Archives par étiquette : Roman

Miroir, ô mon miroir…

Loïc NOTTET, Les aveuglés, Michel Lafon, 2023, 270 p., 16,95 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782749938035

nottet les aveuglés le palais des murmuresNatan est un ado dont le quo­ti­di­en a été boulever­sé il y a quelques semaines lorsque sa sœur Théo a dis­paru. Même si la police a déclaré l’affaire classée et con­clu à un sui­cide après l’enquête, Natan ne peut s’empêcher de penser que sa sœur est tou­jours vivante car aucun corps n’a été retrou­vé. Il avait bien vu qu’elle avait changé récem­ment et il est con­va­in­cu qu’un détail lui a échap­pé pour com­pren­dre sa dis­pari­tion. Il la sent en dif­fi­culté et décide alors de men­er sa pro­pre enquête avec Miko, son ami de tou­jours, et Pen­ny, une fille de son lycée qu’il con­naît peu. Con­tin­uer la lec­ture

De la chaleur humaine

Marc MEGANCK, La lunette, F dev­ille, coll. « Œuvres au jaune », 2023, 78 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87599–060‑0

meganck la lunetteMarc Meganck pra­tique une lit­téra­ture à dif­férentes vitesses (his­toire, décou­vertes, polici­er, roman, …) et vient de nous offrir un objet étrange et mer­veilleux, triste et joyeux, mélan­col­ique et d’une rare énergie, La lunette, micro-roman. Nous ne vous dévoilerons pas ici de quelle lunette il s’agit…

Dans la lit­téra­ture et l’édition, les gen­res se mêlent facile­ment,  sont plus « flu­ides » que dans le dis­cours social : micro-roman et pourquoi pas nou­velle (comme les Anglo-Sax­ons, l’auraient prob­a­ble­ment nom­mée en short-sto­ry) ? Mais, n’y eut-il pas récem­ment des « romans à nou­velles », des ciné-romans, des ciné ou vidéo-poèmes, des aut­ofic­tions qui ne sont pas des romans auto­bi­ographiques… ? Les gen­res se mêlent, comme dans tous les lieux de notre psy­ché et du réel socié­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Révéler la beauté  de la nuit

Paul G. DULIEUIl voulait pein­dre la nuit, Tra­verse, 2022, 193 p., 18 €, ISBN : 978–2‑93078–342‑0

dulieu il voulait peindre la nuitD’emblée, on s’attache à ce Mar­cel Fau­reuve, fig­ure cen­trale du roman de Paul G. Dulieu Il voulait pein­dre la nuit, qui, licen­cié aux approches de la soix­an­taine de la société dans laque­lle il œuvrait comme pho­tographe, saisit l’occasion de cette retraite anticipée pour se con­sacr­er à sa pas­sion : pein­dre. Avec une prédilec­tion pour le ciel noc­turne, les étoiles, qu’il monte con­tem­pler  depuis la lucarne du toit d’ardoises.

Au grand dam de son épouse, la réal­iste Géral­dine, qui devine que « le dia­ble de la pein­ture » va s’emparer de lui et qui ne partage pas son vibrant amour pour la nuit, pour le noir. À ses yeux, le noir est « tout ce qui reste quand toutes les couleurs ont dis­paru. (…) c’est le trou, le manque, l’opacité, la céc­ité. » Con­tin­uer la lec­ture

Rencontre entre intimité et Justice

Un coup de cœur du Car­net

Thier­ry WERTS, Le monde rêvé d’Alva Teimosa, La Trace, 2023, 130 p., 16 €, ISBN : 979–10-97515–79‑9

werts le monde reve d'alva teimosaDans un for­mat poche et avec une cou­ver­ture au graphisme élé­gant, Le monde rêvé d’Alva Teimosa, troisième livre de Thier­ry Werts après For Intérieur (éd. PIPPA) et Demain n’existe pas encore (déjà aux édi­tions La Trace) accroche d’emblée le regard. La lec­ture vient con­firmer le charme de la cou­ver­ture.

