Archives par étiquette : Espace Nord

Terres de l’enfance et cosmos

Marie GEVERS, Madame Orpha, Pré­face de Guy Gof­fette, Post­face de Véronique Jago-Antoine, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 272 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–597‑1
Marie GEVERS, Gulden­top, Pré­face d’Anne-Marie La Fère, Post­face de Pierre Halen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 184 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–598‑8

gevers madame orphaDavan­tage qu’un lieu géo­graphique, le domaine famil­ial de Mis­sem­bourg con­stitue un des per­son­nages prin­ci­paux de l’œuvre de Marie Gev­ers. Situé à Edegem, près d’Anvers, le jardin-roi est au cœur des réc­its Vie et mort d’un étang, Gulden­top, Madame Orpha. Thème et creuset de la nar­ra­tion, il en est aus­si le vecteur, le levi­er. Dans le roman auto­bi­ographique, Madame Orpha ou la Séré­nade de mai, la nar­ra­trice, une fil­lette de dix ans, évoque la pas­sion adultère, trans­gres­sive de Madame Orpha, la femme du receveur, et du jar­dinier Louis. Con­tin­uer la lec­ture →

Dans l’avant-vie de Dominique Rolin

Un coup de cœur du Car­net

Dominique ROLIN, L’infini chez soi, post­face de Pierre Piret, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 300 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–588‑9

rolin l'infini chez soi« Toute inven­tion, dis-je à mon tour non sans une cer­taine lâcheté retorse dont j’ai par­faite­ment con­science, toute inven­tion est sanc­ti­fiée, rec­ti­fiée, jus­ti­fiée vaille que vaille par le feu d’une réal­ité folle. » Insérée dans l’audacieuse archi­tec­ture romanesque de L’infini chez soi – paru en 1980 chez Denoël et très heureuse­ment à nou­veau acces­si­ble aujourd’hui dans la col­lec­tion Espace Nord, avec une post­face appuyée de Pierre Piret – cette énon­ci­a­tion péremp­toire de Dominique Rolin s’applique on ne peut plus exacte­ment, pour­tant, à l’étonnant échafaudage tem­porel dess­iné et mis en place par l’écrivaine. Quoique pou­vant se lire de manière tout à fait autonome, ce roman à l’ingénieuse inven­tiv­ité formelle con­stitue le pre­mier volet d’une trilo­gie par­tielle­ment auto­bi­ographique, pour­suiv­ie en 1982 par Le gâteau des morts et en 1984 par La voyageuse – qui se clô­ture sur la mort de la nar­ra­trice, annon­cée pour l’année 2000. (Fic­tion encore, car Dominique Rolin s’est éteinte bien plus tard, en 2012, son dernier livre ayant paru en 2003). Con­tin­uer la lec­ture →

« Écrire la parole fantôme »

Un coup de cœur du Car­net

Veroni­ka MABARDI, Loin de Lin­den suivi de Adèle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685919

mabardi loin de linden suivi de adeleCet automne, Veroni­ka Mabar­di est entrée dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale Espace Nord avec la réédi­tion de deux textes à l’image de son œuvre, sub­tils et lumineux, orig­inelle­ment pub­liés par Émile Lans­man. Pen­sés pour le théâtre, Loin de Lin­den et Adèle con­tin­u­ent de bouger en dépit de leur fige­ment sur le papi­er, tant ils con­vo­quent d’émotions et remuent les sou­venirs, les langues et les cul­tures. Ces deux textes incar­nent remar­quable­ment le dou­ble sens de l’anglais moved, bref écho au plurilin­guisme et au code switch­ing[1] dont débor­dent ces his­toires intimes exposées avec une grande con­science du sys­tème (ou con­texte) dans lequel elles s’enracinent. Con­tin­uer la lec­ture →

Le devenir des idoles

Car­o­line DE MULDER, Bye Bye Elvis, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 326 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–590‑2
Un dossier péd­a­gogique accom­pa­gne la sor­tie du livre. À télécharg­er gra­tu­ite­ment (pdf).

