Archives par étiquette : Famille

Vertige de l’amour

Nat­acha DIEM, L’invention d’Adélaïde Fou­chon, Piran­ha, 2020, 208 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2371190818

Deux Adélaïde se racon­tent. Il y a d’abord la petite fille, du genre « garçon man­qué », skate­board sous le bras, qui pour­tant rêverait de ressem­bler aux autres petites filles en jolies robes, cordes à sauter en mains. Il y a ensuite la femme qui, apprenant le décès de son père, part à la ren­con­tre d’elle-même. Deux réc­its se racon­tent, se con­stru­isent par­al­lèle­ment, se croisent, se répon­dent et s’éclairent l’un l’autre. Con­tin­uer la lec­ture

Le vertige des masques

Jean-François FÜEG, Ni Dieu, ni halušky, pré­face de Jean-Pierre Sak­oun, post­face de Dominique Coster­mans, Ter­ri­toires de la mémoire, 2019, 96 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930408–43‑9

« Elle qui avait lut­té toute une vie pour ne pas être fille d’im­mi­grés, la ter­mi­na  Anna Bielik », Page 69, Jean-François Füeg lâche cette phrase sim­ple et trou­ble, la nom­i­na­tion ini­tiale la mère repre­nait le dessus et Annie allait dis­paraître…

Dans Ni Dieu, ni halušky, son dernier opus, l’auteur pour­suit la quête d’une mise à jour du palimpses­te de toute immi­gra­tion, des secrets de famille intriqués dans l’histoire col­lec­tive, des silences paralysants. Cette suite de livres[1] pour­suit avec une qual­ité rare, le dévoile­ment du con­cept de « stress iden­ti­taire ». L’histoire d’Annie, c’est l’histoire de la mère, celle qui con­te une autre his­toire fon­da­trice à ses enfants, qui racon­te l’Histoire à sa façon, déportée du réel, en touch­es rhap­sodiques, cou­sant bout à bout des incon­gruités qui tien­nent, se polis­sent, pren­nent sens et enlisent la famille au fil du temps. Con­tin­uer la lec­ture

#Camille too !

Patrick DELPERDANGE, C’est pour ton bien, Arènes, coll. « Equinox », 2020, 331 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 979–10-375‑0060‑1

Les six pre­mières pages sur­pren­nent. En sur­plomb du roman, soit. Nous avons l’habitude, dans les thrillers, les romans dynamiques, de ces pro­logues insin­u­ant le sus­pense, la ten­sion, le drame via une scène/point d’acmé située dans une tem­po­ral­ité décalée par rap­port à la trame pre­mière. Mais Patrick Delper­dan­ge nous offre autre chose, une mise en exer­gue du thème qui va par­courir son opus, la femme battue et l’appréhension, intime et extérieure, du phénomène : Con­tin­uer la lec­ture

Pour nos vieux jours

Lin­da VANDEN BEMDEN, Les dimanch­es d’Angèle, Quad­ra­ture, 2020, 86 p., 10 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 9782931080009

Lin­da Van­den Bem­den a tenu pen­dant cinq ans un blog sur lequel elle a con­signé régulière­ment des textes brefs rela­tant ses vis­ites domini­cales à sa grand-mère hébergée en mai­son de repos jusqu’au décès de celle-ci. Elle en a extrait quelques dizaines, rassem­blés dans ce recueil.

Les ini­tia­tives lit­téraires rel­a­tives à l’accompagnement d’un par­ent âgé ne man­quent pas, mais celle prise ici par l’autrice se dis­tingue d’emblée par son ton. Renonçant au lamen­to sur les rav­ages du temps, Les dimanch­es d’Angèle nous livre des bil­lets à l’humour décalé. Point de pathos ni de tremo­lo, juste des petits faits et dia­logues de quelques lignes, sur le mode impres­sion­niste. Jugez plutôt : Con­tin­uer la lec­ture

Benzine : le livre de sa mère

Rachid BENZINE, Ain­si par­lait ma mère, Seuil, 2020, 91 p., 13 € / ePub : 9.49 €, ISBN : 9782021435092

