La rentrée d’automne est toujours un temps fort de l’année éditoriale. Certes, les maisons d’édition belges sont moins concernées par les « grands prix d’automne » — lesquels ne visent que les romans – que leurs consœurs hexagonales. Pour les éditeurs de Wallonie et de Bruxelles, l’événement majeur de l’année reste la Foire du livre de Bruxelles, et l’effervescence éditoriale est grande lors de la rentrée d’hiver. D’aout à décembre, les auteurs et autrices belges seront néanmoins nombreux à « faire leur rentrée », qu’ils soient publiés en Belgique ou en France. Tour d’horizon du programme éditorial d’automne, qui misera surtout sur les auteurs et autrices reconnus, malgré quelques découvertes.
N.B. : Le panorama qui suit compile les signalements disponibles sur les bases de données professionnelles du livre et sur les sites internet des éditeurs, les informations reçues lors de la conférence de presse de l’ADEB et des Éditeurs singuliers, et les réponses à nos questions fournies directement par les maisons d’édition. Qu’elles soient ici remerciées. Ne sont ici mentionnés que les auteurs et autrices belges et non l’entièreté du programme des maisons d’édition.
La rentrée des romans
Genre-roi de l’automne, le roman lancera la rentrée dès la mi-aout. Pour les auteurs et autrices belges, cette année est celle des valeurs sûres plutôt que des découvertes, avec très peu de primo-romanciers. Des chiffres qui reflètent les constats opérés par Livres Hebdo. Le magazine des professionnels du livre dénombre 344 romans francophones pour cette rentrée. Un chiffre stable par rapport à l’année dernière, mais au sein duquel le nombre de premiers romans diminue, passant de 73 en 2025 à 68 cette année. À noter que, selon la même source, la baisse touche aussi les traductions (117 en 2026 et 140 en 2025).
Un lancement en fanfare…
Comme chaque année, plusieurs auteurs et autrices belges participeront à la rentrée française. Ce sont des figures bien connues, sinon populaires, qui ouvriront le bal.
Amélie Nothomb reste, cette année encore, fidèle à la rentrée automnale et à son éditeur Albin Michel, avec un trente-cinquième roman, L’adolescence du perroquet, où s’exprime à nouveau sa fascination aviaire, à travers la relation entre un chroniqueur radio et le perroquet qu’il a dérobé. Le livre s’annonce comme un bon cru, que Livres Hebdo a placé parmi les « 10 romans francophones incontournables » de cette rentrée. Sortie annoncée le 19 aout.
Dès le 20 aout, deux autres figures familières trouveront place sur les tables des librairies. Fidèle lui aussi à son éditeur (Au diable vauvert), Thomas Gunzig présente Spectres, trois ans après Rocky, dernier rivage. Pour ce roman annoncé comme son chef-d’oeuvre, Gunzig s’aventure sur le terrain de la science-fiction : une scientifique ouvre l’accès à une nouvelle dimension et un nouveau monde, mais cette découverte majeure est mise en péril par les logiques capitalistes qui voient immédiatement les possibilités d’exploitation de ce nouveau territoire. Un livre à découvrir en librairie, mais aussi à l’Intime festival, dont Thomas Gunzig est l’un des rares auteurs belges invités.
Le 20 aout sera une journée résolument ertébéenne : outre Spectres est aussi annoncé Je suis né dans la tempête, le nouveau livre de Jérôme Colin (Allary), qui revient à la littérature trois ans après le succès de vente (en Belgique) des Dragons.
Laura Tinard avait signé des débuts littéraires tonitruants à la rentrée d’hiver 2022 avec le déjanté J’ai perdu mon roman. Elle passera le cap, toujours périlleux, du deuxième roman avec Lady Diana, ma mère et moi, publié comme le précédent aux éditions du Seuil, et annoncé le 21 aout. Si le premier était une vertigineuse mise en abyme, Lady Diana… creuse lui aussi le motif de la spécularité, avec cette fois une histoire de sosie – une mère célibataire qui ressemble à Lady Di et joue de cette ressemblance pour mener une vie à la Lady Di. Mais sa mystification est mise à mal à la mort de Diana.
… et la suite au diapason
Sur la lancée de cette semaine de rentrée particulièrement dense, les jours qui suivront dévoileront eux aussi des œuvres particulièrement attendues.
Habitué de la rentrée littéraire, figurant régulièrement dans les sélections des grands prix d’automne (après avoir remporté les prix Médicis et Décembre), Jean-Philippe Toussaint sera l’un des écrivains les plus attendus de la rentrée des éditions de Minuit. Son dernier roman, L’échiquier, datait de 2023. Il revient le 27 aout avec La hantise, dont le personnage se trouve en possession de données liées à un vaste réseau de corruption, alors même qu’il tombe amoureux d’une femme qui pourrait l’aider dans le péril où il se trouve.
Après Alice et les autres et Accordez-moi la parole, Vinciane Moeschler poursuit sa collaboration avec les éditions Mercure de France pour Guerillera, attendu le 3 septembre. Un roman qui nous emmène en Amérique du Sud, où une femme noue une relation singulière avec la guerillera qui la retient captive. Des années après son évasion, elle reconnait sa geôlière parmi les candidats à une élection importante.
Extrait proposé par les éditions Mercure de France
Comme Laura Tinard, Cyrille Falisse cherchera à confirmer le prometteur Seuls les fantômes (Belfond) avec un deuxième roman, Fatal Eros, publié par les éditions Maurice Nadeau, histoire d’un publicitaire dont le succès dissimule les angoisses et la folie.
Nouvelles, romans, essais ou poésie, Véronique Bergen est de chaque rentrée. Cette année encore, on la retrouvera sur plusieurs fronts. Et tout d’abord avec un roman, attendu en septembre. Dans La mémoire des lieux, à paraitre aux éditions Edwarda, on suit les déambulations bruxelloises de l’héroïne, une créatrice de parfums, poussée par une intuition : les lieux garderaient la mémoire de leurs occupants et des faits dont ils ont été les témoins.
Deux premiers romans
On l’a dit : la rentrée belge est surtout celle des auteurs et autrices aguerris. Deux primo-romanciers belges se glisseront néanmoins dans la rentrée hexagonale. Sammy Lussan présentera le 21 aout Bernie Leibovitz aux éditions Les Belles Lettres, un roman qui entremêle texte et photographies et qui, comme celui de Cyrille Falisse, a pour héros un personnage travaillant avec succès dans la publicité avant de basculer. Il quitte sa vie, se retrouve au Japon et son histoire se mue en un roman d’éducation.
Premier roman aussi pour Bruno Sbille, déjà auteur de plusieurs livres de développement personnel. À paraitre le 27 aout aux éditions Courrier du livre, Le jour où j’ai cessé d’attendre le vendredi raconte l’histoire d’un jeune homme déçu, qui a toujours répondu aux attentes et suivi le parcours qui lui était destiné, jusqu’au jour où il rencontre une femme qui pourrait changer le cours de sa vie.
