Archives par étiquette : immigration

Corps étrangers à rejeter

Françoise DUESBERG, Souf­fler sur la blessure, Acad­e­mia, 2019, 111 p., 13€ / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–28-061‑0450‑2

Souf­fler sur la blessure est un roman qui abor­de la prob­lé­ma­tique de l’immigration vers l’Europe et des réfugiés. Encore, me direz-vous. Oui, encore. Mais il est néces­saire d’en par­ler. L’auteure a pris le par­ti de relater son his­toire en don­nant la voix essen­tielle­ment à deux per­son­nages : Pauline et Gabriel.

Pauline, seize ans, habite à Men­ton sur la Côte d’Azur. Elle vit une ado­les­cence ponc­tuée par l’école, sa pas­sion pour l’escalade, un régime dra­conien et la guerre qu’elle a décidé de men­er con­tre sa mère, pre­mière­ment parce que c’est sa mère (un excel­lent pré­texte pour cla­quer les portes et la con­tredire con­tin­uelle­ment), deux­ième­ment parce qu’elle a un nou­veau Jules qui rem­place un peu trop vite son père décédé, devenu un sujet presque tabou. Con­tin­uer la lec­ture

De la Province du Kordofan, Soudan, aux forêts ardennaises : survivre !

Un coup de cœur du Car­net

Xavier DEUTSCH, Homme noir sur fond blanc, Mijade, 2019, 217 p., 10 €, ISBN : 978–87423-114–8

Xavier Deutsch fait appel ici à toute l’humanité qu’il est pos­si­ble de met­tre dans un livre. Il nous présente d’une part la ter­ri­ble réal­ité que vivent les mil­liers de réfugiés sur la route de l’exil. Et, d’autre part, la mon­tée de l’intolérance, de l’ignorance et leurs con­séquences en Europe.

Ils sont des mil­liers de réfugiés et Brahim, l’un d’entre eux, portera voix pour ces femmes, ces hommes. Lorsqu’ils fuient la guerre, ils espèrent que tout aille mieux. Que leurs familles au pays puis­sent vivre mieux. Qu’eux-mêmes puis­sent ici manger, dormir et envoy­er de l’argent aux leurs. Ils espèrent oubli­er, le temps d’une res­pi­ra­tion, la douleur du chemin par­cou­ru. Ils vien­nent de Syrie, d’Érythrée, d’Irak ou d’ailleurs… Brahim, lui, vient du Soudan. Con­tin­uer la lec­ture

Sait-on jamais tout ce que le passé nous réserve ?

Marie-Bernadette MARS, L’échelle des Zago­ria, Acad­e­mia, 2019, 218 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0452‑6

Voici le réc­it sen­si­ble d’une jeune femme qui accom­pa­gne son aînée vers la fin de ses jours. Au fil des vis­ites que Léa rend à sa grand-mère Sta­ma­tia, elle con­state les pro­grès de la mal­adie qui embrouille les méan­dres de l’esprit de son aïeule. Les moments de lucid­ité devi­en­nent plus rares, mais ils sont d’une grande inten­sité rela­tion­nelle. À ses côtés, la jeune fille décou­vre des pans de sou­venirs anciens dont elle n’avait pas con­nais­sance et qui por­tent sur la péri­ode qui a précédé son arrivée en Bel­gique. De la jeunesse de Sta­ma­tia, elle sait peu de choses hormis son veu­vage pré­coce suite au décès acci­den­tel de son mari et son arrivée en Bel­gique qui la coupera défini­tive­ment de ses racines grec­ques. À mesure que se suiv­ent ses vis­ites, sa grand-mère pré­cise une demande : elle souhaite que Léa parte à la recherche de Maria, sa très proche amie d’enfance, dans son vil­lage natal de Tse­pelo­vo. Con­tin­uer la lec­ture

Ensemble, c’est tout

Aly DEMINNE, Les bâtis­seurs du vent, Flam­mar­i­on, 2019, 284 p., 19 € / ePub 13,95€, ISBN : 978–2081444706

Au début des années 1960, Andreï Voronov quitte sa Pologne natale avec son père et atter­rit dans un petit quarti­er de province appelé le Vhan, refuge pour les « mis­éreux » provenant de dif­férents pays. Traité de « pouilleux » et de « pes­tiféré » par les enfants de son âge, Andreï ne s’épanouit pas à l’école. Son père décide alors de le for­mer aux dif­férents métiers de la con­struc­tion. Il entre sur son pre­mier chantier à qinze ans et béné­fi­cie rapi­de­ment d’une excel­lente répu­ta­tion. C’est qu’il tra­vaille bien et se con­tente d’un mai­gre salaire. Con­tin­uer la lec­ture

