Archives par étiquette : Émilie Gäbele

Lettre à ma mère

François TEFNIN, Est-ce que tu as la clé ?, Mur­mure des soirs, 2018, 138 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930657–45‑5

La perte d’un par­ent — père ou mère — est bien enten­du courante et « logique » : les plus vieux s’en vont les pre­miers. On salue une dernière fois cet être qui nous a élevés, aimés, choyés. Par­fois, le temps des adieux s’allonge et peut dur­er quelques années. La vieil­lesse guette cha­cun d’entre nous. Cer­tains s’éloignent en un éclair, sans prévenir. D’autres font dur­er le plaisir. Toute­fois, leur état ne rime pas tou­jours avec éclat et s’accompagne sou­vent d’une perte pro­gres­sive des repères, de la mémoire et/ou des fac­ultés motri­ces. La mai­son de retraite devient une issue inévitable. Et les enfants, sur qui la mère a veil­lé toute sa vie, se retrou­vent dans la pos­ture oblig­a­toire de devoir veiller à leur tour sur leur pro­pre géni­trice. Les rôles s’inversent. François Tefnin dédie Est-ce que tu as la clé ? « à toutes les mères qui, au crépus­cule de leur vie, se mor­fondent der­rière les murs de maisons de retraite, dis­simulées aux regards. Par­fois même à leur pro­pre vue. » Con­tin­uer la lec­ture →

Être différent

Loris LIBERALE, Y a pas de lézard, Lans­man, 2018, 38 p., 9 €, ISBN : 978–2807102071

Léo a des dif­fi­cultés à se faire accepter. Quand il par­le, il arrive sou­vent que sa langue fourche, qu’il se mette à bégay­er et que son dis­cours en devi­enne incom­préhen­si­ble, ce qui provoque évidem­ment les rires et les moqueries de ses com­pagnons de classe. Ils le surnom­ment « Mon­key ». Léo essaie de pass­er out­re, mais au fond de lui, il est tou­jours un peu plus blessé. Par­fois, le poids des moqueries étant trop lourd, Léo pique des crises. Il passe le plus clair de son temps seul, à éviter ses cama­rades et zone dans les couloirs de l’école, ce qui ne plaît pas à l’éducateur. Un des élèves, Rémi, est par­ti­c­ulière­ment méchant avec lui et veut lui nuire. Con­tin­uer la lec­ture →

Prends garde, Saint Jean-Baptiste!

Philippe COLMANT, Salomé pour tou­jours, Demdel, 2018, 230 p., 12,50€, ISBN : 978–2‑87549–241‑8

Un beau same­di d’avril, un triple meurtre tombe sur les bras du com­mis­saire Pierre Van Cal­ster et de son équipe. Une anci­enne can­ta­trice, Alice Dan­tinne, est retrou­vée morte au bas de son immeu­ble. Les soupçons d’un sui­cide sont rapi­de­ment écartés vu les mar­ques de stran­gu­la­tion présentes sur son cou. Deux autres corps d’hommes, sauvage­ment assas­s­inés et mutilés, sont décou­verts quelques heures plus tard dans une église désaf­fec­tée et à l’orée de la forêt de Soignes. Con­tin­uer la lec­ture →

Bienvenue en Europe !

Marie DOUTREPONT, Moria. Chroniques des limbes de l’Europe, 180° édi­tions, 2018, 160 p., 15 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑930427–93‑5

« On peut faire un homme n’importe où, le plus étour­di­ment du monde et sans motif raisonnable ; un passe­port, jamais. Aus­si recon­naît-on la valeur d’un bon passe­port, tan­dis que la valeur d’un homme, si grande qu’elle soit, n’est pas for­cé­ment recon­nue. » Ces mots de Bertolt Brecht (Dia­logues d’exilés, 1941) ouvrent le réc­it de Marie Doutre­pont, Moria. Chroniques des limbes de l’Europe. Ils réson­nent encore cru­elle­ment aujourd’hui. La valeur de l’être humain, sa lib­erté de déplace­ment ne se déci­dent que par le lieu qui le voit naître. Con­tin­uer la lec­ture →

Une unique pousse par foyer

Cécile MOUVET, Éten­dre ses branch­es sur le monde, Lans­man, 2018, 40 p., 10€, ISBN : 978–2‑8071–0194‑4

