Archives par étiquette : souvenirs

Devoir de mémoire

Éve­lyne GUZY, La malé­dic­tion des mots, M.E.O., 2021, 236 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782807002616

guzy la malediction des motsPour Éve­lyne Guzy, bap­tis­er « roman » une enquête sur sa pro­pre famille juive, c’est aus­si un devoir d’honnêteté et la façon de don­ner à la jour­nal­iste et chroniqueuse la lib­erté de fon­dre, à 60 ans, la réal­ité d’Évelyne dans ses pro­pres pas : ceux de la petite Eva, au fil d’une recherche mar­quée par la rigueur et par un acharne­ment courant sur de nom­breuses années. Au départ : il y aurait une let­tre posthume du grand-père Icek, imprégnée formelle­ment de cul­ture yid­dish et qui pré­cise : « Bien sûr, je me doute bien qu’à la pre­mière relec­ture, tu revis­it­eras mes mots pour les rem­plac­er par les tiens ; c’est ta manie, ton méti­er. Je vais m’en accom­mod­er ». Con­tin­uer la lec­ture

Papiers de famille

Françoise DUESBERG, Cou­ple, Acad­e­mia, 2020, 2018 p., 20 €/ ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0545‑5

duesberg coupleVoici un roman qui prou­ve à mer­veille, si besoin en était, que des sou­venirs famil­i­aux peu­vent servir de ter­reau à de véri­ta­bles œuvres lit­téraires. Françoise Dues­berg a béné­fi­cié du fait que ses père et mère pre­naient note de tout et con­ser­vaient soigneuse­ment leurs échanges écrits, les sou­venirs con­signés. Elle a com­pul­sé ces matéri­aux, qu’elle a com­plétés de ses pro­pres sou­venirs tout en imag­i­nant, forte de ces infor­ma­tions, les espaces cou­verts de silences. Con­tin­uer la lec­ture

La mère, le père & l’être dans la langue

Un coup de cœur du Car­net

Nicole MALINCONI, Nous deux, Da solo, post­face de Marie Klinken­berg, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 260 p., 8,5 €, ISBN : 9782875684882

malinconi nous deux da soloAmour pos­sédé. Amour sous pos­ses­sion. Amour. Avoir. Ain­si com­mence Nous deux. Par un court poème sous forme de décli­nai­son amoureuse : « Heureuse­ment que je t’ai/Heureusement qu’on s’a… »  Jusqu’à l’ambigu dernier vers : « Tu m’as eue ». Piège. De l’amour. De l’amour mater­nel dans ce livre-ci de Nicole Mal­in­coni, prix Rossel 1993. Le livre de la mère et de la fille. Con­tin­uer la lec­ture

La Belgique est une autre

Michel TORREKENS, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 131 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–277‑8

michel torrekens belgiquesDans leur col­lec­tion « Bel­giques », les édi­tions Ker offrent aux auteurs la pos­si­bil­ité de com­pos­er « un por­trait en mosaïque » de la Bel­gique. Celle de Michel Tor­rekens se com­pose de quinze nou­velles qui révè­lent peut-être avant tout sa prédilec­tion pour des lieux qu’il aime et qu’il décrit avec plaisir, racon­tant son attache­ment à un ter­ri­toire. Mais Bel­giques témoigne aus­si de beau­coup d’interrogations et d’inquiétudes, avec de rares fois une pointe de dés­abuse­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Une amitié littéraire d’exception

Yves PEYRÉ, Hen­ri Michaux. Dans la fer­veur d’une com­plic­ité, Tan­dem, 2019, coll. « Alen­tours », 166 p., 14€, ISBN : 978–2‑87349–136‑9

