Archives de catégorie : Recensions

Le chant de la fraternité

Éric ALLARD, La blessure du blé, pré­face de Philippe Leuckx, cou­ver­ture de Claire Mériel, Cygne, 2023, 49 p., 10 €, ISBN : 9782849247174

allard la blessure du bléLe dernier recueil en date du poète Éric Allard, La blessure du blé, rend compte d’un dou­ble univers : celui de la dis­pari­tion et, dans la même per­ma­nence, des désirs inex­tin­guibles de notre présence ici-bas. Dans un lan­gage qui devient, de recueil en recueil, la langue orig­i­nale de l’au­teur, il nous laisse enten­dre la chan­son de la mélan­col­ie joyeuse. Con­tin­uer la lec­ture

Bauchau sur la route

Coralie CABU, La (re)construction d’Henry Bauchau. De Gengis Khan à Œdipe sur la route, Press­es uni­ver­si­taires de Liège, 2023, 118 p., 15 €, ISBN : 9782875623546

cabu bauchauInter­ro­geant la con­struc­tion, par l’auteur lui-même et par ses cri­tiques, de la fig­ure du sage, Coralie Cabu creuse en deçà de cette pro­jec­tion pos­tu­rale qui, s’imposant de façon qua­si hégé­monique, a lis­sé les con­tra­dic­tions, les ambiguïtés de sa tra­jec­toire exis­ten­tielle et de son œuvre. Com­ment les dis­cours, les propo­si­tions métadis­cur­sives, les jour­naux d’Henry Bauchau (1913–2012), sa pra­tique psy­ch­an­a­ly­tique, la quête de la sagesse qu’illustrent nom­bre de ses per­son­nages ont-ils peu à peu ver­rouil­lé l’horizon de récep­tion de son œuvre, désor­mais approchée sous la focale du grand sage arrivé à résip­is­cence ? Con­tin­uer la lec­ture

De l’élancement

Françoise LISON-LEROY, Les éjoin­tés, Rougerie, 2023, 12 €, ISBN : 978–2‑85668–422‑1

lison-leroy les ejointésOn est des vôtres
ceux qui cav­a­lent sans prénom
sans le souf­fle des dieux
 

Au titre aus­si évo­ca­teur qu’implacable, le nou­v­el opus de la poétesse Françoise Lison-Leroy (pub­lié aux Édi­tions Rougerie) tra­verse les nuances de l’envol à par­tir de la brisure. À l’inverse de la pra­tique de l’éjoin­tage, con­sis­tant à couper un bout de l’aile des oiseaux pour entraver leur vol, les mots de la poétesse quit­tent la terre ferme pour s’élancer dans une « musique au champ libre ». Les éjoin­tés sont tous ceux aux­quels blessure a été infligée et qui ten­tent, tant bien que mal, de con­tin­uer à met­tre une aile devant l’autre. Con­tin­uer la lec­ture

Sublime et subtile : la subversion

Isabelle MOREELS et Rena­ta BIZEK-TATARA (dir.), Du fan­tas­tique à ses sub­ver­sions dans la lit­téra­ture belge fran­coph­o­ne, Peter Lang & Uni­ver­si­dad de Extremadu­ra, 2022, 280 p., 46,40 €, ISBN : 978–2‑87574–661‑0 / 978–84-9127–135‑2

moreels du fantastique a ses subversions dans la littérature belge francophoneSi le terme « fan­tas­tiqueur » a été forgé par Théophile Gau­ti­er en pleine apogée du roman­tisme français (en 1831 !) à pro­pos de l’Allemand Hoff­mann, c’est sans con­teste à Jean-Bap­tiste Baron­ian que l’on doit sa com­plète intro­n­i­sa­tion dans le domaine des études lit­téraires. En appli­quant ce sub­stan­tif à plusieurs écrivains, Baron­ian cir­con­scrivait une « école belge de l’étrange » dont les prin­ci­paux représen­tants se nom­maient Jean Ray, Jacques Stern­berg, Jean Muno… Con­tin­uer la lec­ture

