Archives par étiquette : Roman

En marche vers la prophétie

Alexan­dra STREEL, Anien­da. Et la nais­sance d’une légende, Rebelle, 2021, 261 p., 17,90 € / ePub : 4,99 €, ISBN : 9782365389617

streel anienda 3Nous plon­geons dans le tome 3 de cette tétralo­gie fan­tas­tique avec la suite des aven­tures d’Elwyn et Maï­na en plein com­bat con­tre les troupes de leur enne­mi Yrga­lon. Le décès inopiné du héros des deux pre­miers tomes, Elwyn, provoque dès le début de cet opus un séisme auprès de ses alliés et crée d’entrée de jeu une cer­taine ten­sion dra­ma­tique pour le lecteur. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de la fugue

Alfre­do DIAZ PEREZ, Un fugueur pré­coce, Let­tre volée, 2021, 62 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87317–583‑2
Alfre­do DIAZ PEREZ, Le sexe du par­adis, Let­tre volée, 2021, 90 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87317–584‑9

diaz perez le fugueur precoceLa let­tre volée pub­lie simul­tané­ment deux livres d’Alfre­do Diaz Perez, un court roman et un recueil de six nou­velles, réu­nis­sant sept réc­its attachants autant que déroutants.

Le nar­ra­teur du roman Un fugueur pré­coce parvient à recon­stituer des sou­venirs remon­tant à sa pre­mière « éva­sion » : la nais­sance et l’expulsion du corps de sa mère, une mère qu’il passera les pre­mières années de sa vie à fuir. Avant même de marcher, le petit Witold fuguait ! Mêlant fan­tasme et obses­sion de la fuite, le nar­ra­teur se sou­vient des fugues qu’il fit accroché à une « planche de salut » dont une des pre­mière ten­ta­tives le mena jusqu’à la gare des marchan­dis­es de Molen­beek-Saint-Jean. Il avait quelques mois… On devine à lire cet épisode que le réal­isme mag­ique n’est pas loin. Les per­son­nages, les lieux, les atmo­sphères et les sit­u­a­tions de ces deux livres ont une intense puis­sance d’évocation visuelle. On voit lit­térale­ment, même si la sit­u­a­tion est de l’ordre de la mémoire imag­i­naire et du men­tal, le bam­bin face à la porte fer­mée qu’il rêve de franchir coûte que coûte. « Dans ma tête, j’étais un évadé », com­mente le nar­ra­teur en se sou­venant des ces moments dont on décou­vre qu’ils ont été racon­tés au bébé par sa mère : « Elle fai­sait de moi le déposi­taire de ses secrets et de sa mémoire ». Con­tin­uer la lec­ture

Exquise maîtrise

Un coup de cœur du Car­net

Char­lotte BOURLARD, L’apparence du vivant, Inculte, 2022, 132 p., 13,90€ / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782360841431

bourlard l apparence du vivant« Je pieute au dernier étage, sous les toits. Eux dor­ment au rez-de-chaussée. Ils ont fait for­tune dans les pom­pes funèbres. On se partage un funérar­i­um désaf­fec­té. On vit en tête à tête avec mon­sieur Mar­tin qui nous sur­veille, couché dans leur grand lit. Son corps ne bouge plus, ça fait des années. On con­tin­ue à lui par­ler. Un peu comme s’il était mort, sauf qu’on peut le touch­er. »

« Je », c’est une femme, sans âge pré­cis (début de la trentaine), dont peu de traits physiques sont révélés (une cer­taine force physique, des cheveux tein­tés auburn, une cica­trice mangeant sa joue droite – sou­venir d’une brûlure). Il faut grat­ter le ter­reau fer­tile de l’indifférence et de la bru­tal­ité pour déter­rer les racines de son car­ac­tère. Tel le lis­eron, au fil des années, la nar­ra­trice s’est déployée par sa seule volon­té, avec la ténac­ité d’une mau­vaise herbe à l’apparente inof­fen­siv­ité. Si l’on creuse un peu, pour­tant, on pour­rait notam­ment s’interroger sur sa pas­sion : pho­togra­phi­er « des vieux nus aux yeux ouverts ». C’est d’ailleurs par l’entremise d’une annonce passée dans un jour­nal local qu’elle les a ren­con­trés, eux. Con­tin­uer la lec­ture

« Le Baron, vraiment, ne plaisantait pas avec les plaisanteries »

Un coup de cœur du Car­net

Bernard QUIRINY, Por­trait du baron d’Handrax, Rivages, 2022, 176 p., 17 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782743654993
Archibald d’HANDRAX, Car­nets secrets, Rivages poche, 2022, 176 p., 7 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782743655051

quiriny portrait du baron d handraxQuand on ouvre un livre de Quiriny, on entre, à la suite de ses per­son­nages, dans un monde à part. Par­fois, ce monde clos est joyeuse­ment cauchemardesque ; par­fois c’est un délice hors du temps.