couverture yves peyré henri michaux dans la ferveur d'une complicité Octo­bre 1984 : le corps d’Hen­ri Michaux est mis en bière en présence d’une ving­taine de per­son­nes, désignées avec soin de son vivant. Par­mi elles Yves Peyré, bib­lio­thé­caire, poète, essay­iste, proche de l’écrivain-artiste depuis 1978, année où il vient de lancer à Lyon une nou­velle et ambitieuse revue lit­téraire, L’Ire des Vents. Timide­ment con­sulté, Michaux lui a aus­sitôt accordé son intérêt et promis sans doute l’une ou l’autre con­tri­bu­tion. Les deux hommes se ren­con­trent, sym­pa­thisent rapi­de­ment mal­gré la dis­symétrie : Michaux a 79 ans, Peyré 26, le pre­mier est un créa­teur célèbre et fort sol­lic­ité, l’autre un provin­cial encore peu con­nu. Mais de nom­breux engoue­ments lit­téraires, pic­turaux et philosophiques leur sont com­muns, sans compter une pro­fonde com­plé­men­tar­ité de car­ac­tères. « J’avais ren­con­tré ce mythe inac­ces­si­ble » écrit Peyré, évo­quant « l’é­mu­la­tion qu’il voulait bien m’of­frir ». Leur rap­port était-il du type père-fils, ou plutôt de maitre à dis­ci­ple ? L’au­teur préfère les for­mules « grand frère » et « cadet », cha­cun trou­vant dans leur com­plic­ité son intérêt pro­pre : le pre­mier, se per­pétuer en trans­met­tant un pré­cieux héritage moral, le sec­ond, s’en­richir d’une expéri­ence humaine et créa­trice hors du com­mun, tous deux relançant la curiosité et la réflex­ion de l’autre. Ain­si ces six années sont-elles mar­quées par une inten­sité rela­tion­nelle rare, dont le livre de Peyré donne le réc­it à la fois émou­vant et minu­tieux. Con­tin­uer la lec­ture

Écoute le chant de l’oiseau

Car­o­line BOUCHOMS, Cheveux Rouges, Coudri­er, 2020, 143 p., 20€, ISBN : 978–2–39052–005‑4

Cheveux rouges est un recueil de frag­ments d’une jeune nar­ra­trice qui vit dans une roulotte où elle s’est amé­nagé un ate­lier, pro­tégée par son phénix. Elle nous racon­te son quo­ti­di­en avec sa grand-mère préférée, Nina, avec qui elle aime par­ler d’amour autour d’un gâteau. Le lien ten­dre et fort qui les unit ne fait aucun doute.

J’ai écrit, c’est ma grand-mère préférée. Elle est trois fois plus vieille que moi, je suis deux fois plus grande qu’elle… Un grand poussin dans les bras d’une petite chou­ette ! J’ai pas écrit ça, j’ai écrit, c’est vrai qu’elle est très petite, un mètre quar­ante-huit, mais quand elle déploie ses ailes, elle devient comme un immense oiseau qui vous pro­tège. Con­tin­uer la lec­ture

La voix/voie de la résilience

Jacque­line CALEMBERT, La nuit du man­u­scrit, Mur­mure des soirs, 2019, 110 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–54‑7

« Les hor­reurs, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, nous atteignent tous à des degrés dif­férents. Cha­cun se débrouille avec ce qu’il vit, ce qu’il ressent, ce qu’il endure, ce qu’il espère. » Voilà le pos­tu­lat posé par Jacque­line Calem­bert dans son avant-pro­pos, hom­mage à son père et à la capac­ité de résilience de celui-ci. Et c’est une illus­tra­tion en mots qu’elle nous pro­pose dans La nuit du man­u­scrit, his­toire d’une ren­con­tre à la fois for­tu­ite et prédes­tinée de deux âmes agitées. Con­tin­uer la lec­ture

Françoise M. par Marie-Paule B.

Marie-Paule BELLE, Comme si tu étais tou­jours là, pré­face de Serge Lama, Plon, 2020, 213 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑259–27838‑6

Françoise Mal­let-Joris écrivait ; Marie-Paule Belle com­pose et chante. Dans Comme si tu étais tou­jours là, livre-hom­mage à l’écrivaine belge dis­parue le 13 août 2016, la chanteuse tient pour­tant la plume. Mais elle s’efface sou­vent pour laiss­er place aux mots de sa com­pagne, parolière et amie. Cartes postales, brefs mes­sages, let­tres, man­u­scrits, paroles de chan­sons retran­scrites … : M.-P. Belle dévoile une par­tie des nom­breuses archives qu’elle con­serve dans un car­ton rouge, témoins de leur rela­tion privée et pro­fes­sion­nelle. Con­tin­uer la lec­ture

La famille sur l’estomac

Patrick ROEGIERS, La vie de famille, Gras­set, 2020, 173 p., 16,50 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782246816195