de mulder bye bye elvis espace nordLa per­son­nal­ité d’Elvis Pres­ley est para­doxale. L’idole adulée par des fans sou­vent hys­tériques, le per­son­nage hyper médi­atisé, inau­gure une voie orig­i­nale dans le paysage cul­turel améri­cain. Mais sa vie privée est un désas­tre. La notoriété et la richess­es venues si vite ne peu­vent lui faire oubli­er le pau­vre qu’il était. Il reste dans une rela­tion fusion­nelle avec sa mère et dans le sou­venir de son jumeau mort à la nais­sance. Le per­son­nage est donc com­plexe. Dans Bye Bye Elvis, Car­o­line De Mul­der tire par­ti des nom­breuses zones d’ombre de la vie et de la car­rière du chanteur et acteur, pour com­pren­dre ce qui peut expli­quer le devenir des idol­es. Con­tin­uer la lec­ture →

Régression larvaire et délivrance

Un coup de cœur du Car­net

Dominique ROLIN, Dulle Gri­et, Post­face de Maxime Thiry, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 320 p., 9,50 €, ISBN : 9782875685896

rolin dulle grietFig­ure mar­quante de l’imaginaire de Dominique Rolin, liée au pays natal, aux racines belges, au roman famil­ial, le pein­tre Pieter Brueghel l’Ancien s’incarne dans son œuvre, don­nant lieu au réc­it L’enragé (1978) et à Dulle Gri­et (1977). Si L’enragé campe le pein­tre fla­mand sur son lit de mort, le roman Dulle Gri­et prend racine dans la mort du père de l’écrivaine, dans le lever de sou­venirs provo­qué par sa dis­pari­tion. Con­tin­uer la lec­ture →

Des vidéos pour les 40 ans d’Espace Nord

espace nord logo 40

La col­lec­tion Espace Nord fête ses quar­ante ans cette année. Pour l’oc­ca­sion, des auteurs et autri­ces pub­liés dans la col­lec­tion présen­tent, en vidéo, leur coup de cœur Espace Nord. Con­tin­uer la lec­ture →

Gracias a la vida

Un coup de cœur du Car­net

Hubert ANTOINE, Danse de la vie brève, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 260 p., 9 €, ISBN : 9782875685872

antoine danse de la vie breveEst-ce un fait pro­pre à notre paysage belge fran­coph­o­ne ? Des auteurs, pleine­ment recon­nus comme poètes, sont nom­breux à évoluer avec suc­cès dans le monde du roman, que l’on songe à Lisette Lom­bé ou à Antoine Wauters pour ne citer qu’eux. Tel fut le cas aus­si en 2016 d’Hubert Antoine, qui décrocha d’emblée le prix Rossel pour Danse de la vie brève, aujourd’hui réédité dans la col­lec­tion Espace Nord. À ce moment, il a déjà à son act­if six recueils poé­tiques, dont deux couron­nés par des prix lit­téraires, et un pre­mier ouvrage pub­lié en 2006 chez Ver­ti­cales, Intro­duc­tion à tout autre chose,  qui relate les événe­ments en cours à Oax­a­ca (Mex­ique) et amorce pré­cisé­ment la démarche pour­suiv­ie dans le livre aujourd’hui remis en lumière. Con­tin­uer la lec­ture →

Ad@ptez un classique : un concours pour les écoles

concours espace nord 2024

La col­lec­tion Espace Nord, en parte­nar­i­at avec la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles et les AML, organ­ise chaque année un con­cours à des­ti­na­tion des écoles du sec­ondaire. Ad@ptez un clas­sique revient cette année pour une ver­sion spé­ciale, à l’oc­ca­sion des 40 ans d’E­space Nord.  Con­tin­uer la lec­ture →

Faire tomber les écailles

Lau­rent DE GRAEVE, Le mau­vais genre, post­face de Vin­cent Louis, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 260 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–586‑5

de graeve le mauvais genrePrix Rossel 2000, Le mau­vais genre s’est vu offrir cette année une réédi­tion chez Espace Nord, rehaussée d’une post­face de Vin­cent Louis qui le con­fronte fine­ment à son insti­ga­teur, Pierre Choder­los de Lac­los et ses Liaisons dan­gereuses. La Mar­quise de Mer­teuil, qui était la rédac­trice d’une petite trentaine de let­tres dans l’œuvre épis­to­laire du 18e siè­cle, l’est ici d’un jour­nal en deux par­ties. « Le sang, le flegme, la bile et la mélan­col­ie » et « Les liaisons par­al­lèles » débouchent sur une seule let­tre finale numérotée CLXXV, comme la véri­ta­ble dernière let­tre des Liaisons dan­gereuses. Un point final en sup­plante un autre et la grandeur de cette réécri­t­ure queer se mesure. Con­tin­uer la lec­ture →

Un Blavier, sinon rien !