Des romans pour tous les gouts
En Belgique, la rentrée du roman sera placée sous le signe de la diversité des auteurs, des maisons d’édition et des thématiques. Avec quand même un fil rouge, la présence massive des thématiques liées à la famille, celle de sang ou celle que l’on se choisit, avec ses joies et ses dysfonctionnements, et des héros lancés dans des enquêtes généalogiques.
Ce sont les éditions Weyrich, et plus particulièrement leur collection littéraire « Les plumes du coq », qui lanceront la rentrée, avec quatre titres annoncés à la mi-aout, tous signés par des auteurs « maison ». André-Joseph Dubois, dont ce sera le septième livre dans la collection, présentera Fragments du père, histoire d’un narrateur qui cherche à reconstituer la vie de son père et se heurte au constat qu’on connait finalement toujours mal son géniteur. Après Messes amères et Lueurs d’ermitage, Benoît Goffin redonne du service à son enquêteur Philippe Légaut dans L’herbe du diable. L’ex-commissaire enquête autour d’une étrange propriété forestière où on dit que de mystérieuses expériences scientifiques ont lieu. Les romans de Nicolas Marchal sont aussi rocambolesques que drôles. Entre le Vieux Namur et l’Inde, le roman choral Derrière le prince poursuit dans cette veine qui est la marque de fabrique de l’auteur. Quant à Luc Templier, il superposera fouilles d’un site archéologique et archéologie intime dans Les lueurs du rêve.
Si les éditions Weyrich misent sur des auteurs aguerris, L’arbre de Diane fera plutôt place aux primo-romanciers. On trouvera rarement mention de cette maison dans la rubrique consacrée au roman. Elle a imposé au fil du temps une ligne éditoriale marquée par l’exploration des relations entre la littérature et les autres disciplines et par l’attention portée aux questions de genre, et aux voix singulières, queer notamment, qui n’ont pas toujours droit de cité. Les deux romans programmés pour la rentrée entrent pleinement dans ces thématiques. Dans Andromaque dans une berline rouge (à paraitre le 18 aout), l’artiste et écrivain Nanténé Traoré imagine un monde post-apocalyptique (et aux résonances forcément très actuelles) où l’on est réduit à vivre sous terre en raison des trop fortes chaleurs. Andromaque, l’héroïne, décide de refuser cette injonction et prend la fuite.
De Florence Minder, on se souvient de Faire quelque chose. (C’est le faire, non ?), paru à L’arbre de Diane en 2022. L’écrivaine et femme de théâtre revient le 13 octobre avec L’invisible n’est pas inexistant, une fiction qui rassemble une petite fille, son père mourant et une amie, les trois s’étant créé un monde commun qui conteste les assignations et normes extérieures.
Comme de coutume, les éditions M.E.O. seront très actives en cette rentrée, avec deux romans prévus pour le 25 aout et un troisième le 10 septembre. Après Eden Beach 1970 et Dernière folie, Anne Duvivier publie Petit frère, dont l’héroïne, mère de famille, tente de percer les secrets et non-dits de son histoire familiale. Si David Jauzion-Graverolles est surtout connu comme poète (son œuvre est principalement publiée au Coudrier), il a déjà publié un roman aux éditions M.E.O. en 2023. Un attrait pour la fiction qu’il confirme en cette rentrée avec la parution de La méthode. Après une rupture amoureuse, le héros abandonne sa carrière pour intégrer une école de théâtre aux méthodes révolutionnaires, sous la houlette d’un metteur en scène mi-visionnaire mi-gourou, finalement convaincu de malversation financière. Quatrième roman de Robert Massart, Des années d’enchantement raconte l’histoire d’un homme blessé de n’avoir jamais eu d’enfant, qui se découvre une famille de substitution à l’enterrement de son épouse lorsqu’une mystérieuse demi-sœur surgit avec son fils. Malgré les mises en garde de son entourage, le héros s’attache.
Le 10 septembre, les éditions La lettre volée dévoileront un récit d’Isabelle Martin, A…E…I…O…U. Inspiré d’une expérience personnelle de l’autrice, ce livre évoque l’importance de la dimension sensorielle lorsque le langage s’en va et parle avec force de l’accompagnement des personnes en fin de vie. Après un AVC, un homme devenu incapable de parler, se montre très sensible au plaisir des sons. Sa fille et lui écoutent de la musique, ils rient ensemble des sons qu’il prononce, dans une sorte d’état d’avant-langage. Tombé ensuite dans le coma, l’homme ne réagit alors plus qu’au toucher.
Après le remarqué Encoches, Karoline Buchner revient avec Les cissettes, un titre-néologisme pour un livre à la structure fragmentaire qui, au travers de ses quatre héroïnes, interroge l’hétéronormativité et la maternité.
Amélie Nothomb ne sera pas la seule autrice que les perroquets inspirent en cette rentrée. L’animal sera aussi un protagoniste d’Effeuillage pour vogelpik déplumé, le premier roman de Mathilde Meert qui paraitra chez MaelstrÖm reEvolution en septembre. Une mère se confie à son perroquet à propos de la mort de son fils, survenue sept ans plus tôt. De Bruxelles à Zeebrugge, le tandem revisite les lieux de l’histoire du disparu.
Les éditions namuroises parieront sur le roman historique, et plus encore sur la Deuxième guerre mondiale, avec Debout les vivants, journal d’une jeune rexiste de Christine Martin, prévu pour septembre. Historienne de formation, Christine Martin s’est lancée dans une biographie romancée d’Huguette Defoiche. Fille de rexiste, tôt séduite par les idées de Léon Degrelle, celle-ci deviendra l’une des cadres des organisations féminines de Rex.
L’Histoire sera aussi au cœur de la rentrée des éditions Académia avec Le lâche de Trafalgar de Bernard Wilkin, à paraitre en septembre. L’auteur emmène ses lecteurs dans l’Europe napoléonienne et la guerre contre l’Angleterre.
Pierre Solot est pianiste, et officie pour plusieurs émissions dédiées à la musique classique sur les ondes de la RTBF. Rien d’étonnant dès lors à ce que Le temps de Nina, à paraitre chez Kennes le 16 septembre, raconte l’histoire d’un pianiste et, surtout, de sa fille, qui rejette la musique classique et son élitisme. Cette mésentente se mue en dialogue où les deux points de vue sur l’art s’affrontent et se parlent.
Au même moment, une autre histoire de pianiste naitra aux éditions F deville : Du blues au vert, le nouveau livre de Verena Hanf. Celle qui a déjà publié La fragilité des funambules et L’enfer du bocal chez le même éditeur, présente cette fois l’histoire d’un homme, pianiste de jazz sur le déclin, qui souffre de la déliquescence de son amour, mais retrouve de l’allant dans la rencontre de deux jeunes dans un stage musical qu’il anime.
