Archives de catégorie : Recensions

Stan au Congo

Fran­cis GROFF, La piste con­go­laise, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 231 p., 20 € / 15,99 €, ISBN : 978–2‑87489–884‑6

groff la piste congolaiseEn 2019, nous décou­vri­ons avec plaisir Morts sur la Sam­bre et Vade retro, Féli­cien !, où Fran­cis Groff par­tic­i­pait au pre­mier élan d’une col­lec­tion ini­tiée par l’éditeur Olivi­er Weyrich et l’auteur Chris­t­ian Libens. Ce dernier se fendait, en par­al­lèle d’Une petite his­toire du roman polici­er belge de langue française. « Noir cor­beau », « une belge col­lec­tion de polars, d’enquêtes noires, d’histoires crim­inelles, de thrillers, bref, de romans policiers d’aujourd’hui », répondait à un plan de vol solide et par­ti­c­ulière­ment bien­venu en ces temps où l’identité de notre com­mu­nauté (FWB) pose ques­tion.

Qua­tre années plus tard, Fran­cis Groff s’est érigé en tête de gon­do­le de la col­lec­tion, creu­sant un sil­lon avec ténac­ité et tal­ent. La piste con­go­laise est déjà le 6e tome des aven­tures de l’enquêteur ama­teur Stanis­las Bar­ber­ian, un « bib­lio­phile dis­tin­gué » orig­i­naire de Wal­lonie mais instal­lé à Paris. Con­tin­uer la lec­ture

Ressortir et compléter le puzzle

Un coup de cœur du Car­net

Vin­cent ENGEL, Vous qui entrez à Mon­techiar­ro, Asmod­ée Edern et Ker, 2023, 412 p., 25 € / ePub : 9,99 € / audi­o­livre : 20,90 €, ISBN : 978–2‑87586–355‑3

engel vous qui entrez a montechiarroTrois épo­ques : la fin du 19e siè­cle, le fas­cisme et la pandémie. L’Italie : Venise, Rome, Lipari et… la Toscane bien sûr mais, pas tant que ça finale­ment. Plus acteur que décor, le vil­lage de Mon­techiar­ro est en fil­igrane des dif­férents réc­its, sans for­cé­ment les abrit­er.

Il y a d’abord Rober­to, qui quitte son bourg toscan à con­trecœur. Son ainé envoie leur mère à l’hôpital à Venise et Rober­to ne peut rester loin de l’unique objet de son affec­tion. Au cœur de la Sérénis­sime, il décou­vre une autre forme d’amour, en même temps qu’un courage et une déter­mi­na­tion que per­son­ne ne lui con­nais­sait. Con­tin­uer la lec­ture

« Cette ville, la ville, toutes les villes »

Jan BAETENS, Vacances romaines, Impres­sions nou­velles, 2023, 104 p., 12 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782390700531
Jan BAETENS, Chang­er de sens, Herbe qui trem­ble, 2023, 66 p., 12 €, ISBN : 9782491462581

baetens vacances romaines« Écrire sur » une ville relève du défi, même si on y a fait plusieurs séjours, même si on peut pré­ten­dre la con­naître comme sa poche. Dans les let­tres belges, on sait depuis Bruges-la-morte qu’un paysage urbain n’est jamais que la pro­jec­tion de notre sen­si­bil­ité du moment, des bifur­ca­tions de notre pro­pre exis­tence et des réminis­cences asso­ciées à cer­tains vis­ages croisés, au déjà-vu de cer­tains recoins… Tem­po di Roma d’Alexis Curvers ajoutait au sym­bol­isme de Georges Roden­bach une dimen­sion pal­pi­tante et pas­sion­nelle dont l’expression restera iné­galée, puisque sa Rome demeur­era, éter­nelle­ment, celle des années 1950. Con­tin­uer la lec­ture

Ils ne savent pas ce qu’ils font…

Marie-Thérèse BODART, Le monde éclat­era demain, Sam­sa, Coll. « Théâtre », 2023, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87593–452‑9

bodart le monde éclatera demainL’ac­tu­al­ité édi­to­ri­ale et lit­téraire de ce print­emps fait bien les choses : la pièce de théâtre de Marie-Thérèse Bodart Le monde éclat­era demain vient d’être éditée chez Sam­sa et un ouvrage con­sti­tué de plusieurs con­tri­bu­tions lit­téraires et cri­tiques à pro­pos de la tribu Bodart-Richter a paru en ce début juin aux édi­tions des Archives et Musée de la lit­téra­ture dans la col­lec­tion « Archives du futur », sous-titré Entre écolo­gie et poésie.

