Archives par étiquette : immigration

Tous les chemins mènent à Saint-Idesbald

Jean JAUNIAUX, Le juge­ment des glaces, M.E.O., 2024, 176 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782807004559

jauniaux le jugement des glacesDepuis la paru­tion de son pre­mier recueil de nou­velles, Le pavil­lon des douanes (2006), Jean Jau­ni­aux trace sou­vent son chemin dans le sable de la côte belge, avec une prédilec­tion pour Saint-Ides­bald, la sta­tion bal­néaire où Paul Del­vaux avait élu domi­cile. Si l’essentiel de son nou­veau roman s’y déroule, c’est à Brux­elles qu’il débute, au bord du canal. C’est là que Barthélémy, enseignant de son état, vient trou­ver la paix lorsqu’il quitte à bout de souf­fle ses élèves et qu’il pose le regard sur les quelques bateaux qui y sont amar­rés. Don­ner cours lui pèse désor­mais, à tel point qu’il se sur­prend à détester les jeunes qui sont en face de lui et qui lui don­nent envie de s’enfuir vers d’autres hori­zons. Con­tin­uer la lec­ture

Il faut tout un village pour élever un enfant

Françoise PIRART, Niz­nay­ou, M.E.O., 2024, 211 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0458‑0

pirart niznayouDans une ville en Ardenne, Lena tra­vaille dans une asso­ci­a­tion pour migrants où elle est assis­tante sociale. Elle s’enfonce dans un cou­ple mal assor­ti avec Tony, un homme jaloux adepte du fit­ness et du tir, mais aus­si des idées de l’extrême droite. Un jour, un garçon de 10 ans au regard péné­trant vient atten­dre Lena devant son bureau. Ébran­lée par son com­porte­ment énig­ma­tique, elle tente de com­mu­ni­quer avec lui, mais la bar­rière de la langue l’empêche d’en savoir plus. Elle le revoit quelques fois et décide de chercher des infor­ma­tions sur lui pour savoir qui il est. Con­tin­uer la lec­ture

Un si long chemin

Karine LAMBERT, Dernier bateau pour l’Amérique, Hachette Fic­tions, 2024, 432 p., 22 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782501171960

lambert dernier bateau pour l'amériqueRédi­ger un roman, c’est tou­jours livr­er une part de soi. Per­son­nages, scènes pré­cis­es, ressen­tis, des bribes de vécu se glis­sent qui remon­tent à la sur­face à mesure que les mots se pressent et que les doigts courent sur le clavier. Mais il y a aus­si des élans d’écriture fon­da­teurs, ceux que guide le besoin irré­press­ible de se dire à livre ouvert pour extir­p­er des blessures anci­ennes et sou­vent tou­jours vives. Par­fois cet élan donne un livre unique, qui ne sera suivi d’aucun autre, par­fois il som­meille quelque temps et le précè­dent des préludes où la fic­tion domine jusqu’à ce que l’évidence s’impose comme une néces­sité absolue. Il sem­ble que le dernier roman de Karine Lam­bert appar­ti­enne à cette sec­onde caté­gorie, son nou­v­el opus venant à la suite de cinq romans pub­liés au cours des dix dernières années qui ont ren­con­tré le suc­cès auprès de ses lecteurs. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire retrouvée

Francesco PITTAU, Quarti­er-Mère, Arbre à paroles, 2024, 120 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–742‑6

pittau quartier mereOn ne se sou­vient pas des jours, on se sou­vient des instants, écrit Cesare Pavese dans Le méti­er de vivre. Avec le coup d’œil du dessi­na­teur qu’il est, Francesco Pit­tau nous donne à lire avec les poèmes de Quarti­er-Mère un livre de fidél­ité mémorielle : la famille, la cul­ture ital­i­enne, la dou­ble  appar­te­nance iden­ti­taire de l’immigré, le tra­vail dans les char­bon­nages, les rêves d’ailleurs et la réal­ité sociale, l’enfance… sont ici fine­ment évo­qués, avec une sobriété de ton et de forme qui n’en souligne que mieux l’évocation vibra­toire. Au fil des pages de ce poète au trait ferme, dont la sen­si­bil­ité maîtrisée rehausse le pou­voir d’émotion, nous sommes invités à feuil­leter le livre d’images d’une vie, de la Méditer­ranée aux ter­rils du Bori­nage, en par­courant, par petits détails con­crets et touch­es vives, une époque révolue où se mêlent les odeurs, les couleurs, la lumière et les ombres, les moments de joie et de nos­tal­gie, les petits riens qui com­posent toute la richesse affec­tive dont nous prenons con­science une fois le temps révolu. Dans la mai­son vide, si la main qui cherche par hasard une pièce de mon­naie ayant roulé sous un meu­ble ne ramène que de la pous­sière, elle se referme toute­fois sur un petit objet rouge en plas­tique aux formes tara­bis­cotées : ce brim­bo­ri­on oublié est comme le poème ou la matéri­al­i­sa­tion sen­si­ble et dérisoire de l’or du temps  (André Bre­ton). En une image sim­ple,  un détail presque insignifi­ant, le poète con­dense son art poé­tique et sa thé­ma­tique. On s’en apercevra tout au long des bon­heurs de lec­ture que nous offre ce qu’il con­vient d’appeler à la fois un recueil, par la dis­con­ti­nu­ité des sujets, et un seul long poème, par la numéro­ta­tion en chiffres romains et l’épilogue final, où Pit­tau accueille et recueille la vie oscil­lant entre présence et dis­pari­tion, vérité et illu­sion… Con­tin­uer la lec­ture