André BLAVIER, Un bib­li­ographe au pays des fous, Choix de textes, entre­tien et post­face de Rony Demae­se­neer, Espace Nord, 2023, 340 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–585‑8

blavier un bibliographe au pays des fousLe terme de « bib­li­ogra­phie » entre dans le Dic­tio­n­naire de l’Académie française aux envi­rons de 1760, mais on con­sid­ère générale­ment le savant Gabriel Naudé (1600–1653) comme le pre­mier bib­li­ographe français en tant que tel. Et com­ment définis­sait-on Naudé en son temps ? Par sa fonc­tion de bib­lio­thé­caire (notam­ment pour Mazarin), sa haute éru­di­tion, ses qual­ités de let­tré, et son inscrip­tion per­son­nelle dans le mou­ve­ment des penseurs lib­ertins. Lui-même rédi­gea une Bib­li­ographia polit­i­ca, réu­nis­sant un vaste cor­pus de références et de textes con­sacrés à la chose poli­tique. Con­tin­uer la lec­ture →

Conrad Detrez, contemporain capital et réenchanteur du monde

Con­rad DETREZ, Ludo, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 213 p., 9 €, ISBN : 9782875685841
Con­rad DETREZ, Les plumes du coq,  post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 220 p., 9,50 €, ISBN : 9782875685834
Con­rad DETREZ, L’Herbe à brûler, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 220 p., 9 €, ISBN : 9782875685827

On n’achète pas un livre – et a for­tiori on ne le rachète pas – au sim­ple motif qu’il a changé de cou­ver­ture. L’argument pour­rait cepen­dant suf­fire con­cer­nant la repub­li­ca­tion au cat­a­logue Espace Nord des trois vol­umes de l’autobiographie hal­lu­cinée de Con­rad Detrez. L’option graphique crève l’étal des librairies. Pour chaque titre, un auto­por­trait, façon pho­toma­ton en noir et blanc, nous mon­tre leur auteur, clope au bec ou aux doigts. Jamais son regard ne croise l’objectif : par deux fois il s’oriente vers le haut, là où se tien­nent paraît-il la tran­scen­dance et l’imaginaire ; ou il s’absorbe de biais, comme pour inter­roger le terre-à-terre. Comme si, des pupilles, Detrez rejouait seul le dia­logue d’Aristote et Pla­ton dans le célèbre tableau renais­sant… Con­tin­uer la lec­ture →

Espace Nord : les résultats du concours Ad@ptez une classique

ad@ptez une classique

Les lau­réates et lau­réats du con­cours Ad@ptez une clas­sique 2022–2023 sont con­nus. Pour cette édi­tion, le con­cours met­tait à l’hon­neur les oeu­vres de Jacque­line Harp­man et Dominique Rolin. Con­tin­uer la lec­ture →

Icare et encore

Guy GOFFETTE, L’oiseau de craie, choix anthologique et post­face Rossano Rosi, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2023, 291 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–573‑5

et cha­cun se tourne comme une fleur
avide vers la
flache de ciel chu
sur l’asphalte, ô vieux miroir de ben­zine

Guy Goffette L'oiseau de craieGuy Gof­fette, aujourd’hui et pour tou­jours, fait son entrée dans la pres­tigieuse col­lec­tion Espace Nord. Il se voit offrir l’une des antholo­gies du cat­a­logue, que l’on serait ten­té d’appeler trop rares, car cul­ti­vant depuis quelques années la fâcheuse habi­tude d’être très réussies. De Poésie/Gallimard à Espace Nord, la poésie au for­mat de poche con­sacre désor­mais tout à fait, en France et en Bel­gique, la dual­ité du Gau­mais de Paris et du Parisien de Gaume. Un Guy Gof­fette que l’on sait attaché à ce petit grand écart ; ter­ri­to­ri­al­ité du Nord par ailleurs partagée, prob­a­ble­ment de bonne grâce, avec les admirés Rimbe et Ver­laine. Con­tin­uer la lec­ture →

