Archives par étiquette : Camille Tonelli

Quelques cris

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie MARQUÈS, Nos ven­dredis, Impres­sions nou­velles, 2024, 208 p., 19 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–150‑7

marques nos vendredisTrône, au rang des nou­veautés de la ren­trée lit­téraire, Nos ven­dredis, pre­mier roman de Nathalie Mar­quès. L’ouvrage, pub­lié aux Impres­sions Nou­velles, est présen­té comme un roman choral. Avec beau­coup de sub­til­ité, il décrit les des­tins croisés d’habitants d’un quarti­er cos­su du Bra­bant Wal­lon : bobo, calme et famil­ial. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2023 de Camille Tonelli

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2023 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Camille Tonel­li. Con­tin­uer la lec­ture

Dans une sorte d’éternité

Anne-Marielle WILWERTH, D’abord le souf­fle, Tail­lis Pré, 2023, 104 p., 16 €, ISBN : 978–2874502064

wilwerth d'abord le soufflePour la troisième fois, Le Tail­lis Pré accueille au sein de sa col­lec­tion un recueil de poèmes signé Anne-Marielle Wilw­erth. Après avoir pub­lié Ce que le bleu ne sait pas de frag­ile (2019) et Les miroirs du désor­dre (2021), la mai­son d’édition ouvre sa porte à une injonc­tion de la poétesse : D’abord le souf­fle. Con­tin­uer la lec­ture

Hors-champ

Fabi­enne VERSTRAETEN, V ou la mélan­col­ie, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2023, 136 p., 18 €, ISBN : 9782363083319

verstraeten v ou la melancolieEn avril, la mai­son d’édition parisi­enne Arléa pub­li­ait dans sa col­lec­tion « La ren­con­tre » le pre­mier roman de Fabi­enne Ver­straeten, déjà con­nue des milieux brux­el­lois de l’art et de la cul­ture.  Inti­t­ulé V ou la mélan­col­ie (comme référence explicite au roman de Georges Perec, W ou le sou­venir d’enfance), le roman que pro­pose Fabi­enne Ver­straeten s’inscrit dans la tra­di­tion des sagas famil­iales.

Au départ d’une pho­togra­phie, prise dans l’immédiat après-guerre, de l’enterrement de son grand-père Aloïs, l’autrice fouille son his­toire famil­iale. Elle l’interroge dans le but de débus­quer les caus­es d’un atavisme bien par­ti­c­uli­er : la mélan­col­ie. Con­tin­uer la lec­ture

À vos destins

Car­o­line LAMARCHE, Éme­lyne DUVAL, Le livre du des­tin, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2023, 64 p., 15 €, ISBN: 978–2‑87429–129‑6

lamarche duval le livre du destinNou­velle curiosité de la col­lec­tion « La petite pierre » aux édi­tions brux­el­lois­es La pierre d’alun, Le livre du des­tin ou la div­ina­tion par les cartes du Mar­quis de La Pierre d’Alun se veut aus­si bien ludique et léger qu’ésotérique. L’ouvrage, en effet, ne cam­ou­fle pas ses inten­tions. Il a pour voca­tion de prédire l’avenir en s’appropriant le plus libre­ment pos­si­ble les règles de la div­ina­tion.

En ouver­ture, la pré­face du Livre du des­tin décrit les pro­tag­o­nistes d’un curieux jeu de rôle. Un jour, un Mar­quis n’en étant pas vrai­ment un, ancien coif­feur puis déten­teur d’une galerie d’art, « [à] l’heure du par­fait ray­on­nement de son dou­ble des­tin, [éprou­ve] le besoin d’en prédire la tra­jec­toire future ». Le voilà donc qui com­mande à une col­lag­iste un jeu de cartes div­ina­toires. Parce qu’il est néces­saire d’user sans détours du lan­gage pour traduire les visions de l’avenir, une poète est à son tour enrôlée. Con­tin­uer la lec­ture

Dissolutions

Lau­rence VIELLE, Bil­lets d’où, Cas­tor Astral, 2023, 199 p., 9 €, ISBN : 9791027803477

vielle billets d'oùDans Bil­lets d’où, Lau­rence Vielle s’adonne, selon ce qui lui est cou­tu­mi­er, à une poésie entre­tenant des liens étroits avec la pra­tique de l’oralité. Elle y développe une pen­sée issue de la vie quo­ti­di­enne, de choses vues, vécues ou ressen­ties, qui se décline ensuite en élans fic­tion­nels qui ten­dent à la recherche de soi-même et de l’autre.