Deux êtres s’aiment, s’enlacent, veu­lent fonder une famille. Un jour, on plante une graine dans le cocon famil­ial. Quelques mois plus tard, naît le fruit de leur amour. D’autres pouss­es veu­lent égale­ment voir le jour, se bous­cu­lent dans le ven­tre de la terre, essaient de sor­tir leurs petites racines. Mais les Élagueurs ne voient pas leur venue d’un très bon œil. Trop de « mau­vais­es herbes » détru­iraient tout. Il n’y aura pas assez d’eau pour toutes les nour­rir. Une seule pousse par foy­er, c’est tout ! Mais deux êtres s’aiment tou­jours et con­tin­u­ent de s’enlacer. Une nou­velle graine est plan­tée… Con­tin­uer la lec­ture →

« Je vins en un lieu où la lumière se tait »

Alex LORETTE, Géo­gra­phie de l’enfer, Lans­man, 2018, 50 p., 11€, ISBN : 978–2‑8071–0179‑1

lorette geographie de l enfer.jpgFranck, JC et Leslie vivent dans un trou per­du. Aucun voisin, aucune mai­son aux alen­tours. Que la nature à perte de vue, ses forêts, les bruits qui craque­nt, des hul­ule­ments, le vent qui souf­fle. Rien qu’eux trois et leur pro­fonde soli­tude, brisée par­fois par des échap­pées au tra­vail ou sur les routes. Qui sont-ils les uns pour les autres ? Deux frères et une sœur ? Un ménage à trois ? Des amis ? De sim­ples colo­cataires ? Con­tin­uer la lec­ture →

L’Élu

Alain DOUCET, 41 cen­timètres, Bas­son, 2018, 204 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930582–55‑9​

doucet 41 centimetresÂmes sen­si­bles s’abstenir ! Si vous appré­ciez les his­toires bien pro­pres sur elles et le vocab­u­laire châtié, vous n’aimerez pas 41 cen­timètres. Si par con­tre le sexe, la folie, la drogue et la vue du sang ne vous font pas peur, ce texte est fait pour vous.

41 cen­timètres… Les titres sont par­fois util­isés pour leur sens poé­tique ou métaphorique. Pas besoin de chercher ici midi à qua­torze heures. Oui, vous l’aurez bien com­pris, il s’agit de la taille d’un sexe, d’un phal­lus pour être plus pré­cise, ou car­ré­ment d’une bite si j’emprunte le vocab­u­laire pro­pre au texte. Le roman com­mence en beauté : le nar­ra­teur, un cer­tain John­ny Gour­din – son vrai nom ne nous sera livré que vers la fin du livre – s’enferme dans la cui­sine de l’asile où il se trou­ve pour se couper le jonc. Qu’est-ce qui a poussé cet homme à arriv­er à cet acte suprême d’automutilation ? On rem­bobine et on reprend à son enfance. La route jusqu’à ce geste dés­espéré est longue et parsemée d’embûches et d’épisodes plus rocam­bo­lesques les uns que les autres. Car oui, cette verge lui aura per­mis de gag­n­er beau­coup d’argent et de devenir célèbre. Mais elle aura surtout été la cause de nom­breux prob­lèmes. Con­tin­uer la lec­ture →

S’accroche-t-on Malgrétout ou Tantpis, c’est fini ?

Stanis­las COTTON, La pro­fondeur des forêts, Lans­man, 2018, 48 p., 11€, ISBN : 9782807101845

cotton la profondeur des forêts.jpgSir­ius Mal­grétout com­mence un nou­veau job dans un mag­a­sin d’électroménagers. Il passe ses journées à par­courir les longues allées d’un hangar, à charg­er des fri­gos ou des lave-vais­selles, à pouss­er un char­i­ot et à trans­porter le tout jusqu’à l’accueil. Un emploi fati­gant et extrême­ment répéti­tif : tick­et allée numéro untel, emplace­ment untel — charge­ment — déplace­ment — livrai­son. Et on recom­mence. De plus, Sir­ius n’a pas vrai­ment le physique du démé­nageur. Un curieux per­son­nage, Tom­my Tant­pis, le suit partout. Qui est-il ? Un fan­tôme qui le hante, comme le dit la légende ? Un mau­vais cauchemar ? Un ami qui lui veut du mal ? Son pro­pre dou­ble ? Le mys­tère reste entier. Con­tin­uer la lec­ture →