Après avoir annoncé la cessation de leurs activités, les éditions Onlit se sont relancées en 2025, intégrant le giron du groupe Émotions, qui comprend aussi Genèse édition et les éditions de L’Herne, et inaugurant dans la foulée la prometteuse collection « Onlit noir », dont on a salué dans ces colonnes le premier volume, Yonkers de Paul Couturiau. Deux romans sont annoncés pour le 1er octobre. Juan d’Oultremont poursuit les aventures de Judas, son alter ego de papier, avec Judas sur l’escalator. Un roman d’apprentissage où l’on suit Judas cherchant sa place, et sentant confusément qu’il passe à côté de sa propre vie. À côté de cet habitué de la maison, Onlit publiera aussi un premier roman, J’ai survécu, que sa jeune autrice Mila Verhamme avait initialement fait paraitre en auto-édition. Construit sur la base des notes prises sur son téléphone, elle raconte le malaise et les angoisses propres aux très jeunes adultes.
Après un premier livre, Entre deux rives, qui lui a valu le prix littéraire Saga, Suzanne Aubinet poursuit sa collaboration avec les éditions Parlà et publie Dans la vallée, à découvrir dès le 1er octobre.
En octobre toujours, les éditions Académia publient Virée!, un roman de Muriel Hertens inspiré de son blog et de sa propre histoire, celle d’une mère qui est licenciée le jour de la rentrée des classes et se trouve confrontée à la fois à sa recherche d’emploi et à l’intendance à la maison.
Très actives dans les formats courts, les éditions Lamiroy seront pourtant présentes dans le domaine du roman en cette rentrée, avec trois titres programmés pour octobre. Le polygraphe Luc Dellisse signe avec L’éden à l’envers un livre sur l’enfance. Loin de toute idéalisation, la jungle de l’enfance est décrite comme un terrain d’aventure, voire un voyage sur une autre planète. Après J’ai peur de mourir si je vis trop longtemps, Pierre Guyaut-Genon revient avec Tohubohu, dans lequel il explore les liens d’amour, d’amitié et de complicité dans un roman où foisonnent les personnages autour du couple formé par Arthur et Lizzy. Thierry Coljon donne une suite à Sijou’ : Ci-gît raconte la vie de Pierre après la mort de son amie d’enfance Sijou’, comment il vit dans la Belgique des Tueurs du Brabant et des CCC avec cette ombre familière qui semble veiller sur lui.
Thriller, fantasy, merveilleux : les mauvais genres se portent bien
La rentrée d’automne est souvent associée au roman, mais plus précisément encore à la littérature blanche. Livres Hebdo n’inclut d’ailleurs même pas la littérature de genre dans son décomptes des parutions de la rentrée. Plusieurs thrillers sortiront pourtant bel et bien à l’automne.
En 2025 paraissait le premier tome de la série de cosy mystery Meurtres & préjugés. Signé par Lorie Forêt aux éditions Eyrolles, il connaitra une suite cette année, tandis que le premier volume sera réédité en poche.
Les éditions Panthère annoncent Carnage Paradise d’Ari Flandroit. Le livre met en scène six personnages très différents l’un de l’autre, à ce détail près qu’ils partagent… le même corps. Histoire d’un Trouble dissociatif de l’identité, ce livre est surtout un thriller haletant, qui prend un tournant lorsque les six alters partent en quête du responsable de leurs traumatismes d’enfance.
En octobre, la même maison publie le 2ème tome de la Trilogie Brindeau de Sarah Burlet, L’aurore, un thriller fantastique qui passe du Paris des années 1930 à l’Ardenne d’aujourd’hui.
Après avoir connu un succès retentissant en racontant les cas les plus marquants de sa carrière de médecin légiste, Philippe Boxho passe à la fiction. Il co-signe La mort en trop avec Martin Michaud, un thriller inspiré… de son quotidien de médecin légiste, annoncé chez Kennes pour le 15 octobre.
La rentrée d’Empaj sera elle aussi placée sous le signe du thriller avec la parution en novembre d’À voix basse de Philippe Jacquet dans lequel une femme découvre qu’elle a été adoptée au moment où elle sollicite ses parents pour une greffe de cellules souches. Alors qu’elle est retrouvée morte peu après, la policière en charge de l’enquête se découvre de troublants liens avec la victime.
La rentrée des éditions MaelstrÖm reEvolution s’annonce éclectique, à l’image de leur catalogue, avec de la poésie et des romans. Dans ce genre, précisément, l’automne 2026 sera placé sous le signe du merveilleux avec le livre d’Edith Soonckindt, Les sept clés du Royaume des pluies et celui de Constance Chlore, Le fils de l’os. Le premier nous plonge dans un monde post-apocalyptique pour un conte initiatique aux multiples niveaux de lecture. Constance Chlore nous emmène quant à elle dans le désert, à la suite d’Helis, recueilli par le Peuple des creux qui voit en lui un puissant ancêtre. De transes en métamorphoses, son histoire est aussi un récit d’initiation et de passage.
De Ludovic Mélon, on avait découvert jusqu’à présent la veine policière teintée d’humour, avec deux tomes de la « Brigade des buses ». Tout en restant chez le même éditeur, Calmann Lévy, l’auteur s’essaie cette fois à la fantasy avec La conteuse, dont l’héroïne, une orpheline qui a pour compagnon un renard argenté, se retrouve dans un monde parallèle où elle découvre l’existence d’une société chargée de protéger les humains et de les surveiller.
La nouvelle toujours renouvelée
Michel Lambert ouvrira la rentrée de la nouvelle. Après deux recueils anthologiques (Sosies de l’amour aux éditions Weyrich et Quelle importance chez Quadrature), il présente aux éditions La louve (avec lesquelles il travaille pour la première fois) Où êtes-vous maintenant ?, composé de huit nouvelles dont le protagoniste se demande ce qu’est devenue une personne qu’il a rencontrée précédemment.
À côté de ce recueil à paraitre en France, la nouvelle francophone trouve en Belgique un terrain particulièrement favorable avec des collections voire des maisons d’édition dédiées, et d’autres qui accueillent volontiers ce genre dit de niche. La rentrée 2026 ne faillira pas à la tradition.
Alors que la nouvelle se publie principalement en recueil, les éditions Lamiroy privilégient une approche au singulier avec des collections de très petits formats comportant une seule nouvelle – les « Opuscules » – ou novella – les « Opus ». Ces séries s’enrichiront encore de quelques titres cette année. La maison lance par ailleurs une nouvelle collection, « Expresso », de petits livres de 18 pages vendus au prix de 3 €, avec une histoire à lire le temps de déguster un café.
Octobre sera le grand mois de la nouvelle avec la sortie (le 10) des quatre nouveaux volumes de la collection « Belgiques » des éditions Ker. Dans chaque recueil, un auteur ou une autrice est amené à explorer par des fictions brèves son imaginaire de la Belgique. La mosaïque est le maitre-mot du projet, non seulement parce que chaque volume apporte une pièce supplémentaire à l’image d’ensemble qui se dessine, mais aussi parce que chaque recueil lui-même offre une approche mosaïque, étant composé de plusieurs nouvelles. Trois auteurs et une autrice composent le programme de cette année. Avec tout d’abord Gérard Adam, romancier mais aussi fondateur et animateur des éditions M.E.O. Son recueil aborde une Belgique populaire, celle des luttes sociales, et replonge dans la jeunesse, celle des éveils amoureux, de la découverte du jazz, jusqu’aux désillusions de l’âge adulte. On ne s’étonnera guère que Patrick Lowie, praticien convaincu du « portrait onirique », emmène son Belgiques sur les territoires du rêve et de l’inconscient, à la lumière desquels il envisage paysages, guerres, désirs et héritages familiaux. Auteur publié aux éditions Murmure des soirs, où il a notamment signé les recueils de nouvelles C’était demain et Nouvelles d’Est avant de se tourner vers le roman, Jean-Marc Rigaux questionne l’identité belge, expose ses fissures, ses incertitudes, et emmène ses lecteurs de Knokke au Wisconsin, là où de nombreux Wallons ont émigré. Daphné Tamage est la quatrième mousquetaire de la cuvée « Belgiques » 2026, avec un volume qui explore la Belgique par des géographies intimes, entre attraction et répulsion.
