François TEFNIN, Est-ce que tu as la clé ?, Murmure des soirs, 2018, 138 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930657–45‑5
La perte d’un parent — père ou mère — est bien entendu courante et « logique » : les plus vieux s’en vont les premiers. On salue une dernière fois cet être qui nous a élevés, aimés, choyés. Parfois, le temps des adieux s’allonge et peut durer quelques années. La vieillesse guette chacun d’entre nous. Certains s’éloignent en un éclair, sans prévenir. D’autres font durer le plaisir. Toutefois, leur état ne rime pas toujours avec éclat et s’accompagne souvent d’une perte progressive des repères, de la mémoire et/ou des facultés motrices. La maison de retraite devient une issue inévitable. Et les enfants, sur qui la mère a veillé toute sa vie, se retrouvent dans la posture obligatoire de devoir veiller à leur tour sur leur propre génitrice. Les rôles s’inversent. François Tefnin dédie Est-ce que tu as la clé ? « à toutes les mères qui, au crépuscule de leur vie, se morfondent derrière les murs de maisons de retraite, dissimulées aux regards. Parfois même à leur propre vue. » Continuer la lecture
Léo a des difficultés à se faire accepter. Quand il parle, il arrive souvent que sa langue fourche, qu’il se mette à bégayer et que son discours en devienne incompréhensible, ce qui provoque évidemment les rires et les moqueries de ses compagnons de classe. Ils le surnomment « Monkey ». Léo essaie de passer outre, mais au fond de lui, il est toujours un peu plus blessé. Parfois, le poids des moqueries étant trop lourd, Léo pique des crises. Il passe le plus clair de son temps seul, à éviter ses camarades et zone dans les couloirs de l’école, ce qui ne plaît pas à l’éducateur. Un des élèves, Rémi, est particulièrement méchant avec lui et veut lui nuire.
Un beau samedi d’avril, un triple meurtre tombe sur les bras du commissaire Pierre Van Calster et de son équipe. Une ancienne cantatrice, Alice Dantinne, est retrouvée morte au bas de son immeuble. Les soupçons d’un suicide sont rapidement écartés vu les marques de strangulation présentes sur son cou. Deux autres corps d’hommes, sauvagement assassinés et mutilés, sont découverts quelques heures plus tard dans une église désaffectée et à l’orée de la forêt de Soignes.
« On peut faire un homme n’importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable ; un passeport, jamais. Aussi reconnaît-on la valeur d’un bon passeport, tandis que la valeur d’un homme, si grande qu’elle soit, n’est pas forcément reconnue. » Ces mots de Bertolt Brecht (Dialogues d’exilés, 1941) ouvrent le récit de Marie Doutrepont, Moria. Chroniques des limbes de l’Europe. Ils résonnent encore cruellement aujourd’hui. La valeur de l’être humain, sa liberté de déplacement ne se décident que par le lieu qui le voit naître.
Deux êtres s’aiment, s’enlacent, veulent fonder une famille. Un jour, on plante une graine dans le cocon familial. Quelques mois plus tard, naît le fruit de leur amour. D’autres pousses veulent également voir le jour, se bousculent dans le ventre de la terre, essaient de sortir leurs petites racines. Mais les Élagueurs ne voient pas leur venue d’un très bon œil. Trop de « mauvaises herbes » détruiraient tout. Il n’y aura pas assez d’eau pour toutes les nourrir. Une seule pousse par foyer, c’est tout ! Mais deux êtres s’aiment toujours et continuent de s’enlacer. Une nouvelle graine est plantée…
Franck, JC et Leslie vivent dans un trou perdu. Aucun voisin, aucune maison aux alentours. Que la nature à perte de vue, ses forêts, les bruits qui craquent, des hululements, le vent qui souffle. Rien qu’eux trois et leur profonde solitude, brisée parfois par des échappées au travail ou sur les routes. Qui sont-ils les uns pour les autres ? Deux frères et une sœur ? Un ménage à trois ? Des amis ? De simples colocataires ?
Âmes sensibles s’abstenir ! Si vous appréciez les histoires bien propres sur elles et le vocabulaire châtié, vous n’aimerez pas 41 centimètres. Si par contre le sexe, la folie, la drogue et la vue du sang ne vous font pas peur, ce texte est fait pour vous.
Sirius Malgrétout commence un nouveau job dans un magasin d’électroménagers. Il passe ses journées à parcourir les longues allées d’un hangar, à charger des frigos ou des lave-vaisselles, à pousser un chariot et à transporter le tout jusqu’à l’accueil. Un emploi fatigant et extrêmement répétitif : ticket allée numéro untel, emplacement untel — chargement — déplacement — livraison. Et on recommence. De plus, Sirius n’a pas vraiment le physique du déménageur. Un curieux personnage, Tommy Tantpis, le suit partout. Qui est-il ? Un fantôme qui le hante, comme le dit la légende ? Un mauvais cauchemar ? Un ami qui lui veut du mal ? Son propre double ? Le mystère reste entier.
N’avez-vous jamais été totalement subjugué.e, emporté.e par un paysage ? Un lieu qui, d’un seul coup, semble vous envelopper entièrement et vous retenir au creux de son ventre. Un endroit qui vous reste dans la tête, qui continue inlassablement à vous appeler, de jour comme de nuit, qui, comme un amant terriblement envoûtant, vous attire à lui, vous caresse et vous absorbe. Bref, n’êtes-vous jamais tombé.e amoureux.se d’une vue, d’un paysage ou d’un monument, au point que tout le reste devienne futile, encombrant, décevant ? C’est ce qui arrive à la narratrice un peu perchée de Chambre avec vue.