Ain­si par­lait ma mère, de Rachid Ben­zine : un court roman qui a tout d’un grand livre. Une déc­la­ra­tion d’amour à une mère par son fils cadet. Et un hom­mage à toutes ces femmes exilées, héroïnes du quo­ti­di­en, qui ont porté leur(s) enfant(s) à bout de bras pour qu’il(s) puisse(nt) s’épanouir en ter­res étrangères. Ain­si par­lait ma mère, de Rachid Ben­zine : un court roman qui a tout d’un grand livre. Une déc­la­ra­tion d’amour à une mère par son fils cadet. Et un hom­mage à toutes ces femmes exilées, héroïnes du quo­ti­di­en, qui ont porté leur(s) enfant(s) à bout de bras pour qu’il(s) puisse(nt) s’épanouir en ter­res étrangères. Con­tin­uer la lec­ture

Tours et détours

Corine JAMAR, Les replis de l’hippocampe, Bam­boo, 2019, 18 €, ISBN : 978–2‑8189–6809‑3

Dans quels détours com­plex­es, dans quelle par­tie secrète de la mémoire de Cal­ista Corine Jamar nous entraine-t-elle avec ce roman qui con­te la nais­sance d’un réc­it ?

Cal­ista a eu deux filles avec Cyril. Chaque jour, elle s’est enorgueil­lie d’échapper aux chiffres qui leur avaient été annon­cés suite à la décou­verte des hand­i­caps de Salomé, leur aînée : « Les papas d’enfants hand­i­capés ont un peu plus de mal à être char­mants : 80% d’entre eux […] quit­tent leur con­jointe ». Le jour du dix-huitième anniver­saire de sa fille, Cal­ista apprend un men­songe vieux du même âge. Con­tin­uer la lec­ture

Plus fort que tout

Tuyêt-Nga NGUYEN, Soie et métal, Acad­e­mia, 2019, 306 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0481‑6

Le sen­ti­ment d’abandon parental chez un enfant laisse sou­vent une blessure pro­fonde, indélé­bile. Quand Clara, âgée de 16 ans, voit sa mère quit­ter le domi­cile famil­ial, elle décide de la ray­er de sa vie. Lorsqu’elle reçoit huit ans plus tard un col­is avec divers­es infor­ma­tions sur celle qu’elle a reniée, elle pense d’abord à ren­voy­er l’enveloppe à l’expéditeur sans pren­dre con­nais­sance de son con­tenu. Mais elle doit tôt admet­tre que le mal est fait : la plaie de la perte est rou­verte et son regard aiman­té par l’enveloppe qu’elle tarde à aller dépos­er. Elle com­mence par lire la let­tre qui accom­pa­gne divers doc­u­ments, puis ne résiste pas à pren­dre con­nais­sance de tout son con­tenu. En écho à cette ques­tion qui résonne : Les incendies des âmes s’éteignent-ils tou­jours, à l’image de ceux des forêts ? Con­tin­uer la lec­ture

« Le témoin déjà en poussière de ma propre poussière… »

José-André LACOUR, Le rire de Caïn, Table ronde, coll. « Petite Ver­mil­lon », 620 p., 10,5 €, ISBN : 9791037105387

« Le mot chef‑d’œuvre est gal­vaudé. » C’est sur ce con­stat sans appel que s’ouvre la pré­face signée par Jacques De Deck­er à pro­pos d’un des plus grands livres oubliés des let­tres fran­coph­o­nes de Bel­gique. Le rire de Caïn de José-André Lacour (1919–2005) con­stitue en effet un som­met de la veine auto­bi­ographique romancée. Pub­lié à l’enseigne de La table ronde en 1980 – soit à l’époque où le ques­tion­nement iden­ti­taire se dis­ait encore « Bel­gi­tude » à Paris –, ce fort vol­ume se ver­ra couron­né par le Grand Prix des Lec­tri­ces du mag­a­zine Elle. Rien d’étonnant à cette recon­nais­sance si l’on con­sid­ère la maes­tria de Lacour à camper les por­traits des femmes qui peu­plent son réc­it, à les met­tre en scène dans le spec­tre le plus éten­du de leurs atti­tudes, à faire ressen­tir leurs douleurs secrètes, leurs doutes, leur force, leur sen­si­bil­ité, leur vio­lence, bref leur être tout entier. Con­tin­uer la lec­ture