Bernard Quiriny entame son Por­trait du baron d’Handrax dans le ton de son Mon­sieur Spleen. Il a à cœur de nous par­ler d’un cer­tain « Hen­ri Mouquin d’Handrax (1896 – 1960) : pein­tre mineur, oublié de nos jours », c’est-à-dire dis­cret, loin des feux de la rampe, tout à fait étranger à la vul­gar­ité de la mode. Ce pein­tre, Bernard, le nar­ra­teur, s’en « entiche par hasard », va dis­traite­ment vis­iter le petit vil­lage de l’Allier dont il est orig­i­naire, décou­vre un musée, apprend qu’on y cherche un sec­ond gar­di­en. « Ain­si com­mença ma nou­velle vie », nous con­fie-t-il avec détache­ment. Il ren­con­tre assez vite le per­son­nage haut en couleur du lieu : le Baron Archibald d’Handrax, petit-neveu du pein­tre, qui devien­dra son ami et le sujet du livre. Con­tin­uer la lec­ture

La raison des passions

Dominique VAN COTTHEM, Adèle, Genèse, 2022, 288 p., 22,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN: 9782382010112

van cotthem adeleÇa se passe à Mons, à Cuesmes, aux États-Unis, dans un arc entre deux mon­des.

Adèle est le deux­ième roman de Dominique Van Cot­them, qui vient de sor­tir chez Genèse édi­tion en ce début jan­vi­er. Avant de pub­li­er, l’autrice était fleuriste, renom­mée et créa­tive ; elle vit à Chênée, près de Liège. Son pre­mier roman, Le sang d’une autre,  avait été fêté par le prix des Lec­tri­ces et pub­lié ensuite en Pock­et. Con­tin­uer la lec­ture

« Qui aimera le diable ? Qui chantera sa chanson ? »

Luc DEVREESE, La mémoire du sable, Weyrich, 2021, 152 p., 14 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782874896750

devreese la memoire du sableLa vie de Julius est plutôt morose depuis qu’il a per­du son tra­vail… ou peut-être l’a‑t-elle tou­jours été ? Cet éter­nel céli­bataire est très soli­taire. Il voit par­fois sa vieille sœur Mar­cel­la qui vit dans une petite mai­son de l’ancien béguinage de Mont-Saint-Amand. À l’époque, il allait aus­si par­fois ren­dre vis­ite à Lieve, une pros­ti­tuée du quarti­er de la gare. Poussé par un élan inhab­ituel – comme s’il était temps qu’il aille à con­tre-sens de sa vie – il entre chez un anti­quaire et en ressort avec une stat­uette représen­tant le dieu Pan, le sexe dressé. Il ne sait expli­quer pourquoi il est attiré par cet objet. Il veut mon­tr­er la stat­uette à Mar­cel­la. La vieille femme qui perd la vue sourit joyeuse­ment en touchant le mem­bre de la stat­uette. Julius sent que quelque chose a changé dans sa vie depuis qu’il a acquis cette stat­uette, comme si sa mélan­col­ie voulait dis­paraître. Il veut revoir Lieve, mais il apprend qu’elle ne tra­vaille plus dans le café où il allait la retrou­ver. Con­tin­uer la lec­ture

La Route de Los Angeles

Daph­né TAMAGE, À la recherche d’Alfred Hayes, Mau­rice Nadeau, 2022, 208 p., 19 €, ISBN : 9782862313191

tamage a la recherche d alfred hayesApolline, Apo pour les intimes, n’a, depuis la fin de ses études de ciné­ma, qu’une seule obses­sion : devenir une autrice célèbre !

Mais, est-ce bien de cela, unique­ment de cela, qu’il est ques­tion dans À la recherche d’Alfred Hayes, le pre­mier roman de Daph­né Tam­age ?