La col­lec­tion « Poche/Poésie » de la mai­son d’édition bor­de­laise Le Cas­tor Astral accueille à la per­fec­tion le cli­mat fon­da­men­tale­ment intime de ces bil­lets au titre calem­bour. Puisque le mes­sage d’un bil­let s’adresse à un des­ti­nataire (implicite­ment ou explicite­ment), un « tu », par­fois un « vous », se fait sou­vent le récep­ta­cle des con­fi­dences de la poétesse. Aus­si bien le lecteur anonyme, qu’un fam­i­li­er de la poétesse ou la poétesse elle-même, il est une omniprésence qui invite à se plonger sans pudeur dans une vie que l’on ques­tionne autant qu’elle inter­roge : Con­tin­uer la lec­ture

Poser les mots

Jacinthe MAZZOCCHETTI, Hele­na DA SILVA CASQUILHO, En écorch­es, Chat polaire, 2022, 122 p.,  16 €, ISBN : 978–2‑931028–22‑3

mazzocchetti en ecorchesJacinthe Maz­zoc­chet­ti pub­lie pour la pre­mière fois aux édi­tions du Chat polaire un recueil de poèmes inti­t­ulé En écorch­es. Le recueil, illus­tré à l’encre de Chine par Hele­na Da Sil­va Casquil­ho, abor­de de nom­breux sujets de société qui revi­en­nent à la manière de ritour­nelles, d’un vers à l’autre ou d’un poème à l’autre, se nour­ris­sant les uns les autres afin de tran­scrire avec le plus de lim­pid­ité pos­si­ble les pen­sées et posi­tions idéologiques de la poétesse. Au fil des stro­phes, il sera ain­si ques­tion du con­sumérisme, de l’absurdité et de l’hypocrisie occi­den­tales ; de l’immigration, du tiers monde, de la guerre, des injus­tices et des vio­lences faites aux femmes ; de l’écriture et de la mémoire. Con­tin­uer la lec­ture

Vide papier

Lau­rence SKIVÉE, Le laveur de vit­re, Let­tre volée, 2022, 192 p., 21 €, ISBN : 9782873176044

skivee le laveur de vitresDans Le laveur de vit­res, bref réc­it pub­lié aux édi­tions de La let­tre volée, Lau­rence Skivée décrit à grand ren­fort de silences et de blancs sur la page une expéri­ence du deuil et du dire, le texte ne dévoilant ses vérités qu’au tra­vers de l’idylle muette et pla­tonique entre la nar­ra­trice et un jeune laveur de vit­res.

À l’âge de quar­ante ans, la nar­ra­trice, artiste con­fi­den­tielle et mani­aque par édu­ca­tion, se livre à la lenteur et à la paresse. Pour l’y aider, elle choisit de recourir aux ser­vices d’un jeune laveur de vit­res. Quoiqu’ignorant tout de lui, jusqu’à son prénom, elle s’en éprend sage­ment, prudem­ment, à dis­tance : Con­tin­uer la lec­ture

Ont encore recommencé

Pas­cal VREBOS, La chair déchirée d’une petite gri­otte noire, M.E.O., 2022, 64 p., 10 € / ePub : 6,49 €, ISBN : 2807003532

vrebos la chair dechiree de la petite griotte noireAvec La chair déchirée d’une petite gri­otte noire, Pas­cal Vre­bos pro­pose, aux édi­tions M.E.O., un court roman por­tant sur la thé­ma­tique du viol et du trau­ma­tisme qui en découle, de la dif­fi­cile et douloureuse recon­struc­tion de l’individu.

Tout au long du roman, une jeune femme du nom de Maria­ma con­te son his­toire au lecteur. Per­son­nage qui se veut uni­versel, elle a ses racines sur le con­ti­nent africain. Un jour, un pro­jet d’étude l’a menée quelque part en Europe où elle a posé ses valis­es. Là, elle a fait l’expérience de la haine raciale et de la cru­auté. Sa chair, nous appren­dra-t-elle, y a été déchirée. Con­tin­uer la lec­ture

Visages et figures de la Belgique

Marc QUAGHEBEUR, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 108 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 9782875863300

quaghebeur belgiquesProf­i­tant du cli­mat humide quoiqu’ensoleillé que nous promet­tait la venue de l’automne, les édi­tions Ker propulsent sur les tables des libraires une nou­velle pièce de la col­lec­tion « Bel­giques ». C’est Marc Quaghe­beur qui en signe le dix-neu­vième recueil de nou­velles. Comme Rose-Marie François, Lau­rent Demoulin, Colette Nys-Mazure avant lui – pour ne citer qu’un échan­til­lon restreint – il applique habile­ment la con­signe de dress­er un « por­trait en mosaïque de la Bel­gique » afin de livr­er dans un tableau impres­sion­niste le reflet d’une Bel­gique : la sienne.