Un destin familial

Stéphanie TER MEEREN, Le souf­fle du temps, His­toire peu ordi­naire d’une famille belge aux orig­ines alle­man­des, 1830–2000, Mem­ogrames, 2019, 236 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930698–64‑9

Le réc­it s’ouvre sur un paysage d’été en Angleterre. Albert Brauner marche d’un bon pas vers Man­ches­ter. Il va y retrou­ver Ger­maine, sa femme, dont il a été séparé pen­dant les qua­tre années de la Grande Guerre. Au terme de ce court pro­logue, Albert s’effondre, frap­pé en plein front d’une balle. « À une cen­taine de mètres, un homme age­nouil­lé dans les hautes herbes se lève, range son fusil dans son étui et s’en va sans jeter un regard vers l’homme abat­tu ».

Le réc­it s’achèvera sans qu’ait été résolue l’énigme de cette exé­cu­tion d’un homme qui sera enter­ré avec les hon­neurs réservés aux com­bat­tants de l’armée anglaise. Con­tin­uer la lec­ture

Sur les traces d’une mère fantôme

Michel TORREKENS, L’hirondelle des Andes, Zel­lige, coll. « Vents du Nord », 2019, 204 p., 20 €, ISBN : 978–2‑914773–91‑1

L’hirondelle des Andes.
Un titre poé­tique, qui fait rêver.
Un roman qui entrelace les beautés ful­gu­rantes, paysages, villes, d’un périple à tra­vers le Pérou, et les sen­ti­ments mêlés de la jeune voyageuse qui s’y est lancée comme on relève un défi. Con­tin­uer la lec­ture

Ceux qui partent-partent-partent et ceux qui parlent-parlent-parlent

Véronique DEPRÊTRE, Fan­chon, la dérive des incon­ti­nents, Onlit, 2019, 226 p., 17 € / ePub : 6 €, ISBN : 978–2‑87560–116‑2

À la suite du décès bru­tal de son père, une gamine se retrou­ve entre une mère dépres­sive, hors course, et sa grand-mère pater­nelle qui prend en charge toute la famille, dans un débor­de­ment d’énergies et de générosité qui se révèle aus­si une manière de stig­ma­tis­er sa belle-fille, jusqu’à vam­piris­er sa petite-fille. Con­tin­uer la lec­ture

L’antinatalisme du christianisme des origines

Théophile DE GIRAUD, La grande supercherie chré­ti­enne. De l’oubli que le chris­tian­isme des orig­ines était un anti­na­tal­isme, Cac­tus inébran­lable, 2019, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930659–98‑5

Acteur impor­tant de l’antinatalisme, Théophile de Giraud con­sacre un essai court et per­cu­tant à un trait du chris­tian­isme offi­ciel passé sous silence, à savoir son anti­na­tal­isme. Par­tant du tour de passe-passe par lequel l’Église en est venue à pro­mou­voir la fécon­dité, il analyse le mes­sage anti-pro­créa­tion de Jésus et le phénomène de retourne­ment rad­i­cal auquel ce mes­sage a été soumis. Com­ment la papauté, le catholi­cisme en sont-ils venus à encour­ager les nais­sances, à inter­dire l’avortement, la con­tra­cep­tion alors que le chris­tian­isme des orig­ines prône l’ascétisme, la vir­ginité, le céli­bat ? Con­tin­uer la lec­ture

Au nom du père et de la mer

Odile D’OULTREMONT, Baïko­nour, Obser­va­toire, 2019, 220 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 979–10-329‑0432‑9