On sent que chaque mot a été soigneuse­ment choisi ain­si que sa dis­po­si­tion sur la page. On décou­vre l’héroïne, Mar­tine Robi­co, en pleine ascen­sion du som­met de la Pierre Avoi, dans le Valais, près de Mar­tigny. Ce prélude l’amène devant une stèle à la mémoire d’Alva Teimosa, décédée à 40 ans. On devine que les deux femmes sont liées par un secret intime, mais aus­si que la vie de Mar­tine Robi­co se vit à la lisière du monde, dans une soli­tude assumée, comme nous invi­tent à le penser ces quelques lignes épurées : Con­tin­uer la lec­ture

Pour un bouquet de violettes

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cale FONTENEAU, Com­ment (et pourquoi) j’ai mangé mon amant, Onlit, 2023, 18 €, ISBN : 9782875601643

fonteneau comment et pourquoi j ai mange mon amantHélène a tout pour être heureuse. Un mari, des enfants, un boulot sta­ble et peu de soucis matériels. Elle mène une vie sans his­toires avec un petit goût de trop peu, un rien d’amertume sans doute lié au manque de ten­dresse que lui témoignent ses proches. Un mari cadre dans une banque, qui aime tout anticiper et prévoir, fort de ses cer­ti­tudes, une fille juriste qui s’inscrit dans le sil­lage du père, un fils bril­lant qui s’apprête à par­tir au Japon.

Dans la com­pag­nie d’assurances où elle assure la direc­tion des con­tentieux com­mer­ci­aux, elle reçoit les con­fi­dences d’Isabelle, dont le fils sem­ble fil­er un mau­vais coton. Une petite voix en elle lui mur­mure la petitesse de ce monde où tout est prévis­i­ble, mal­gré les risques qui, même assurés, peu­vent tout faire bas­culer sans crier gare. À son médecin, elle con­fie, faute d’écoute de son mari : « (…) ce qui m’inquiétait le plus, surtout depuis mon dernier anniver­saire, c’était de voir ma vie se dérouler désor­mais sans change­ment, sans un pli jusqu’à la fin. Une vie comme un tapis roulant qui, inex­orable­ment, me con­duirait là où finit l’existence. » En guise de remède, il lui pre­scrit quelques change­ments, un brin de fan­taisie et des vit­a­mines. Con­tin­uer la lec­ture

La nouvelle Odyssée

David JAUZION-GRAVEROLLES, Bien accueil­lir son pris­on­nier, M.E.O., 2023, 374 p., 25 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782807003743

jauzion graverolles bien accuellir son prisonnierÀ la demande d’un mem­bre de sa famille, le nar­ra­teur du réc­it décide de rédi­ger la biogra­phie de la sœur aînée de sa grand-mère, Marie Mon­tin, une nonagé­naire anal­phabète, afin de don­ner forme aux his­toires qu’elle racon­te. Il passe alors de nom­breuses heures à écouter son témoignage, d’autant plus impor­tant que son mari Jean, un ancien sol­dat pris­on­nier pen­dant la Deux­ième guerre, est décédé 20 ans plus tôt.

Habitué à la recherche pointilleuse d’informations grâce à sa thèse de doc­tor­at, l’apprenti biographe nous donne à lire un car­net de bord où l’on retrou­ve les extraits du solil­oque de Marie et de sa biogra­phie, mais aus­si ses réflex­ions sur les dif­fi­cultés qu’il tra­verse dans ce tra­vail de recon­sti­tu­tion. Nous apprenons ain­si que la guerre a éclaté quelque peu après le mariage de Marie et Jean et nous décou­vrons leur quo­ti­di­en par­al­lèle, l’une dans l’attente des nou­velles et du retour de son époux, l’autre dans la vie de sol­dat et de cap­tif avec la faim et la las­si­tude qui l’accompagnent notam­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Chamboule-tout de convictions

Vin­ciane MOESCHLER, Accordez-moi la parole, Mer­cure de France, 2023, 202 p., 19,80 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑7152–6117‑4

moeschler accordez moi la paroleSalomé. Raphaëlle. L’écrivaine. La détenue. Deux femmes. Deux mères. L’une cherche encore ses mar­ques dans ce rôle. L’autre a irrémé­di­a­ble­ment fait valser tous les repères. Trans­gressé l’interdit. Com­mis l’irréparable. L’insoutenable. L’indicible. Pour­tant, elle voudrait le racon­ter. Le faire racon­ter. Con­fi­er son his­toire aux mots d’une autre.

