Un coup de cœur du Carnet
Monique BERNIER, Hugo, M.E.O., 2024, 184 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0428‑3
Le récit de Monique Bernier est raconté à la première personne par le héros, Hugo, 8 ans. Il nous explique avec ses mots ce qu’il a vécu les trois dernières années, la période la plus laide de sa vie, celle où sa maman est partie du jour au lendemain et où son papa a changé.
Lorsque sa maman disparaît, Hugo réagit comme un petit garçon de 5 ans : il l’attend, la cherche, a peur de partir de la maison au cas où elle reviendrait. Son père plonge dans une dépression profonde, arrête de travailler, ne s’habille plus, ne nettoie plus leur logement. À un moment donné, il est obligé de recommencer à travailler et de prendre des antidépresseurs, mais son comportement se transforme : il ne parle presque plus à son fils sauf pour crier, s’emporte vite et lui donne des gifles quand Hugo lui demande pourquoi sa maman est partie, pourquoi elle est partie sans lui. Continuer la lecture
Un prisonnier est libéré. Pourtant, ce n’est pas la joie qui l’habite. Il se sent dans un étonnant état de détachement par rapport aux choses. Et quand il sort, tout vacille. Ce n’est pourtant pas dû à son incarcération de sept ans qui l’aurait coupé de la vraie vie et aurait causé des problèmes d’adaptation. C’est plutôt la réalité qui vacille. Tous les gens qu’il rencontre se ressemblent. Les lieux perdent leur identité ; une maison peut être transférée à l’identique d’une ville à une autre. Louvier va donc faire l’expérience de l’étrangeté.
Plus lumineux et clair que le violet dans la gamme duquel il se décline, le mauve, équilibrant l’ardeur rouge et la sérénité bleue, symbolise dans le monde ésotérique la transformation spirituelle, l’intuition et la sagesse, la créativité et l’imagination. Élégante vivace estivale, la mauve, son homonyme féminin, parsème les sols de bouquets joyeux quand, en breuvages infusés, elle ne tapisse pas de douceur les gorges irritées et d’apaisement les digestions compliquées. Mauve, c’est le prénom que porte l’héroïne de Victoire de Changy, comme s’il avait été pensé lettre par lettre en attente de son âme. C’est sa mère synesthète qui a braillé ce nom à sa naissance, et il lui va comme un gant, à elle, la fille de la flamboyante Anna et des tranquille papa et solide pépa, elle qui navigue entre ces chromatiques froides et chaudes teintant sa personnalité. Velouté extérieur du mauve, robustesse intérieure de la mauve.
« Elle espérait que son exemple me donne de la force. Mais c’était tout le contraire qui se produisait ». Elle, la mère d’Isabelle. Elle, l’ombre écrasante. Elle, qui ne veut surtout pas que sa fille cache ou gâche sa beauté. Elle, l’unique lien, la seule, face au vide généalogique. Elle, dont la mort fait éclater le mensonge, la transmission filiale au prisme des secrets et des non-dits. Isabelle devra alors voir au-delà d’elle, sonder l’héritage tapi dans des profondeurs insoupçonnées, retracer des liens d’une noirceur d’encre à l’incandescence d’elle.
Des amours de soie, le troisième roman en date de Martine Roland, confirme encore l’intérêt de l’autrice pour les sujets denses et mystérieux, voire hors normes en nous invitant à suivre les rencontres, les chocs psychologiques et surtout la violence des relations humaines. Dans ce roman, paru dans une nouvelle collection de livres noirs chez Academia, « Noirs desseins », l’auteure nous offre un thriller psychologique surprenant et aux échos les plus noirs.
Quelques mois avant sa mort en février 2012, Guy Vaes confia à deux proches, Adolfo Barbera del Rosal et Bart Vonck, le manuscrit de la première partie d’un diptyque dont le deuxième volet n’était pas encore écrit. « Je ne trouve pas la fin et je ne veux pas inventer », leur confia-t-il. Le roman est même deux fois inachevé, la première partie se concluant, volontairement, sur une phrase incomplète. En outre, le texte n’avait pas de titre ; les deux dépositaires du manuscrit lui en ont donné un, Sigur, ou presque, titre particulièrement judicieux tant le récit repose sur ce mot presque.