Elle-même autrice d’un Belgiques paru en 2020, Marianne Sluszny publie un nouveau recueil de nouvelles, Pertes… aux éditions M.E.O. Chaque texte du livre évoque une perte (celle de la santé, celle d’un être cher…). La sortie est prévue le 6 octobre.
Les éditions Bozon2X placeront elles aussi leur rentrée sous le signe de la nouvelle avec un recueil de Claire Blach, En français dans le sexe, en librairie le 22 octobre, bâti sur des confidences de proches et des expériences vécues ou rêvées.
Qui dit nouvelle pense évidemment aux éditions Quadrature. Elles proposeront un plaisir de gourmet littéraire en octobre avec Et le fromage chut ! de Marc Tilman, dont chaque nouvelle est une variation sur la fable bien connue agrémentée tantôt de contraintes oulipiennes, tantôt de jeux intertextuels. En novembre, le traducteur Laurent Bayer, dont le premier recueil, La végandelle, avait déjà paru chez le même éditeur, poursuit sur le même ton empreint d’humour et de distance avec Un Parisien à Bruxelles. En décembre, ce sera le retour de Jacqueline Daussain dont le précédent recueil, La journée mondiale de la gentillesse, paru lui aussi chez Quadrature, date de 2018 déjà. Salut Betty est un livre symboliquement important pour Quadrature, puisqu’il s’agira du 100ème publié par l’éditeur néo-louvaniste. Le recueil tourne, comme son titre l’indique, autour du personnage de Betty, « psychologue de comptoir » à laquelle les clients du café où elle travaille, réguliers ou de passage, se confient volontiers. Le recueil est constitué de chacune de leurs histoires.
La collection « iF » des éditions Abrapalabra mise aussi sur la prose brève, mais sous la forme épistolaire, avec le recueil collectif Sur l’enthousiasme. Vingt-six autrices belges (Adeline Dieudonné, Nathalie Skowronek, Éléonore de Duve, Victoire de Changy, Sophie d’Aubreby, Violaine Lison, Rachel M. Cholz, Aliénor Debrocq, Isabelle Wéry, Myriam Leroy, Alix Garin, Caroline De Mulder, Sophie Pirson) et étrangères (notamment Elisa Shua Dusapin, Léonor de Récondo, Julia Kerninon) répondent en une lettre à la question « Comment s’enthousiasmer ? ».
Poètes et poétesses en verve
La poésie est un genre toujours particulièrement dynamique, avec de nombreuses maisons d’édition dédiées et des écrivaines et écrivains reconnus autant dans le monde francophone qu’en Belgique. La rentrée d’automne sera une nouvelle illustration de ce foisonnement, avec en point d’orgue le Poetik Bazar, qui prendra ses quartiers aux Halles de Schaerbeek du 18 au 20 septembre.
La prochaine livraison de la revue L’étrangère des éditions La lettre volée, à paraitre mi-aout, sera d’ailleurs consacrée à la poésie belge d’aujourd’hui, avec des contributions entre autres d’Yves Namur, Charline Lambert, Stéphane Lambert ou encore de Jean-Marie Corbusier.
À la même période, les éditions Altura présenteront les recueils de deux grands poètes liégeois, Serge Delaive et Karel Logist. Le premier sort une version remaniée de son grand œuvre mêlant poésie et photographie. Initialement paru au Tétras Lyre, Meuse fleuve nord renait sous le titre Meuse fleuve nord, seconde matière. Avec Bleu comme l’oubli, illustré par Benjamin Hollebeke, Karel Logist arpente les tonalités qui sont la marque de fabrique de sa poésie : la nostalgie, le désenchantement, la solitude, contrebalancés par une pointe d’ironie.
Les éditions Le coudrier publieront trois recueils en septembre, tous signés par des habitués de la maison et enrichis d’illustrations qui dialoguent avec les textes. Il sera question de la mer dans le recueil Entre les ancres de Philippe Colmant, illustré par l’auteur lui-même et par Véronique Lerin. Avec Tuiles jumelles, Patrick Devaux retourne sur les lieux et les souvenirs de l’enfance, entre joie et malheur, et évoque les vacances chez les grands-parents en compagnie d’un jumeau handicapé dont il avait la charge. Les illustrations sont dues à une autre autrice habituée des éditions Le coudrier, Catherine Berael. Deux ans après Le soir saigne rouge, Edith Henry revient avec le recueil Origynes, illustré par son éditrice Joëlle Aubevert, dans lequel la poétesse questionne le corps des femmes et la maternité.
Les questions de genre, de corps, de filiation et d’identité seront d’ailleurs très présentes en cette rentrée. Et la poésie, plus que le roman, semble être le genre par excellence où elles trouvent à s’exprimer.
La chercheuse, poétesse, chanteuse et artiste de théâtre Injonge Karangwa présente aux Carnets du dessert de lune Née de l’enfance d’une mère, un recueil où il est question du poids des héritages familiaux, de la transmission, subie ou non, entre les mères et les filles. L’autrice évoque aussi le racisme et les normes qu’il impose. Sortie le 10 septembre. Cinq ans après le très remarqué Caillasses, Joëlle Sambi présente Maison chaos suivi de Pandore. Elle passe pour l’occasion chez un nouvel éditeur : L’arche. Elle empoigne elle aussi des problématiques très ancrées dans le monde d’aujourd’hui : lesbophobie, racisme, patriarcat, héritages postcoloniaux… Dans ce volume double, le recueil poétique est suivi d’un essai sur la difficulté à parler dans un monde qui voudrait réduire certaines personnes au silence. Autrice bien connue dans le domaine de la littérature pour la jeunesse, Sara Gréselle poursuit aussi, aux éditions Esperluète, une œuvre de littérature générale qui mêle poésie et illustration. Après Les souvenirs et les regrets aussi et Silva, elle revient le 11 septembre avec J’ai trop de nuit au fond des yeux, dans lequel elle explore, par le texte et par l’image, les géographies féminines. Comme Sara Gréselle, Victoire de Changy est active aussi bien en littérature pour la jeunesse qu’en littérature générale. Pour ce second versant de son travail, elle explore aussi bien le roman que la poésie ou l’essai. C’est un recueil poétique intitulé Obliques qui paraitra le 15 septembre aux éditions L’arbre de Diane, comme son prédécesseur La paume plus grande que toi (2020). L’autrice aborde entre autres son rôle de mère, le pouvoir de la littérature ou encore le droit à la tristesse.