On récolte ce que l’on sème

Sophie WOUTERS, Esprits de famille, Hervé Chopin, 2024, 122 p., 16 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑3572–0793‑6

wouters esprits de familleLe nou­veau roman de Sophie Wouters nous immerge en Sicile dans les années 1970. Fer­nan­do et Simon­et­ta sont un cou­ple uni par l’amour, ils se tuent au tra­vail et pren­nent con­science qu’ils n’ont plus d’avenir dans leur pays. Afin d’épargner une vie de mis­ère à leurs enfants, Alberti­na et Cesario, ils déci­dent de par­tir en Bel­gique, Fer­nan­do tra­vaillera dans une pizze­ria et Simon­et­ta sera concierge dans la pro­priété des Van Molsen. Con­tin­uer la lec­ture

Partir pour comprendre et réparer

Leïla ZERHOUNI, Dans les yeux de l’Afrique, M.E.O., 2024, 134 p., 17 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0422‑1

zerhouni dans les yeux de l'afriqueLe réc­it s’ouvre sur la sig­na­ture d’un pre­mier con­trat de tra­vail pour Luce, 25 ans, engagée à Brux­elles pour un poste de tra­duc­trice de modes d’emploi. Elle aurait préféré traduire des romans à la quête du mot juste et dépérit rapi­de­ment dans une entre­prise déshu­man­isée entourée de col­lègues froids et dis­tants, empreints d’une cer­taine méchanceté com­péti­tive. Con­tin­uer la lec­ture

Trouver refuge

Un coup de cœur du Car­net

Marie-Bernadette MARS, Rhap­sodie afghane, Acad­e­mia, 2023, 240 p., 21 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782806136374

mars rhapsodie afghaneNée des con­fi­dences d’une amie de l’autrice, cette fic­tion place côte à côte un can­di­dat réfugié afghan et une femme belge d’une cinquan­taine d’années. Enseignante, mère de deux enfants, elle, dont le prénom nous est tu, se trou­ve à un moment de sa vie où la voie sem­ble toute tracée. Mais elle a lais­sé par­tir un mari et vit avec un goût de trop peu. Lui a une jeune épouse restée au pays avec leur enfant, il veut obtenir le droit de séjour et les faire venir quand tout sera réglé. Ces deux-là dont la vie est en sus­pens vont entre­crois­er leurs des­tins et vivre une his­toire d’amour qui défie les idées reçues. Con­tin­uer la lec­ture

Clair-obscur en mezza-voce

Un coup de cœur du Car­net

Eléonore DE DUVE, Dona­to, Cor­ti, 2023, 216 p., 21 €, ISBN : 9782714312952

de duve donatoDona­to a marché, arraché, caressé, goûté, ri, pleuré. Il s’est penché, cour­bé, est remon­té. Il a souri, pleuré, bu, dan­sé et racon­té peu. Il a quit­té la chaux de son vil­lage des Pouilles pour le Pays noir de Charleroi.

Avare de mots, mais riche de sou­venirs, il laisse à sa petite-fille moins que des pho­togra­phies en noir et blanc, des traces – à peine des esquiss­es – lacu­naires, sur lesquelles restent à met­tre couleurs, odeurs, saveurs. Des mots qui trahi­ront inévitable­ment la vérité : Con­tin­uer la lec­ture

Poutine & Co

Un coup de cœur du Car­net

Alain BERENBOOM, Clan­des­tine, Genèse, 2023, 248 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑382010–235

berenboom clandestineL’Histoire est tou­jours une sur­prise, elle ne se répète jamais à l’identique et a besoin de romanciers, d’écrivains, d’historiens pour piéger les paress­es des com­para­isons. Alain Beren­boom pra­tique, dans une joie com­mu­nica­tive, un art rare : celui de fouiller, de dépli­er et de scruter le Grand Réc­it par le prisme des per­son­nages qu’il a con­stru­its de roman en roman, à par­tir d’une qual­ité néces­saire à tout véri­ta­ble écrivain, l’ironie.

