Archives par étiquette : Murmure des soirs

L’implacable loi des générations

Jean-Marc DEFAYS, Deux fau­teuils au bal­con, Mur­mure des soirs, 2021, 127 p., 19 €, ISBN : 978–2‑930657–74‑5

defays deux fauteuils au balconLa famille a la cote en lit­téra­ture ces derniers temps. Elle y appa­raît sou­vent tox­ique, source de vio­lences et de dys­fonc­tion­nements. Voici un réc­it qu’on imag­ine auto­bi­ographique, tout en douceur et en empathie, sur la présence offerte par un fils à sa mère dev­enue veuve. Un roman qui se déroule comme une petite musique de cham­bre.

Octogé­naire, veuve, la mère du nar­ra­teur a quit­té la mai­son famil­iale pour s’installer dans un apparte­ment situé au sep­tième étage d’un immeu­ble en ville. En bor­dure d’un fleuve, elle y a une vue qui est comme une con­so­la­tion. À l’image du titre et des pho­togra­phies en cou­ver­ture qui sont en elles-mêmes tout un réc­it, le bal­con où mère et fils s’installent régulière­ment est devenu un phare sur l’existence, la leur et celle de ceux et celles qu’ils voient déam­buler à leurs pieds. Con­tin­uer la lec­ture

Bienveillance sous surveillance

Vin­cent LITT, Soleil rouge sur Badényabougou, Mur­mure des soirs, 2021, 247 p., 19 €, ISBN : 978–2‑930657–73‑8

litt soleil rouge sur badenyabougouLe réc­it de Vin­cent Litt com­mence sur une scène forte où l’on décou­vre Eduar­do et Manon, blessés et cachés dans un endroit où ils craig­nent pour leur vie. Nous retournons alors en arrière pour com­pren­dre les dif­férentes étapes qui les ont menés jusque-là.

Eduar­do est un médecin européen idéal­iste qui a pro­posé spon­tané­ment son aide en Afrique. Il a atter­ri dans un dis­pen­saire sahélien, où il déploie une belle énergie pour soign­er les autochtones, mal­gré le manque cri­ant de médica­ments et d’aide aux dému­nis. Tra­vail­lant de con­cert avec son ami Sanous­si, il crée une phar­ma­cie auto­gérée et met en place un sys­tème sécurisé d’évacuation pour les cas graves, dans une com­mu­nauté où rien n’est jamais vrai­ment clair. Con­tin­uer la lec­ture

Retour vers le futur

Michel HELLAS, Tak­la­makan, Mur­mure des soirs, 2021, 352 p., 22 €, ISBN : 978–2‑93065–771‑4

hellas taklamakanTak­la­makan ? Le titre inter­pelle, l’objet-livre creuse l’interrogation (épais, lignes ser­rées, cou­ver­ture exo­tique), les phras­es ini­tiales pré­cip­i­tent au côté d’un nar­ra­teur emmi­tou­flé dans un sac de couchage au sor­tir d’une tem­pête de sable :

Comme chaque matin, la magie de ce paysage m’émerveille : toutes ces dunes s’entremêlent et se chevauchent ; elles se sur­mon­tent et s’engloutissent l’une l’autre. Leurs lignes de crête, comme un gigan­tesque réseau d’aiguillages à l’approche d’une gare de grande ville (…).  Con­tin­uer la lec­ture

Le homard sans carapace

Nathanaëlle PIRARD, Sal­ly, Mur­mure des soirs, 2021, 249 p., 19 €, ISBN : 978–2‑930657–72‑1

Pirard SallySal­ly est une jeune fille de 15 ans qui vit à Brux­elles. N’ayant jamais con­nu son père, elle n’a pas la vie sim­ple avec sa mère dépres­sive et alcoolique, qui a l’insulte et les coups faciles dans ses moments de détresse. Sal­ly est bien seule dans son quo­ti­di­en, mais elle a l’intelligence d’être ouverte aux ren­con­tres qui vont lui servir de refuge. C’est ain­si qu’elle fait la con­nais­sance de deux autres soli­tudes : Eva, une voi­sine d’une sep­tan­taine d’années, et William, un étu­di­ant exilé de son Camer­oun natal. Avec ses deux nou­veaux amis, elle peut avoir quelques con­ver­sa­tions à pro­pos de leur pas­sion com­mune pour les livres. Con­tin­uer la lec­ture

