Natacha DIEM, L’invention d’Adélaïde Fouchon, Piranha, 2020, 208 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2371190818
Deux Adélaïde se racontent. Il y a d’abord la petite fille, du genre « garçon manqué », skateboard sous le bras, qui pourtant rêverait de ressembler aux autres petites filles en jolies robes, cordes à sauter en mains. Il y a ensuite la femme qui, apprenant le décès de son père, part à la rencontre d’elle-même. Deux récits se racontent, se construisent parallèlement, se croisent, se répondent et s’éclairent l’un l’autre. Continuer la lecture
« Elle qui avait lutté toute une vie pour ne pas être fille d’immigrés, la termina Anna Bielik », Page 69, Jean-François Füeg lâche cette phrase simple et trouble, la nomination initiale la mère reprenait le dessus et Annie allait disparaître…
Les six premières pages surprennent. En surplomb du roman, soit. Nous avons l’habitude, dans les thrillers, les romans dynamiques, de ces prologues insinuant le suspense, la tension, le drame via une scène/point d’acmé située dans une temporalité décalée par rapport à la trame première. Mais Patrick Delperdange nous offre autre chose, une mise en exergue du thème qui va parcourir son opus, la femme battue et l’appréhension, intime et extérieure, du phénomène :
Linda Vanden Bemden a tenu pendant cinq ans un blog sur lequel elle a consigné régulièrement des textes brefs relatant ses visites dominicales à sa grand-mère hébergée en maison de repos jusqu’au décès de celle-ci. Elle en a extrait quelques dizaines, rassemblés dans ce recueil.
Ainsi parlait ma mère, de Rachid Benzine : un court roman qui a tout d’un grand livre. Une déclaration d’amour à une mère par son fils cadet. Et un hommage à toutes ces femmes exilées, héroïnes du quotidien, qui ont porté leur(s) enfant(s) à bout de bras pour qu’il(s) puisse(nt) s’épanouir en terres étrangères. Ainsi parlait ma mère, de Rachid Benzine : un court roman qui a tout d’un grand livre. Une déclaration d’amour à une mère par son fils cadet. Et un hommage à toutes ces femmes exilées, héroïnes du quotidien, qui ont porté leur(s) enfant(s) à bout de bras pour qu’il(s) puisse(nt) s’épanouir en terres étrangères.
Dans quels détours complexes, dans quelle partie secrète de la mémoire de Calista Corine Jamar nous entraine-t-elle avec ce roman qui conte la naissance d’un récit ?
Le sentiment d’abandon parental chez un enfant laisse souvent une blessure profonde, indélébile. Quand Clara, âgée de 16 ans, voit sa mère quitter le domicile familial, elle décide de la rayer de sa vie. Lorsqu’elle reçoit huit ans plus tard un colis avec diverses informations sur celle qu’elle a reniée, elle pense d’abord à renvoyer l’enveloppe à l’expéditeur sans prendre connaissance de son contenu. Mais elle doit tôt admettre que le mal est fait : la plaie de la perte est rouverte et son regard aimanté par l’enveloppe qu’elle tarde à aller déposer. Elle commence par lire la lettre qui accompagne divers documents, puis ne résiste pas à prendre connaissance de tout son contenu. En écho à cette question qui résonne : Les incendies des âmes s’éteignent-ils toujours, à l’image de ceux des forêts ? 
Le récit s’ouvre sur un paysage d’été en Angleterre. Albert Brauner marche d’un bon pas vers Manchester. Il va y retrouver Germaine, sa femme, dont il a été séparé pendant les quatre années de la Grande Guerre. Au terme de ce court prologue, Albert s’effondre, frappé en plein front d’une balle. « À une centaine de mètres, un homme agenouillé dans les hautes herbes se lève, range son fusil dans son étui et s’en va sans jeter un regard vers l’homme abattu ».
L’hirondelle des Andes.
À la suite du décès brutal de son père, une gamine se retrouve entre une mère dépressive, hors course, et sa grand-mère paternelle qui prend en charge toute la famille, dans un débordement d’énergies et de générosité qui se révèle aussi une manière de stigmatiser sa belle-fille, jusqu’à vampiriser sa petite-fille.