La Bel­gique de celui qui a voué sa vie à la lit­téra­ture fran­coph­o­ne de Bel­gique sem­ble ne vouloir se laiss­er décou­vrir qu’au tra­vers de fig­ures des champs lit­téraire et artis­tique du pays. L’ombre d’Abraham esquisse le por­trait de Sarah Kalis­ki (1941–2010) ; Tant de haine nous racon­te le dévoue­ment au théâtre et à la recherche de Michèle Fabi­en (1945–1999) ain­si que sa fas­ci­na­tion pour le tra­vail de Pierre Mertens ; Les lisières de l’infini con­te l’impertinence du poète Jean-Claude Pirotte (1939–2014). L’empereur Charles Quint prend égale­ment la parole dans Avant que le soleil ne se couche. D’autres fig­ures, apparem­ment anonymes, voient pour­tant leur vie décor­tiquée et leur per­son­nal­ité exhibée avec ten­dresse dans Brux­elles… Brux­elles…, On l’appelait meringue, Passés les sables et L’un et l’autre. Aus­si appa­rait-il claire­ment que cha­cune des pier­res de la mosaïque com­posée par Marc Quaghe­beur est de nature iden­tique. Chaque per­son­nal­ité provient du ter­ri­toire de Bel­gique ou l’occupe. Mys­térieuses, elles bril­lent par la force de leur car­ac­tère et la fatal­ité du des­tin qui les attend. Enfants d’une époque, elles en por­tent la mar­que et les séquelles : l’originalité se décou­vre au départ des con­ven­tions. Con­tin­uer la lec­ture

Outre

Jean-Marie CORBUSIER, Comme une neige d’avril, Let­tre volée, 2022, 112 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–586‑3

corbusier comme une neige d'avrilVoyageur aux pris­es avec un univers de mots, Jean-Marie Cor­busier pour­suit dans son nou­veau recueil pub­lié à La Let­tre volée – Comme une neige d’avril – sa recherche de la poésie. Explo­rateur, télé­graphe, le poète prend note de ce qu’il perçoit – spoil­er alert – : de la neige, tou­jours plus de neige, de la neige sur de la neige. Le blanc, que ce soit celui de la neige ou du papi­er, occupe, par con­séquent, une place prépondérante dans ce dernier recueil.

Cette com­para­i­son pour titre dit bien l’état de pré­car­ité de l’univers dans lequel évolue le poète. Cet univers se car­ac­térise par une absence de repères effi­caces. Pire, les règles qui le régis­sent ne sem­blent pas fixées une fois pour toutes. Le sol se dérobe sous les pas du poète qui ne sait nom­mer pré­cisé­ment ce qui l’entoure (« Ici amas se dit con­gère / ailleurs/banc de neige / là-bas qui revient » ; « l’aube / qui a changé de nom / le doute encore »). Aus­si, le poème « comme une neige d’avril » est-il l’image qui cache l’univers du dire impos­si­ble. Con­tin­uer la lec­ture

Au feu !

Claude DONNAY, Pourquoi les poètes n’ont jamais de tick­et pour le par­adis, Arbre à paroles, 2022, 14 €, 106 p., ISBN : 9782874067204

donnay pourquoi les poetes n'ont pas de ticket pour le paradisDans une série de Poèmes pour – la for­mule inau­gu­rant le titre de presque tous les poèmes de son recueil – Claude Don­nay tra­verse, entre autres étrangetés, « les épo­ques éteintes », « les jours de pluie », « un matin sourd » ou encore « une vie sans mesure ». Cette col­lecte, pub­liée aux édi­tions de l’Arbre à parole sous le titre Pourquoi les poètes n’ont jamais de tick­et pour le par­adis, œuvre à la réan­i­ma­tion de nos exis­tences diag­nos­tiquées « engour­dies ».