Après quan­tité d’essais et de romans, sur l’art sous toutes ses formes et sur les mytholo­gies, grandes et petites his­toires du Plat pays, le nou­veau roman de Patrick Roegiers, La vie de famille, mar­que une rup­ture (et on ver­ra que le mot n’est pas vain). Ce livre est prob­a­ble­ment le plus per­son­nel, le plus intime (comme on le dit d’un jour­nal), le plus engagé de l’écrivain aux plus de cinquante titres. Un roman auto­bi­ographique sur « la trame inal­ién­able de l’enfance ». Con­tin­uer la lec­ture

Plus fort que tout

Tuyêt-Nga NGUYEN, Soie et métal, Acad­e­mia, 2019, 306 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0481‑6

Le sen­ti­ment d’abandon parental chez un enfant laisse sou­vent une blessure pro­fonde, indélé­bile. Quand Clara, âgée de 16 ans, voit sa mère quit­ter le domi­cile famil­ial, elle décide de la ray­er de sa vie. Lorsqu’elle reçoit huit ans plus tard un col­is avec divers­es infor­ma­tions sur celle qu’elle a reniée, elle pense d’abord à ren­voy­er l’enveloppe à l’expéditeur sans pren­dre con­nais­sance de son con­tenu. Mais elle doit tôt admet­tre que le mal est fait : la plaie de la perte est rou­verte et son regard aiman­té par l’enveloppe qu’elle tarde à aller dépos­er. Elle com­mence par lire la let­tre qui accom­pa­gne divers doc­u­ments, puis ne résiste pas à pren­dre con­nais­sance de tout son con­tenu. En écho à cette ques­tion qui résonne : Les incendies des âmes s’éteignent-ils tou­jours, à l’image de ceux des forêts ? Con­tin­uer la lec­ture

Toute une vie ou presque

Michèle VILET, 80 pages, Pho­togra­phies de Jacques Vilet, Déje­uners sur l’herbe, 2018, 264 p., 20 €, ISBN : 9782930433677

En jan­vi­er 2016, j’ai eu qua­tre-vingts ans. Ce mois-là, j’ai décidé de racon­ter ma vie, année après année. Je l’ai fait mais sans cess­er de me pos­er la ques­tion : pourquoi ? Pour qui ? Nous sommes en décem­bre 2017, mon réc­it est ter­miné.

Ain­si com­mence l’épais vol­ume de Michèle Vilet, qu’elle a inti­t­ulé 80 pages. Elle va donc pass­er en revue les divers­es com­posantes suc­ces­sives de sa vie. Racon­ter, com­menter, cri­ti­quer, louer, regret­ter par­fois, se réjouir presque tou­jours même aux moments un peu plus dif­fi­ciles. C’est l’enthousiasme qui domine, qu’il s’exprime au moment subit et soit tout à fait con­tem­po­rain des faits ou qu’il se man­i­feste en dessous ou après, comme on ombre les élé­ments d’un dessin pour leur don­ner du relief. Con­tin­uer la lec­ture

Ça commence par un choc

Angèle BAUX GODARD, L’empreinte du ver­tige, Lans­man / Rideau de Brux­elles, 2019, 38 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0236‑1

La pièce com­mence par un acci­dent. Sur le chemin de la mai­son, Elisa, vingt-neuf ans, per­cute une pan­thère. La jeune femme reste prostrée quelques min­utes. Le choc a été rude et provoque l’afflux d’images et de sou­venirs. Flash­back : Elisa a dix-sept ans et est étu­di­ante en pré­pa phi­lo. C’est là que ses pre­mières angoiss­es appa­rais­sent. La jeune femme redé­marre et part sur un coup de tête vers le Sud pour voir la mer, alors que son com­pagnon et sa fille Jade, dont c’est l’anniversaire, l’attendent à la mai­son. À la lumière d’une enseigne lumineuse, nou­veau sou­venir : Elisa a dix-neuf ans. Elle se sent inca­pable de ter­min­er ses études et quitte tout pour la fac. De quoi souf­fre-t-elle ? D’où vient cette mélan­col­ie qui lui colle à la peau ? Con­tin­uer la lec­ture

