Archives par étiquette : souvenirs

Nostalgique Belgique

Rose-Marie FRANÇOIS, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 118 p., 12 €, ISBN : 9782875863249

francois belgiquesSi la qua­trième de cou­ver­ture annonce que la col­lec­tion « Bel­giques » rassem­ble des recueils de nou­velles, ce n’est pas le cas pour le présent vol­ume.  Pas de fiction‑s en l’occurrence, mais une mosaïque de sou­venirs de l’autrice, sou­venirs de son enfance, de sa sco­lar­ité, de sa car­rière de pro­fesseure, de « vraie Belge mul­ti­lingue », de son œuvre, de ses voy­ages, de ses ren­con­tres.

La Bel­gique de Rose-Marie François com­mence en mai 1940 quand, à 6 mois, elle est emmenée avec sa mère et sa tante sur les routes de France par son grand-père.  Dans cette Bel­gique en guerre, on écoute Radio-Lon­dres, on – des par­ents, des proches, des voisins – cache des réfrac­taires à la cave ou dans des granges, on soigne des résis­tants…. mais il ne faut bien sûr par le dire. Con­tin­uer la lec­ture

Prétextes à la fugue

Philippe HERBET, Fils de pro­lé­taire, Arléa, 2022, 120 p., 15 €, ISBN : 9782363083043

herbet fils de proletaireSi la pho­togra­phie a le don de repro­duire à l’infini ce qui n’a lieu qu’une fois (Barthes), l’écriture a celui, tout aus­si boulever­sant, de met­tre en mou­ve­ment des instan­ta­nés. C’est ce que le réc­it auto­bi­ographique de Philippe Her­bet, pho­tographe mais aus­si – s’il était encore besoin de s’en assur­er[1] – écrivain, expose avec clarté. Pub­lié aux édi­tions Arléa dans la col­lec­tion « La ren­con­tre », Fils de pro­lé­taire tra­vaille le pas­sage du temps en par­courant de petits tableaux d’un quo­ti­di­en passé, déli­cats morceaux de sou­venirs effrités dans la soupe du temps, tou­jours racon­tés au présent – pour pal­li­er, peut-être, cette sen­tence lap­idaire et presque dés­in­téressée : “Je n’ai pas de pho­tos d’enfance.” Con­tin­uer la lec­ture

Le temps de l’amour

Stanis­las COTTON, Léa, l’été, Mur­mure des soirs, 2022, 286 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑930657–83‑7

cotton léa l'étéLe dernier livre de Stanis­las Cot­ton, Léa, l’été, c’est comme avoir de l’eau jusqu’aux coudes, à chercher un galet « rond, pas trop grand, pas trop lourd » et le faire presque s’envoler tout tout juste au-dessus de l’Ambrée, la riv­ière qui fai­sait tourn­er l’aube du vieux moulin dans lequel vit Melvil Tour­nel, le nar­ra­teur de ce réc­it. Une his­toire en qua­tre mou­ve­ments, l’été.

Quand l’histoire com­mence, Melvil a 12 ans. Il racon­te son ennui de l’école et com­ment il déjoue les attaques du gros lourd de Gabriel Maussin qui passe son temps à le harcel­er. Les assauts de Maussin n’empêchent pour­tant pas Melvil d’investir la riv­ière, son domaine, pour y pêch­er des tru­ites arc-en-ciel, en explor­er l’autre rive, véri­ta­ble jun­gle aux tré­sors. Con­tin­uer la lec­ture

Au-delà du fleuve

Alex LORETTE, La vie comme elle vient, Lans­man, 2022, 80 p., 12 €, ISBN : 9782807103467

lorette la vie comme elle vientAlors que sa vie sem­ble peu à peu tir­er sa révérence, Lucie regarde son passé. Elle se sou­vient de son arrivée en Bel­gique en 1958, âgée alors de dix-huit ans. Cette terre où elle s’est tout de suite sen­tie étrangère. Cette terre où il fait froid, où l’eau est verte, où le vent vient de la terre. Elle racon­te sa nais­sance, au fin fond du Con­go, au bord du fleuve, à qua­tre heures de marche de la pre­mière ville. Nais­sance à laque­lle sa mère n’a pas survécu. Elle se sou­vient de son enfance auprès de sa nour­rice noire, Mas­si­ga, au grand désar­roi de son grand-père qui con­sid­érait le peu­ple noir comme des sauvages. Le racisme et les idées colo­nial­istes étaient encore bien ancrées à cette époque. Mal­gré sa couleur blanche, Lucie se sent noire au-dedans. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots, la guerre, l’amour

