Archives par étiquette : Charline Lambert (autrice de la recension)

Plusieurs sœurs

COLLECTIF, Les sœurs Lovel­ing / De zussen Lovel­ing, Midis de la Poésie Édi­tions & Poëziecen­trum, 2021, 17 €, ISBN : 978–90-5655–359‑3

soeurs lovelingHuit poét­esses néer­lan­do­phones et fran­coph­o­nes – Cather­ine Bar­sics, Vic­toire de Changy, Hind Elja­did, Astrid Haerens, Ruth Lasters, Cathy Min Jung, Bwan­ga Pilip­ili et Maud Van­hauwaert – sig­nent cha­cune un ou des poèmes inspirés de l’œuvre des sœurs Ros­alie et Vir­ginie Lovel­ing dans l’ouvrage Les sœurs Lovel­ing / De zussen Lovel­ing paru aux édi­tions des Midis de la poésie & du Poëziecen­trum. À l’entame de cet ouvrage col­lec­tif, la philosophe et autrice Tin­neke Beeck­man pose quelques balis­es his­toriques et con­textuelles de la vie et de l’œuvre des sœurs Lovel­ing. Con­tin­uer la lec­ture →

Tempera sur papier à la crête du sens

Un coup de cœur du Car­net

Otto GANZ, Prière de l’exaltation, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « 414 », 2021, 16 €, ISBN : 978–2‑87505–390‑9

ganz priere de l'exaltationAffaire de maîtrise que
cette pureté dont l’existence
ne se retrou­ve qu’à l’état sauvage

la lumière brute frap­pant
droite ligne affleurée au
revers du tho­rax et des paumes
 

Encres, gouach­es, acrylique, café, liq­uides organiques émul­sion­nés : à l’instar de la tech­nique de la « tem­pera » util­isée avec ces matières pour le dessin d’Otto Ganz repro­duit en lim­i­naire au recueil Prière de l’exaltation, le verbe du poète détrempe les con­tor­sions du monde, en délaie les spasmes et les larmes. La langue d’Otto Ganz nav­igue à vue, du « voir » à la « voix », du « goût » à la « goulée plus âpre », en émon­dant l’amas des illu­sions. Con­tin­uer la lec­ture →

Dans les traces de Paul Klee

Stéphane LAMBERT, Paul Klee jusqu’au fond de l’avenir, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2021, 120 p., 18 €, ISBN : 978–2363082732

lambert paul klee jusqu au fond de l'avenirOn peint pour habiter l’acte de pein­dre, pour aller plus loin que la pein­ture. On peint pour trou­ver l’harmonie au milieu du champ de bataille. On cherche une logique au chaos. 

Après, entre autres, son ouvrage Être moi tou­jours plus fort. Les paysages intérieurs de Léon Spilli­aert (paru aux édi­tions Arléa), Stéphane Lam­bert pour­suit son tra­vail d’articulation du vis­i­ble au dici­ble, cette fois dans les traces de Paul Klee. L’écrivain et essay­iste voy­age en Suisse, à Berne, là où est né et enter­ré le pein­tre. Con­tin­uer la lec­ture →

Déambulations poétiques

L’AMI TERRIEN, Les réflex­ions fan­tômes, Arbre à paroles, 2021, 240 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87406–709‑9

l'ami terrien les réflexions fantômes« Est-ce un recueil ? Un essai ? Un man­i­feste ? Un manuel de poésie orale ? Une ten­ta­tive de don­ner la poésie à enten­dre ? Le partage d’une pas­sion ? Des pistes pour écrire ? Un splatch­work ! » La qua­trième de cou­ver­ture du recueil Les réflex­ions fan­tômes de l’Ami Ter­rien (aux édi­tions L’Arbre à paroles) ne trompait effec­tive­ment pas. Toute ten­ta­tive de cir­con­scrire cet ouvrage dans un « genre » bien défi­ni est vouée à l’échec. Con­tin­uer la lec­ture →

Déplacements et floraison

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine GUINARD, Autour de B., avec des pho­togra­phies de France Dubois, Unic­ité, 2021, 13 €, ISBN : 978–2‑37355–580‑6

guinard autour de b« […] et rien ne pour­rait rivalis­er mal­gré le poids du ciel et le chaos des routes, avec l’aptitude sin­gulière à creuser insen­si­ble­ment le sil­lon du renou­veau – la fraîcheur de l’eau du nord et l’entrebâillement des langues, des esprits et des corps tra­ver­sés même loin des côtes par l’eau salée. »