Elle sem­blait insin­uer qu’un écrivain arriverait à dépos­er les mots.
Ces mots trem­blants qui n’étaient pas à sa portée.
Ces mots justes et indi­ci­bles allaient non pas jus­ti­fi­er, mais soutenir son his­toire.
Sa vérité serait prise en charge. 
Con­tin­uer la lec­ture

La présence qui soigne

Alia CARDYN, Le monde que l’on porte, Robert Laf­font, 2023, 251 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782221262832

cardyn le monde que l'on porteLe nou­veau roman d’Alia Car­dyn nous fait décou­vrir le des­tin de deux héroïnes issues d’une lignée de sages-femmes. Dans cette famille, toutes les filles por­tent le même prénom, Rosa, et se voient attribuer la même mis­sion dès leur nais­sance. Ce réseau de femmes fortes forme un tout indis­so­cia­ble où un peu de cha­cune se retrou­ve dans les autres, une tribu qui devient presque un être vivant à part entière.

Parce que j’ai dix-huit ans, je pré­side notre tablée fémi­nine, com­posée de la famille élargie. Ma mère, mes cousines, ma sœur, mes tantes, ma grand-mère, mes grands-tantes. Chaque étape de la vie nous réu­nit. Les anniver­saires, les mariages comme les divorces, les nais­sances aus­si. Nous les célébrons avec les hommes, puis, pour une rai­son obscure, nous renou­velons la fête entre nous. Loin d’eux, l’atmosphère est dif­férente. Les femmes fran­chissent le seuil, dotées d’une lib­erté nou­velle. Elles se déten­dent, révè­lent des traits de per­son­nal­ité qu’elles dis­simu­lent en la présence de leurs com­pagnons. Ça par­le plus fort, ça rit, ça pleure par­fois. Con­tin­uer la lec­ture

Au nom du père… Amen ?

Sal­va­tore MINNI, Désobéis­sance, M+ édi­tions, 2023, 325 p., 17,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑38211–136‑9

minni desobeissanceGuil­laume brasse des affaires à New-York et s’inquiète. Son ex-femme Nathalie, au télé­phone, a évo­qué des cam­bri­o­lages vio­lents dans son quarti­er. Il a un pressen­ti­ment. S’en veut d’avoir décalé la garde de sa fille, dix ans, qu’il chérit par-dessus. Il n’aspire qu’à regag­n­er Brux­elles, la mai­son de maître où il devrait récupér­er Mia. Quand il arrive sur place, la porte est entrou­verte, il se pré­cip­ite et… Un peu plus tard, Sarah, une quadragé­naire aus­si épanouie dans son tra­vail et ses ambi­tions que mal­adroite et soli­taire dans ses liens per­son­nels, se met à enten­dre une voix. Une fil­lette lui appa­raît. Une revenante ? Qui tente de lui faire com­pren­dre qu’elle a besoin d’elle. D’abord pour son père, qu’il s’agirait de ras­sur­er, puis, au fil des cour­tes inter­ven­tions, en faveur d’une autre petite fille, qui serait en grand dan­ger à cause dudit père. Con­tin­uer la lec­ture

« Un job à la police » disait l’affiche !

Armel JOB, Le meurtre du Doc­teur Van­loo, Robert Laf­font, 2023, 342 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782221267103

job le meurtre du docteur vanlooLe nou­v­el opus d’Armel Job emmène ses lecteurs à Fonte­nal, un petit vil­lage arden­nais, incon­nu du GPS mais proche de la fron­tière avec le Lux­em­bourg, pour une bonne vieille enquête poli­cière. 