Une enfance sicilienne à Seraing

Gio­van­ni LENTINI, Vies à l’om­bre, Cerisi­er, 2019, 147 p., 12 €, ISBN : 978–2872672158

Dans le temps, la rue du Moli­nay était l’artère com­mer­ciale la plus impor­tante de la cité indus­trielle de Seraing, faisant le lien entre le bas de la com­mune et le quarti­er du Pairay. C’est dans une impasse don­nant sur cette artère que se déroule le troisième roman de Gio­van­ni Lenti­ni, Vies à l’om­bre. Con­tin­uer la lec­ture

Ulysse des temps modernes

René BIZAC, Je suis un héros, Lans­man, 2018, 54 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0210‑1

Un valeureux gail­lard, Jean-Denis Coum­ba, petit-fils de Sib­ri-le-Colosse, descen­dant de Mam­ba, le chef de cav­a­lerie du roi des Mossi, quitte l’Afrique et entre­prend la tra­ver­sée vers l’Europe. Un autre gars de son vil­lage, Dia­baté, son presque frère, celui dont le grand-père a trahi, l’accompagne. Le petit rafiot qui les trans­porte coule et emporte au fond des abysses tous ses occu­pants, excep­té Jean-Denis qui survit et nage jusqu’à Anvers. Là, le bourgmestre — un ancien gros qui cherche à redor­er son bla­son — le prend sous son aile et lui pro­pose de devenir lieu­tenant-colonel à cheval. Mais Jean-Denis s’ennuie rapi­de­ment et con­tin­ue sa route jusqu’à Paris. S’il veut vivre comme un prince, c’est là qu’il doit se ren­dre ! L’homme ne s’en sort pas trop mal : il tra­vaille illé­gale­ment à Rungis, aide les touristes au pied de la Tour Eif­fel et se nour­rit dans les poubelles du XVIème. Toute­fois, un chi­nois, Mon­sieur Ping, qui a remar­qué sa puis­sance, désire l’embaucher. À force de refuser, l’Asiatique lui colle l’inspection au cul. Dia­baté fait son grand retour. L’homme a égale­ment survécu au naufrage. Les aven­tures de Jean-Denis ne sont pas ter­minées. En échange d’une promesse de papiers, il se retrou­ve à garder le chien de la femme du patron de Rungis. Un petit chien nerveux qui ne cesse d’aboyer et qui fera bas­culer la pièce dans une toute autre dimen­sion. Con­tin­uer la lec­ture

« Même si l’on est différents… »

COLLECTIF CITOYENS SOLIDAIRES DE NAMUR, Lignes de vie. Des migrants et des citoyens se ren­con­trent, Édi­tions namurois­es, 2018, 120 p., 12€, ISBN : 978–2‑87551–0884

Le Col­lec­tif « Citoyens Sol­idaires de Namur » est né d’une mort, con­fon­dante, celle du petit Aylan échoué sur une plage le 3 sep­tem­bre 2015. « Tu as été le déclic de notre mobil­i­sa­tion : nous avons voulu trans­former nos indig­na­tions stériles en énergie con­struc­tive… pour dire à ceux qui te suiv­raient sur cette route qu’ici ils trou­veraient un accueil humain. » En par­al­lèle de l’ouverture du Cen­tre d’Accueil pour Deman­deurs d’Asile géré par la Croix-Rouge à Bel­grade (com­mune namuroise), des mains et des cœurs se sont donc spon­tané­ment rassem­blés pour créer du lien. Dans un joyeux bazar, cette « asso­ci­a­tion de faits » bat aux pul­sa­tions de col­lec­tiv­ité, de respon­s­abil­i­sa­tion et d’humanité. Con­tin­uer la lec­ture

Propositions pour une politique migratoire

François GEMENNE et Pierre VERBEEREN, Au-delà des fron­tières. Pour une poli­tique migra­toire, CAL, coll. « Lib­erté, j’écris ton nom », 2018, 124 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87504–031‑2

Salu­ons l’essai de François Gemenne, chercheur qual­i­fié du FRS-FNRS et Pierre Ver­beeren, directeur général de Médecins du Monde, d’avancer dix propo­si­tions pra­tiques à l’attention de la Bel­gique mais surtout de l’Europe, sur la ques­tion des poli­tiques migra­toires. Face à la ter­ri­fi­ante mon­tée des extrêmes droites, aux men­aces qu’elles font peser sur la démoc­ra­tie, les lib­ertés, la ques­tion envi­ron­nemen­tale, cet essai fait bloc con­tre les pop­ulismes et leur fab­ri­ca­tion de boucs émis­saires (migrants, Rroms, pau­vres, chômeurs…).   Con­tin­uer la lec­ture