Les éditions Courgette nous invitent à découvrir le premier recueil d’Aude Meunier, Femme Origami. L’écriture de la poétesse, brute et sensible à la fois, dit la construction d’une identité féminine marquée par le handicap. Il est question de corps et de regard, de norme et de différence, de féminité et d’invalidité.
Aux éditions Académia, la poésie se pratique en collectif avec Encrer le sens. Ce recueil, porté par Manuela Varrasso et Leïla El-Mahi de l’asbl ParagraFes, collecte les histoires de dix femmes issues de l’immigration. Elles racontent l’exil, les discriminations, mais aussi le pouvoir des femmes.
Toujours en septembre, le collectif Les Thérapoétiques publiera un nouveau volume aux éditions MaelstrÖm reEvolution. Après S’ancrer en 2025, Se ReLier rassemble 66 artistes, poètes et thérapeutes qui explorent la question du lien et de la relation.
Depuis quelques années, Alexandre Valassidis poursuit une œuvre poétique remarquée et souvent récompensée sous le nom de Louis Adran aux éditions Cheyne, tandis qu’il a signé de son nom deux romans, Au moins nous aurons vu la nuit et Tirer, sous le label Scribes des éditions Gallimard. Le 1er octobre, il publie aux éditions Castor astral un ouvrage aux confins de la poésie narrative et du récit fragmentaire, Je sais où dorment mes amis. Amitiés et souvenir sont quelques-unes des questions qui s’y font jour.
Le 20 novembre paraitra le nouveau recueil de Myette Ronday aux éditions Sans escale. Marqueteries évoque des vies singulières avec une grande variété de tons.
Enfin, les éditions Le coudrier cloront l’année avec deux recueils annoncés pour décembre : Regards dans lequel la poétesse Dominique Nanain rend hommage au Borinage et aux mineurs de fond et Être poète, c’est là que nous allons de Luc Delcor dont on avait lu en 2021 Femme qu’on aime chez la même éditrice.
Diversification du théâtre
L’édition de théâtre est portée depuis des années par les éditions Lansman, aujourd’hui Emile & Cie. Elles se sont imposées au fil du temps comme une référence dans le monde francophone. On aura toutefois plaisir à remarquer que le genre sera aussi représenté par d’autres maisons d’édition en cette rentrée.
Émile & Cie reste évidemment le premier acteur dans le genre. Son programme de rentrée comprend Qui s’en charge d’Aliénor Debrocq (aout), qui revient donc au théâtre après HeLa, paru en 2023. En octobre, ce sera le tour d’une autre habituée de la maison, Stéphanie Mangez, pour la pièce Adversoeurs. Auteur entre autres de Jean Jean et Là où le soleil se couche, Axel Cornil présentera Cassandre en décembre.
Après les romans de Christophe Van Staen et Anton Kouzemin, les jeunes éditions Aux palais outre-ponts publient un monologue, Gigi. Écrit par Christophe Van Staen, il a été créé à l’Os à moëlle en mars et tournera en Belgique dès la rentrée.
Les éditions du Cerisier sont historiquement engagées dans la publication du théâtre-action. Leur catalogue s’enrichira d’un nouveau titre en octobre, avec Au cœur de l’Ogre gris de Thierry Müller, qui évoque le bizness des maisons de repos.
Essais : informer et faire réfléchir
Littérature, arts, sciences humaines, politique… : cet automne, les essais seront nombreux et leurs objets variés.
Littérature : les livres sur les livres
Plusieurs essayistes oeuvrent à faire redécouvrir des écrivain-e‑s et des oeuvres littéaires parfois peu ou mal connus.
Trois auteurs belges feront ainsi l’objet de publications cet automne. Le surréalisme reste l’un des marqueurs forts de notre histoire littéraire. Il sera à nouveau à l’honneur cette année avec la sortie le 10 septembre aux éditions CFC d’une biographie signée par Philippe Dewolf, Marcel Lecomte. Une vie repensée – dans l’ombre du surréalisme. Philippe Dewolf a rassemblé témoignages et archives inédites, mais a aussi minutieusement travaillé sur les textes de Marcel Lecomte pour proposer cette biographie qui met au jour la complexité de la personnalité de ce singulier surréaliste.
Les éditions de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique remettent à l’honneur une académicienne, Suzanne Lilar, par la publication d’une version remaniée du cours-conférence que Laurence Boudart lui a consacré dans le cadre du Collège Belgique. Suzanne Lilar : amour, poétique et féminisme sera disponible en décembre.
Le prochain numéro de la revue Textyles, à paraitre le 10 octobre, est consacré à la dramaturge Michèle Fabien, dont la collection Espace Nord nous a permis de redécouvrir six pièces ces dernières années (un volume rassemblant Jocaste, Claire Lacombe et Berty Albrecht, et un autre réunissant Notre Sade, Sara Z., et Charlotte). Les contributions réunies dans la nouvelle livraison de Textyles abordent des questions liées à la dramaturgie et à l’écriture, mais aussi au féminisme.
Maurice Weyembergh s’est quant à lui intéressé à la littérature mondiale du 12ème au 20ème siècle, de Tristan et Yseut à Mishima, à la recherche d’un motif, celui des amours contrariées. Son essai, Amours contrariées : romans et vies exemplaires, parait aux éditions de l’Académie royale de Belgique le 10 septembre.
Les éditions Lamiroy poursuivent leur collection « L’Article », série de courts essais publiée à un rythme mensuel et dont chacun numéro est consacré à un auteur. La livraison de septembre, sous la plume de Gaëtan Faucer, portera sur le marquis de Sade.
Véronique Bergen se démultipliera à nouveau en cette rentrée. Outre le roman déjà mentionné, elle présentera, en octobre, un essai consacré à Hélène Cixous. Hélène Cixous, la messagère du rêve, qui parait aux éditions La variation, étudie les motifs structurants de l’œuvre de cette voix majeure de la littérature contemporaine : la mémoire familiale, les héritages historiques, les figures disparues, la pluralité des langues… Avec ce nouveau livre, Véronique Bergen poursuit un travail déjà entamé dans Hélène Cixous. La langue plus-que-vive, paru en 2017 aux éditions Honoré Champion.
Arts : des œuvres singulières et des questions universelles
Architecture, peinture, cinéma, création artistique en général… : les sujets liés aux arts ne manquent pas et inspirent des questionnements multiples.
Aux éditions La lettre volée, les arts sont abordés par la philosophie et la psychanalyse avec deux ouvrages qui interrogent la création et la collection de manière générale. Philippe Devries part de son expérience de collectionneur d’art contemporain pour interroger l’acquisition matérielle d’une œuvre d’art et son incorporation mentale dans La mémoire de l’œil. Regard intérieur sur une collection, à paraitre le 13 aout. Le psychanalyste Yves Depelsenaire creuse la question des rapports entre psychanalyse (lacanienne) et création artistique dans un ouvrage, Le dire vrai de l’art. Une esthétique lacanienne, annoncé pour le 5 novembre.