Acteur important de l’antinatalisme, Théophile de Giraud consacre un essai court et percutant à un trait du christianisme officiel passé sous silence, à savoir son antinatalisme. Partant du tour de passe-passe par lequel l’Église en est venue à promouvoir la fécondité, il analyse le message anti-procréation de Jésus et le phénomène de retournement radical auquel ce message a été soumis. Comment la papauté, le catholicisme en sont-ils venus à encourager les naissances, à interdire l’avortement, la contraception alors que le christianisme des origines prône l’ascétisme, la virginité, le célibat ?
Pêcheur de crustacés et de gastéropodes en mer de Bretagne, Vladimir Savidan, qui se souciait beaucoup de la sécurité des autres mais ne portait jamais de gilet de sauvetage, a vu un jour l’Atlantique prendre l’ascendant sur Baïkonour, son Cleopatra Fisherman 38, et a disparu au fonds des flots, laissant comme seul legs à Edith et Anka celui des épouses et progénitures de marins : après l’attente, un corps manquant. L’absence d’une marque tangible de fin de vie. L’une et l’autre réagissent d’ailleurs très différemment à la tragédie. Amoureuse depuis l’enfance de cette immensité d’eau – rêvant même d’y trouver sa place, de préférence à la barre – Anka contracte une colère sourde contre cette amie chère qui lui a ravi définitivement son modèle et père, en maîtresse avide. A contrario, la femme du loup de mer est dans le déni, fomente des prières par intermédiaire pour faire revenir l’être aimé et, tout à trac, se mue en fabrique de soupes. Des potages qu’elle prend soin de mettre dans des thermos individuels pour tous les camarades de son mari, avec pour promesse qu’ils les lui rendent. Dans cette tractation, elle entrevoit qu’ils reviendront au port et fait un pacte avec l’espoir, crée du lien entre la terre ferme et l’océan.
Avec Miss Patchouli, Tania Neuman-Ova nous plonge dans l’univers de Lilou, la quarantaine, qui tente de mener sa barque avec son mari Richard et ses filles. L’aînée, née d’une précédente union, vit avec son père à Paris, tandis que les deux cadettes, Alana (14 ans) et Kayla (13 ans) habitent avec leurs parents. L’histoire d’une famille recomposée classique, me direz-vous ? Oui, mais rien n’est simple face à une adolescente (Alana) en pleine rébellion qui multiplie les provocations et les insultes vis-à-vis de ses parents.
Quand il publie Le martyre d’un supporter en 1928 à la Renaissance du Livre, Maurice Carême n’a pas encore trente ans et il est loin d’être le poète que psalmodieront, par cœur – sinon à contrecoeur – des générations d’écoliers sages. C’est dire si faire figurer un tel titre dans la collection patrimoniale Espace Nord est une gageure, et presque une provocation que de le préférer à l’étrange Médua, connu d’un happy few à peine plus étendu, mais qui présente au moins l’intérêt de se rattacher au courant du réalisme magique.
Voici le récit sensible d’une jeune femme qui accompagne son aînée vers la fin de ses jours. Au fil des visites que Léa rend à sa grand-mère Stamatia, elle constate les progrès de la maladie qui embrouille les méandres de l’esprit de son aïeule. Les moments de lucidité deviennent plus rares, mais ils sont d’une grande intensité relationnelle. À ses côtés, la jeune fille découvre des pans de souvenirs anciens dont elle n’avait pas connaissance et qui portent sur la période qui a précédé son arrivée en Belgique. De la jeunesse de Stamatia, elle sait peu de choses hormis son veuvage précoce suite au décès accidentel de son mari et son arrivée en Belgique qui la coupera définitivement de ses racines grecques. À mesure que se suivent ses visites, sa grand-mère précise une demande : elle souhaite que Léa parte à la recherche de Maria, sa très proche amie d’enfance, dans son village natal de Tsepelovo.