La vie, par belle ou par laide

Un coup de cœur du Carnet

In Koli Jean BOFANE, La Belle de Casa, Actes Sud, 2018, 208 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑330–10935‑6

In Koli Jean Bofane a fait une entrée remar­quée en lit­téra­ture. Auteur con­go­lais vivant en Bel­gique, il a été salué d’emblée pour la qual­ité et la richesse nar­ra­tive de ses textes, et son deux­ième ouvrage, Con­go Inc., le Tes­ta­ment de Bis­mar­ck (2014), a notam­ment reçu, par­mi d’autres dis­tinc­tions, le Prix des Cinq Con­ti­nents.

Avec La Belle de Casa, son nou­veau roman, il quitte les fron­tières du Con­go à la suite de Sésé, un jeune en quête d’avenir qui a suc­com­bé au bon­i­ment d’un passeur lui promet­tant une place dans les cales d’un bateau et une arrivée en France, à Deauville ! Sauf que le pas­sager clan­des­tin est débar­qué à Casablan­ca, loin des siens, avec tou­jours le même rêve. Nous le retrou­vons alors que la police vient d’être aver­tie de la décou­verte du corps sans vie d’Ichrak, une belle jeune femme con­nue de tous et que les soupçons se tour­nent pré­cisé­ment vers Sésé, venu prévenir la police. La nar­ra­tion démarre sous la forme d’une enquête mais elle prend rapi­de­ment des allures de fresque mul­ti­col­ore alig­nant les per­son­nages qui grav­i­taient autour de la belle. Sésé, nom­mé ain­si en hom­mage au défunt Mobu­tu, est à la pointe des com­bines qui per­me­t­tent de har­pon­ner des Européennes oisives qui cherchent l’aventure exo­tique der­rière leur écran. Il suf­fit de leur susurrer les mots atten­dus en y met­tant un zeste de poésie et de mys­tère. Puis de leur par­ler le moment venu pour déli­er leur bourse et recevoir des « West­ern Union » qui per­me­t­tent de voir la vie autrement. Avec son tal­ent d’embobineur, Sésé a con­va­in­cu Ichrak, autre ama­trice de mots qui récite des poèmes, de se prêter au jeu pour diver­si­fi­er la clien­tèle. De quoi per­me­t­tre à la belle d’avoir les moyens de pay­er les médica­ments de sa mère que tenaille la folie. Et voici que cette col­lab­o­ra­tion promet­teuse est déjà com­pro­mise. Con­tin­uer la lec­ture

Bienvenue en Europe !

Marie DOUTREPONT, Moria. Chroniques des limbes de l’Europe, 180° édi­tions, 2018, 160 p., 15 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑930427–93‑5

« On peut faire un homme n’importe où, le plus étour­di­ment du monde et sans motif raisonnable ; un passe­port, jamais. Aus­si recon­naît-on la valeur d’un bon passe­port, tan­dis que la valeur d’un homme, si grande qu’elle soit, n’est pas for­cé­ment recon­nue. » Ces mots de Bertolt Brecht (Dia­logues d’exilés, 1941) ouvrent le réc­it de Marie Doutre­pont, Moria. Chroniques des limbes de l’Europe. Ils réson­nent encore cru­elle­ment aujourd’hui. La valeur de l’être humain, sa lib­erté de déplace­ment ne se déci­dent que par le lieu qui le voit naître. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots sont des lucioles

Leïla HOUARI, Ni langue ni pays, L’Harmattan, 2018, 174 p., 17,50 €, ISBN : 978–2‑343–14190‑9

houari ni langue ni pays.jpgNous l’avions décou­verte, voici sept ans, dans Les rives iden­ti­taires, un « réc­it nomade » frémis­sant d’espoir et de rébel­lion, de joie de vivre et de détresse.

