Jean-Marie CORBUSIER, À ras, Taillis Pré, 2023, 137 p., 17€, ISBN : 978–2‑8745–216‑3
« …il faut beaucoup parler pour cacher
un mutisme authentique… »
Georges PERROS
Avec ce nouveau recueil, À ras, publié comme les précédents au Taillis Pré, Jean-Marie Corbusier poursuit encore plus loin son duel avec les mots du poème. Un combat toujours renouvelé pour le poète discret et « en retrait » (nullement « retranché » pour autant) qu’il est, passionné par les paysages qui ont le silence en partage, les Ardennes, la Bretagne. Un combat sans cesse renouvelé au moment de couvrir la page blanche et dont l’âpreté naît justement de cette économie des mots scandés, répétés. Continuer la lecture
Chaque recueil de Pierre Schroven est une ode au miracle du vivant. Ce douziène recueil, La merveille d’être là, publié comme les précédents aux éditions de l’Arbre à paroles, résonne d’autant plus dans le parcours de l’auteur qu’il fait suite à
En plaçant d’emblée en exergue de son texte les citations de deux Georges, Perros et Bataille, Vincent Poth donne le ton de son nouveau recueil,
Fidèle désormais aux éditions fDeville puisque ce Vert atlantique constitue le troisième livre qu’il publie chez l’éditeur bruxellois, Marc Meganck, une nouvelle fois, nous surprend par sa capacité à nous entraîner, dès les premières pages, dans son sillage. L’aisance dans l’écriture, la structuration fluide du récit, la manière qu’il a de croquer en quelques coups de plume, un personnage, une situation et l’époque font de ce roman, qui se déroule dans un futur proche, un livre que l’on ne quitte pas. Indécrottable citadin, passionné par l’urbanisme et l’architecture, historien de formation, l’auteur nous emmène sur les traces d’Alex Larsen. Petit fonctionnaire d’un sombre département du ministère, il est notamment en charge du dépouillement de dossiers émanant des Assemblées de Vérification de Constructibilité dont l’acronyme, « A.V.C. », suffit à lui seul à résumer le désabusement dans lequel le plonge sa situation.
Plaisir non dissimulé de retrouver la voix toujours voyageuse et lucide du poète Alain Dantinne avec ce nouveau recueil publié à L’herbe qui tremble. Comme un prolongement 






Le jardin était d’orangers, l’ombre bleue,
Ceux qui ont eu l’occasion d’entendre Tom Nisse sur scène savent l’importance qu’il accorde à ce subtil dosage qui s’opère entre la forme, le propos et le corps dès lors que l’on se trouve face au public. Accompagné ou non d’un musicien, le poète sait jouer de cette alchimie particulière. Rares en effet sont les poètes qui parviennent comme lui à trouver la juste mécanique de cet engrenage dans le scandé, dans la (pro)pulsion du poème. C’est dire si la lecture d’un nouveau texte de Tom Nisse résonne de cette voix grave et fissurée dont il a le secret. Une parole poétique tendue qui rend compte des harmoniques souvent dissonantes du monde contemporain et des voix de celles et ceux que l’on a muselés, effacés. Voix lézardées comme le sont les murs des villes que le poète arpente dans des errances nocturnes, sous les lumières blafardes des rues qui font parfois tanguer les corps.
On a tous été confrontés aux vieilles photos de famille. Photographies polaroïd, sépia, argentiques qui ont cet avantage sur le numérique d’être imprimées donc aussi le pouvoir de remonter à la surface un jour ou l’autre, sans crier gare. Photos détentrices le plus souvent de secrets « flottant dans l’atmosphère » qu’ils soient d’alcôve, d’état ou de polichinelle. Gardiens de mémoires enfouies, ces clichés, retrouvés au fond de quelque tiroir, prennent la place de mots soufflés, écrits et perdus. Paroles qui s’envolent, images qui restent même si elles s’effacent parfois. Dans ce texte publié à La pierre d’alun sous forme de petit carnet à spirales (à feuilleter en écoutant William Sheller), les images de Simon répondent aux mots de Jean-Luc. Ou peut-être est-ce l’inverse ? Peu importe puisque le dialogue ici entre le père et le fils naît en quelque sorte de ces bains révélateurs qui font revivre les silhouettes familiales délitées.