Jean-Luc OUTERS, Hôtel de guerre, Gal­li­mard, coll. « L’infini », 2022, 192 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782072944239

outers hotel de guerreAu fil d’une sai­sis­sante fic­tion, Jean-Luc Out­ers nous embar­que dans une remon­tée dans le temps, un ver­tige mémoriel, direc­tion Sara­je­vo assiégée, au cœur des com­bats dans l’ex-Yougoslavie. Invité par Reporters sans fron­tières à se ren­dre à Sara­je­vo en qual­ité d’écrivain, l’auteur séjourne en 1994 durant une semaine à l’Holiday Inn où sont regroupés les jour­nal­istes inter­na­tionaux. Vingt-cinq ans plus tard, une force irré­press­ible le pousse à remet­tre ses pas dans l’année 1994, à se don­ner ren­dez-vous avec un pan de passé col­lec­tif mar­qué par la douleur, avec un frag­ment de passé intime con­den­sé dans le nom d’Anna, une anesthé­siste ital­i­enne ren­con­trée dans un hôpi­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Tout ce que l’on garde d’elle

Un coup de cœur du Car­net

aNNe HERBAUTS, Quand Had­da revien­dra-t-elle ?, Cast­er­man, 2021, 32 p., 15,90 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782203222687

herbauts quand hadda reviendra t elleQue dis­ent de nous les lieux que nous aban­don­nons ? Que dit un foy­er de la per­son­ne qui y a vécu ? Les objets gar­dent-ils d’elle une empreinte, une présence ? Dans son dernier livre, aNNe herbauts racon­te l’absence, celle d’Hadda, à tra­vers l’exploration de son apparte­ment. Sans jamais représen­ter per­son­ne, en choi­sis­sant de n’illustrer que les pièces et tout ce qu’elles con­ti­en­nent de matériel, l’autrice-illustratrice boits­for­toise réalise le tour de force de livr­er un album touchant, d’une grande human­ité. De la cui­sine au salon, en pas­sant par le bal­con et le cor­ri­dor, le regard se pose sur tout qui a fait la vie d’Hadda, grand-mère que l’on devine décédée récem­ment, et à tra­vers ces objets posés, chais­es autour de la table, lunettes sur une chem­inée, écharpe, pot de farine, oignon, plantes en pot, radio, trousseau de clés, quelque chose d’elle, que nous ne con­nais­sons pas, sem­ble sur­gir, appa­raitre pour aus­sitôt nous échap­per. Des ful­gu­rances de présence se dessi­nent dans ces moments sus­pendus. Con­tin­uer la lec­ture

Le pire n’arrive pas toujours

Un coup de cœur du Car­net

Thomas GUNZIG, Le sang des bêtes, Au dia­ble vau­vert, 2022, 208 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 979–10-307‑0452‑5 

gunzig le sang des betesÀ chaque roman, Thomas Gun­zig décrit, de manière pré­cise et doc­u­men­tée, cer­taines pra­tiques socié­tales bien con­tem­po­raines, par exem­ple les tech­niques de vente (dans Manuel de survie à l’usage des inca­pables) ou dans le cas de son dernier roman, Le sang des bêtes, la pra­tique et le marché du body-build­ing. En même temps, il imag­ine des choses invraisem­blables dont on se dit cepen­dant que, vu les proces­sus qu’il évoque, elles risquent de ne pas tarder à devenir réelles. Dans Le sang des bêtes, il s’agit de la géné­tique et de ce que des appren­tis sor­ciers peu­vent en faire. Con­tin­uer la lec­ture