C’est à une quête mul­ti­ple ou à de mul­ti­ples quêtes que nous assis­tons à la lec­ture de ces 196 pages. Con­tin­uer la lec­ture

Contre vents et marées

Do LEVY DEWIND, Amar­res, Sablon, 2021, 15 €, ISBN : 9782931112199

dewind amarresIl est marin pêcheur, c’est ce qu’il voulait faire depuis tout petit. La vio­lence des flots, les tem­pêtes, la lutte pour maîtris­er l’immaîtrisable, il en a besoin.

Elle, douce, légère et solaire, passe son temps à l’attendre et se demande sou­vent s’il revien­dra lorsqu’il l’abandonne au petit matin.

Lui, c’est Hel­mut, un prénom alle­mand qui ne plai­sait pas à son insti­tutrice. Enfant, déjà, il avait dû se bat­tre. Le com­bat vain qu’il menait alors ne se jouait pas con­tre la mer. À l’époque, c’était con­tre le père alcoolique qu’il fal­lait lut­ter. Du haut de ses huit ans, Hel­mut ne savait jamais ni où ni quand le coup allait tomber, ni même s’il en réchap­perait. Con­tin­uer la lec­ture

L’OceanSkyLine de la fiction

Un coup de cœur du Car­net

Lau­ra TINARD, J’ai per­du mon roman, Seuil, coll. « Fic­tion & Cie », 2022, 320 p., 19,5 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑02–149402‑0

tinard j ai perdu mon romanLe pre­mier roman de Lau­ra Tinard met en scène Pamela, une jeune artiste évolu­ant dans le milieu alter­na­ti­vo-hipe-arti brux­el­lois.

Au moment où l’histoire com­mence, Pam passe son temps à organ­is­er des fes­ti­vals de per­for­mances au Sana – le squat le plus inter­na­tionale­ment cool de BXL – et vient tout juste d’abandonner ses études en arts plas­tiques pour se plonger corps et âme dans l’écriture d’un roman. Con­tin­uer la lec­ture

Verbe, obstétrique et kintsugi

Sophie WEVERBERGH, Pré­cip­i­ta­tions, Ver­ti­cales, 2022, 272 p., 20 €, ISBN : 9782072950094

weverbergh precipitationsLa lit­téra­ture est un champ de bataille, un com­bat. Mené con­tre soi ou con­tre les autres. Dans Pré­cip­i­ta­tions, pre­mier roman de Sophie Wever­bergh, le réc­it s’apparente à un ring sur lequel danse une nar­ra­trice nom­mée Pétra. Ou plutôt, con­forme à l’étymologie de son prénom, Pétra est une pierre, un petit cail­lou qui coule. En treize chapitres ancrés dans une esthé­tique de la dis­tance et de l’humour, Pétra, 37 ans, enceinte, mère d’un jeune garçon, belle-mère de deux autres enfants, nous délivre des mono­logues coulés dans une intro­spec­tion météorologique. Une aus­cul­ta­tion des pré­cip­i­ta­tions men­tales qui la frap­pent alors qu’elle est gra­vide. Un frag­ment de Poésie ver­ti­cale de Rober­to Juar­roz se tient aux avant-postes de ce réc­it qui décrit les cer­cles con­cen­triques de ce qu’on peut appel­er dérives intérieures ou psy­chose péri­na­tale dans notre société con­tem­po­raine qui psy­chi­a­trise à tour de bras pour mieux con­trôler, enfer­mer, anni­hiler ceux et celles qui ne jouent pas le jeu de la grande machine sociale. Con­tin­uer la lec­ture

Le pire n’arrive pas toujours

Un coup de cœur du Car­net

Thomas GUNZIG, Le sang des bêtes, Au dia­ble vau­vert, 2022, 208 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 979–10-307‑0452‑5 

gunzig le sang des betesÀ chaque roman, Thomas Gun­zig décrit, de manière pré­cise et doc­u­men­tée, cer­taines pra­tiques socié­tales bien con­tem­po­raines, par exem­ple les tech­niques de vente (dans Manuel de survie à l’usage des inca­pables) ou dans le cas de son dernier roman, Le sang des bêtes, la pra­tique et le marché du body-build­ing. En même temps, il imag­ine des choses invraisem­blables dont on se dit cepen­dant que, vu les proces­sus qu’il évoque, elles risquent de ne pas tarder à devenir réelles. Dans Le sang des bêtes, il s’agit de la géné­tique et de ce que des appren­tis sor­ciers peu­vent en faire. Con­tin­uer la lec­ture

Sur le fil

Marie CLAES, Légère, Autrement, 2022, 192 p., 16,90 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑0802–6962‑1 

claes legereDans Légère, son pre­mier roman, Marie Claes nous emmène dans la com­mune de Blevin, lieu apparem­ment imag­i­naire et local­isé en Bel­gique, où elle tisse les entrelace­ments d’une crise famil­iale, de sa nais­sance à sa réso­lu­tion.