Qui a tué le Doc­teur Van­loo ?  En tout cas avec un couteau et dans son salon. Con­tin­uer la lec­ture

Suivant « L’Ordre du jour »

Odile d’OULTREMONT, Une légère vic­toire, Jul­liard, 2023, 256 p., 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782260055716 

odile d'oultremont une legere victoireUn bou­quet de renon­cules et de ros­es sur le siège arrière d’une Dacia hybride neuve des­tiné à au père décédé il y a dix ans, un feu qui passe au vert, une défla­gra­tion. Une col­li­sion qui entre­choque deux exis­tences, un impact, une croisée des chemins pavée d’une cul­pa­bil­ité dévas­ta­trice qui engen­dr­era prise de con­science, repen­tir et renou­velle­ment de soi.

Nour Del­saux est une jeune trente­naire qui se con­forme à une vie subie, absurde par ses exi­gences et ses exiguïtés, elle tra­verse son exis­tence, a mis ses rêves de jour­nal­isme de côté et, cer­tains jours, « se félicite de n’être que ça : une assis­tante de rédac­tion docile et effi­cace qui fait le job, sans angoiss­es majeurs ni cal­en­dri­er sur­chargé. ». Yarol Pon­thus compte près d’un quart de siè­cle der­rière les bar­reaux et son exis­tence, emmurée dans 8 mètres car­rés, touche bien­tôt une lib­erté retrou­vée, un nou­veau con­tact avec la vie qui le ter­ri­fie. Dehors, il y a sa fille, Con­stance. « Mais com­ment espér­er qu’elle soit heureuse de le revoir après tant d’années de crimes et de dél­its ? Et pour­tant, elle est là. Dehors. Réelle. » Mais cette réal­ité vient se fra­cass­er sur un pare­choc. Un acci­dent. Pour la loi, « que les choses soient claires, Madame Del­saux : c’est l’autre dame qui est en tort. Elle en est morte mais c’est, entre guillemets, de sa faute. ». La cul­pa­bil­ité s’invite alors chez ces pro­tag­o­nistes, ronge et enlise leur dif­fi­culté d’être. Jusqu’au jour où Nour reçoit une let­tre de Yarol : « Me feriez-vous l’amabilité d’une vis­ite ? ». Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’enfer de l’engrenage

Didi­er ROBERT, Une pêche mirac­uleuse, F dev­ille, 2022, 59 p., 9 €, ISBN : 9782875990624

obert une peche miraculeuseUne pêche mirac­uleuse est un micro roman qui dévoile une his­toire famil­iale se déroulant dans un huis clos étouf­fant. C’est la sai­son de la pêche, Roger et Lisa sont par­tis avec la car­a­vane et leurs deux enfants pour s’adonner à ce loisir saison­nier.

La ten­sion est pal­pa­ble lorsque Lisa et ses fils s’arrêtent presque de respir­er lorsque Roger revient d’un apéro qui a duré plusieurs heures. Il a l’alcool vio­lent et la sit­u­a­tion dégénère vite, d’autant plus que sa femme est fière et rend coup pour coup jusqu’à ce que l’inégalité physique prenne le dessus. Les enfants ne sont pas en reste dans la mesure où ils repro­duisent entre eux la vio­lence dont ils sont vic­times, ce qui donne à lire une scène de pugi­lat puis­sante, presque sur­réal­iste. Con­tin­uer la lec­ture

La nuit du chasseur

Jack JAKOLI, La détresse des ros­es, Hugo Thriller, 2023, 390 p., 20 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–27-55664–23‑2

jakoli la detresse des rosesBar­bara Abel, Patrick Delper­dan­ge, Kenan Görgün ou Nadine Mon­fils, d’autres plus ponctuelle­ment, ont déjà réus­si à impos­er la trace du thriller belge fran­coph­o­ne à Paris. Et voici venir un espoir du genre, Jack Jakoli (un pseu­do­nyme, la quar­an­taine) qui surfe sur une exper­tise avérée : il est « enquê­teur au sein de la sec­tion homi­cides de la police judi­ci­aire fédérale ».

