­man, un petit garçon aux joues ros­es et jouf­flues comme tous les bébés. À sept ans, Nor­man affirme ses choix : il aime le rose et tout ce qui brille, et ce qu’il affec­tionne par-dessus tout, c’est porter des robes. Un jour, on lui per­met de garder sa robe toute la journée pour jouer au jardin. Nor­man aime sen­tir le vent s’engouffrer sous son vête­ment qu’il fait tourn­er inlass­able­ment. Mais der­rière cet acte, déjà des voix s’élèvent : « Que fait le gamin des voisins ? Il ne porte pas une robe quand même ? ». Nor­man, lui, aurait préféré ressem­bler à sa mère plutôt qu’à son père. Con­tin­uer la lec­ture →

Dans l’intervalle de l’être et du monde

Un coup de cœur du Car­net

Suzanne LILAR, Une enfance gan­toise, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 240 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–565‑0

lilar une enfance gantoise okIls sont nom­breux les livres sur l’enfance, les réc­its qui retour­nent en ces temps fon­da­teurs, for­ma­teurs de notre vie future. Il en est qui ne sont que nos­tal­gie ou défouloir revan­chard, d’autres qui tran­scen­dent les anec­dotes et analy­sent la famille, le milieu, le com­ment on devient ce que l’on est.  Une enfance gan­toise de Suzanne Lilar (1901–1992) appar­tient à cette dernière caté­gorie. Comme l’écrivait Jean­nine Paque dans un arti­cle de la revue Textyles : « Il s’agit de don­ner une assise plus large au présent, de chercher la source et la rai­son de ce que l’on est, de légitimer une ori­en­ta­tion exis­ten­tielle. » Con­tin­uer la lec­ture →

Le temps d’un été

Un coup de cœur du Car­net

Nina SIX, Les pis­senl­its, Sar­ba­cane, 2022, 112 p., 22 €, ISBN : 978–2‑37731–889‑6

La pre­mière bande dess­inée de l’autrice Nina Six racon­te les joies (mais aus­si les peurs) de l’enfance. On y suit la jeune Nina, qui se rend au camp­ing des Pis­senl­its pour pass­er l’été en colonie de vacances. Elle ne con­nait per­son­ne sur place mais va vite se faire des amis et vivre des aven­tures qui l’emmèneront de décou­vertes en décou­vertes.

En usant avec tal­ent d’une palette riche, qui alterne tons pas­tel et tons chaleureux, Nina Six parvient à créer une ambiance esti­vale nim­bée de nos­tal­gie. L’autrice emploie un trait plein qui s’interrompt par moment pour laiss­er par­ler les tex­tures et les teintes. Les Pis­senl­its est com­posé d’une suite des micro-réc­its qui, mis bout à bout, com­posent la grande his­toire de l’été de Nina, bien­tôt 10 ans. L’amitié entre Nina et sa copine Camille est au cen­tre de la nar­ra­tion, tan­dis qu’une suite de per­son­nages inter­vi­en­nent et con­stituent la toile de fond devant laque­lle évolu­ent les deux filles. Con­tin­uer la lec­ture →

Peau blanche et cœur noir

Fabi­enne ZUTTERMAN, L’Afrique pour se per­dre, Empaj, 2022, 300 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931011–28‑7

zutterman l'afrique pour se perdreMilou quitte la Bel­gique pen­dant l’été 1970 avec ses trois enfants pour s’assurer que son mari ne les emmèn­era pas aux USA avec lui, suite à leur sépa­ra­tion. D’un tem­péra­ment impul­sif et fougueux, elle choisit l’Afrique pour se per­dre, atter­rit à Kin­shasa dans le jeune Zaïre de Mobu­tu et se rend pour enseign­er deux ans à Lulu­abourg (aujourd’hui Kanan­ga), puis un an à Bukavu.