Quel ADN lit­téraire et poé­tique con­tribuait à ce que cette tribu soit si active tant dans la lit­téra­ture que dans la matière des ques­tions d’éthique ? Marie-Thérèse Bodart (1909–1981) était roman­cière, dra­maturge, et cri­tique. Elle a été l’épouse du poète Roger Bodart, mère de l’écrivaine Anne Richter et grand-mère de l’autrice Flo­rence Richter. Que de liens, de com­plic­ité, d’héritages de tal­ent et d’ouverture dans cette planète Bodart-Richter ! Con­tin­uer la lec­ture

L’étendard de la liberté

Alain DANTINNE, Une gravure satanique, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2023, 136 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782874898761

dantinne une gravure sataniqueDes années sep­tante à nos jours, ces qua­torze nou­velles met­tent en lumière des instants de vie très dif­férents les uns des autres. Cer­taines sont irriguées d’un pen­chant poli­tique, d’autres exposent des par­cours beau­coup plus per­son­nels. Mais toutes témoignent d’un cer­tain idéal lib­er­taire, avec le vagabondage et l’insoumission pour seules armes. De longueur vari­able et ponc­tuées d’humour, les nou­velles nous empor­tent aux qua­tre coins de la Bel­gique et du monde : l’Ardenne belge, Paliseul, l’Entre-Sambre-et-Meuse, mais aus­si l’Espagne, l’Écosse, le Con­go, le Chili… Con­tin­uer la lec­ture

La constellation poético-écologique des Bodart-Richter

Un coup de cœur du Car­net

Flo­rence RICHTER et François OST (dir.), La tribu Bodart-Richter. Entre écolo­gie et poésie, AML Édi­tions, coll. “Archives du futur”, 2023, 292 p., 28 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782871680956

la tribu bodart-richterÉvéne­ment dans le cat­a­logue de AML Édi­tions, l’ouvrage con­sacré à la famille d’écrivains Bodart-Richter l’est à plus d’un titre. Tout d’abord parce que, pub­lié dans la col­lec­tion « Archives du Futur » des Archives et Musée de la Lit­téra­ture, ce vol­ume se place sous le signe d’une œuvre plurielle, mul­ti­ple, celles du poète et essay­iste Roger Bodart, de la roman­cière, dra­maturge et essay­iste Marie-Thérèse Bodart, de la nou­vel­liste et essay­iste Anne Richter et de l’écrivaine Flo­rence Richter. Ensuite, parce que le pan­el des rich­es con­tri­bu­tions (Jean-Claude Vantroyen, François Ost, Manon Houtart, Sask­ia Bursens, Yves Namur, Éric Brog­ni­et, Flo­rence Huy­brechts, Pas­cale Tou­s­saint, Christo­pher Gérard, Isabelle Moreels, Patrick Berg­eron, Flo­rence Richter, sans oubli­er l’introduction signée par Lau­rence Boudart et Flo­rence Huy­brechts) se rassem­ble autour des lignes de con­ver­gence entre l’œuvre de l’un et des autres, à savoir le nouage intime entre écolo­gie et écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Arpentez les sentiers des astres

Ste­fan PLATTEAU, Les embrasés, Mou­tons élec­triques, coll. « Bib­lio­thèque voltaïque », 2023, 348 p., 25 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑36183–844‑7

platteau les embrasésDepuis 2014, Ste­fan Plat­teau con­stru­it son œuvre aux fron­tières du mythe, de la fan­ta­sy et de la Nou­velle His­toire. Doté d’un imag­i­naire foi­son­nant et d’une grande rigueur dans la con­struc­tion de son monde, l’au­teur développe un univers post-médié­val d’une remar­quable cohérence mar­qué par la dou­ble influ­ence des cul­tures cel­tiques et védiques.

