Jean-Pol HECQ, L’armée des loups, M.E.O., 2025, 196 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782807005259
2035. À la faveur de ce léger bond dans le temps, les guerres sur terre ont poursuivi leurs ravages et leurs mutations. Toujours davantage de machines commandées à distance remplacent les soldats sur le terrain et pourchassent l’ennemi par les airs et sur terre. Voici que les forces armées européennes (ceci est bien une fiction) développent le projet d’un robot militaire auquel ils ont donné l’apparence d’un loup. Celui-ci est capable de se faufiler partout de jour comme de nuit, de tout filmer et identifier et il peut devenir un tueur redoutable, insaisissable, qui n’hésitera pas à s’autodétruire si nécessaire. Alors que les dernières mises au point et essais ont lieu, le projet doit être présenté aux autorités européennes pour envisager sa mise en production et son intégration à de futures opérations. Ce qui ne manque pas de soulever bien des questions auprès des responsables, notamment quant au recours à l’intelligence artificielle dans les logiciels qui animent cette arme redoutable tenue au plus grand secret. Continuer la lecture






L’existence des êtres, la vie des phrases sont bitumées, encerclées par les vapeurs post-punk du « no future ». C’est dans le territoire mouvant du peuple des marges que Rachel M. Cholz campe Pipeline, son premier roman. Comme dans son premier récit, No ou le pactole paru à La Lettre volée, la fiction se penche sur les exclus, les broyés, les largués du système néolibéral, sur les tribus de la débrouille qui se livrent à mille et un trafics, tapinent, volent, dealent pour survivre. Comment écrire au cœur des mots qui sentent la folie du monde ? Princes des combines, des zones clandestines, la narratrice, « la timide », et son ami Alix écument la rue Heyvaert, les entrepôts près du canal de Bruxelles, louvoient dans des quartiers de Molenbeek, à la recherche de véhicules à siphonner. Le monde est en ruines mais il reste le gazole, l’élixir noir, pivot d’une économie parallèle depuis qu’Alix a découvert un pipeline qui relie une raffinerie à un entrepôt de stockage. Avec une liberté radicale, dans une langue serpentine, nerveuse, imprévisible, Rachel M. Cholz nous plonge dans un capitalisme à la dérive, impitoyable, paupérisant, braque ses projecteurs sur les êtres de l’ombre talonnés par les flics d’un côté, par les gangs mafieux de l’autre.
Après 




Le récit de Nicole Haelemeersch nous fait découvrir l’Europe en 2120 rebaptisée Europea. Suite aux guerres de l’eau provoquées par le réchauffement climatique, la répartition des populations a été redistribuée et le territoire est désormais sous la dictature totalitaire d’Igor Pouchkinov. Les Européaniens vivent dorénavant avec une puce implantée dans le cou qui peut les géolocaliser à tout moment et possèdent tous un écran dans leur salle de séjour permettant une surveillance constante de la Poko, la police secrète des Seigneurs. Par ailleurs, les citoyens d’Europea portent une brodi, une montre bracelet ordinateur, qui leur sert à communiquer entre eux et ils se nourrissent avec des gélules ou de l’alimentation imprimée en 3D, faute de ressources alimentaires suffisantes. Le décor est planté.
Dans Décomposition, Clarisse Derruine nous donne à lire une dystopie qui se déroule dans une ville fictive et s’étend sur plus d’une dizaine d’années. Le monde tel que nous le connaissons est atteint par un mal singulier : une colonie de champignons envahit le pays et s’infiltre partout dans les lieux publics, mais aussi les foyers. 