À la porte de l’avion, une gifle d’air brûlant. Coup de javelot dans les rétines. Je vois le jour, enfin. Cette lumière… mais quelles mon­tagnes avons-nous gravies pour être à ce point proches du soleil ? Con­tin­uer la lec­ture →

Le temps de l’amour

Stanis­las COTTON, Léa, l’été, Mur­mure des soirs, 2022, 286 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑930657–83‑7

cotton léa l'étéLe dernier livre de Stanis­las Cot­ton, Léa, l’été, c’est comme avoir de l’eau jusqu’aux coudes, à chercher un galet « rond, pas trop grand, pas trop lourd » et le faire presque s’envoler tout tout juste au-dessus de l’Ambrée, la riv­ière qui fai­sait tourn­er l’aube du vieux moulin dans lequel vit Melvil Tour­nel, le nar­ra­teur de ce réc­it. Une his­toire en qua­tre mou­ve­ments, l’été.

Quand l’histoire com­mence, Melvil a 12 ans. Il racon­te son ennui de l’école et com­ment il déjoue les attaques du gros lourd de Gabriel Maussin qui passe son temps à le harcel­er. Les assauts de Maussin n’empêchent pour­tant pas Melvil d’investir la riv­ière, son domaine, pour y pêch­er des tru­ites arc-en-ciel, en explor­er l’autre rive, véri­ta­ble jun­gle aux tré­sors. Con­tin­uer la lec­ture →

« Avec la mer du Nord… »

Michel JOIRET, Stel­la Maris, M.E.O., 2022, 180 p., 18 €, ISBN : 9782807003385

joiret stella marisCom­ment saisir la sin­gu­lar­ité de la Mer du Nord sans s’immerger dans le pre­mier cou­plet du Plat Pays de Brel ? Com­ment touch­er sa poésie en se gar­dant de pro­longer les lignes de fuite humides aux nuances gris­es de Spilli­aert ? Com­ment appréhen­der la men­tal­ité bal­néaire d’Ostende en igno­rant les masques, col­orés et mali­cieux, d’Ensor ? Com­ment percevoir l’air léger des plages (ensoleil­lées et bondées l’espace de quelques semaines) sans dode­lin­er sur la voix d’Arno char­ri­ant l’ode d’Adamo aux filles du bord de mer ? Com­ment avoir le cœur qui chavire sans fouler le sable couleur et den­sité Per­me­ke, sans crois­er les mon­u­men­taux Marins, sans se rire des mou­ettes en se par­fumant les doigts de crevettes gris­es ? En lisant le dernier livre de Michel Joiret, peut-être, qui s’inscrit dans la cer­ti­tude que la côte belge est de ces réal­ités qui ne s’apprivoisent que par l’appropriation artis­tique ou l’expérience intime. Con­tin­uer la lec­ture →

Sur un fil, avancer toujours

Daniel CHARNEUX, Les oiseaux n’ont pas le ver­tige, Genèse édi­tion, 2022, 207 p., 21 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑3820101–67

charneux les oiseaux n ont pas le vertigeDe l’enfance à l’âge mûr, les sou­venirs de Jean Berthol­let sont racon­tés à la pre­mière per­son­ne, entrelacs de faits mar­quants et de cartes postales du quo­ti­di­en. Les images du petit vil­lage arden­nais des pre­mières années instal­lent une ambiance bucol­ique : théâtre de pleine nature, tout en quié­tude, qui ne se laisse pas trou­bler par les drames qui y boule­versent les habi­tants. Mais l’insouciance de Jean con­naît une fin trag­ique lorsqu’un acci­dent de vélo emporte son jumeau et son enfance.

Il paraît que les cel­lules de notre intestin se renou­vel­lent en quelques jours, celles de notre cœur en quelques années. Que reste-t-il de l’enfant dans l’adulte ? Rien, sans doute, ou si peu. Aucune molécule du corps, en tout cas. Deux êtres totale­ment dif­férents, le cerveau mis à part. Car il sem­ble que les cel­lules de l’encéphale ne se régénèrent pas. Et que toute notre vie, tous nos sou­venirs y dor­ment. À moins qu’ils ne se désagrè­gent, bus par la boue comme une chaus­sure per­due.  Con­tin­uer la lec­ture →