Après son dernier recueil poé­tique, le mer­veilleux Sténopé (édi­tions Unic­ité), Chris­tine Guinard nous revient avec un autre tout aus­si mer­veilleux (et très dif­férent) recueil, Autour de B., paru aux mêmes édi­tions. La qua­trième de cou­ver­ture développe le con­texte de l’écriture : « Autour de B. évoque le retrait inquié­tant mais splen­dide dans Brux­elles au print­emps 2020, entre déam­bu­la­tion intérieure et avène­ment d’une flo­rai­son lux­u­ri­ante. » Si le recueil est donc pleine­ment con­tex­tu­al­isé, il acquiert pour­tant, comme tou­jours chez Chris­tine Guinard, une dimen­sion intem­porelle. Con­tin­uer la lec­ture →

Vivre, résolument

Un coup de cœur du Car­net

Aurélie William LEVAUX, Jus­tice (pas le groupe), Cam­bourakis, 2021, 176 p., 18 €, ISBN : 978–2‑36624–576‑9

levaux justice pas le groupeCe qui était par con­tre claire­ment sous con­trôle, c’était nous, et il allait fal­loir un cer­tain temps pour que nous sor­tions de la tor­peur et retrou­vions une cer­taine énergie et foi en l’existence. 

On ne s’ennuie claire­ment pas en lisant Aurélie William Lev­aux. Dans la con­ti­nu­ité de son dernier livre Bataille (pas l’auteur) paru en 2019 aux édi­tions Cam­bourakis, Aurélie William Lev­aux rem­pile avec Jus­tice (pas le groupe) aux mêmes édi­tions. Nous y retrou­vons le style très recon­naiss­able de l’autrice, par ailleurs dessi­na­trice et plas­ti­ci­enne : sou­vent de longues phras­es entre­coupées de dis­cours indi­rect libre, un pes­simisme et une cer­taine sauvagerie, des chutes cash et ouvertes. Con­tin­uer la lec­ture →

L’aura de Jacques De Decker

COLLECTIF, Je vais promen­er ma truffe, sous la direc­tion de Clau­dia RITTER, Marot, 2021, 39,95 €, ISBN : 978–2‑9301–1783‑6

ritter jacques de decker je vais promener ma truffeÀ l’occasion du pre­mier anniver­saire du décès de Jacques De Deck­er, de nom­breux écrivains, artistes, col­lègues ou proches livrent un puis­sant hom­mage à « l’incurable rêveur de lumière » qu’il était. Com­posé à l’initiative de sa com­pagne Clau­dia Rit­ter, le livre Je vais promen­er ma truffe se présente comme un « hymne mul­ti­forme » où cha­cune des (180 !) con­tri­bu­tions met en lumière une facette de la per­son­nal­ité de Jacques De Deck­er. Con­tin­uer la lec­ture →

Véronique Bergen : Hélène on the rocks

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Icône H. Hélène de Troie, ONLiT, 2021, 19 €, ISBN : 978–2‑87560–135‑3

bergen icone h« Moi, Hélène, moi qui ne suis pas moi, je suis grat­i­fiée d’une illu­mi­na­tion. Je me tiens dans la lignée des sen­tinelles de l’infini, des veilleurs du néant. »

Por­trait d’Hélène ver­sion « destroy », Icône H. de Véronique Bergen se présente comme un réc­it poly­phonique qui remonte aux orig­ines du mythe d’Hélène de Troie en le téle­sco­pant au 21e siè­cle. Fille de Zeus et de Léda, Hélène a écopé d’une insouten­able beauté et d’une incon­cev­able lib­erté qui lui vaut humil­i­a­tions, vio­lences, insultes et crachats. Elle y serait pour quelque chose, à la guerre de Troie. Qu’incarne-t-elle, véri­ta­ble­ment ? Tour à tour, Hélène elle-même, Léda, Clytemnestre, les pré­ten­dants, Hermione, Pâris, Ménélas et Elec­tre se pressent à la barre du réc­it pour son­der et jeter en pâture Hélène dev­enue icône (sou­vent en l’apostrophant), elle qui « plaide l’irresponsabilité totale » : « je suis l’insondable, l’irrésistible par excel­lence ». Con­tin­uer la lec­ture →

Corps augmenté

Isabelle WÉRY, Poney flot­tant, Post­face de Char­line Lam­bert, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 250 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–539‑1
Un dossier péd­a­gogique est télécharge­able gra­tu­ite­ment

wery poney flottant espace nordCoincée dans un lit d’hôpital par un coma sévère juste ryth­mé par le bip bip des machines, Sweet­ie Horn, sep­tante ans et autrice de polar célèbre, voit ses neu­rones flot­tants la ramen­er à son enfance.