Le grain sépia des secrets de famille…

Jean-Luc & Simon OUTERS, Por­traits de famille, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2021, 58 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–119‑7

outers portraits de familleOn a tous été con­fron­tés aux vieilles pho­tos de famille. Pho­togra­phies polaroïd, sépia, argen­tiques qui ont cet avan­tage sur le numérique d’être imprimées donc aus­si le pou­voir de remon­ter à la sur­face un jour ou l’autre, sans crier gare. Pho­tos déten­tri­ces le plus sou­vent de secrets « flot­tant dans l’atmosphère » qu’ils soient d’alcôve, d’état ou de polichinelle. Gar­di­ens de mémoires enfouies, ces clichés, retrou­vés au fond de quelque tiroir, pren­nent la place de mots souf­flés, écrits et per­dus. Paroles qui s’envolent, images qui restent même si elles s’effacent par­fois. Dans ce texte pub­lié à La pierre d’alun sous forme de petit car­net à spi­rales (à feuil­leter en écoutant William Sheller), les images de Simon répon­dent aux mots de Jean-Luc. Ou peut-être est-ce l’inverse ? Peu importe puisque le dia­logue ici entre le père et le fils naît en quelque sorte de ces bains révéla­teurs qui font revivre les sil­hou­ettes famil­iales dél­itées. Con­tin­uer la lec­ture

Italie-Belgique : 1–1

Loren­zo CECCHI,Comme un tan­go, pré­face Patrick Delper­dan­ge, Tra­verse, 2021, 285 p., 20 €, ISBN : 978–2‑93078–339‑0  

cecchi comme un tangoLes auteurs belges fran­coph­o­nes issus des familles ital­i­ennes qui ont émi­gré en Bel­gique à la moitié du 20e siè­cle ont mar­qué notre pat­ri­moine lit­téraire d’une empreinte forte. Ils nous ont don­né des œuvres qui font désor­mais par­tie de notre bien com­mun et dont la valeur n’est plus à démon­tr­er. Loren­zo Cec­chi est au nom­bre de ceux-ci et le dix­ième ouvrage qu’il nous livre aujourd’hui, qui com­porte deux par­ties dis­tinctes,  y apporte une note spé­ci­fique. Con­tin­uer la lec­ture

La garde-robe : portrait en coupes et coutures

Sébastien MINISTRU, La garde-robe, roman, édi­tions Grasset/Collection Le courage, 2021, 183 p., 18,10 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑246 82635–4

ministru la garde robeCeux ou celles qui héri­tent, pour le meilleur ou pour le pire, des vête­ments d’une per­son­ne décédée récoltent, si on en a gardé la mémoire, les traces d’une vie, les sou­venirs d’une époque. C’est sur cet argu­ment, inédit à notre con­nais­sance, que Sébastien Min­istru a fondé son deux­ième roman au titre on ne peut plus sobre : La garde-robe.

En 2018, Sébastien Min­istru pub­lie un pre­mier roman remar­qué, Appren­dre à lire, déjà dans la col­lec­tion « Le courage » dirigée par Charles Dantzig chez Gras­set. Il y évoque la rela­tion émou­vante entre un fils et un père anal­phabète qui lui demande de l’initier à la lec­ture et à l’écriture. Son deux­ième roman démarre égale­ment sur les liens exis­tants entre un père et son enfant, une fille cette fois. Vera. Rien d’émouvant cepen­dant car le père est ici tyran­nique, ce qui déter­min­era sa volon­té farouche d’échapper à toute emprise. Con­tin­uer la lec­ture

Dénouer le passé pour tisser des liens

Un coup de cœur du Car­net

Monique BERNIER, La cham­bre du pre­mier, M.E.O., 2021, 189 p., 17 €, ISBN : 978–2‑8070–0302‑6

bernier la chambre du premierVoilà vingt-sept ans que Sylvie est par­tie vivre en Aus­tralie avec son mari. Vingt-sept ans sans don­ner de nou­velles à sa famille ni en pren­dre. Vingt-sept années d’absence, de silence, de soli­tude, à atten­dre que ses enfants soient indépen­dants, pour se dégager de l’emprise de cet homme bien loin de celui qu’elle pen­sait épouser. Vingt-sept ans après avoir lais­sé sa famille der­rière elle pour lui, elle les laisse, lui et leurs enfants, pour la retrou­ver. Enfin, « famille » est un bien grand mot : aucun lien avec sa mère, depuis tou­jours ; pas d’affinités avec son frère aîné ; seule sa grand-mère compte, elle qui l’a élevée après la mort de son père dont elle n’a pour sou­venir qu’une image figée sur une pho­togra­phie. Con­tin­uer la lec­ture