À l’origine, tout sem­ble par­tir du per­son­nage d’Annabelle, ado­les­cente de 16 ans qui, du jour au lende­main, se met mys­térieuse­ment en tête de répar­er le monde en puri­fi­ant son corps : Con­tin­uer la lec­ture

Regarde avec ton cœur, pas avec tes yeux

Patrick VANCOILLIE, Ibi­cen­ca, Kiwi, 2021, 370 p., 19 €, ISBN : 9782492534089

vancoillie ibicencaPatrick Van­coil­lie nous fait décou­vrir ici le par­cours de Joy Este­ban Lozano, une juriste new-yorkaise qui vient de con­clure son troisième divorce. Fatiguée par le rythme effréné de Big Apple, elle décide de pren­dre un con­gé sab­ba­tique afin d’aller à Ibiza, l’île où elle est née et a vécu les trois pre­miers mois de sa vie. Con­tin­uer la lec­ture

Corps/esprit toujours en ligne de partage de l’homme ?

Alex LORETTE, La ligne de partage des eaux, Lans­man, coll. « Poche », 2021, 40 p., 8 €, ISBN : 978–2‑8071–0331‑3

lorette la ligne de partage des eauxLe court texte d’Alex Lorette paru en octo­bre dans la col­lec­tion “Poche” des édi­tions Lans­man est de ceux qui doivent être dits à voix haute s’ils ne sont portés à la scène. Parce que La ligne de partage des eaux n’est rien de moins que 34 pages hale­tantes, celles du réc­it d’un homme occupé de courir. Seul, il court dans les bois, suit le tracé d’une riv­ière, d’un fleuve, d’une route, tombe, se blesse, se redresse, se remet à courir.

Qui est cet homme qui court ? Con­tin­uer la lec­ture

À toutes les Léonie

Aurélie GIUSTIZIA, Vent debout, Cent mille mil­liards, 2021, 162 p., 15 €, ISBN : 978–2‑85071–173‑2

giustizia vent deboutLa ren­trée lit­téraire de sep­tem­bre 2021 con­te­nait son lot de sur­pris­es, par­mi lesquelles le pre­mier roman d’Aurélie Gius­tizia. Un livre garan­ti par son édi­teur « zéro retour, zéro stock, zéro pilon, zéro indisponi­bil­ité » grâce au choix de l’impression à la demande. Une faible empreinte car­bone, pour un texte qui ne manque pour­tant ni de noirceur ni de flamme.

Vent debout est un livre en tout point dressé : con­tre la vie, con­tre la mort, con­tre la nor­mal­ité, con­tre les injus­tices, et surtout con­tre l’aveuglement. Quelques élé­ments sig­ni­fi­cat­ifs, sur lesquels s’ouvre le roman, don­nent corps à un per­son­nage mar­qué par une clair­voy­ance qui paraît tant métaphorique que phys­i­ologique. Con­tin­uer la lec­ture

L’implacable loi des générations

Jean-Marc DEFAYS, Deux fau­teuils au bal­con, Mur­mure des soirs, 2021, 127 p., 19 €, ISBN : 978–2‑930657–74‑5

defays deux fauteuils au balconLa famille a la cote en lit­téra­ture ces derniers temps. Elle y appa­raît sou­vent tox­ique, source de vio­lences et de dys­fonc­tion­nements. Voici un réc­it qu’on imag­ine auto­bi­ographique, tout en douceur et en empathie, sur la présence offerte par un fils à sa mère dev­enue veuve. Un roman qui se déroule comme une petite musique de cham­bre.

Octogé­naire, veuve, la mère du nar­ra­teur a quit­té la mai­son famil­iale pour s’installer dans un apparte­ment situé au sep­tième étage d’un immeu­ble en ville. En bor­dure d’un fleuve, elle y a une vue qui est comme une con­so­la­tion. À l’image du titre et des pho­togra­phies en cou­ver­ture qui sont en elles-mêmes tout un réc­it, le bal­con où mère et fils s’installent régulière­ment est devenu un phare sur l’existence, la leur et celle de ceux et celles qu’ils voient déam­buler à leurs pieds. Con­tin­uer la lec­ture