Dans son cycle prin­ci­pal, le lecteur suit l’ex­pédi­tion d’un petit groupe de com­pagnons à tra­vers une immense forêt boréale. Par­tis à la recherche d’un mys­térieux ora­cle con­sid­éré comme l’ul­time recours pour sor­tir d’une guerre civile qui rav­age leur pays, les hommes remon­tent un fleuve au rythme lent de leur gabarre. De cette trame vont naître plusieurs autres. Car le passé de cer­tains mem­bres de l’ex­pédi­tion recèle bien des mys­tères et la promis­cuité de leur embar­ca­tion ne manque pas d’at­tis­er la curiosité et de pouss­er à la con­fi­dence. S’en­tremê­lent alors les réc­its de vie de plusieurs pas­sagers dans ce qui con­stitue in fine un immense roman choral s’é­ten­dant jusqu’à présent sur qua­tre vol­umes : Manesh (2014), Shak­ti (2016), Mei­jo (2018) et Jaunes Yeux (2021). S’y brassent d’in­nom­brables thé­ma­tiques dont ressor­tent quelques lignes de forces évi­dentes qui en font sa sin­gu­lar­ité : une approche human­iste dédaig­nant les grandes fig­ures héroïques ; une réflex­ion sur la vio­lence des puis­sants et ses con­séquences sur les class­es pop­u­laires ; une volon­té d’ex­plor­er la com­plex­ité de la nature humaine et des représen­ta­tions col­lec­tives qui tra­versent les sociétés. Con­tin­uer la lec­ture

Vous reprendrez bien un peu de désert ?

André-Joseph DUBOIS, Vie et mort de saint Ter­corère le Mau­dit, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2023, 150 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782874897382

dubois vie et mort de saint tercorere le mauditL’omniprésence du fait religieux dans nos cul­tures occi­den­tales a longue­ment imprégné les textes lit­téraires même lorsque ceux-ci n’étaient pas des­tinés prin­ci­pale­ment à entretenir la fer­veur des fidèles. Dans les hagiogra­phies de la tra­di­tion catholique, le mer­veilleux le dis­pute à la réal­ité pour forg­er des des­tins admirables patiem­ment recen­sés dans des manuels, dis­til­lés dans un cal­en­dri­er spé­ci­fique dont les reli­quats agré­mentent d’ailleurs tou­jours les séquences de prévi­sions météorologiques. Con­tin­uer la lec­ture

Douceur captive entre les draps

Françoise LISON-LEROY, Nid, mono­types de Pas­ca­line WOLLAST, Esper­luète, 2023, 56 p., 15 €, ISBN : 9782359841732

lison leroy nidMon corps est une armoire. Je vis dedans. Quand elles vien­nent, je voudrais me cacher ailleurs. Je pour­rais m’enfuir et elles ne ver­raient rien, je serais tou­jours là. 

Jux­ta­posées dans leur écrin blanc et noir, les phras­es de Françoise Lison-Leroy ric­ochent sur les estam­pes de Pas­ca­line Wol­last, égale­ment mag­né­tiques et sibyllines, à mi-chemin entre l’énigme et l’évidence. Ce bref réc­it poé­tique con­tient deux par­ties : « On a changé de pays » et « L’autre nuit » — deux par­ties qui se présen­tent comme les rives d’un fleuve, entre lesquelles ser­pente une his­toire mil­lé­naire et pour­tant tou­jours neuve. On a changé de pays intro­duit l’idée d’un mou­ve­ment, peut-être une fuite, un départ en tout cas qui bute d’emblée sur les murs d’une étrange mai­son, dont on ne sait s’il s’agit d’une prison ou d’un cen­tre de soin – voire, de tout autre chose. Mais s’agit-il seule­ment d’échapper à quelque chose ou quelqu’un ? Peut-être est-il plutôt ques­tion de se sous­traire aux regards, pour mieux retrou­ver ses sou­venirs et les par­fums tac­tiles du pre­mier nid (ou pre­mier lit) à l’approche du dernier. Con­tin­uer la lec­ture

Un Blavier, sinon rien !