Dans une tout autre approche, Anne Wallemacq et Claire Maris interrogent quant à elles la créativité dans Créativité, une approche sensible, à paraitre chez F deville le 15 octobre. Respectivement sociologue et informaticienne, les deux autrices défendent une conception de la créativité comme disponibilité à ce qui cherche à apparaitre, et non comme production d’une idée nouvelle.
Patrick Weber s’intéresse quant à lui non à la créativité, mais aux œuvres déjà créées, et plus encore aux chefs-d’œuvre. À paraitre le 10 décembre aux éditions Racine, Le musée des Belges. L’art belge raconté par ses chefs-d’oeuvre se donne pour objectif d’appréhender aussi bien l’histoire de l’art belge que l’histoire de la Belgique au prisme de 30 tableaux.
Si l’approche de Patrick Weber est centrée sur les œuvres, les artistes seront eux aussi à l’honneur en cette rentrée, avec plusieurs livres consacrés à quelques grandes personnalités des arts.
Sociétaire de la Comédie française depuis 2013, le comédien et metteur en scène belge Christian Hecq explique sa formation, ses inspirations et sa méthode de travail dans un livre d’entretiens, Christian Hecq : le jeu qui bouge, à paraitre chez Actes Sud (2 septembre).
Les éditions Samsa publient une biographie du baryton José Vandam (1940–2026). Signée par Michèle Friche, elle s’intitule José Vandam. Confidence pour confidence.
Les éditions de l’Académie royale de Belgique saluent le travail du plasticien Bob Verschueren avec la parution, le 22 octobre, d’Interpréter la nature : correspondance autour de l’œuvre de Bob Verschueren. Les nombreuses photos qui jalonnent l’ouvrage offrent une pérennité au travail de l’artiste, lui qui ne crée pourtant que des œuvres éphémères. Les clichés entrent en dialogue avec les échanges épistolaires de Bob Verschueren avec son ami l’historien de l’art Ralph Dekoninck, qui font émerger quelques questions fondamentales sur l’œuvre.
Après le livre de Françoise Levie L’architecte fantôme. À la recherche d’Octave Van Rysselberghe (prix triennal de littérature de la Ville de Tournai), Les Impressions nouvelles confirment leur sensibilité à l’architecture avec la parution, en octobre, de L’architecture palimpseste. Le temps comme matériau de Francis Metzger. Convaincu que nous n’intervenons jamais sur une page blanche, l’auteur propose de penser l’architecture comme une modification de l’existant, par opposition à la fois l’idée de table rase et à celle de conservation à l’identique.
La réputation des Impressions nouvelles dans le domaine du cinéma n’est plus à faire. Elles ajoutent un nouveau volume à leur déjà très riche catalogue. Dirigé par Frédéric Sojcher, L’atelier de réalisation. 250 expériences de cinéma se présente comme un montage de propos tenus par des professionnels du cinéma (scénaristes, réalisateurs, acteurs, compositeurs de musique de film, techniciens, producteurs, distributeurs) à destination des étudiants en cinéma de la Sorbonne. Mises bout à bout, ces contributions permettent de comprendre comment un film se fait, de A à Z.
Les éditions CFC manifestent un intérêt constant pour l’art, et plus encore pour les formes actuelles de l’art dans les milieux urbains. Autour de ces questions, la maison propose traditionnellement des livres qui conjoignent un propos précis, bien informé, et une iconographie soignée. Dans ce registre, deux ouvrages sont attendus en novembre : Artistes femmes, artistes brutes de Léonore Frenois et Modern – Architecture et société dans les années 1930 de Yaron Pesztat. Partant du constat que l’art brut est aujourd’hui toujours moins coté que l’art légitime, Léonore Frenois s’est intéressée à un pan de cet art qui n’avait pas encore fait l’objet d’études systématiques : celui qui est produit par des artistes femmes. Le livre, richement illustré, accompagne l’exposition Singulières : Artistes, autodidactes, affranchies présentée au LaM à Villeneuve d’Ascq à partir d’octobre 2026.
Le livre de Yaron Pesztat accompagnera quant à lui l’inauguration de Kanal-Centre Pompidou le 28 novembre 2026. Il s’agit d’un beau livre de photographies des années 1930, certaines à portée documentaire, d’autres manifestant les liens entre photographie et architecture à cette époque.
Philosophie : des concepts pour penser le monde d’aujourd’hui
Dès le 27 aout, le nouvel essai de Pascal Chabot, Nos vies encapsulées : quel devenir pour l’humanité? (PUF) interrogera les conséquences des réseaux sociaux, des moyens de communication actuels et des applications web sur les relations sociales et les modes de vie.
Désormais plus connu dans les sphères politiques que comme chercheur et essayiste, Paul Magnette publiera néanmoins un essai le 15 octobre, Machiavel, aux éditions Michalon. Il y développe une étude de la notion de liberté à la lumière des écrits de l’auteur du Prince, et défend notamment l’idée d’une liberté entendue comme prise en compte des contraintes naturelles plutôt que comme leur domination.
Les Impressions nouvelles publient un ouvrage co-signé par Martin Mees, Isabelle Ost et Philippe Sabot, Esthétique de l’existence. Généalogies à partir de Michel Foucault. Les co-auteurs s’intéressent à l’affirmation foucaldienne d’une possibilité de façonner sa propre vie comme on ferait une œuvre d’art, ce que le philosophe nommait « esthétique de l’existence », et cherchent des généalogies possibles du concept dans l’Antiquité et à la Renaissance.
Histoire : faits passés et Belgique d’aujourd’hui
En septembre, les éditions de l’Académie royale de Belgique publieront Savoirs musulmans au Congo colonial : textes occultes, écriture arabe et talismans de Xavier Luffin. Le livre met en avant les réseaux de circulation des savoirs entre le Congo et le monde musulman à l’époque coloniale. Il tord ainsi le cou à une idée reçue tenace, selon laquelle il n’y aurait pas eu d’écriture au Congo avant la colonisation.
Les éditions Couleur livres commémorent quant à elles le 80ème anniversaire de “l’accord charbon”, qui fit venir un grand nombre de travailleurs italiens en Belgique. À cette occasion, la maison publie Le dernier voyage des Italiens de Belgique, d’Anne Morelli et Nathalie Mignano. Pour évoquer les trajectoires individuelles des immigrés italiens, les deux autrices se sont rendues sur leurs tombes et ont découvert des expressions de la nostalgie de la terre natale, de la fierté liée au métier exercé, ou encore l’expression de leurs centres d’intérêt, ou de leurs engagements politiques. De ces sources encore peu exploitées, Morelli et Mignano tirent un point de vue renouvelé sur l’immigration italienne.
Les éditions namuroises, qui abordent la Deuxième guerre mondiale par la fiction avec Christine Martin, l’appréhendent aussi par la biographie avec Il faut tuer François Bovesse! d’Annie Delfosse. Dans cet ouvrage, l’autrice, par ailleurs enseignante, raconte, dans un style accessible à un large public, la vie de François Bovesse, grande figure de la résistance et de l’affirmation d’une identité wallonne.