Le quo­ti­di­en et, plus large­ment, le monde con­tem­po­rain se trou­vent au cœur de la poésie de Claude Don­nay. L’un et l’autre bril­lent par les hori­zons qu’ils écrasent et les lib­ertés qu’ils entra­vent. Par exem­ple, le con­fine­ment, expéri­ence désor­mais déniée, se rap­pelle à notre bon sou­venir dès l’ouverture du recueil dans des vers tels que : Con­tin­uer la lec­ture

Réalités tronquées

Béa­trice BOURET-SPREUX, Trois fois rien, Déje­uners sur l’herbe, 2022, 14 €, ISBN :  978–2‑93043–377‑6

bouret spreux trois fois rienDans son dernier recueil de nou­velles – Trois fois rien – paru aux édi­tions Les déje­uners sur l’herbe, Béa­trice Bouret-Spreux donne la parole aux déclassés. Tout au long des sept réc­its qui le com­posent, des voix d’hommes et de femmes s’élèvent. Ensem­ble, elles par­courent le spec­tre des vies sim­ples, de la mis­ère, du désœu­vre­ment et de la vio­lence.

L’histoire de Jésus de Nazareth inau­gure l’ouvrage. Cette nou­velle, la plus longue, donne la parole aux trois per­son­nages que sont Paulo, Ludo et Jésus, trois amis dont le des­tin trag­ique a pour orig­ine une ono­mas­tique sur­prenante : Jésus, l’ami de Paulo et de Ludo, est orig­i­naire de Nazareth, un vil­lage près de Gand. Il est fils de Jozef Van­der­noot et de Marie-Con­sue­lo. Une drôle de coïn­ci­dence à laque­lle cer­tains pour­raient bien avoir du mal à croire, une ouver­ture para­doxale à une vio­lence injuste. Con­tin­uer la lec­ture

Fragments de silences intérieurs

Anne-Marielle WILWERTH, Vivre au plus près, Édi­tions du Cygne, 2022, 58 p., 10 €, ISBN : 9782849246931

wilwerth vivre au plus presVivre au plus près, nou­veau recueil poé­tique d’Anne-Marielle Wilw­erth paru aux édi­tions du Cygne, livre à ses lecteurs les nœuds d’une quête exis­ten­tielle faite d’intériorité, de silences, de recherche de dénue­ment, d’interstices et d’instantanés dans ce qui s’apparente à une con­science aigüe du temps qui passe. Il s’agit d’une poésie con­cise d’apparence sim­ple, mais le principe d’économie qui pré­side au choix du mot per­met le ray­on­nement et l’abondance de sig­ni­fi­ca­tions. C’est ain­si qu’émerge une dual­ité douce entre monde physique et méta­physique, principes de l’existence avec lesquels la poétesse nous invite à com­pos­er. Con­tin­uer la lec­ture

Des mots qui déjouent

Marc DUGARDIN, Antoine DUGARDIN, Psaume, pas­sant, Chat polaire, 2022, 82 p., 12 €, ISBN : 978–2‑931028–19‑3

dugardin psaume passant 2Marc Dugardin, avec la com­plic­ité de son fils à la pho­togra­phie – Antoine Dugardin – ouvre une fenêtre sur l’activité d’écriture par l’intermédiaire d’un Psaume, pas­sant pub­lié aux édi­tions du Chat polaire. Ouvrage étrange qui se veut prière, Psaume, pas­sant ne s’adresse pour­tant à aucun dieu, comme un appel lancé dans un vide méta­physique. Emprun­tant sa mélodie à la poésie et la nar­ra­tion d’un « je » vivant, pen­sant, écrivant au genre du réc­it, Marc Dugardin per­met ici « l’irruption du monde dans le corps du texte ». Con­tin­uer la lec­ture

Au féminin de la troisième personne

Aliette GRIZ, FLISE, Pli­er l’hier, Tétras Lyre, 2022, 82 p., 16 €, ISBN : 9782930685618

griz flise plier l hierDans Pli­er l’hier, recueil poé­tique pub­lié chez Tétras Lyre et illus­tré par Flise (artiste plas­ti­ci­enne établie à Paris), Aliette Griz s’adonne à une poésie mil­i­tante entière­ment rédigée au féminin de la troisième per­son­ne dans ce qu’elle nomme « […] un reportage / D’écorché·e·s aligné·e·s / Dans les salles d’attentes ». La pré­face de l’ouvrage, signée par le col­lec­tif Les Que­nouilles auquel appar­tient l’autrice, par­le, quant à elle, « [d’]images comme des plans qui se suc­cè­dent » et proclame : « La nar­ra­tion ne compte pas. Out le plan-séquence. Pli­er l’hier pour faire bouger les instan­ta­nés et l’image d’Épinal ». Com­prenons par ces affir­ma­tions que chaque poème se com­pose d’images apposées les unes aux autres afin de for­mer un tout cohérent et sig­nifi­ant tan­dis que, de son côté, le recueil, fait de vers libres ou de poèmes en prose, pro­gresse par frag­ments. Con­tin­uer la lec­ture