Une annonce immobilière des plus particulières

Un coup de cœur du Carnet

Astrid CHAFFRINGEON, Cham­bre avec vue, illus­tra­tions Claire Morel, Élé­ments de lan­gage, 2018, 60 p., 10€, ISBN : 978–2‑930710–16‑7

chaffringeon chambre avec vueN’avez-vous jamais été totale­ment subjugué.e, emporté.e par un paysage ? Un lieu qui, d’un seul coup, sem­ble vous envelop­per entière­ment et vous retenir au creux de son ven­tre. Un endroit qui vous reste dans la tête, qui con­tin­ue inlass­able­ment à vous appel­er, de jour comme de nuit, qui, comme un amant ter­ri­ble­ment envoû­tant, vous attire à lui, vous caresse et vous absorbe. Bref, n’êtes-vous jamais tombé.e amoureux.se d’une vue, d’un paysage ou d’un mon­u­ment, au point que tout le reste devi­enne futile, encom­brant, déce­vant ? C’est ce qui arrive à la nar­ra­trice un peu per­chée de Cham­bre avec vue. Con­tin­uer la lec­ture →

Couleur et nostalgie du ciel

Un coup de cœur du Carnet

Michel LAMBERT, L’adaptation, Pierre Guil­laume de Roux, 2018, 264 p., 22,90€, ISBN : 2–36371-248–6

lambert l adaptation.jpgUn réal­isa­teur, cou­vert d’un éter­nel cha­peau, cherche sur les toiles d’une galerie d’art un ciel introu­vable, une couleur et une atmo­sphère célestes qui devraient guider son prochain film. Il tra­vaille sur l’adaptation d’une œuvre qui l’a pro­fondé­ment mar­qué : La jeune fille brune d’Alexandre Tiš­ma. Sa femme Mar­i­on, décédée depuis cinq ans, lui avait fait décou­vrir ce roman. Com­ment adapter un réc­it durant lequel un homme cherche dés­espéré­ment à revoir une femme avec qui il a passé une seule et unique nuit ? Com­ment trans­pos­er cette quête, ce fan­tasme qui s’efface petit à petit de sa mémoire, cette pas­sion dévo­rante qui s’étale sur plusieurs décen­nies, cette course con­tre le temps et la peur du vieil­lisse­ment ? Le réal­isa­teur fait face à cer­taines dif­fi­cultés, notam­ment le car­ac­tère haute­ment lit­téraire de l’ouvrage. Il n’a pas dit son dernier mot, mais peut-être est-ce son film de trop ? Des mau­vais­es langues le dis­ent fini. Il accuse les refus des pro­duc­teurs. La pro­fes­sion est intraitable avec ceux qui échouent. Con­tin­uer la lec­ture →

Les Montois ne périront pas !

EFFEL, Le Drag­on déchaîné, 180° édi­tions, 2018, 288 p., 19€, ISBN : 2930427892

effel le dragon dechaine.jpgLes fêtes tra­di­tion­nelles ont ce quelque chose de par­ti­c­uli­er qui échappe à tout non-« natif » de la com­mune en fête. Se plonger au cœur de l’une d’entre elles, à savoir le fameux Doudou de Mons – recon­nu, depuis 2005, au Pat­ri­moine oral et immatériel de l’Humanité par l’UNESCO – fut pour nous savoureux. Appren­dre ses rouages, ses enjeux locaux et poli­tiques, son his­toire – son orig­ine remonte au XIVe siè­cle – et surtout la fierté que ce folk­lore provoque chez ses pro­tag­o­nistes. Le Doudou com­mence offi­cielle­ment un jeu­di (en mai ou juin, selon l’année) et se ter­mine le Dimanche de la Trinité avec comme point d’orgue le Com­bat sur la Grand-Place, appelé le « Lumeçon », qui oppose Saint Georges au Drag­on. Le des­tin de la Cité n’est péren­nisé qu’avec la vic­toire de Saint Georges. L’enjeu est donc de taille. Con­tin­uer la lec­ture →

Une femme légendaire au milieu de la tempête

Céline DELBECQ, Le vent souf­fle sur Erze­beth, Lans­man, 2017, 62 p., 12€, ISBN : 978–2‑8071–0162‑3

delbecq le vent souffle sur erzebeth.jpgSix jours par mois, le vent souf­fle sur Som­lyo, petit vil­lage enclavé sur une île, entre mer et mon­tagne. Six jours par mois, les bour­rasques frap­pent, les élé­ments se déchaî­nent, les vagues rompent tout sur leur pas­sage, le vol­can Popra­ca­p­a­to crache. Six jours par mois, les débris volent, le sang coule, la mort s’active. Six jours par mois, Erze­beth Roz­gov­nyi, qui vit encore chez sa mère, délire et se laisse emporter par ses vieux démons : son père mort trop tôt, son amant Hyvàn éva­poré dans la nature, son enfance avortée. Au vil­lage, on s’accroche, on attend patiem­ment que la tem­pête passe. Mais tou­jours il y a quelques impru­dents qui sor­tent et se font hap­per par une branche, une vague, un rocher… Con­tin­uer la lec­ture →