Née d’un cou­ple “act­if avant le mariage”, petite-fille d’un fer­mi­er Angliche fort comme un viking dont elle est bleue (un sen­ti­ment mutuel), elle était cette gamine à la langue agile et débou­ton­née qui se com­por­tait comme une princesse féroce en son roy­aume rur­al. Elle était d’ailleurs per­suadée que viendrait vite le jour de ses 12 ans, où on la grat­i­fierait d’un cheval, destri­er qui siérait à son rang de con­quérante-née. Mais un drame ter­ri­ble ébran­le soudain son monde : son grand-père chéri décède pré­maturé­ment. La voilà désor­mais non seule­ment inca­pable de grandir, mais surnom­mée Poney par la Grand-Mère revan­charde pour qui elle n’a jamais elle-même éprou­vé la moin­dre com­pas­sion. Entre une ado­les­cence aux hor­mones en pagaille et des moments de dés­espoir, heureuse­ment qu’il y le cousin Francky et les rêves de la Spagna, où se réin­ven­ter sem­ble pos­si­ble. Con­tin­uer la lec­ture →

Archives d’ombre et de lumière

Maxime COTON, Au dos des nuits, Tétras Lyre, 2021, 112 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930685–58‑8

coton au dos des nuits« Quand bien même mes pha­langes auraient par­cou­ru mille corps, aurais-je plus baroudé que dans le méan­dre de nos nuits sol­idaires, obstinées, qui créent le temps à la mesure de leur minus­cule infi­ni ? »

Au dos des nuits de Maxime Coton se présente comme un recueil de poèmes et de notes épars­es ryth­més par les dif­férents mois de l’année, de décem­bre à novem­bre. Le livre (dont la pre­mière mou­ture a obtenu le Prix Robert Gof­fin 2018) réu­nit des textes qui se déploient sur une large péri­ode d’écriture, entre le 14 octo­bre 2010 et le 27 novem­bre 2019 dans dif­férents lieux du monde. Les textes ne sont pour­tant pas datés : ce faisant, ils acquièrent dans le recueil une col­oration intem­porelle. Con­tin­uer la lec­ture →

Jean d’Amérique : pulvériser par la lumière

Un coup de cœur du Car­net

Jean D’AMÉRIQUE, Soleil à coudre, Actes Sud, 2021, 134 p., 15 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑330–14889‑8

jean d'amerique soleil a coudre« Des lueurs cor­ro­sives empris­on­nent les bor­ds de ma vie, me ron­gent jusque dans les pro­fondeurs. Peau livrée au chant des épines, je suis comme enfouie dans un immense labyrinthe et ne sais d’où vien­dra enfin une brèche pour m’esquisser un hori­zon. »

Motus et bouche cousue, Tête Fêlée est amoureuse de sa cama­rade de classe, Silence. Si pour Tête Fêlée et pour Silence cet amour est aus­si secret qu’évident, le monde autour l’est beau­coup moins – et c’est avec lui qu’il s’agit de ten­ter d’en découdre. Le monde autour est peu­plé de vio­lence – Beretta dégainés dès la nais­sance, litres de rhum ou de bières enfilés à la chaîne pour sup­port­er les coups du des­tin et les frappes de l’autre, liq­ui­da­tions per­ma­nentes des êtres et exploita­tion de la mis­ère de toutes les pos­si­bles manières –, vio­lence général­isée que fig­ure, dans Soleil à coudre, le lieu d’un bidonville haï­tien bap­tisé « Cité de Dieu ». Con­tin­uer la lec­ture →

Quelque chose « à vivre malgré tout »

Yves NAMUR, Dis-moi quelque chose, Arfuyen, 2021, 14 €, ISBN : 978–2‑845–90310‑4

 Dis-moi quelque chose
Que je puisse inter­roger le nuage

L’ouvrir
Le défaire de fond en comble
Le creuser

L’aimer tout sim­ple­ment 

namur dis moi quelque choseDis-moi quelque chose épouse le cal­en­dri­er des saisons, leurs cycles, leurs élé­ments et leurs couleurs. Au sein de cha­cune d’elles, « quelque chose » est don­né à enten­dre, à espér­er. Le poème vient, dans ce recueil d’Yves Namur pub­lié aux édi­tions Arfuyen, dépos­er une voix, vibrant au dia­pa­son du ténu, de l’incertain, de l’inespéré. Ain­si, dans le « dis-moi », dans cette adresse – à l’autre, au lecteur, à soi-même – qui ouvre cha­cun des sizains, s’entend l’espoir d’une parole, d’une for­mu­la­tion. Ce dernier con­stitue autant le noy­au que le fil rouge de ce recueil. Con­tin­uer la lec­ture →