Née à Casablan­ca en 1958, belge d’adoption et de cœur (sa famille s’établissait à Brux­elles dès 1965), Leïla Houari, qui avait pub­lié aupar­a­vant un roman, des nou­velles, des poèmes, une pièce de théâtre, pro­po­sait ensuite Cui­sine intérieur (2014), un livre débor­dant de saveurs et de fan­taisie, mais qui fai­sait la part de la mélan­col­ie, dans le sil­lage de Jean-Claude Pirotte, cité en exer­gue : « Je ne suis ni d’ici ni d’ailleurs et sans cesse chas­sé de moi-même ». Con­tin­uer la lec­ture

Chercher Radio Erevan

Jean-Bap­tiste BARONIAN, Le Petit Arménien, Pierre-Guil­laume de Roux, 2018, 140 p., 18 €, ISBN : 2–36371-241–7

baronian le petit armenienÀ par­courir les qua­tre pages que recou­vre sa bib­li­ogra­phie, on s’aperçoit que Jean-Bap­tiste Baron­ian a beau­coup nar­ré et con­té, chez Laf­font, Bour­go­is, La Table Ronde, Rivages, Les Belles Let­tres et près de dix autres édi­teurs. Qu’à tra­vers des essais, des biogra­phies et des antholo­gies qui sont aujourd’hui autant de références, il aura passé une vie à s’intéresser aux autres écrivains, par­mi lesquels Simenon, Baude­laire, Rim­baud, Jean Ray, Ros­ny-Aîné, Gérard Prévot et une kyrielle de fan­tas­tiqueurs con­nus de tous ou, plus sou­vent, de lui seul. Qu’il a écrit pour les bib­lio­philes, les amoureux de Brux­elles, les enfants, les polardeux. Mais que jamais encore il ne s’était livré. Con­tin­uer la lec­ture

Se battre, toujours se battre

Isabelle BIELECKI, Les tulipes du Japon, M.E.O., 2018, 238 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0143‑5

bielecki les tulipes du japon.jpgAprès un pre­mier roman Les mots de Russie (éd. E.M.E.), remar­qué par le prix des Amis des Bib­lio­thèques de la Ville de Brux­elles, plusieurs recueils de poésie ain­si que des pièces de théâtre et des nou­velles, Isabelle Bielec­ki pro­pose un deux­ième roman, Les tulipes du Japon, aux édi­tions M.E.O. Le roman d’une femme au par­cours éton­nant à tra­vers lequel le lecteur est en droit de lire des accents auto­bi­ographiques, à par­tir des élé­ments que lui four­nit la qua­trième de cou­ver­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la maison vide

Valen­tine de LE COURT, Une mai­son brux­el­loise, Mols, 2017, 160 p., 17.50 €, ISBN : 978–2‑87402–237‑1

de le court_une maison bruxelloiseN’est-ce pas l’enfer pour une mère que de devoir aban­don­ner au loin ses enfants, même tem­po­raire­ment, pour trou­ver les moyens d’assurer leur sub­sis­tance ? C’est bien ce que vit Maria-Fer­nan­da, une jeune femme brésili­enne qui a pris l’avion pour la Bel­gique et se retrou­ve à Brux­elles accueil­lie par une con­nais­sance de sa cou­sine, dans une ville et une société dont elle ignore tout. Con­tin­uer la lec­ture

De qu(o)i Patricia est-elle le (pré)nom ?

Geneviève DAMAS, Patri­cia, Gal­li­mard, 2017, 136 p., 12 €/ePub : 13.99 €, ISBN : 9782072731792

damas patriciaPatri­cia est : le titre du troisième roman de Geneviève Damas, après le juste­ment primé Si tu pass­es la riv­ière (Luce Wilquin, 2011) et His­toire d’un bon­heur (Arléa, 2014). Son pre­mier aux édi­tions Gal­li­mard.

Patri­cia est : un roman poly­phonique, choral, avec en son cen­tre, une femme :

Madame Cou­turi­er, parisi­enne, bib­lio­thé­caire, amante d’un homme mar­ié, vivant seule. Ou plutôt : ayant vécu seule jusqu’à. La ren­con­tre, dans un drôle d’endroit, romanesque au pos­si­ble :

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L’histoire d’un livre et de ceux qui l’ont lu

Frank ANDRIAT, Un sale livre, Mijade, sep­tem­bre 2016, 141 p., 7 €   ISBN : 978–2874230912

andriatKarine Latour, pro­fesseure de let­tres dans un col­lège alsa­cien, décide de faire lire Rien Nadir à sa classe de troisième. Elle a eu un coup de cœur pour ce roman con­seil­lé par sa libraire et espère qu’il provo­quera chez ses élèves émo­tions fortes et prise de con­science. Le roman est court, écrit dans un lan­gage proche de celui util­isé au quo­ti­di­en par les ado­les­cents et surtout, racon­te l’exil français de Nadir, un jeune Syrien qui a fui la guerre et la bar­barie. Con­tin­uer la lec­ture