Sonatines de saison

Jacques LACOMBLEZ, Que l’aube. Poèmes, Quadri, 2023, 48 p., 25 €, D/2023/9526/1

lacomblez que l'aubeLes dan­gers des armes guet­tent, la terre men­acée s’embrase, l’eau défer­le, ne s’écarte ni des cam­pagnes, ni des forêts, ni des habi­ta­tions. De quelles guir­lan­des de quié­tude ou d’ivresse pour­ront se par­er encore ces temps si mal éclairés ? Que seront les aubes de demain ? Peut-être ne restera-t-il que ce mot, l’aube, et ce que nous en auront dit les écrits de ceux qui en con­nurent d’autres. Avec la prise de dis­tance, et le recul que pro­cure le pas­sage des ans. Con­tin­uer la lec­ture

Quand personne n’entend celui qui hurle sans bruit

Marie COLOT, Nos vio­lences, Actes Sud, 2023, 62 p., 11,50 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 978–2‑330–17716‑4

colot nos violencesLe nou­veau roman de Marie Colot débute en pleine man­i­fes­ta­tion, à tra­vers le regard de Lou, une jeune fille con­ver­tie en casseuse. Lou détru­it les ban­ques, les multi­na­tionales et l’ordre établi en s’attaquant aux CRS depuis qu’elle a per­du ses illu­sions devant un événe­ment mal­heureux. Lorsqu’elle a en effet assisté impuis­sante au pas­sage à tabac d’un cou­ple de quin­quagé­naires inof­fen­sifs par des policiers, la peur de la jeune femme s’est trans­for­mée en rage, une rage telle­ment puis­sante qu’elle est dev­enue casseuse pour tenir tout court.

Lors de ses dif­férentes inter­ven­tions dans les man­i­fes­ta­tions, Lou s’est fait un allié, Yan­nis. Ils ne savent rien l’un de l’autre, si ce n’est qu’ils se sen­tent plus forts ensem­ble et qu’ils sont liés par leur déter­mi­na­tion et leur haine du sys­tème. Con­tin­uer la lec­ture

Les circonvolutions du Mal

Luc TEMPLIER, L’imposteur, Acad­e­mia, 2023, 260 p., 22,50 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3250‑5

templier l'imposteurUn jeune homme envoyé au sémi­naire racon­te dans L’imposteur les affres de sa vie, les tour­ments et les dérélic­tions qui les accom­pa­g­nent. L’imposteur, de  Luc Tem­pli­er, est un roman empli d’effrois et de ténèbres… sur la spon­tanéité du Mal, son effarante sim­plic­ité, sa banal­ité, sa machi­na­tion infinie.

Luc Tem­pli­er est un artiste français vivant depuis trente-cinq ans en Bel­gique. Il développe de nom­breuses activ­ités artis­tiques depuis tou­jours qui sont autant l’écri­t­ure de romans, le théâtre (dra­maturgie, écri­t­ure, mise en scène, jeu,…) que la cal­ligra­phie et des activ­ités entre « créa­tiv­ité et écri­t­ure » et pein­ture, sans oubli­er les for­ma­tions et con­férences. Con­tin­uer la lec­ture

Quête de sens, conquête de soi

Philippe MARCHANDISE, L’éléphant qui avait du pollen sur les pattes arrière, Mols, 2023,  280 p., 21,90 €, ISBN : 978–2‑87402–291‑3

marchandise l elephant qui avait du pollen sur les pattes arriereEn 2001, de retour d’une vis­ite chez sa mère, c’est décidé, Gilles veut savoir. Cet ingénieur du son quadragé­naire, « un valide en chaise roulante » est bien résolu, après une nou­velle querelle avec sa mère, à décou­vrir le fin mot de l’histoire, de son his­toire. Con­tin­uer la lec­ture

On est si peu à soi…

Philippe LEUCKX, Matière des soirs, pré­face de Jean-Michel Aubev­ert pho­togra­phies de Philippe Col­mant, Coudri­er, 2023, 53 p., 18 €, ISBN = 978–2‑39052–051‑1

leuckx matiere des soirsPoète pro­lifique (dans la notice le con­cer­nant, à la fin de ce vol­ume, il faut pas moins de qua­tre pages pour faire l’inventaire par­tiel de ses pub­li­ca­tions) Philippe Leuckx nour­rit d’amitiés poé­tiques.