La Deuxième guerre mondiale occupera aussi une place importante dans le programme de rentrée des éditions Racine. Pour La bataille des Ardennes en cinquante témoignages, Hugues Wenkin a collationné 50 courts récits de témoins. Sortie le 20 octobre. Chantal Kesteloot et Bart Willems co-signent En résistance. Belgique 1940–1944. Basé sur des archives inédites et des témoignages, le volume offre un éclairage important sur la résistance dans notre pays.
Dans la même maison d’édition, Jean-Pierre Adam nous invite à un bond de quelques décennies avec Les tueurs du Brabant. L’auteur, par ailleurs gendarme, expose son hypothèse, la “piste française”, dans ce cold case qui continue de fasciner.
À noter également aux Éditions namuroises : La seigneurie de Wartet, une vie rurale du XIIe au XIXe siècle par Laurent Aidans. À la suite de l’auteur, les lecteurs s’aventurent dans un petit village du Namurois, pour en découvrir la vie quotidienne et les faits marquants.
Territoires et découvertes
Dédiées à la littérature de voyage, les éditions Nevicata ont créé la collection de référence « L’âme des peuples », « collection de petits livres tout en nuances pour décoder les ressorts profonds d’un pays, d’une région ou d’une ville. Un récit de voyage suivi d’entretiens incisifs et éclairants, mêlant vie quotidienne, actualité, histoire et culture ». Plusieurs volumes enrichiront la collection dès cet automne. Deux sont signés par des auteurs belges. Sabine Verhest s’intéressera au pays du Bonheur national brut pour Bhoutan. Les cimes du bonheur, tandis que François Janne d’Othée donnera une nouvelle édition actualisée de Bruxelles, ceci n’est pas une ville.
Par ailleurs, Bernard Marnette nous invite à mieux connaitre quelques figures qui ont fait l’histoire de la Belgique par leurs exploits dans Histoires belges. Les grandes figures de l’alpinisme belge.
Penser la société, bâtir un monde meilleur
Les éditions Le cerisier défendent une ligne éditoriale résolument engagée. Elles publieront, respectivement en septembre et décembre, les troisième et quatrième volumes de Pour une démocratie culture. Actualité(s) de Marcel Hicter, ouvrages collectifs qui mêlent des textes de Marcel Hicter et des contributions diverses qui montrent l’actualité de la pensée du sociologue. En octobre, Stéphane Jonlet se demandera si Tous les flics sont-ils des bâtards ?. Il examine la manière dont s’est écrite l’histoire de la police en Europe, marquée par l’héroïsation de figures du passé pour mieux justifier et magnifier la police d’aujourd’hui. En novembre, un essai d’Éric Toussaint (dont le titre n’est pas encore définitif) étudiera la « nouvelle doctrine de sécurité nationale américaine » et ses conséquences sur les relations internationales et l’équilibre du monde.
Un ouvrage dont la thématique fait écho à celui de Carlos Crespo, à paraitre chez Couleur livres, Trump et la “parade des monstres”. En finir avec la panique morale. Dans un monde où l’illibéralisme gagne du terrain, l’essayiste interroge les mécanismes qui menacent notre société et expose les contradictions du capitalisme d’aujourd’hui, qui allie dérégulation et guerre culturelle.
Prolongement de la librairie bruxelloise du même nom, les éditions Météores publient « des essais critiques articulant des expérimentations politiques, sociales et esthétiques à des enjeux contemporains. » Une ligne éditoriale rigoureuse qui connaitra une nouvelle déclinaison le 18 septembre avec la parution de l’essai de la sociologue Benedikte Zitouni, Résister dans des milieux ravagés. Une fabrication d’héritages. Recueil d’articles de l’autrice, il invite à repenser l’enquête de terrain en enquête « avec des terrains » et à quitter la position de surplomb qui est souvent celle des chercheurs. Il y est question d’écoféminisme, ou encore de la place du religieux dans l’activisme politique.
Bien connu comme nouvelliste (Le père que tu n’auras pas et Sac de noeuds, tous deux parus chez Quadrature), Luc Leens présente aux éditions Académia un ouvrage entre le récit et l’essai, Manuel d’humour à l’usage du citoyen. Dans une démarche citoyenne, l’auteur propose d’utiliser l’humour pour résoudre des conflits et reprendre le pouvoir au quotidien.
Écrits intimes : se raconter
Journaux, correspondances, mémoires, autobiographie… : les genres de l’intimité sont nombreux et leur histoire ancienne. Ils connaissent toutefois une popularité particulière à notre époque, qui a forgé le mot « extime » pour mieux parler du dévoilement de soi.
Genèse édition, que l’on connait surtout comme maison d’édition de romans, publiera aussi un récit intime en cette rentrée, celui de la cardiologue Muriel Martin y Porras. Dans Sauver les cœurs, elle raconte son métier, entre récits cliniques et histoires de patients. Le « cœur » que l’autrice fait profession de réparer, devient ici le lieu du lien entre le corps, l’esprit et la société.
En septembre, on découvrira Le courage des vulnérables aux éditions Académia. Sofi d’ailleurs y raconte le diagnostic de Trouble du spectre de l’autisme qu’elle a reçu à trente-cinq ans, sa vie avec ce trouble, mais aussi ce qu’est l’autisme au féminin, moins bien diagnostiqué que celui des hommes.
Auteur entre autres du recueil de nouvelles Le bouillon noir de ma mère (Le cerisier) où il tirait de savoureuses histoires de ses souvenirs d’enfant de l’immigration italienne, Mario Gotto explore cette fois, à l’enseigne des éditions Couleur livres, un tout autre versant de sa propre histoire. Opération prostate! raconte, avec humour et ironie, l’opération subie par l’auteur, mais est aussi une réflexion sur la virilité. Le volume est complété par un deuxième récit, Les deux frères de la rue des Canadiens.
Dramaturge, essayiste, scénariste de bande dessinée et homme de médias, Gilles Dal publie un récit personnel et douloureux, attendu le 10 octobre aux éditions Racine. Dans Rien n’est grave et autres mensonges nécessaires, il tente de raconter le difficilement dicible, la mort de son fils.
Les éditions Samsa publieront le livre de « confidences » de la hackeuse Bénédicte Geoffroy, qui évoque dans Au revoir tristesse son enfance dans un contexte familial très difficile, ses études et les détournements de fonds auxquels elle s’est adonnée en s’appuyant sur ses exceptionnelles compétences en informatique, puis son arrestation par la police française.
Bruxellois d’origine japonaise, Gen Ueda questionne dans Shoganai (éditions L’île aux fleurs, 13 octobre) l’identité, le racisme et l’appartenance. Il s’appuie pour ce faire sur la carrière avortée d’un joueur de football nippon.