Au pays de l’art noir…

Nicole THIRY, Mea cul­pa, Mur­mure des soirs, 2021, 326 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930657–66‑0

Le Pays noir et sang

thiry mea culpaCharleroi, dès les pre­mières pages, est ren­voyé aux clichés noirs et blancs, noirs surtout, dont il tente d’émerger. Un meurtre. Ou, plutôt, un triple meurtre. Une abom­i­na­tion. Une sculp­ture a été aban­don­née, un « assem­blage » artis­tique com­posé à par­tir des frag­ments de trois cadavres dépecés, étripés : Con­tin­uer la lec­ture

Palimpsestes de pignonnistes

Michel LAUWERS, Kennedy et le dinosaure, Roman, Mur­mure des Soirs, 2021, 259 p., 20 €, ISBN : 9782930657653

lauwers kennedy et le dinosaureCe roman de Michel Lauw­ers, Kennedy et le dinosaure, entraîne lecteurs et lec­tri­ces dans une dou­ble enquête : famil­iale et crim­inelle, intime et his­torique, à par­tir d’un reportage sur le pat­ri­moine brux­el­lois, ancêtre du street art : les pub­lic­ités peintes à la main sur les murs des bâti­ments de la ville au siè­cle précé­dent par des artistes mécon­nus, les pignon­nistes. Con­tin­uer la lec­ture

Jamais tout à fait mises au pas

Béa­trice RENARD, Cav­ales, Mur­mure des soirs, 2021, 317 p., 22€, ISBN : 978–2‑930657–64‑6

renard cavalesNous sommes dès l’entame du texte (nom­mée à des­sein Équar­ris­sages – dans une métaphore équine filée qui, dans le droit fil du titre poly­sémique,  tra­versera tous les chapitres)  le 3 novem­bre 1793, puis le 8 juin 1817 au plus près des corps et des esprits en souf­france. Aux moments-mêmes où se jouent trag­ique­ment les vies d’Olympe de Gouges (née Marie Gouze) et de Théroigne de Méri­court (née à Mar­court, près de Liège), fig­ures feux fol­lets de la Révo­lu­tion française. La pre­mière sera guil­lot­inée sur ordre d’Antoine Fouquier-Tinville (homme de loi et accusa­teur pub­lic du Tri­bunal révo­lu­tion­naire… qui, ironique­ment, fini­ra par con­naître le même sort), la sec­onde internée et traitée inhu­maine­ment jusqu’à sa mort – c’est donc à leurs dernières ruades con­tre l’ordre patri­ar­cal établi et un cer­tain obscu­ran­tisme de l’époque que nous con­vie l’autrice, une fois posés ces pre­miers tes­sons d’existence. Fascinée par la dame en bleu (Théroigne) et la femme aux affich­es qui lui fera cadeau d’un livre de fables doré (Olympe), une gamine en hail­lons sem­blable à une Cosette va les crois­er à plusieurs repris­es. Con­tin­uer la lec­ture

Treize fois un village

COLLECTIF, Spri­mont s’enlivre, Mur­mure des soirs, 2020, 246 p., 13 €, ISBN : 978–2‑930657–63‑9

collection sprimont s enlivreSous un titre joli­ment orig­i­nal, Spri­mont s’enlivre, un recueil de treize textes nous invite à décou­vrir, à la porte des Ardennes, Spri­mont et des vil­lages envi­ron­nants.

Chemins ver­doy­ants qui nous mènent par­fois à de trou­blantes, voire som­bres escales.

Épisodes tour à tour inso­lites, mou­ve­men­tés, cocass­es, émou­vants.