Dans son dernier roman en date, Clan­des­tine, l’écrivain s’attache à une péri­ode glaciaire de l’Histoire de l’Occident (et du Monde) : le temps som­bre, cré­d­ule et obscène à la fois qui suiv­it la chute du Mur de Berlin. Con­tin­uer la lec­ture

Marleen et Moussa

Thier­ry ROBBERECHT, Trou­ver sa place, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2022, 116 p., 16 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑87489–737‑5

robberecht trouver sa placeMous­sa vient d’arriver à Brux­elles au terme d’un périple fou depuis sa Guinée natale. Mû par l’espoir de gag­n­er l’Angleterre et d’y trou­ver un avenir meilleur, il erre dans la gri­saille de la ville, affamé jusqu’au ver­tige, sans endroit où loger autre que les abris de car­ton où il croise ses sem­blables.

Mar­leen a la soix­an­taine tris­tounette, elle est veuve et vit seule, les enfants ont quit­té la mai­son et ne don­nent plus de nou­velles. Elle sait qu’elle fini­ra sa vie sans réel souci matériel, mais elle souf­fre de soli­tude. Ses seuls con­tacts se résu­ment aux com­merces du coin et au bistrot où elle est bonne cliente, et au face-à-face avec son écran de télévi­sion. Sans réelle per­spec­tive réjouis­sante. Con­tin­uer la lec­ture

Ont encore recommencé

Pas­cal VREBOS, La chair déchirée d’une petite gri­otte noire, M.E.O., 2022, 64 p., 10 € / ePub : 6,49 €, ISBN : 2807003532

vrebos la chair dechiree de la petite griotte noireAvec La chair déchirée d’une petite gri­otte noire, Pas­cal Vre­bos pro­pose, aux édi­tions M.E.O., un court roman por­tant sur la thé­ma­tique du viol et du trau­ma­tisme qui en découle, de la dif­fi­cile et douloureuse recon­struc­tion de l’individu.

Tout au long du roman, une jeune femme du nom de Maria­ma con­te son his­toire au lecteur. Per­son­nage qui se veut uni­versel, elle a ses racines sur le con­ti­nent africain. Un jour, un pro­jet d’étude l’a menée quelque part en Europe où elle a posé ses valis­es. Là, elle a fait l’expérience de la haine raciale et de la cru­auté. Sa chair, nous appren­dra-t-elle, y a été déchirée. Con­tin­uer la lec­ture

Le livre du père

Mehtap TEKE, Petite, je dis­ais que je voulais me mari­er avec toi, Viviane Hamy, 2022, 256 p., 18,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑38140–024‑2

teke petite je disais que je voulais me marier avec toiLa ren­trée lit­téraire 2022 accorde une large place aux pre­miers romans : 90 sur les 345 romans fran­coph­o­nes annon­cés, selon le décompte de Livres Heb­do. Mehtap Teke est l’une de ces nou­velles plumes à décou­vrir. Paru aux édi­tions Viviane Hamy, Petite, je dis­ais que je voulais me mari­er avec toi con­te l’histoire d’un homme qui, dans l’espoir d’une vie meilleure, quitte sa Turquie natale pour l’Europe occi­den­tale.

Le roman est presque entière­ment écrit à la deux­ième per­son­ne du sin­guli­er : si la nar­ra­trice, une jeune femme, racon­te l’histoire de son père, elle la racon­te aus­si à son père. Et retrace le par­cours de vie d’un enfant pau­vre né en Turquie, retiré tôt de l’école où il excel­lait. Arraché à ses rêves intel­lectuels, il est con­traint de tra­vailler dans les champs de coton avec son père, puis de quit­ter son pays d’origine pour rejoin­dre l’Europe occi­den­tale, en quête d’une vie meilleure. Là-bas, il besogne sur des chantiers de con­struc­tion, devient père d’une famille nom­breuse. Avec une obses­sion : offrir à ses filles les pos­si­bil­ités et l’aisance sociale et finan­cière dont il a été privé. Con­tin­uer la lec­ture

