Archives de catégorie : Espace Nord

Le chant profond du poète

Lil­iane WOUTERS, Trois vis­ages de l’écrit, Brux­elles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 224 p., 12 €

woutersTrois vis­ages de l’écrit. Trois recueils poé­tiques de feu et de médi­ta­tion, où Lil­iane Wouters accom­plit cette « descente à tra­vers soi » par laque­lle seule­ment on peut s’atteindre au plus pro­fond, au plus intime. Au plus près de sa vérité.

Jour­nal du scribe (1990), Le bil­let de Pas­cal (2000), Le livre du soufi (2009), ain­si réu­nis, se révè­lent proches dans leur sin­gu­lar­ité, se pro­lon­gent, se répon­dent. Et nous pou­vons gliss­er d’une inflex­ion à l’autre, vibr­er à telle pen­sée, laiss­er réson­ner telle image, telle musique d’un chant pro­fond qui se grave en nous. Con­tin­uer la lec­ture

Un amour interdit

François EMMANUEL, La Pas­sion Savin­sen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 189 p., 8,5 €

Si la pas­sion n’est pas hérédi­taire et sem­ble due à quelque fatum, elle peut se trans­met­tre de généra­tion en généra­tion. Chez les Savin­sen, le mod­èle pas­sion­nel va de la nos­tal­gie hal­lu­cinée du grand-père Tobias à sa petite-fille Jeanne en pas­sant par la mère qui vivra un amour inter­dit et en mour­ra. L’histoire présente se déroule pen­dant la deux­ième guerre mon­di­ale. Jeanne, l’héroïne, restée seule respon­s­able du château famil­ial depuis la mort de sa mère et la dépor­ta­tion de son père, doit affron­ter la réqui­si­tion du domaine par les Alle­mands. Cette intru­sion subite entraîne un désor­dre matériel mais surtout un boule­verse­ment des sen­ti­ments et déclenche un afflux de sou­venirs chez la jeune fille : l’officier occupe la bib­lio­thèque où son père ento­mol­o­giste clas­sait ses col­lec­tions ; l’installation des sol­dats dans une aile du bâti­ment fait qu’elle rou­vre la cham­bre de sa mère pleine encore de sa présence. Et surtout, se développe pro­gres­sive­ment entre Jeanne et l’officier Matthäus Hiele une pas­sion dont ils paieront le prix « réel et sym­bol­ique » : il sera envoyé sur le front de l’Est et elle sera ton­due à la libéra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

La neige, sans contrefaçon

François JACQMIN, Le livre de la neige, post­face de Gérald Pur­nelle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 152 p., 8 €

jacqmin le livre de la neigeLa col­lec­tion « Espace Nord » a l’excellente idée de remet­tre à la dis­po­si­tion des lecteurs deux ouvrages majeurs du poète François Jacqmin (1929–1992) : Les Saisons, ini­tiale­ment paru dans la col­lec­tion du vivant de l’auteur, en 1988 ; et Le Livre de la neige, dernier recueil de poèmes en prose pub­lié aux Edi­tions de la Dif­férence par Jacqmin, avant son décès en 1992. Deux recueils, qui ne sont que l’arbre fine­ment tail­lé cachant la forêt d’écrits qu’a lais­sés le poète – vingt caiss­es de man­u­scrits déposés aux Archives et Musée de la Lit­téra­ture –, par­mi lesquels ont déjà été extraits des recueils sen­si­ble­ment achevés, comme nous l’évoquions l’an dernier à pro­pos du Plumi­er du vent. Con­tin­uer la lec­ture

Izoard, la matière et le corps

Jacques IZOARD, J’apprenais à écrire, à être : antholo­gie, Brux­elles, Les Impres­sions nou­velles, coll. «  Espace Nord », 2016, 8,55 €

izoardEmprun­tant son pseu­do­nyme au col mythique des Hautes-Alpes qu’il a gravi, à 20 ans, lors d’un périple à tra­vers l’Europe, Jacques Izoard, né Del­motte, a très tôt pris con­science de la jouis­sance des cimes et des poèmes. Car on peut dire d’emblée que l’auteur de La Patrie empail­lée (Gras­set, 1973) aura voué sa vie à traduire en poésie cette pleine matière du réel qui fonde et façonne son écri­t­ure, toute cor­porelle. Un acte poé­tique en quelque sorte exis­ten­tiel et sen­soriel, fait de « chair de poète », comme le rap­pelle, avec per­ti­nence, Gérald Pur­nelle, dans l’appareil cri­tique qui accom­pa­gne l’anthologie récem­ment parue dans la col­lec­tion Espace Nord et dont le titre J’apprenais à écrire, à être résume à lui seul l’ancrage-Izoard. Con­tin­uer la lec­ture