Les couleurs con­trastent, les écri­t­ures se font graves ou allè­gres, pointues ou légères, au fil des réc­its. Con­tin­uer la lec­ture

Du côté de saint Jordi

COLLECTIF, Du côté des librairies, Mur­mure des soirs, 2020, 188 p., 13 €, ISBN : 978–2‑930657–62‑2

du côté des librairies murmure des soirsDans Éloge de l’amitié, Tahar Ben Jel­loun écrivait : « Le libraire est l’ami du livre ; pas de tous les livres, mais de ceux qu’il con­sid­ère assez pour les trans­met­tre aux lecteurs. » La librairie se révèle en effet ce lieu sin­guli­er de pas­sage, de partage, de mise en lumière, mais égale­ment de sélec­tion, de choix, de défense. En par­courant étagères et présen­toirs, le lecteur con­cen­tré devine l’orientation idéologique, l’impératif de qual­ité et par­fois l’intérêt par­ti­c­uli­er du per­son­nel qui la peu­ple. Car, oui, une librairie est peu­plée de livres qui bat­tent, cha­cun à sa pul­sa­tion, cha­cun à son tem­po, et appel­lent leur lecteur prédes­tiné. C’est du moins la con­vic­tion d’une étrange libraire, aux envoûte­ments bohémiens et à la bou­tique évanes­cente, lorsqu’elle affirme : « Promenez-vous libre­ment dans mon mag­a­sin, vous y trou­verez peut-être ce que vous cherchez. Regardez tout autour de vous, prenez-les en mains, feuil­letez-les, jusqu’à ce que vous tombiez sur celui qui vous dira : “Prends-moi, je t’attendais.” Car – savez-vous cela ? – ce sont les livres qui nous choi­sis­sent. Ils nous atten­dent patiem­ment, sur une étagère, et puis quand nous pas­sons à leur portée, ils nous appel­lent, et là… c’est inutile de vouloir résis­ter. » Con­tin­uer la lec­ture

La voix/voie de la résilience

Jacque­line CALEMBERT, La nuit du man­u­scrit, Mur­mure des soirs, 2019, 110 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–54‑7

« Les hor­reurs, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, nous atteignent tous à des degrés dif­férents. Cha­cun se débrouille avec ce qu’il vit, ce qu’il ressent, ce qu’il endure, ce qu’il espère. » Voilà le pos­tu­lat posé par Jacque­line Calem­bert dans son avant-pro­pos, hom­mage à son père et à la capac­ité de résilience de celui-ci. Et c’est une illus­tra­tion en mots qu’elle nous pro­pose dans La nuit du man­u­scrit, his­toire d’une ren­con­tre à la fois for­tu­ite et prédes­tinée de deux âmes agitées. Con­tin­uer la lec­ture

Paradoxes et contradictions

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Marc DEFAYS, Dico-tomies, Mur­mure des soirs, 2020, 242 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930657–59‑2

Il est des livres dont on aimerait à l’in­stant tutoy­er l’au­teur… Il appa­raît si proche de ce que nous vivons comme lecteur. En tout cas, c’est que je vécus récem­ment lorsque je décou­vris Dico-tomies, le dernier essai de Jean-Marc Defays.

Pro­fesseur à l’u­ni­ver­sité de Liège, Jean-Marc Defays est l’au­teur de nom­breux ouvrages et arti­cles dans le domaine des sci­ences du lan­gage, de la didac­tique du français langue étrangère et de la com­mu­ni­ca­tion inter­cul­turelle. Il se tourne aus­si depuis quelques années vers une réflex­ion et une écri­t­ure plus per­son­nelles, comme dans l’essai Babel et Franken­stein. Sin­gu­lar­ité et plu­ral­ité des langues, des groupes et des indi­vidus (2016), et le roman Rue des Trois lim­ites (2019). Con­tin­uer la lec­ture

Aux frontières du réel

Thibaud PETIT, Jack, Mur­mure des Soirs, 2020, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930657–61‑5

« On peut sur­vivre de mille et un passés mais on meurt dès qu’on a per­du son seul avenir. » Ce con­stat cristallise les élans scrip­turaux du nar­ra­teur de Jack. Cet homme, frag­ilisé, dans la trentaine, emmé­nage dans un apparte­ment (aus­si étriqué que ses moyens et peu pim­pant que son allure) suite à une rup­ture sen­ti­men­tale non métabolisée. Bien sûr, il y a déjà eu le tri des sou­venirs, l’installation dans un quarti­er agréable, les encour­age­ments des proches, la for­mu­la­tion pos­i­tive de réso­lu­tions. Mais tout s’est enchaîné très vite, trop même. À présent, il y a surtout cet espace de céli­bat, ce min­i­mal­isme imposé, cette nou­velle page d’existence à écrire. Alors pourquoi ne pas se pren­dre au mot et l’écrire, ce roman jamais abouti, tel « un mec ayant besoin d’outils pour aller mieux » ? « Il m’offrait la pos­si­bil­ité d’adopter un autre regard sur mon his­toire et de faire de ce fardeau que je traî­nais de la matière à tra­vailler et à espér­er. En quelque sorte, il me pous­sait à regarder vers l’avant et à arrêter de croire que le passé m’emprisonnait, au risque d’en mourir. » Con­tin­uer la lec­ture

