Henri VERNES, Palomita Paloma, ill. André TAYMANS, Éditions du Tiroir, 2022, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑931027–53‑0
Henri VERNES, Les rescapés de l’Eldorado, ill. Vincent GRIMM, Éditions du Tiroir, 2022, 160 p., 18 €, ISBN : 978–2‑931027–55‑4
Deux collègues de Bob Morane ont été réédités cet été : les gros-bras Luc Dassaut avec Les rescapés de l’Eldorado et Don avec Palomita Paloma. Soit deux romans de pure aventure sortis des Éditions du Tiroir ; bien nommées en l’occurrence. Leur catalogue est de BD et ces deux textes d’Henri Vernes, agrémentés de quelques dessins en pleine page, y trouvent aisément leur place. D’autant qu’André Taymans, co-fondateur des éditions et auteur des illustrations de Palomita Paloma remplit un vœu de collaboration vieux de vingt ans.
Palomita Paloma était l’âme damnée de Carmillo Esperanto. Une seule différence entre les deux : des deux elle était la plus féroce. On la disait belle comme le jour, avec une âme aussi noire que la nuit. Une fanatique. Communista hasta el fondo del vagino, disait-on d’elle. Continuer la lecture





Anachroniques est le deuxième volet d’un diptyque, cette fois consacré au temps lorsque le premier, sorti un an plus tôt, fut spatial : 

À soixante-huit ans, Patrick Devaux prend désormais son temps. Surtout celui de la réflexion, se tournant face au passé comme devant un miroir. Il y mire ses souvenirs, y reconnait la nostalgie, y revoit des gens rencontrés et ceux qui ne sont déjà plus là. « Un souvenir est un acquis, ce n’est pas du temps perdu », m’explique-t-il par téléphone. Ainsi, le titre de son recueil, Le temps appris, signifie que ce dernier n’a rien pris sans laisser quelque chose, des bribes, des fragments, des poussières d’étoiles ; leur scintillement.
Partagé en quatre coins géographiques de la France à la Suède, David Jauzion-Graverolles publie en Belgique son premier recueil de poésie pour, assure-t-il en entrevue, matérialiser son ancrage sur notre territoire. Metteur en scène et dramaturge, enseignant au Lycée français, il a quitté son Jura natal pour suivre son épouse suédoise. Ainsi connait-il au moins deux étés, l’un méditerranéen (dont est issue sa famille) et l’autre nordique. Ce contraste est à l’origine de ce recueil de poésie, Lumière des limites, chapitré du Småland en ses tourbières aux marécages Bruxellois en passant par le massif du Jura et les gorges de l’Ardèche.
Julos Beaucarne a pris son vélo pour l’arc-en-ciel et ses longs cheveux blancs font désormais au firmament, un filamenteux et élégant nuage. Le poète a inspiré et coloré plusieurs générations de son lumineux sourire. Le voici s’éparpillant pour toujours, disséminé à jamais dans autant de cœurs qu’il eut d’auditeurs, de lecteurs, de spectateurs. Auteur à la hauteur de Carême ou Prévert, il fit encore récemment sous la plume de Jean Jauniaux le sujet de la collection « L’article » aux Éditions Lamiroy.
Un titre tel que Confidences est sans danger, voire courant, mais il est intimement engagé, jamais innocent. D’autant que sur la couverture, un cœur noir aux traits clairs est mis sous cloche de verre et posé sur sa base rouge sang. Nulle doute que Gwen Guégan, bruxelloise de cœur et bretonne de corps, se montre ici sans peur et sans reproche, et frontale : toute de contrastes forts, de lignes nettes et limpides en noir et banc surtout, ou en trichromie tout au plus : noir, blanc et rouge ou bien noir, blanc et un turquoise profond.
Il est courant d’entendre que depuis Platon, la philosophie occidentale n’ajoute que des notes de bas de page à ses dialogues socratiques. Du moins jusqu’à la Shoah. Alors, la pensée est devenue plus que vertigineuse : il ne s’agit plus de prendre conscience de la mort à un degré humain et/ou divin, mais d’appréhender la fin de l’humanité à un niveau commun, proche ou lointain. Soit dans son ensemble à tout moment atomique, climatique, soit dans son esprit-même : que reste-t-il d’âme, d’espérance, de poésie, bref d’humain dans le cœur de l’humanité depuis la Shoah ? 