Antoine Wauters. L’écriture et les paysages de l’enfance

Antoine WAUTERS, L’enfant des ravines, Mael­ström, coll. « Book­leg », 2019, 40 p., 3 €, ISBN : 978–2‑87505–332‑9

Dans l’œuvre d’Antoine Wauters, l’enfance s’avance comme un pays que l’on retrou­ve par l’écriture. Ter­reau mag­ique, univers qu’on porte en soi, entre l’écho de sa perte et la musique de sa per­sis­tance, l’enfance en vient à se con­fon­dre avec la fic­tion. L’une et l’autre con­stru­isent un monde imag­i­naire, peu­plé de dou­bles, de pro­longe­ments, d’avatars de soi. L’une et l’autre se tien­nent à l’écart de la société, de ses lois, de sa logique, de ses con­traintes. Éblouis­sant cail­lou textuel forgé par un frère du Petit Poucet, L’enfant des ravines (deux­ième book­leg d’Antoine Wauters, après Debout sur la langue) déplie une jeunesse dans un vil­lage des Ardennes, un monde de jeux, d’odeurs, de sen­sa­tions qui con­stitue le lieu men­tal, organique à par­tir duquel l’écriture sur­git. « J’ai vécu jusqu’à mes dix-huit ans dans un petit vil­lage d’Ardenne où mon imag­i­na­tion se trou­ve, encore aujourd’hui. Que je le veuille ou non, tout ce que j’écris vient de là ». Con­tin­uer la lec­ture

Aimer d’amitié

Jean-François FÜEG, Notre été 82, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2019, 127 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87489–525‑8

L’amitié est un sen­ti­ment uni­versel. Elle élève l’âme, cette immatéri­al­ité à la fois soli­taire et sol­idaire. Ain­si, l’amitié est peut-être la moitié de l’âme. Elle est un alter ego, un autre que soi, égal et juste, une pos­si­ble libéra­tion de l’esprit et du corps. Elle est intan­gi­ble et pure, comme l’amour. Elle est irra­tionnelle et non repro­ductible. Elle est donc immorale, car on ne peut aimer tout le monde de la même manière. Or la morale doit s’appliquer à tout être humain, dix­it Kant. Rute­beuf s’en fout. Con­tin­uer la lec­ture

Je me souviens…

Jean-Marie DUBETZ, Le rire du jeune croc­o­dile. Une enfance au Con­go belge de 1950 à 1960. Réc­it d’une odyssée, Tra­verse, 2018, 185 p., 20 €, ISBN : 978–2‑93078–328‑4

Le réc­it que Jean-Marie Dubetz nous donne à lire est com­posé de frag­ments de son enfance dans l’ancien Con­go belge, depuis ses pre­miers sou­venirs jusqu’à ses dix ans. Il souligne d’entrée de jeu sa volon­té de trans­met­tre son his­toire au sein de sa famille, mais aus­si auprès d’un pub­lic plus large intéressé par son vécu par­ti­c­uli­er et l’empreinte que ce dernier a lais­sée sur lui, à savoir la capac­ité d’émerveillement de l’enfant face à la beauté du monde dans lequel il a gran­di. Con­tin­uer la lec­ture

67, année poétique

Luc DELLISSE, Cas­es départ, Cormi­er, 2018, 90 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87598–014‑4

Luc Dellisse, Cases départL’enfance n’est pas qu’une péri­ode de notre exis­tence. Elle con­stitue surtout cette inépuis­able réserve d’impressions rétini­ennes, olfac­tives, tac­tiles et sen­sorielles, bref sen­suelles au sens le plus ample du terme, qui fondent notre mémoire et notre vision du monde. Pour les poètes, revenir à cet âge, sinon d’or, du moins brut et pur, ne con­siste pas unique­ment à se livr­er à un exer­ci­ce de nos­tal­gie inté­grale. C’est qu’alors le lan­gage et les émo­tions fai­saient corps, fai­saient un seul corps ; met­tre des mots sur les trou­bles et les émois, les douleurs et les plaisirs s’avère dès lors bien plus com­plexe que le geste banal, nos­tal­gique, de feuil­leter l’album aux sou­venirs, où les images sont figées. Les par­fums, les couleurs, les sons, les gestes, font par con­tre en per­ma­nence par­tie de notre vie telle qu’elle se déroule et passe. Con­tin­uer la lec­ture