Pêcheur de crus­tacés et de gastéropodes en mer de Bre­tagne, Vladimir Savi­dan, qui se sou­ci­ait beau­coup de la sécu­rité des autres mais ne por­tait jamais de gilet de sauve­tage, a vu un jour l’Atlantique pren­dre l’ascendant sur Baïko­nour, son Cleopa­tra Fish­er­man 38, et a  dis­paru au fonds des flots, lais­sant comme seul legs à Edith et Anka celui des épous­es et progéni­tures de marins : après l’attente, un corps man­quant. L’absence d’une mar­que tan­gi­ble de fin de vie. L’une et l’autre réagis­sent d’ailleurs très dif­férem­ment à la tragédie. Amoureuse depuis l’enfance de cette immen­sité d’eau –  rêvant même d’y trou­ver sa place, de préférence à la barre – Anka con­tracte une colère sourde con­tre cette amie chère qui lui a ravi défini­tive­ment son mod­èle et père, en maîtresse avide. A con­trario, la femme du loup de mer est dans le déni, fomente des prières par inter­mé­di­aire pour faire revenir l’être aimé et, tout à trac, se mue en fab­rique de soupes. Des potages qu’elle prend soin de met­tre dans des ther­mos indi­vidu­els pour tous les cama­rades de son mari, avec pour promesse qu’ils les lui ren­dent. Dans cette trac­ta­tion, elle entrevoit qu’ils revien­dront au port et fait un pacte avec l’espoir, crée du lien entre la terre ferme et l’océan. Con­tin­uer la lec­ture

Quand la détresse hurle pour être déterrée

Tania NEUMAN-OVA, Miss Patchouli, M.E.O., 2019, 154 p., 15 €

Avec Miss Patchouli, Tania Neu­man-Ova nous plonge dans l’univers de Lilou, la quar­an­taine, qui tente de men­er sa bar­que avec son mari Richard et ses filles. L’aînée, née d’une précé­dente union, vit avec son père à Paris, tan­dis que les deux cadettes, Alana (14 ans) et Kay­la (13 ans) habitent avec leurs par­ents. L’histoire d’une famille recom­posée clas­sique, me direz-vous ? Oui, mais rien n’est sim­ple face à une ado­les­cente (Alana) en pleine rébel­lion qui mul­ti­plie les provo­ca­tions et les insultes vis-à-vis de ses par­ents. Con­tin­uer la lec­ture

Maurice Carême, romancier dur

Mau­rice CARÊME, Le mar­tyre d’un sup­port­er, post­face de Denis Saint-Amand, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 180 p., 8,5 €, ISBN : 978–2875684219

careme le martyre d un supporterQuand il pub­lie Le mar­tyre d’un sup­port­er en 1928 à la Renais­sance du Livre, Mau­rice Carême n’a pas encore trente ans et il est loin d’être le poète que psalmodieront, par cœur – sinon à con­tre­coeur – des généra­tions d’écoliers sages. C’est dire si faire fig­ur­er un tel titre dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale Espace Nord est une gageure, et presque une provo­ca­tion que de le préfér­er à l’étrange Méd­ua, con­nu d’un hap­py few à peine plus éten­du, mais qui présente au moins l’intérêt de se rat­tach­er au courant du réal­isme mag­ique. Con­tin­uer la lec­ture

Sait-on jamais tout ce que le passé nous réserve ?

Marie-Bernadette MARS, L’échelle des Zago­ria, Acad­e­mia, 2019, 218 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0452‑6

Voici le réc­it sen­si­ble d’une jeune femme qui accom­pa­gne son aînée vers la fin de ses jours. Au fil des vis­ites que Léa rend à sa grand-mère Sta­ma­tia, elle con­state les pro­grès de la mal­adie qui embrouille les méan­dres de l’esprit de son aïeule. Les moments de lucid­ité devi­en­nent plus rares, mais ils sont d’une grande inten­sité rela­tion­nelle. À ses côtés, la jeune fille décou­vre des pans de sou­venirs anciens dont elle n’avait pas con­nais­sance et qui por­tent sur la péri­ode qui a précédé son arrivée en Bel­gique. De la jeunesse de Sta­ma­tia, elle sait peu de choses hormis son veu­vage pré­coce suite au décès acci­den­tel de son mari et son arrivée en Bel­gique qui la coupera défini­tive­ment de ses racines grec­ques. À mesure que se suiv­ent ses vis­ites, sa grand-mère pré­cise une demande : elle souhaite que Léa parte à la recherche de Maria, sa très proche amie d’enfance, dans son vil­lage natal de Tse­pelo­vo. Con­tin­uer la lec­ture