Un coup de cœur du Carnet
Olivier TERLINDEN, Au-delà du vieux mur, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2024, 152 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑87489–928‑7
Voici un tout nouvel auteur qui apparaît, Olivier Terlinden, un écrivain dont nous découvrons le premier opus, et, quelle joie de remettre ses pieds de lecteur dans les traces d’une littérature de l’émerveillement ! Il nous livre avec Au-delà du vieux mur un premier roman qui est toujours une apparition quand celui-ci réussit à percer une fois encore la carapace des fausses évidences du réel. Continuer la lecture

Des textes brefs font la part belle aux évocations d’autrefois. Les images se bousculent dans une succession d’instantanés couleur sépia.
Initialement publiée dans l’hebdomadaire Spirou sous le format d’une histoire courte en 2021, Ona revient chez Dargaud avec un livre bien à elle.
Dans une écriture « caméra sur l’épaule », Alex Lorette, qui est déjà l’auteur de plusieurs pièces et 
En dépit de la météo, la narratrice décide d’aller « marcher quelque part », elle qui, dans ses lieux communs, « trouve toujours quelque chose à voir ». Scène inaugurale du récit, cet élan perceptif fait jaillir un regard, qui parcourt, se dérobe, interroge, explore, embrasse, fixe, se suit. Dans un kaléidoscope aux prismes intimes et aux clartés touchant le philosophique et l’imminemment collectif, l’écrivaine, ethnologue et passionnée de photographie, Chantal Deltenre se met en quête de celui qui permet de voir, de se voir, de se redécouvrir quand il s’était oublié ou avait été censuré, cet œil résonnant qui transmet une rumeur qui ranime.
Dans
La collection « Matière vivante » des éditions CotCotCot « se veut terrain de recherche poétique permettant de relier les êtres vivants à la nature, à l’écologie ». Après De la terre dans ma poche et Larmes de rosée, elle accueille un troisième titre, À tire‑d’aile, fruit du dialogue artistique entre Pierre Coran et Dina Melnikova. Le premier n’est plus à présenter, chêne majestueux de la forêt des Lettres belges francophones, à la souche solide, au feuillage dense, à la sève tranquille. La seconde compte moins de cernes sur son tronc éditorial et ses racines se développent sous forme de rhizomes : Melnikova explore les techniques, ne s’enfermant dans aucune, et joue avec leurs potentialités révélatrices.
Karoline Buchner signe aux éditions La Lettre Volée un premier récit piquant et perspicace ancré dans un quotidien tissé d’affronts misogynes, de mortifications infimes qui sont autant de petites flèches trouant une peau trop fine, trop douce, celle d’un féminin décloisonné auquel l’autrice rend toute sa puissance d’expression – qui est, en vérité, puissance d’action.
Louable, très louable intention de la part des Éditions de la Province de Liège et du Musée de la Vie wallonne que de proposer deux petits précis de wallon liégeois, afin de clarifier les nombreux questionnements qui subsistent à propos de cet idiôme, jugé en danger par l’UNESCO même. Si le premier volume est tout entier consacré à l’aspect phonétique de la maîtrise, avec applications et exercices à l’appui, le second propose de reparcourir l’histoire et la culture de la langue wallonne, depuis ses origines les plus profondes jusqu’à ses illustrations littéraires du 20e siècle.
Des retrouvailles, tout comme des coïncidences, égrènent ce recueil de nouvelles. Un professeur d’Université rencontre l’un des enseignants qui a marqué sa jeunesse. Une autre retrouve un ancien amour. Des relations naissent, malgré les obstacles. Des épisodes incongrus, parfois presqu’irréels, provoquent des chamboulements dans la vie de certains protagonistes : des boules de cheveux poussent sur la tête de l’un, pendant qu’un autre hérite d’une maison en bord de mer où une mystérieuse source semble avoir élu domicile. Étrange concours de miss proche d’un combat de gladiateurs, amants de papier, poèmes qui changent une vie, renaissance à la foire du Midi, héros malgré lui, sanglante marelle… les nouvelles s’enchainent sans se ressembler. Telles la vie et la mort, l’altruisme tout comme la haine s’insinuent partout. Il y a de nombreuses manières de vivre, renaitre, mourir, voire tuer.
Laurent est un homme de 52 ans qui a fondé son entreprise il y a 20 ans avec son ami de jeunesse, Léopold. Le jour où il apprend que le groupe ABBA sortira un nouvel album (nous sommes en 2021), il décide de démissionner et de vendre ses parts dans la société à celui qui lui organisera une entrevue avec Benny Anderson, un des membres du célèbre groupe, ce qui laisse Léo particulièrement perplexe.
« Il était emballé dans un petit morceau de papier journal déchiré à la hâte, un journal allemand. En surimpression étaient écrits au crayon une suite de chiffres et un mot, qu’elle ne comprenait pas, le tout grossièrement entouré. Rechtsanwalt. […] Le pendentif était magnifique. Les lobes du cœur, finement gravés, étaient asymétriques. Léontine lut sur le verso du médaillon “Souvenirs d’exil”. » Ce bijou, à l’odeur particulière de soufre, recèle l’amour profond, solennel et meurtri de Melchior, alors en déportation à Soltau.
Alice au paradis s’ouvre sur une scène classique, celle d’un échange épidermique entre une cliente et une employée d’un salon d’esthétique, croqué de façon foudroyante par cette même employée, en un monologue intérieur caustique, révélateur de son état d’esprit :