Creuser la peau du poème

Un coup de cœur du Car­net

Char­line LAMBERT, Sous dial­y­ses précédé de Chan­vre et lierre, post­face Véronique Bergen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 200 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–581‑0

lambert sous dialyses precede de chanvre et lierreSous une cou­ver­ture flam­boy­ante qui tient tant de la soupe pri­mor­diale que de la super­no­va, Espace Nord réédite les deux pre­miers recueils de la poétesse Char­line Lam­bert. Sous dial­y­ses et Chan­vre et lierre, tous deux parus en 2016 (l’un aux édi­tions L’Âge d’homme, l’autre au Tail­lis Pré), se font écho dans cette belle édi­tion assor­tie d’une post­face vir­tu­ose signée Véronique Bergen.

Un désir grouille, venu de plus loin encore que l’œsophage, un désir plus rond que l’ombilic, plus brûlant que l’urètre. Un désir sonore en canal, qui élar­git les digues des artères et érode l’épiderme. Devien­dra un chant plus tard, s’il n’est pas du chan­vre.

Entr­er en poésie comme Char­line Lam­bert, avec elle, c’est gliss­er dans une eau claire : le liq­uide ourle la peau comme les mots, détache net­te­ment des con­tours qui, à l’air libre, sem­blaient flous et s’affirment alors avec inten­sité, déter­mi­na­tion, pour se couler dans un monde auquel ils ont tou­jours appartenu. Entr­er en poésie comme on comble un vide avec un plein – le plein des mon­des pal­pi­tants qui four­mil­lent sous les vertèbres. Con­tin­uer la lec­ture →

« Voir l’insecte au visage »

Mau­rice MAETERLINCK, La vie des four­mis / La vie des ter­mites, Post­face de Mathilde Régent, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 390 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–566‑7

maeterlinck la vie des termites la vie des fourmisDans la vaste pro­duc­tion de Mau­rice Maeter­linck, les essais con­sacrés aux insectes soci­aux occu­pent une place à part. Cette trilo­gie se trou­ve dis­ten­due, par sa chronolo­gie d’abord, mais aus­si par sa tonal­ité. Elle s’ouvre en 1901 avec La vie des abeilles, qui jouira d’un immense suc­cès. Paul Gor­ceix jugeait que cet ouvrage pose « le prob­lème de la Weltan­schau­ung de Maeter­linck et, au-delà, celui de sa per­son­nal­ité ». Que révèle en effet cette atten­tion par­ti­c­ulière à des col­lec­tiv­ités invis­i­bles, vivant en sys­tème clos dans le com­plexe réseau alvéo­laire ou souter­rain qu’elles ont dess­iné, se repro­duisant et s’organisant selon des mod­èles immuables depuis des mil­lé­naires sans doute, mais qui échap­pent encore par­tielle­ment à notre com­préhen­sion ? Cet intérêt crois­sant pour les ruch­es, les ter­mi­tières et les four­mil­ières serait-il l’indice d’une fas­ci­na­tion mal­saine envers les régimes autori­taires ? Car si l’on trans­pose leur fonc­tion­nement aux col­lec­tiv­ités humaines, le pire régime des castes appa­raît d’une bien­veil­lance extrême… Con­tin­uer la lec­ture →

Parce que c’était lui, parce que c’était là

Frédéric SAENEN, L’enfance unique, Post­face de Lau­rence Boudart, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 200 p., 9 €, ISBN : 9782875685728

saenen l'enfance uniqueÀ se laiss­er guider par les pre­miers mots de l’avertissement de l’auteur, la ques­tion prin­ci­pale porterait sur la manière « de traiter les mots et expres­sions en langue wal­lonne présents dans ce texte ». 

À se laiss­er guider par les pre­miers mots du roman, la ques­tion prin­ci­pale, out­re « la Langue pre­mière » serait « l’enfance ».  Les deux vont l’amble, livrant le réc­it intime d’une enfance baignée dans le wal­lon de l’Origine, la Langue pre­mière pra­tiquée par Grand-Popa, pour­tant un Fla­mand du Lim­bourg, et Mamy, même si elle « se plaît à rap­pel­er ses orig­ines français­es ». Con­tin­uer la lec­ture →