Captures cristallines

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Marie-Jo Lafontaine. Tout ange est ter­ri­ble, Let­tre volée, 2020, 26 €, ISBN : 978–2‑87317–565‑8

bergen mari-jo lafontaine« À l’heure où, sat­uré d’images aveu­gles, le monde se vom­it sur lui-même », à l’ère des pul­lu­lants et pusil­lanimes dis­cours sur la « mort de l’art », rarement assiste-t-on au déploiement d’une œuvre con­sis­tante qui s’écarte de la mode actuelle – mode très recon­naiss­able en ce qu’elle est notam­ment con­sti­tuée de « nano-cyber­fic­tions », sou­vent accom­pa­g­nées de para­textes hyper­théoriques qui ne sont que le pen­dant hir­sute des hash­tag auto­suff­isants et creux. À l’instar de l’artiste Marie-Jo Lafontaine, loin des « thès­es qui font de l’art une tri­bune », Véronique Bergen con­sacre un puis­sant essai, sagace et pas­sion­nant, aux travaux de l’artiste. L’écrivaine fait émerg­er le souf­fle éminem­ment vital qui irrigue les créa­tions de Marie-Jo Lafontaine ; celui-ci puise et s’inscrit dans le mou­ve­ment même de la matière plutôt que dans le ter­ri­toire de l’abstraction et du sim­u­lacre. Con­tin­uer la lec­ture →

La SACD et la Scam décernent leurs prix

lambert charline

Char­line Lam­bert, lau­réate du prix Lit­téra­ture

Les sociétés d’au­teurs et autri­ces SACD et Scam ont remis leurs prix 2020 ce 18 mars. Ils couron­nent des créa­tri­ces et créa­teurs dans dif­férents domaines artis­tiques, dont la lit­téra­ture. Con­texte san­i­taire oblige, la céré­monie s’est tenue en comité restreint et a été retrans­mise en ligne. Con­tin­uer la lec­ture →

Laurence Boudart écrit sur Martine

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence BOUDART, Mar­tine. Une aven­turière du quo­ti­di­en, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2021, 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978–2‑87449–858‑9

boudart martine une aventuriere du quotidienSacré défi que d’écrire à pro­pos de Mar­tine, cette « éter­nelle petite fille sage, âgée pour tou­jours d’une dizaine d’années », entrée dans l’imaginaire col­lec­tif dès 1954 au tra­vers du dessin de Mar­cel Mar­li­er et de l’auteur Gilbert Dela­haye, tant elle évolue dans un monde sans aspérité aucune ni n’est dotée d’un quel­conque (super-)pouvoir. Lau­rence Boudart relève ce défi avec brio, dans son essai Mar­tine. Une aven­turière du quo­ti­di­en, pub­lié dans la col­lec­tion « La fab­rique des héros » des Impres­sions nou­velles. Mar­tine fréquente désor­mais les mythiques Bat­man, Bar­barel­la, Sher­lock Holmes ou Jack Spar­row. Con­tin­uer la lec­ture →

Charbon actif

Gioia KAYAGA, Ensauvage­ment. Le petit livre de la colère, Mael­ström, coll. « Root­leg », 2020, 10 €, ISBN : 978–2‑87505–373‑2

kayaga ensauvagement« Je suis la somme des tour­ments de mes ancêtres.

Je suis née han­tée. Je suis faite de ces nœuds noués ser­rés dans l’ADN, de toute cette colère qui a cru bon de se taire et qui se bous­cule dans mon cœur, dans ma tête jusqu’à y pren­dre toute la place. »

L’ouvrage de Gioia Kaya­ga, comme son titre l’indique, est placé sous le signe de la colère. Pub­lié aux édi­tions mael­ström dans la col­lec­tion « Root­leg » qui se pro­pose de pub­li­er « des rad­i­caux livres », Ensauvage­ment se divise en plusieurs sec­tions, dont les inti­t­ulés ren­dent vis­i­ble un cer­tain fil rouge : « Soufrière », « Mag­ma », « Érup­tion », « Cen­dres » et « Lahar et Pouz­zolane ». Ce petit livre de la colère délivre une colère incom­men­su­rable, avec force charges et som­ma­tions à l’encontre de quiconque serait trop paresseux, trop tiède ou trop mou au goût de Gioia Kaya­ga. L’autrice retrace dans ce livre son par­cours émo­tion­nel et per­son­nel, en remon­tant à l’ADN de ses ascen­dants et, investie de cette « mis­sion », elle se fait l’héritière et l’héroïne des voix tues. Con­tin­uer la lec­ture →