Un coup de cœur du Carnet
Isabelle SPAAK, Des monts et merveilles, Équateurs, 2022, 267 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑38284–062‑7
« Chasseur de baleines et chimères, éleveur de renards, traducteur de nuages, querelleur polyglotte, clown pour tous les âges, écrivain du dimanche, érudit, poète, Michel est aussi un épistolier infatigable ». Sa disparition, en 2019, plonge sa demi-sœur, Isabelle Spaak, dans un profond chagrin. Très vite, les souvenirs se bousculent, disparates, fragmentaires, soumis parfois aux défaillances de la mémoire. Il y a les vacances d’été sur l’Île de Ré dont les photos en kodachrome prises par la mère reconstituent l’heureux film, les cris et blessures d’enfant que seul Michel semble pouvoir apaiser puis les lettres échangées, innombrables. Continuer la lecture
J’écris : voici mon frère, il n’a fait que passer, mais la phrase ment. Alors je cherche les traces qu’il a laissées dans le regard des autres. Il me relie à eux. Qu’est-ce qui s’est inscrit en eux de son passage ?
Françoise Pirart plonge directement son lecteur dans le feu de l’action en situant le début du récit à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem où 2 frères, Érik (15 ans) et Sylvain (12 ans), sont en cavale suite à un drame. De ce drame, nous aurons des détails au compte-goutte et nous serons surtout amenés à lire la relation particulière entre les deux frères.
Marine Schneider, qu’on a pu notamment découvrir avec 
Meredith se réveille dans une chambre d’hôpital à Londres. Une douleur aigüe martèle sa gorge. « Apparemment, tu ne pourras plus parler », lui annonce son frère. La nouvelle lui fait l’effet d’un coup de poing dans le ventre. Elle soulève quelques souvenirs amers issus d’une enfance chaotique. Tout comme sa mère lorsque Meredith était enfant, sa voix l’a donc abandonnée. Avec elle, Meredith perd son emploi d’interprète, sa passion pour le chant et… son petit copain du moment. 
Madeleine et Jeanne, deux sœurs sans le sou, vivent dans l’ancien cinéma familial qui n’est plus qu’une ruine. La belle époque de l’Eldorado est bien lointaine. L’avenir n’offre plus que des plafonds croulants, des bouillons et du pain rassis. Alors parfois une main innocente traine dans le rayon traiteur du supermarché le plus proche et emporte avec elle lotte à l’armoricaine ou lapin aux pruneaux. Les deux sœurs, qui sont comme un vieux couple, aiment jouir de petits plaisirs. Un soir, Louise, leur sœur cadette, refait surface après dix ans d’absence. Elle n’a plus un rond et veut réintégrer le domicile familial. Madeleine et Jeanne acceptent. Les voilà prêtes à se serrer la ceinture à trois. La vie est moins sombre quand on est plusieurs. Elles désirent toutefois manger à leur faim et se mettent à voler de plus en plus. Des petits plats cuisinés dans le hyper, on passe aux vêtements et aux vases dans les cimetières. Tout est bon pour se faire un peu de blé. Surtout qu’un expert leur somme de quitter leur domicile devenu insalubre. L’expropriation n’est plus très loin, mais les trois sœurs n’ont pas dit leur dernier mot. Telles des Robins des bois, elles extorquent les riches. Tout est permis pour survivre. Louise rencontre d’ailleurs un veuf riche au cimetière. La voilà leur solution. À moins qu’elles ne soient tombées sur plus rusé qu’elles encore…
Au chevet de sa mère, hospitalisée pour avoir une fois encore joué avec les limites mortelles, la narratrice n’en mène pas large. Il faudrait que la température du corps de l’alitée, à deux doigts de jouer sa dernière grande scène, redevienne acceptable. C’est que la génitrice de Maud et de sa sœur cadette, Marie, n’est pas de celles qui s’effaceraient sans bruit. À peine sortie des limbes, la voici d’ailleurs qui réclame son fer à friser, un Paris Match et surtout, de l’attention. Qui tempête sur le personnel soignant, congédie son psychiatre, et admoneste son aînée pour avoir écrit « suicide » dans le dossier médical.
“À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres.”
Lui, Christophe, a publié, il y a un an seulement,
Les fratries sont bien souvent animées de sentiments contradictoires. Rivalités, jalousies et ressentiments le disputent à la solidarité et à la connivence selon une mécanique aux ressorts complexes. Les trois frères Wellens – ce nom nous dit quelque chose — vivent dans des univers distincts. L’un d’eux, le plus célèbre, est un magnat bruxellois de l’immobilier et des affaires, il est entouré d’une cour d’experts divers. Son aura est incontestée, son emploi du temps est minuté, ses apparitions organisées, sa sécurité garantie. Un autre frère, qui a pris soin de se faire appeler de son nom d’auteur, Varens, est un écrivain en vue et il mène une vie plus calme, entre écriture et flânerie, soucieux de ne pas se confondre avec les valeurs du premier qu’il ne rencontre que sporadiquement pour des repas brefs et silencieux. Quant au troisième, Gilles, il a un passé de contestataire, mais semble s’être assagi, même s’il garde lui aussi ses distances.
À L…, village en bordure de forêt, Colline l’aînée narratrice et Aubin le cadet sauvageon qui prend souvent la tangente sont à l’orée de l’adolescence et fusionnels comme des liserons. C’est qu’ils ne peuvent pratiquement compter que l’un sur l’autre : Édouard, leur père, ne vit que pour ses bulldozers. Josyane, leur mère, sombre la plupart du temps dans des migraines qui la rendent aigrie ou apathique.
Auteur de romans, pièces de théâtre, essais, c’est avec un recueil de nouvelles qu’Éric-Emmanuel Schmitt nous invite à la réflexion à l’occasion de cette rentrée littéraire. Quatre nouvelles, quatre occasions de pardonner.
Il est difficile de s’arracher au ton mineur qui prélude au dernier récit de Caroline Lamarche, Dans la maison un grand cerf. Dès le départ, le battement irrité du sang, le sifflement dans les oreilles vient oblitérer l’écoute. Pourtant elle a lieu l’écoute tout intime et si particulière du père qui, en contraste avec le bruit de la conversation à la table familiale, poursuit son marmonnement discret. Déjà cet environnement envahissant et le brouhaha général font comme une censure et évoquent la violence, que ce soit celle de la meute, des chasseurs, de l’amour même qui lui aussi peut forcer. Mais Lamarche dira tout de l’amour éternel des filles pour leur père, quoi qu’il en aille de ses aléas. Il aurait été et serait encore un antidote aux complications de l’amour. Le charme est donc bien réel.
Térence et Erika sont frère et sœur. Cette dernière, âgée de quinze ans, veut découvrir le monde et n’en a que faire de l’école et de ses obligations. Les chemins détournés sont bien plus alléchants. Elle aimerait foncer tête baissée, tel un sanglier. Térence et Erika vivent seuls, leur mère étant partie à New York. Térence se voit confier la garde de sa turbulente sœur, lui qui, au contraire, préfère respecter les règles et ne pas s’écarter du droit chemin. Il suit de brillantes études et travaille comme serveur dans une brasserie. Tout le contraire de sa sœur qui incarne la passion de la jeunesse, la soif de liberté. Térence rencontre des difficultés à faire respecter son autorité. Erika rencontre Alec, un homme qui lui fait tourner la tête. Elle découvre les joies de la vie nocturne, les boîtes de nuit, les bois et les sangliers. Le frère et la sœur s’éloignent chaque jour un peu plus. Erika aime ce frère modèle, mais veut s’en écarter.