On sait la générosité avec laque­lle il rend compte du tra­vail de ses con­sœurs et con­frères dans des arti­cles, des ren­con­tres lit­téraires, des pré­faces. Ce sont ain­si deux de ces com­plices qui ornent le dernier recueil en date : Philippe Col­mant pho­togra­phie des ciels de soir tan­dis que Jean-Michel Aubev­ert ouvre le livre avec une pré­face dont la poésie tend un miroir frater­nel à la détresse qui hante Matière des soirs. Con­tin­uer la lec­ture

“Provoquer une sensation d’inattendu”

Christophe POOT, Kon­va­lescens / Stock­holm 1906, Cinquième couche, 2023, 128 p., 25 €, ISBN : 978–239008-088–6

poot konvalescensAprès, notam­ment, le superbe Hareng cou­vre-chef et autres chan­sons de marins, le dessi­na­teur et auteur Christophe Poot nous revient avec le non moins superbe Kon­va­lescens / Stock­holm 1906. D’entrée de jeu, ce livre, com­prenant des textes en sué­dois de Tove Wall­sten et mêlant mots et dessins, se veut poly­phonique, musi­cal. La “par­ti­tion” ini­tiale fait office de table des matières, dis­tribue le livre en dif­férentes sec­tions (“éther”, “imprésario”, “réc­i­tal”,…) et tonal­ités (“bucol­ique”, “soli­tude”…) aux­quelles répon­dront les dessins si car­ac­téris­tiques de Christophe Poot. Con­tin­uer la lec­ture

La guerre des illusions

André FRANKINPer­son­ne et les autres, Édi­tion et intro­duc­tion de François Coad­ou et Frédéric Thomas, La Nerthe, 2023 [1960], 116 p., 16 €, ISBN : 978–2‑490774–33‑3

frankin personne et les autresRécem­ment, Raoul Vaneigem cher­chait une… fac­ture de gaz et tom­ba sur le tapuscrit de la pièce du lié­geois André Frankin (1925–1990), Per­son­ne et les autres. Cela fit…explosion et don­na lieu à cette pub­li­ca­tion qui rétablit l’histoire de cet étrange per­son­nage et intel­lectuel qui écriv­it la seule pièce de théâtre de l’Internationale sit­u­a­tion­niste (IS). On ne la con­nais­sait que par sa pré­face, pub­liée en décem­bre 1960 dans le numéro 5 de la revue Inter­na­tionale sit­u­a­tion­niste, et par quelques men­tions dans la cor­re­spon­dance de Guy Debord. Con­tin­uer la lec­ture

Cinquante-six danses avec le maelström

COLLECTIF, 56 Descentes dans le mael­strÖm, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 306 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–460‑9

collectif 56 descentes dans le maelstromPoint d’ombilic de la nais­sance du pro­jet mael­strÖm, la nou­velle d’Edgar Allan Poe, Une descente dans le Mael­strom se voit recréée, réin­ter­rogée, pro­longée par le texte, l’image ou le dessin. Cinquante-cinq artistes (de Bel­gique, de France, d’Italie, du Liban, du Con­go-Zaïre, d’autres pays) descen­dent dans le vor­tex textuel d’Edgar Allan Poe. Un arc de cer­cle relie trois espaces : le texte de Poe pub­lié en 1841, l’aventure édi­to­ri­ale frayée par David Gian­noni en 1987 avec la créa­tion de la revue Mael­strÖm et la nou­velle vague pro­duite à l’occasion des trente-trois ans de l’aventure du pro­jet mael­strÖm.  C’est cette nou­velle vague générée par un texte aux vibrantes ondes de choc que le recueil col­lec­tif nous offre. 56 Descentes dans le mael­strÖm s’ouvre sur la nou­velle de Poe, laque­lle décrit le réc­it d’un des trois frères ayant survécu au mael­ström de Mok­strau­men. Con­tin­uer la lec­ture