Ces parents-là

Un coup de cœur du Car­net

Vir­ginie JORTAY, Ces enfants-là, Impres­sions nou­velles, 2021, 256 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782874498855

jortay ces enfants-làElle se sou­vient, tout lui revient en détail, sa rage monte et, avec elle, le besoin d’écrire. Les mots se pré­cip­i­tent car tout est devenu clair à présent que l’étau de leur emprise s’est relâché. Dans cet élan, elle nous dit d’une traite son enfance dans une famille en vue, de celles qui attirent le regard et la con­voitise et à qui tout sem­ble réus­sir. Le père est ani­ma­teur-vedette, il enchaîne les suc­cès. La mère accom­pa­gne cette réus­site et en organ­ise la mise en scène. Elle saisit toutes les occa­sions d’affirmer l’ascension sociale de leur cou­ple au tra­vers de récep­tions au cours desquelles il se donne en spec­ta­cle, toute pudeur mise de côté. Une mai­son neuve est con­stru­ite pour affirmer ce statut, avec une piscine dans laque­lle il est de bon ton de se baign­er nu. Ces fes­tiv­ités large­ment arrosées rassem­blent des adultes libérés qui recherchent un plaisir sans lim­ite, et les hôtes sem­blent s’en réjouir tout y en prenant part. Con­tin­uer la lec­ture

Généalogie d’Amélie Nothomb

Un coup de cœur du Car­net

Amélie NOTHOMB, Pre­mier sang, Albin Michel, 2021, 170 p., 18 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑226–46538‑2

nothomb premier sangAmélie Nothomb ouvre cette année encore la ren­trée lit­téraire. Pour sa tren­tième, elle pub­lie Pre­mier sang, un roman dans lequel elle racon­te son père, Patrick Nothomb.

Patrick Nothomb est décédé en mars 2020. Dans ses romans auto­bi­ographiques, dont il est évidem­ment un per­son­nage impor­tant, Amélie Nothomb souligne la ressem­blance, jusqu’au trou­ble, qui l’u­nit à son père : Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche du tant perdu

Didi­er ROBERT, L’empreinte du silence, F dev­ille, 2021, 150 p., 15 €, ISBN : 9782875990389

robert l empreinte du silenceLes secrets de famille, on le sait aujourd’hui, peu­vent empeser l’existence de ceux et celles qui en sup­por­t­ent la charge, par­fois sans le savoir. Ils ont la peau dure, peu­vent faire sen­tir leurs effets par-delà les généra­tions, jusqu’à ce que quelqu’un se décide à lever l’omerta et trou­ve les mots pour lever le ver­rou. C’est la démarche effec­tuée par Didi­er Robert qui est par­ti à la recherche d’un par­ent arrêté au petit matin par l’occupant alle­mand durant la Sec­onde guerre mon­di­ale et qui n’est jamais revenu : Con­tin­uer la lec­ture

Retour à Tripoli

Bar­rack RIMA, Dans le taxi, Alif­ba­ta, 2021, 96 p., 18 €, ISBN : 9782955392898

rima dans le taxiExil for­cé ou volon­taire, exil néces­saire. Oui, on part pour ne pas suf­fo­quer. Mais il y a des champs de bataille à tra­vers­er. 

Au Liban, le taxi est col­lec­tif. Entre pas­sagers et chauf­feur, les dis­cus­sions vont par­fois bon train, dans ce qui devient un lieu pub­lic ambu­lant, espace de vie et de ren­con­tres éphémères. Bar­rack Rima a choisi d’y planter la trame de son his­toire pour mieux par­ler de Tripoli, sa ville natale. Con­tin­uer la lec­ture

Redécouvrir François Truffaut

Bernard GHEUR, Les orphe­lins de François, Weyrich, coll. « Plumes du coq »,  2021, 304 p., 16 €, ISBN : 9782874896170

gheur les orphelins de françoisDans un livre sen­si­ble, touf­fu, entraî­nant, Bernard Gheur s’est attaché à éclair­er un ver­sant inat­ten­du de François Truf­faut. Les orphe­lins de François révèle un « éveilleur de romans », lecteur pas­sion­né, exigeant. « Sous le cray­on de François – sa baguette mag­ique -, les phras­es gag­naient en légèreté, en lim­pid­ité, en poésie. La touche Truf­faut. »

Bernard Gheur avait à peine vingt ans lorsqu’il envoya à François Truf­faut, « le dieu de mes seize ans », une nou­velle de qua­tre pages, Le tes­ta­ment d’un can­cre. Con­tin­uer la lec­ture