Face à l’immensité

Un coup de cœur du Carnet

Régis DUQUÉ, Les voies sauvages, Lans­man, 2017, 62 p., 12€, ISBN : 978–2‑8071–0159‑3

duqué.jpgLa mon­tagne a tou­jours fasciné le com­mun des mor­tels. Qui ne s’est jamais extasié depuis un avion sur­volant quelque mas­sif ? Qui n’a jamais levé les yeux vers ces grandes dames en louant quelque car­ac­tère sacré ? Il est toute­fois des hommes et des femmes pour qui la fas­ci­na­tion est si intense qu’elle en devient pas­sion­nelle, addic­tive, mys­tique. Con­tin­uer la lec­ture →

Travailler ! Mais pour qui ? Et pourquoi ?

Cathy MIN JUNG, Sing my Life, Lans­man, 2017, 58 p., 12€, ISBN : 978–2‑8071–0160‑9

min jung.jpgBrigitte, Car­o­line, Danièle, Éti­enne, Marko, Sonia sont ce qu’on appelle com­muné­ment des « petites gens ». La plu­part d’entre eux sont ouvri­ers et tra­vail­lent dans une usine sidérurgique. Polir des pièces toute la journée, s’occuper des enfants le soir en ren­trant du boulot – du moins pour les femmes – fatigue, douleur, salaire de mis­ère et fin de mois dif­fi­cile, leur quo­ti­di­en est loin d’être rose, leur avenir reste terne. Pour­tant, voici venu le temps des rêves. Car­o­line et Éti­enne se sont saignés toute leur vie. Avec l’aide de leurs proches, ils envis­agent d’accomplir un grand voy­age, celui qu’ils atten­dent depuis tant d’années : vis­iter la Chine. Sonia, quant à elle, a une voix de cristal. Danièle, la ten­an­cière du bistrot où ils se retrou­vent tous les midis, l’a inscrite à un télé-cro­chet « Sing my Life ». Elle accepte d’y par­ticiper, même si son mari, Marko, ne voit pas cette com­péti­tion d’un bon œil. À quar­ante ans, Sonia va-t-elle con­naître la gloire ? La promesse d’un futur meilleur devient tout d’un coup envis­age­able. Con­tin­uer la lec­ture →

Auteur en quête de son personnage

Annie PRÉAUX, Bird et le mage Chô, M.E.O., 2017, 220 p., 17€, ISBN : 978–2‑8070–0134‑3

preauxSan­drine se réveille un matin dans sa mai­son d’enfance où trô­nent les objets et les meubles d’un autre. Que s’est-il passé cette nuit-là ? Après avoir appris bru­tale­ment son licen­ciement et avoir noyé son cha­grin et son incom­préhen­sion dans des litres d’alcool, San­drine a atter­ri devant son anci­enne porte, en pleu­rant, frap­pant et appelant son défunt père. Le nou­v­el occu­pant, Jean-Marc, l’a recueil­lie chez lui et touché par sa détresse, lui a prodigué des soins. Le lende­main, il la laisse repar­tir, non sans regret. Une fas­ci­na­tion le prend tout d’un coup pour San­drine qui ressem­ble à s’y tromper à Bird, l’héroïne de son roman préféré, Le bais­er can­ni­bale. Il sent qu’il a besoin d’elle pour écrire à son tour le roman dont il a tou­jours rêvé, mais il la laisse s’échapper. Con­tin­uer la lec­ture →

La vengeance est un plat qui se mange froid

Geneviève DAMAS, La soli­tude du mam­mouth, Lans­man, 2017, 48 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0154‑8

damas solitude du mammouth.jpgBérénice s’est fait avoir comme un bleu. Alors qu’elle pen­sait couler des jours pais­i­bles avec son Brice de mari, ses enfants et sa jolie mai­son bien pro­pre, ne voilà-t-il pas que son cher et ten­dre se fait la malle avec l’une de ses étu­di­antes, une midinette de vingt-deux ans, aux jambes inter­minables et à la poitrine généreuse. Brice 1 — Bérénice 0. Les pleurs et le KO passés, il lui faut s’activer et lui mon­tr­er qu’il a eu tort de la quit­ter. Elle n’a pas passé plusieurs années de sa vie à net­toy­er ses chemis­es, lui pré­par­er à bouf­fer, organ­is­er les vacances, torcher le cul des goss­es, pay­er les fac­tures, couch­er les mioches, lessiv­er, grat­ter, suer encore et encore, pour se faire jeter comme une mal­pro­pre. Con­tin­uer la lec­ture →