Et je n’ai plus su ce qu’on sait des choses

Patrick DEVAUX, Le trou de ver, pré­face de Jean-Michel Aubev­ert, ill. Cather­ine Berael, Coudri­er, 2023,  59 p., 16 €, ISBN : 978–2‑39052–046‑7

devaux le trou de verLa dis­po­si­tion typographique de la page par­ticipe-t-elle à la poésie ? Depuis Apol­li­naire, la ques­tion a trou­vé réponse. Le trou de ver, dernier recueil de Patrick Devaux, se décline dans l’alignement ver­ti­cal de vers courts (un mot, une pré­po­si­tion de deux let­tres par­fois). Il entraîne la lec­ture dans une ver­ti­cal­ité ver­tig­ineuse. On ne peut éviter de s’interroger à nou­veau ici, au gré des pages dont plusieurs s’ouvrent sur ce qu’on sait des choses. Con­tin­uer la lec­ture

François Weyergans in Quarto

François WEYERGANS, Romans, pré­face de Frédéric Beigbed­er, Gal­li­mard, coll. « Quar­to », 2023, 1357 p., 34 €, ISBN : 978–2‑07–289176‑2

weyergans romansDécédé en 2019, François Wey­er­gans nous a lais­sé une œuvre lit­téraire qui s’est étalée sur plus d’un demi-siè­cle et il a béné­fi­cié de nom­breux signes de recon­nais­sance sym­bol­ique : élu mem­bre de l’Académie française en 2009, il a accu­mulé les dis­tinc­tions lit­téraires dont entre autres le prix Goncourt, le prix Renau­dot et notre prix Rossel. Il nous a don­né 14 romans dont 7 font l’objet d’une réédi­tion groupée dans un fort vol­ume de la col­lec­tion « Quar­to » qui, comme à l’accoutumée, offre égale­ment une mise en per­spec­tive de l’œuvre de l’auteur. Con­tin­uer la lec­ture

Faire tomber les écailles

Lau­rent DE GRAEVE, Le mau­vais genre, post­face de Vin­cent Louis, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 260 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–586‑5

de graeve le mauvais genrePrix Rossel 2000, Le mau­vais genre s’est vu offrir cette année une réédi­tion chez Espace Nord, rehaussée d’une post­face de Vin­cent Louis qui le con­fronte fine­ment à son insti­ga­teur, Pierre Choder­los de Lac­los et ses Liaisons dan­gereuses. La Mar­quise de Mer­teuil, qui était la rédac­trice d’une petite trentaine de let­tres dans l’œuvre épis­to­laire du 18e siè­cle, l’est ici d’un jour­nal en deux par­ties. « Le sang, le flegme, la bile et la mélan­col­ie » et « Les liaisons par­al­lèles » débouchent sur une seule let­tre finale numérotée CLXXV, comme la véri­ta­ble dernière let­tre des Liaisons dan­gereuses. Un point final en sup­plante un autre et la grandeur de cette réécri­t­ure queer se mesure. Con­tin­uer la lec­ture

Stan au Congo

Fran­cis GROFF, La piste con­go­laise, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 231 p., 20 € / 15,99 €, ISBN : 978–2‑87489–884‑6

groff la piste congolaiseEn 2019, nous décou­vri­ons avec plaisir Morts sur la Sam­bre et Vade retro, Féli­cien !, où Fran­cis Groff par­tic­i­pait au pre­mier élan d’une col­lec­tion ini­tiée par l’éditeur Olivi­er Weyrich et l’auteur Chris­t­ian Libens. Ce dernier se fendait, en par­al­lèle d’Une petite his­toire du roman polici­er belge de langue française. « Noir cor­beau », « une belge col­lec­tion de polars, d’enquêtes noires, d’histoires crim­inelles, de thrillers, bref, de romans policiers d’aujourd’hui », répondait à un plan de vol solide et par­ti­c­ulière­ment bien­venu en ces temps où l’identité de notre com­mu­nauté (FWB) pose ques­tion.

Qua­tre années plus tard, Fran­cis Groff s’est érigé en tête de gon­do­le de la col­lec­tion, creu­sant un sil­lon avec ténac­ité et tal­ent. La piste con­go­laise est déjà le 6e tome des aven­tures de l’enquêteur ama­teur Stanis­las Bar­ber­ian, un « bib­lio­phile dis­tin­gué » orig­i­naire de Wal­lonie mais instal­lé à Paris. Con­tin­uer la lec­ture