Une étoile solitaire à la recherche de la rédemption

Un coup de cœur du Car­net

Mar­tine ROUHART, Les fan­tômes de Théodore, Mur­mure des soirs, 2020, 116 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–60‑8

Comme tous les dimanch­es, Char­lie rend vis­ite à son père Théodore. Ces deux-là sont unis par une belle com­plic­ité où les mots sont super­flus : con­tem­plat­ifs, ils aiment se gorg­er des petites con­tin­gences de la vie. Con­tin­uer la lec­ture

Un thriller olympique !

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Marc RIGAUX, Kipjiru 42… 195, Mur­mure des Soirs, 2020, 413 p., 22 €, ISBN : 978–2‑93065–757‑8

Il suf­fit d’une page. D’un coup d’œil en sur­plomb sur l’ouvrage. Et on pressent la magie du grand large :

Je cours. Poumons brûlés.
J’ai dégringolé la pente rocailleuse, frôlé des squelettes de séneçons géants et les lobélies.
Je cours. Je cours dans la caldera. À 4000 mètres.
Expir­er est une douleur. Jusqu’au dernier souf­fle.
La men­ace se rap­proche. Elle me frôle main­tenant. Ils sont là. Tout près. J’entends le roule­ment de la cail­lasse. 

L’écriture et la nar­ra­tion de Jean-Marc Rigaux sont tra­vail­lées, ten­dues. La struc­ture inter­pelle. Une alter­nance de chapitres et d’intervalles. Un chapitre 12 à l’entame, un pro­logue aux allures d’épilogue. Véri­fi­ca­tion sur la table : il y aura un chapitre 13 ! Con­tin­uer la lec­ture

La ronde honnie

Stanis­las COTTON, Le joli monde, Mur­mure des soirs, 2020, 94 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–58‑5

Une plume s’offre à une autre pour écrire son œuvre posthume et racon­ter l’indicible, l’ineffable ; ce que per­son­ne ne peut accepter ni com­pren­dre. Et surtout pas l’humanité. Peu avant sa mort, Ariel Bildzek, ce géant de la lit­téra­ture mon­di­ale, m’a révélé ce qu’il n’avait jamais racon­té à per­son­ne.

La réal­ité nazie reste sans réponse pos­si­ble, incom­men­su­rable et sans réc­on­cil­i­a­tion entre l’être et l’humain. Et juste­ment… si être humain n’était pas un lumineux sup­plé­ment d’âme, mais bien une som­bre erreur de la nature ? Je suis entré, j’ai repoussé le pan­neau et je me suis retrou­vé nez à nez avec un type qui me souri­ait. J’ai remar­qué une tête de mort sur le col de son uni­forme.


Lire aus­si : Écrire sur les camps aujour­d’hui (C.I. 199)


Con­tin­uer la lec­ture

La comtesse et le général

Un coup de cœur du Car­net

Serge QUOIDBACH, L’affaire Rus­poli¸ Mur­mure des soirs, 2019, 247 pages, 18 €, ISBN : 978–2‑930657–56‑1

Un roman à pro­pos des épisodes de la col­lab­o­ra­tion, de la résis­tance et des drames qui s’invitèrent dans de nom­breuses familles belges est assez rare en Bel­gique… fran­coph­o­ne. La mémoire s’effiloche dans le temps présent, lisse et événe­men­tiel de l’époque. Les his­to­riens, avant nom­bre de domaines de l’esprit, ont et auront une fonc­tion essen­tielle pour rac­corder nos éphémérides grotesques et trag­iques à ce besoin essen­tiel que les hommes parta­gent, celui de s’inscrire aus­si dans un antérieur qui rap­pelle la per­ma­nence de la dis­con­ti­nu­ité dans la fab­rique de l’Histoire. Con­tin­uer la lec­ture