André BLAVIER, Un bib­li­ographe au pays des fous, Choix de textes, entre­tien et post­face de Rony Demae­se­neer, Espace Nord, 2023, 340 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–585‑8

blavier un bibliographe au pays des fousLe terme de « bib­li­ogra­phie » entre dans le Dic­tio­n­naire de l’Académie française aux envi­rons de 1760, mais on con­sid­ère générale­ment le savant Gabriel Naudé (1600–1653) comme le pre­mier bib­li­ographe français en tant que tel. Et com­ment définis­sait-on Naudé en son temps ? Par sa fonc­tion de bib­lio­thé­caire (notam­ment pour Mazarin), sa haute éru­di­tion, ses qual­ités de let­tré, et son inscrip­tion per­son­nelle dans le mou­ve­ment des penseurs lib­ertins. Lui-même rédi­gea une Bib­li­ographia polit­i­ca, réu­nis­sant un vaste cor­pus de références et de textes con­sacrés à la chose poli­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Vivantes traces à la lisière du visible

Yves NAMUR, La nuit amère, Arfuyen, 2023, 126 p., 14 €, ISBN : 9782845903517

namur la nuit amère« Toutes ces traces, Les con­nues, les oubliées Ou les per­dues Veu­lent-elles aus­si nous porter De l’autre côté du temps Et du fleuve noir ? », s’interroge leur évo­ca­teur poète pas­sion­né Yves Namur dans son livre La nuit amère.

Ces traces Qu’on laisse chaque jour Der­rière soi _ Comme autant de silences Ou de feuilles tombées sur l’herbe. 

Avec l’auteur, nous vibrons d’espoir (« Tu écris pour ren­dre vis­i­ble l’invisible », « Lorsque deux mains se cherchent Et se touchent dans l’obscur, Est-ce cela Qu’on appelle l’aube des cœurs Et des flam­boy­ants ?») Con­tin­uer la lec­ture

Et pourtant elle est si vive…

Arnaud DELCORTE, Tes­sons au sable, pho­togra­phies du poète, Coudri­er, 2023,136 p., 22 €, ISBN : 978–2‑39052–052‑8

delcorte tessons au sableTrois ensem­bles com­posent la « Table des textes » du recueil Tes­sons au sable, qui asso­cie poèmes et pho­togra­phies com­posant un car­net de voy­ages. L’ouvrage s’ouvre sur deux exer­gues, cita­tions de Paul Bowles et de Nat­sume Sôse­ki. La phrase extraite du Voy­age poé­tique de l’écrivain japon­ais se décou­vre comme une balise à l’entrée d’une nav­i­ga­tion, un pre­mier « tes­son » éclairant le chem­ine­ment auquel Arnaud Del­corte nous invite : rien ne me presse dans ce voy­age… Quant à Bowles, ce sont ces moments fugaces et essen­tiels, vécus dans l’enfance,  qu’il nous invite à célébr­er et que nous nég­li­geons si volon­tiers. Con­tin­uer la lec­ture

Voie royale sans issue

Un coup de cœur du Car­net

Mar­guerite VAN DE WIELE, Filleul du roi !, Névrosée, coll. « Femmes de Let­tres oubliées », 2023, 198 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931048–52‑8

van de wiele filleul du roiFaire revivre des voix con­trar­iées, sor­tir de l’ombre de grandes effacées qui ont fait la lit­téra­ture, nos Let­tres, leur redonner une place dans l’histoire lit­téraire, val­oris­er le tra­vail artis­tique des femmes, excaver des pépites trop longtemps enfouies, voilà l’entreprise de la col­lec­tion « Les femmes de Let­tres oubliées » aux édi­tions Névrosée. Des réha­bil­i­ta­tions qui ne sont pas sans enjeu de légitim­ité pour les généra­tions futures, qui ren­dent vis­i­ble un héritage injuste­ment invis­i­bil­isé ; une démarche d’orpailleuse à tra­vers les ray­on­nages des Archives et Musée de la Lit­téra­ture et de la KBR. Aujourd’hui, sort de l’oubli Filleul du roi ! et son autrice, Mar­guerite Van de Wiele (1857–1941). Elle qui fut la pre­mière autrice belge à faire de l’écriture un méti­er à part entière, la pre­mière écrivaine du pays à vivre de sa plume. Deux de ses ouvrages ont déjà revu la lumière grâce à l’initiative de la même mai­son d’édition : Âme blanche (2019) et Fleurs de civil­i­sa­tion (2020). Con­tin­uer la lec­ture