Une pré­face, sur les avan­tages et incon­vénients de son tra­vail de ter­rain, anticipe des aspects con­fir­més au fil de la lec­ture : cet auteur sait de quoi il par­le mais, en sus, il écrit, racon­te, déploie de manière sobre, ferme, flu­ide, nette. Avec une ligne de dis­tor­sion, illi­co annon­cée : il accom­pa­g­n­era notre balade poli­cière d’une bande-son pop/rock de sa généra­tion (les Smash­ing Pump­kins plutôt que les Bea­t­les ou Spring­steen). Jack Jakoli, méthodique, pro­longe sa présen­ta­tion à l’aide d’un micro-réc­it-cadre, un pro­logue situé de nos jours, qui insin­ue son pro­pre rap­port à l’intrigue, à sa mise en réc­it. Con­tin­uer la lec­ture

Je est un autre

Lil­iane SCHRAUWEN, Irréversible, M.E.O., 2023, 128 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782807003651

schrauwen irreversibleAndré est un homme de trente-deux ans assis seul sur une chaise dans une pièce vide où il se sait observé par des per­son­nes habil­lées en blanc. Nous plon­geons ain­si dans les réflex­ions de cet indi­vidu mys­térieux étranger à lui-même et au monde qui l’entoure.

Touché régulière­ment par des absences de quelques min­utes à plusieurs heures, il ne sait pas ce qui advient de lui lorsqu’il s’enfonce dans ce qu’il appelle le néant. Il par­le peu voire pas du tout, n’exprime pas de besoins et ne com­prend pas les codes soci­aux des êtres humains, qu’il se con­tente d’imiter car il a déduit que c’était ce qu’on attendait de lui. Con­tin­uer la lec­ture

La princesse enfermée dans sa prison dorée se réveilla

Anne DUVIVIER, Eden Beach 1970, M.E.O., 2023, 195 p., 18 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 9782807003682

duvivier eden beach 1970Comme le titre l‘indique, l’histoire de ce roman d’Anne Duvivi­er se situe en 1970 à Eden Beach, une sta­tion bal­néaire dans le Mary­land. Char­lotte, une jeune femme de 22 ans, vient d’y trou­ver refuge quand son mari lui a annon­cé qu’il aimait une autre femme.

Née avec une cuil­lère en argent dans la bouche, Char­lotte a tou­jours été « la fille de », puis « l’épouse de ». Elle se retrou­ve seule dans un endroit incon­nu où elle est oblig­ée de tra­vailler pour la pre­mière fois afin de financer son séjour. Très vite, elle ren­con­tre Cook­ie, qui va quelque peu bous­culer Char­lotte avec son car­ac­tère libéré assumé et son franc-par­ler (« T’es pas au ser­vice de ton mari. Arrête d’être une potiche. Ton Miguel, il n’a pas l’air de se souci­er de savoir ce que tu deviens. »). Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du bocal

Ver­e­na HANF, L’enfer du bocal, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2023, 162 p., 17 €, ISBN :9782875990679

hanf l'enfer du bocalLe philosophe Alexan­dre Jol­lien, dans son Petit traité de l’abandon, a émis l’idée que, « ren­con­tr­er l’autre, c’est se repos­er un peu de soi ». Sans nul doute, Jacques Janssens pour­rait à présent acqui­escer devant cette sage affir­ma­tion. Il y a neuf mois infi­nis, sa vie et son moral avaient lour­de­ment chuté. Dans la société où il per­for­mait depuis des années, suite à un remaniement (et de bass­es mani­gances), sa place dans l’organigramme avait con­nu un ren­verse­ment coper­ni­cien : il « avait dégringolé, le Jacques, [et] se rangeait dans la ligne large des employés de base, tout en bas de la page ». Au boulot, coincé der­rière les vit­res de son espace délim­ité dans l’open space, ce low per­former pas­sait ses inter­minables journées, seul, ostracisé, à regarder évoluer ses col­lègues-pira­nhas et flot­ter ses pen­sées-fugus. Il le maud­is­sait, cet aquar­i­um, et « ses écailles avaient per­du toutes ses couleurs » à force de rumin­er l’humiliation. Et si seule­ment c’était l’unique trahi­son… Con­tin­uer la lec­ture