Un réalisateur, couvert d’un éternel chapeau, cherche sur les toiles d’une galerie d’art un ciel introuvable, une couleur et une atmosphère célestes qui devraient guider son prochain film. Il travaille sur l’adaptation d’une œuvre qui l’a profondément marqué : La jeune fille brune d’Alexandre Tišma. Sa femme Marion, décédée depuis cinq ans, lui avait fait découvrir ce roman. Comment adapter un récit durant lequel un homme cherche désespérément à revoir une femme avec qui il a passé une seule et unique nuit ? Comment transposer cette quête, ce fantasme qui s’efface petit à petit de sa mémoire, cette passion dévorante qui s’étale sur plusieurs décennies, cette course contre le temps et la peur du vieillissement ? Le réalisateur fait face à certaines difficultés, notamment le caractère hautement littéraire de l’ouvrage. Il n’a pas dit son dernier mot, mais peut-être est-ce son film de trop ? Des mauvaises langues le disent fini. Il accuse les refus des producteurs. La profession est intraitable avec ceux qui échouent.
Les fêtes traditionnelles ont ce quelque chose de particulier qui échappe à tout non-« natif » de la commune en fête. Se plonger au cœur de l’une d’entre elles, à savoir le fameux Doudou de Mons – reconnu, depuis 2005, au Patrimoine oral et immatériel de l’Humanité par l’UNESCO – fut pour nous savoureux. Apprendre ses rouages, ses enjeux locaux et politiques, son histoire – son origine remonte au XIVe siècle – et surtout la fierté que ce folklore provoque chez ses protagonistes. Le Doudou commence officiellement un jeudi (en mai ou juin, selon l’année) et se termine le Dimanche de la Trinité avec comme point d’orgue le Combat sur la Grand-Place, appelé le « Lumeçon », qui oppose Saint Georges au Dragon. Le destin de la Cité n’est pérennisé qu’avec la victoire de Saint Georges. L’enjeu est donc de taille.
Six jours par mois, le vent souffle sur Somlyo, petit village enclavé sur une île, entre mer et montagne. Six jours par mois, les bourrasques frappent, les éléments se déchaînent, les vagues rompent tout sur leur passage, le volcan Popracapato crache. Six jours par mois, les débris volent, le sang coule, la mort s’active. Six jours par mois, Erzebeth Rozgovnyi, qui vit encore chez sa mère, délire et se laisse emporter par ses vieux démons : son père mort trop tôt, son amant Hyvàn évaporé dans la nature, son enfance avortée. Au village, on s’accroche, on attend patiemment que la tempête passe. Mais toujours il y a quelques imprudents qui sortent et se font happer par une branche, une vague, un rocher…
La montagne a toujours fasciné le commun des mortels. Qui ne s’est jamais extasié depuis un avion survolant quelque massif ? Qui n’a jamais levé les yeux vers ces grandes dames en louant quelque caractère sacré ? Il est toutefois des hommes et des femmes pour qui la fascination est si intense qu’elle en devient passionnelle, addictive, mystique.
Brigitte, Caroline, Danièle, Étienne, Marko, Sonia sont ce qu’on appelle communément des « petites gens ». La plupart d’entre eux sont ouvriers et travaillent dans une usine sidérurgique. Polir des pièces toute la journée, s’occuper des enfants le soir en rentrant du boulot – du moins pour les femmes – fatigue, douleur, salaire de misère et fin de mois difficile, leur quotidien est loin d’être rose, leur avenir reste terne. Pourtant, voici venu le temps des rêves. Caroline et Étienne se sont saignés toute leur vie. Avec l’aide de leurs proches, ils envisagent d’accomplir un grand voyage, celui qu’ils attendent depuis tant d’années : visiter la Chine. Sonia, quant à elle, a une voix de cristal. Danièle, la tenancière du bistrot où ils se retrouvent tous les midis, l’a inscrite à un télé-crochet « Sing my Life ». Elle accepte d’y participer, même si son mari, Marko, ne voit pas cette compétition d’un bon œil. À quarante ans, Sonia va-t-elle connaître la gloire ? La promesse d’un futur meilleur devient tout d’un coup envisageable.
Sandrine se réveille un matin dans sa maison d’enfance où trônent les objets et les meubles d’un autre. Que s’est-il passé cette nuit-là ? Après avoir appris brutalement son licenciement et avoir noyé son chagrin et son incompréhension dans des litres d’alcool, Sandrine a atterri devant son ancienne porte, en pleurant, frappant et appelant son défunt père. Le nouvel occupant, Jean-Marc, l’a recueillie chez lui et touché par sa détresse, lui a prodigué des soins. Le lendemain, il la laisse repartir, non sans regret. Une fascination le prend tout d’un coup pour Sandrine qui ressemble à s’y tromper à Bird, l’héroïne de son roman préféré, Le baiser cannibale. Il sent qu’il a besoin d’elle pour écrire à son tour le roman dont il a toujours rêvé, mais il la laisse s’échapper.
Bérénice s’est fait avoir comme un bleu. Alors qu’elle pensait couler des jours paisibles avec son Brice de mari, ses enfants et sa jolie maison bien propre, ne voilà-t-il pas que son cher et tendre se fait la malle avec l’une de ses étudiantes, une midinette de vingt-deux ans, aux jambes interminables et à la poitrine généreuse. Brice 1 — Bérénice 0. Les pleurs et le KO passés, il lui faut s’activer et lui montrer qu’il a eu tort de la quitter. Elle n’a pas passé plusieurs années de sa vie à nettoyer ses chemises, lui préparer à bouffer, organiser les vacances, torcher le cul des gosses, payer les factures, coucher les mioches, lessiver, gratter, suer encore et encore, pour se faire jeter comme une malpropre.