Le sursis s’écrit noir sur blanc

Car­o­line LAMARCHE et Paul MAHOUX, Dix ans, Cam­bourakis, 2023, 112 p., 16 €, ISBN : 9782366247695

lamarche mahoux dix ansQuand Car­o­line Lamarche s’as­so­cie à Paul Mahoux pour com­pos­er un roman graphique, on tient dans les mains une propo­si­tion limpi­de et intran­sigeante, qui archi­tec­ture le sen­si­ble et l’é­tat du désas­tre. L’ex­tinc­tion de masse et la mort annon­cée d’une jeune fille inscrivent cet ouvrage dépourvu de couleurs dans une noirceur sans men­songe. Au scé­nario, la plume ligne claire, la sim­plic­ité des mots choi­sis par l’autrice de Nous sommes à la lisière. Au dessin, le car­net-de-cro­quiste en Mole­sk­ine et pein­tre Paul Mahoux, les traits fins et noueux, les aplats troués noir sur blanc. Con­tin­uer la lec­ture

À pas feutrés

Natal­ie DAVID-WEILL, L’atelier d‘écriture, Stock, 2023, 264 p., 20,50 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑234–09531‑1

david weill l atelier d ecritureL’héroïne du roman, Esther, est une jeune femme qui tra­verse une tran­si­tion déli­cate dans sa vie. Pro­fesseure de français con­ver­tie en cuisinière dans un restau­rant, elle se sent dans une impasse depuis sa rup­ture avec son com­pagnon avec qui elle tra­vail­lait. Elle se retrou­ve désor­mais seule et sans tra­vail dans un état de vul­néra­bil­ité où il lui est dif­fi­cile de rebondir et d’identifier ses désirs pour l’avenir.

Elle accepte de se ren­dre à un ate­lier d’écriture sous les con­seils insis­tants de son amie Niki, plus par las­si­tude que par con­vic­tion. Lorsqu’elle fran­chit la porte de l’atelier et décou­vre l’animateur ain­si que les par­tic­i­pants avec une réserve mât­inée de crainte, elle prend con­science de l’ampleur de son manque de con­fi­ance et de sa peur de la ren­con­tre causés par sa blessure. Con­tin­uer la lec­ture

Le désir est politique

Théophile BOURCASSI et Julie LOMBE, Tête-bêche, Bleu d’encre, 2023, 15 €, ISBN : 978–2‑930725–58‑1

bourcassi lombe tete becheTête-bêche, le recueil écrit à qua­tre mains par Théophile Bour­cas­si et Julie Lombe explore les ter­ri­toires du désir où se ren­con­trent ébats éro­tiques et extases de l’écriture. Placé sous l’enseigne de la posi­tion 69, il se livre en deux par­ties, envers et endroit, chaque lecteur emprun­tant libre­ment l’ordre de décou­verte. La mul­ti­pli­ca­tion des reg­istres de langue, la jux­ta­po­si­tion de textes en prose poé­tique, de poèmes coulés dans l’acrostiche, de plages slam­meuses où les rimes font l’amour délivrent une bal­lade éro­tique, un beat amoureux où les phras­es, chauf­fées à blanc, se tail­lent une place au sep­tième ciel. Par­fois, la danse graphique s’invite dans des textes qui miment les corps enlacés ou qui s’étoilent en un soleil, en une roue de sup­plices-délices. On songe aux ana­grammes d’Apollinaire, à son roman Les onze mille verges, on pense aux écrits de Hen­ry Miller et d’Anaïs Nin, aux som­mets éro­tiques de la prose ciselée par Serge Gains­bourg, on recueille et on com­pare les échos des mêmes scènes tran­scrites par Théophile Bour­cas­si et Julie Lombe. Le verbe claque, mordille, lèche, gicle, cop­ule, met le feu aux pages. Pas de faux-sem­blant, pas de ruse mais une invi­ta­tion à se promen­er dans un palais des fan­tasmes, dans des jeux de langue, dans les sor­tilèges de la baise. Les piments et scé­nar­ios BDSM s’invitent, l’écriture est éminem­ment physique, sen­sorielle, entre cru­dité et onirisme. Con­tin­uer la lec­ture