En décembre, les éditions CFC publieront un récit de l’historienne Olenka Czarnocki, Les Confins. Les Confins qui donnent son titre au livre sont la région de Pologne appelée les Confins orientaux. C’est là, à la frontière avec l’URSS, que vit en 1939 le couple formé par Hala et Kazimir, les grands-parents de l’autrice. Une situation géographique qui aura des répercussions sur la vie de la famille, et emmènera les protagonistes sur les chemins de l’exil, des camps de prisonniers allemands aux kolkhozes soviétiques en Sibérie, de Varsovie au Congo belge, de Téhéran à Beyrouth, de Bruxelles à la Bourgogne. En racontant ce couple, Olenka Czarnocki narre aussi l’histoire, tourmentée, du 20ème siècle.
Patrimoine : les classiques font leur rentrée
Alors que la littérature belge n’est pas toujours bien connue des Belges eux-mêmes et reste quasi absente des programmes scolaires – son apprentissage étant laissé au bon vouloir des enseignants –, plusieurs maisons d’édition œuvrent avec conviction à la patrimonialisation et à la redécouverte d’écrivaines et écrivains du passé, mais aussi de l’histoire plus récente. Une dynamique qui se confirme en cette rentrée, grâce à la collection de poche Espace Nord, aux éditions de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et à la collection « Ha ! » des éditions Le Taillis Pré.
La collection Espace Nord met les autrices à l’honneur cet automne et, comme de coutume, intègre à son catalogue aussi bien des œuvres récentes – les classiques de demain – que des ouvrages déjà consacrés et des redécouvertes. Cette rentrée sera faste pour Vinciane Moeschler, puisqu’outre la parution de son nouveau roman Guerillera, elle fera son entrée dans la collection avec Trois incendies, le roman qui lui a valu le prix Rossel en 2019. Françoise Mallet-Joris (1930–2013) comptait quant à elle déjà un titre dans la collection, Trois âges de la nuit. Dès le 18 septembre, il sera rejoint par Le rempart des béguines, le premier roman de l’autrice paru alors qu’elle n’avait que 21 ans. Il laisse déjà entrevoir une écrivaine majeure tout en s’aventurant sur le terrain peu exploré à l’époque de l’homosexualité féminine et de l’emprise. Le 16 octobre, ce sera Boulevard Jacqmain, roman policier d’Irène Hamoir (1906–1994). Celle qui fut l’une des rares autrices dans le groupe surréaliste bruxellois, à laquelle Le Carnet et les Instants vient de consacrer un article, livre ici un roman à clés qui est aussi un témoignage sur la vie des surréalistes. Le perce-oreille du Luxembourg d’André Baillon (1875–1932) est l’un des premiers livres à avoir intégré le catalogue Espace Nord (le douzième exactement). Il reparait le 20 novembre dans une édition actualisée, avec une nouvelle postface.
Auteur d’Un mâle ou de La fin des bourgeois, Camille Lemonnier est considéré comme le plus grand romancier naturaliste belge (1844–1913). Les éditions de l’Académie royale de langue et de littérature nous feront découvrir un aspect beaucoup moins connu de son travail avec la publication d’un volume de ses Poèmes en prose. Les textes, rassemblés et édités par Alessio Baldini, ont paru principalement en revue entre 1860 et 1880 et annoncent déjà, par certains aspects, l’œuvre qui adviendra.
La collection « Ha ! » des éditions Le Taillis Pré nous a valu de superbes redécouvertes ces dernières années. Songeons aux Poésies complètes d’Hilda Bertrand ou aux Poésies de Madeleine Ley. Deux nouveaux volumes sont au programme de cette rentrée. Si la notoriété de Maurice Carême (1899–1978) n’est plus à bâtir, la maison d’édition de Châtelineau surprend en publiant Hôtel bourgeois et autres poèmes modernistes, des textes issus de la première période du poète, avant donc qu’il devienne le poète pour l’enfance auquel son image actuelle est souvent cantonnée. Le volume regroupe quatre recueils, 63 illustrations pour un jeu de l’oie (1925), Hôtel bourgeois (1926), Chansons pour Caprine (1930) et Reflets d’hélices (1932), qui laissent voir un jeune poète traversé par les influences modernistes de son temps. Beaucoup moins connu que Carême, Henri Falaise (1948–1999) est pourtant l’auteur d’une dizaine de recueils poétiques salués en leur temps par ses pairs. C’est par le biais d’une anthologie, Petits travaux d’élégie. Poèmes choisis 1974–1999, établie par Félix Katikakis, que Le Taillis Pré nous invite à le redécouvrir.
Quasi quarante ans après le décès de Marguerite Yourcenar (1903–1987), ses œuvres, devenues des classiques, font encore souvent l’actualité éditoriale. Ce sera à nouveau le cas en septembre, avec un inédit publié par Gallimard, Traversée sur le Bathory : 1964, un récit dans lequel elle consigne ses impressions de voyage, et la réédition chez Fata Morgana des Trente-trois noms de Dieu, recueil de trois textes intimes.
Livres de poche : la deuxième vie des livres à succès
Les bilans annuels des ventes de livres montrent l’engouement du public pour les éditions de poche, moins onéreuses et réservées aux ouvrages qui ont déjà fait leurs preuves en grand format. Plusieurs sorties sont attendues cet automne.
Après une première édition en 2019, La clé USB de Jean-Philippe Toussaint reparait dans la collection de poche des éditions de Minuit. La rentrée sera donc double pour l’auteur, avec cette réédition qui parait le même jour (27 aout) que son nouveau roman.
Le bel obscur de Caroline Lamarche, arrivé deuxième du Goncourt 2025, aura probablement été le roman belge dont on a le plus parlé l’année dernière. Fort de ce succès, il reparait dans la collection « Points » le 4 septembre.
On ne s’étonnera guère d’apprendre que Christelle Dabos et Éric-Emmanuel Schmitt, tous deux coutumiers des succès de librairie, passeront eux aussi au format de poche. Elle avec le dystopique Nous, réédité en « Folio » et disponible le 17 septembre, et Schmitt pour le 5ème volume de sa saga La traversée des temps : Les deux royaumes (Le livre de poche, 30 septembre).
En Belgique, le phénomène de librairie de ces dernières années s’appelle Philippe Boxho. À l’instar des autres livres dans lesquels le célèbre légiste raconte à ses lectrices et lecteurs des cas intéressants auxquels il a été confronté, Entretien avec un cadavre sera réédité au Livre de poche le 7 octobre.
Comme Philippe Boxho, Ludovic Mélon fera partie des quelques auteurs dont la rentrée sera double. Alors qu’il s’essaie à la fantasy avec La conteuse, son premier roman, un policier, La brigade des buses, reparait au Livre de poche le 21 novembre.
Les essais aussi peuvent passer en poche et notamment celui de Pascal Chabot, Avoir le temps. Essai de chronosophie, réédité dans la collection « Quadrige », à découvrir dès le 27 aout.
La rentrée belge avec Le Carnet et les Instants
Comme chaque année, Le Carnet et les Instants se mettra dès la mi-aout à l’heure de la rentrée littéraire. Les recensions, les dernières nouvelles des prix littéraires et toute l’actualité de la rentrée seront à suivre sur notre blog.
Nausicaa Dewez

















