Comme chaque année, Jérôme se rend à l’assemblée générale de la copropriété de son immeuble. Et comme chaque année, il aurait préféré rester au chaud chez lui, à dévorer un livre – il est critique littéraire – plutôt que de subir les rancœurs, récriminations, sarcasmes et coups bas de certains copropriétaires. Cet exercice est hélas obligatoire. Et sans mentir, d’un profond ennui survient un certain amusement dû à quelques énergumènes toujours très remontés. Jérôme salue et discute avec quelques sympathiques voisins : Youssef, l’un des membres du conseil de copropriété qui se coupe toujours en quatre pour les autres et sait tout sur tout le monde ; Lise et Paul, un couple dont la femme ne le laisse pas indifférent ; un nouveau propriétaire qui lui tient la jambe… Les plus pénibles de l’assemblée se placent au premier rang, mais il manque leur roi, Marius Van Eyck, un solitaire qui en a poussé plus d’un à bout, locataires comme propriétaires. Où est-il ? Cette absence est étrange et ne lui ressemble pas. Deux voisines, Mélanie Leclerc et Vinciane Merveille, s’en inquiètent. Il ne raterait ce rendez-vous annuel pour rien au monde. Que lui est-il arrivé ? Qu’importe, la séance est ouverte. Et malgré l’absence de Van Eyck, les débats s’enchaînent, au grand dam du narrateur.
Guy Delhasse, à bien des égards, est un baroudeur des lettres belges francophones. On l’a, il s’est, parfois qualifié de vagabond de l’écriture ou de gardien de but de la littérature liégeoise. Tous ces titres, il les mérite depuis qu’il s’est lancé en écriture en 1974 et même avant puisque nous découvrons dans son dernier livre, Bourg d’enfance, qu’il tient un journal intime depuis ses 11 ans (soit, à ce jour, 280 cahiers, et plus de 50.000 pages, presque un record !). Depuis, il en a fait du chemin, en écriture et comme guide littéraire à la découverte de cités à travers les échos qu’en ont donnés écrivains et écrivaines.
En 2017, Claude Donnay, figure éminente de la poésie belge (comme poète, éditeur, directeur de revue) publiait
Premier roman de la journaliste Paloma de Boismorel, La fin du sommeil se présente comme un exercice de style métatextuel rondement mené : un sans-faute, toutefois sans grande inventivité.
Melvile est un jeune trentenaire qui travaille dans une boîte de com à Bruxelles. Depuis que sa compagne l’a quitté sous prétexte qu’il est « une petite chose faible et fragile », il repasse en boucle les souvenirs de sa relation, obsédé par cette femme, même si elle l’a entraîné dans une relation toxique, où elle l’a poussé à changer pour être à la hauteur de ses attentes.
Dans un monde bipolaire où les puissants Esharis vivent de l’exploitation des cristaux et asservissent le peuple des Arcanes, Arazia rencontre son destin. Riche de son Talent, celui de pouvoir générer les émotions par la magie, mais amnésique et sans famille, iel jure de se libérer du joug de l’empire eshari pour retrouver la mémoire et la liberté.
Jacob Dreyfus est un coriace. Journaliste, il a reçu le prix Pulitzer pour son enquête sur les nouveaux groupuscules suprémacistes blancs parue dans le Washington Post. Cette récompense fabuleuse le met au centre de l’attention alors que, dans la foulée, les autorités procèdent à des arrestations, y compris dans les rangs du Sénat. Elle lui vaut aussi rapidement des menaces de mort insistantes qui touchent l’ensemble de sa famille, mettant en évidence ses origines juives. À telle enseigne que les autorités décident de lui faire quitter les États-Unis et de l’installer avec sa femme et son fils en France sous une autre identité avec la protection permanente d’un garde du corps. Ce qui impose à Jacob, devenu Cyril Buissière, de rompre tout lien avec son passé, y compris avec le reste de sa famille.
Le récit s’ouvre sur la signature d’un premier contrat de travail pour Luce, 25 ans, engagée à Bruxelles pour un poste de traductrice de modes d’emploi. Elle aurait préféré traduire des romans à la quête du mot juste et dépérit rapidement dans une entreprise déshumanisée entourée de collègues froids et distants, empreints d’une certaine méchanceté compétitive.
Le récit s’ouvre sur le décès d’une personne qui replonge l’héroïne, Delphine, dans une vieille amitié ayant pris une grande place dans sa vie. Elle prend alors un carnet pour jeter sur le papier cette histoire qui a pris un tournant décisif une douzaine d’années plus tôt. À cette époque, Delphine était amie avec Anne, Noémie et Éléonore et leur quatuor était scellé par la mort, ou plutôt la perte ou l’absence d’amour ayant laissé des traces profondes indélébiles.
Les récits de parents sur leur enfant atteint d’un spectre autistique ne manquent pas. Ceux qui atteignent une dimension littéraire sont plus rares. En Belgique, il y a eu