Au-delà du fleuve

Alex LORETTE, La vie comme elle vient, Lans­man, 2022, 80 p., 12 €, ISBN : 9782807103467

lorette la vie comme elle vientAlors que sa vie sem­ble peu à peu tir­er sa révérence, Lucie regarde son passé. Elle se sou­vient de son arrivée en Bel­gique en 1958, âgée alors de dix-huit ans. Cette terre où elle s’est tout de suite sen­tie étrangère. Cette terre où il fait froid, où l’eau est verte, où le vent vient de la terre. Elle racon­te sa nais­sance, au fin fond du Con­go, au bord du fleuve, à qua­tre heures de marche de la pre­mière ville. Nais­sance à laque­lle sa mère n’a pas survécu. Elle se sou­vient de son enfance auprès de sa nour­rice noire, Mas­si­ga, au grand désar­roi de son grand-père qui con­sid­érait le peu­ple noir comme des sauvages. Le racisme et les idées colo­nial­istes étaient encore bien ancrées à cette époque. Mal­gré sa couleur blanche, Lucie se sent noire au-dedans. Con­tin­uer la lec­ture

Italie-Belgique : 1–1

Loren­zo CECCHI,Comme un tan­go, pré­face Patrick Delper­dan­ge, Tra­verse, 2021, 285 p., 20 €, ISBN : 978–2‑93078–339‑0  

cecchi comme un tangoLes auteurs belges fran­coph­o­nes issus des familles ital­i­ennes qui ont émi­gré en Bel­gique à la moitié du 20e siè­cle ont mar­qué notre pat­ri­moine lit­téraire d’une empreinte forte. Ils nous ont don­né des œuvres qui font désor­mais par­tie de notre bien com­mun et dont la valeur n’est plus à démon­tr­er. Loren­zo Cec­chi est au nom­bre de ceux-ci et le dix­ième ouvrage qu’il nous livre aujourd’hui, qui com­porte deux par­ties dis­tinctes,  y apporte une note spé­ci­fique. Con­tin­uer la lec­ture

On la nomme Bleue

Tarek ESSAKER, La Fille de la Riv­ière, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 102 p., 8 €, ISBN : 978–2‑87505–404‑3

Essaker la fille de la riviereLa Fille de la Riv­ière de Tarek Essak­er fig­ure désor­mais au cat­a­logue de la jeune col­lec­tion de poche de chez Mael­strÖm reEvo­lu­tion : la col­lec­tion Root­leg, qui promet à ses lecteurs « des racines-embryons de travaux en cours ou textes finis », autrement dit, « des rad­i­caux livres ». Présen­té comme étant un « texte frag­men­taire et frag­men­té », le long poème en prose qu’est La Fille de la Riv­ière dresse le por­trait évanes­cent d’une femme pau­vre et sauvage, sans terre ni âge.  

Cette femme, « on la nomme Bleue », mais aus­si « Fille de la Riv­ière ». Elle fini­ra d’ailleurs par vivre aux abor­ds de la « riv­ière », lieu abstrait et lieu de pas­sage, y mêlant sa vie et son être au point de fusion­ner avec la nature qui l’entoure : Con­tin­uer la lec­ture

Une enfance dans le Quartier

Francesco PITTAU, Longtemps et des pous­sières, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 316 p., 18 €, ISBN : 9782875054029

pittau longtemps et des poussieres...Francesco Pit­tau se révèle écrivain aus­si pro­lifique qu’homme dis­cret. Par­courez la Toile, et vous con­staterez que peu d’informations per­son­nelles sont cap­turées dans ses fils. Bien enten­du, vous trou­verez l’essentiel – ses livres, ses albums, ses recueils – ; par con­tre, à peine quelques ren­seigne­ments biographiques : une nais­sance en Sar­daigne dans le milieu des années 1950, des études de Beaux-Arts à Mons, une col­lab­o­ra­tion intime avec Bernadette Ger­vais, un lieu de rési­dence dans la région brux­el­loise. Cela pour­rait être ample­ment suff­isant… s’il n’y avait cette curiosité tit­il­lée lorsque l’on se plonge dans Longtemps et des pous­sières, roman qui sem­ble pos­séder un ancrage auto­bi­ographique. Peut-être parce que le pro­tag­o­niste est d’origine ital­i­enne (ce serait trop facile), que la nar­ra­tion se déroule dans une cité ouvrière à forte immi­gra­tion du Sud (tou­jours peu con­clu­ant), que l’âge du héros cor­re­spondrait à celui de l’auteur à la même époque (oui, mais encore ?). Peut-être parce qu’il y a telle­ment d’humanité dans cette évo­ca­tion de l’enfance que l’on se prend à croire qu’elle est tirée du matéri­au du vécu, du ressen­ti, du pul­satile. Mais l’on se four­voie prob­a­ble­ment ; et qu’importe au fond ? Con­tin­uer la lec­ture