Au nom du Père et du Fils

Daniel ARNAUT, Les choses que l’on ne dit pas suivi de Com­man­der et men­tir, post­face de Lau­rent Demoulin, Brux­elles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 192 p., 8,5€

Les choses que l’on ne dit pas | Espace NordDaniel Arnaut entre dans la col­lec­tion Espace Nord par la pub­li­ca­tion de deux réc­its partageant une thé­ma­tique com­mune : la fig­ure pater­nelle. Au début des Choses que l’on ne dit pas (2006), un homme quitte une cham­bre d’hôpital et tente de se ménag­er un sas de décom­pres­sion avant de retourn­er à l’air hiver­nal des bien-por­tants. Il observe, dans le hall prin­ci­pal, les malades et vis­i­teurs qui cir­cu­lent ou sta­tion­nent, et inter­ag­it mal­gré lui avec cer­tains d’entre eux. Il vient de laiss­er son père sur son lit de mourant. En cinq tableaux, le nar­ra­teur évoque la vie qui fuit un corps amaigri et per­clus de douleur, la rai­son qui s’envole d’un esprit vif :

sa tête un ter­rain vague / d’où les idées s’échappent en désor­dre / comme des ani­maux hors d’un enc­los mal fer­mé / piéti­nant furieuse­ment sur leur pas­sage / toute apparence de rai­son / (et le pire de tout / fils j’ai l’impression de devenir bête / c’est qu’il s’en rend compte)

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Au pays d’Alain

Alain BERTRAND, Jardin botanique, Brux­elles, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015, 158 p.

Jardin botanique | Espace NordParu en 2013, ce recueil de réc­its sil­lonne le ter­ri­toire belge et en définit les con­tours en une géo­gra­phie per­son­nelle aux accents pour­tant col­lec­tifs. Struc­turée en trois temps, por­tant cha­cune le nom d’une des trois régions et rassem­blant qua­tre textes, résol­u­ment intimiste et con­vo­quant de nom­breux sou­venirs, cette flâner­ie sen­ti­men­tale nous par­le de temps qui ne sont plus, ceux d’avant l’air bag et des cafés enfumés, dans le tour­bil­lon de virées aux blagues irrévéren­cieuses que ponctue l’exploration sans fin des breuvages trap­pistes. Con­tin­uer la lec­ture

Iconostase d’Anvers

Wern­er LAMBERSY, Anvers ou les Anges per­vers, Brux­elles, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015.

lambersy anvers ou les anges perversDepuis ses débuts en 1967, Wern­er Lam­ber­sy a pub­lié une sep­tan­taine de livres et recueils. Cette année 2015 aura été féconde pour le poète ‘fran­coph­o­ne de Flan­dre’: pas moins de 6 pub­li­ca­tions, et par­mi celles-ci La Perte du temps (Le Cas­tor Astral) qui vient de recevoir, en ce mois de novem­bre, le pres­tigieux Prix Mal­lar­mé. Presque au même moment, les édi­tions Espace Nord réédi­tent Anvers ou les Anges per­vers. Un réc­it poé­tique quelque peu atyp­ique dans l’œuvre impor­tante de Lam­ber­sy, pub­lié en 1994 aux Éper­on­niers et hon­oré du Prix Auguste Michot de l’ARLLFB l’année suiv­ante. Con­tin­uer la lec­ture

« Plutôt la vie, dit la voix d’en face »

Un coup de coeur du Carnet

Antholo­gie du sur­réal­isme belge, établie par Paul ARON et Jean-Pierre BERTRAND, Brux­elles, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015, 350 p., 12 €

L’anthologie établie par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand est un out­il idéal pour décou­vrir mais aus­si enseign­er le sur­réal­isme belge, qui fut peu­plé d’individualités fortes et attachantes jusqu’en ses derniers pro­longe­ments, dans les années 70. Con­tin­uer la lec­ture

La grande évasion

André-Mar­cel ADAMEK, Le Plus Grand Sous-marin du monde, post­face d’Amaury de Sart, Brux­elles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015, 224 p., 8,5 €

adamek le plus grand sousmarin du monde espace nordÀ lire ou relire Le plus grand sous-marin du monde d’André-Marcel Adamek dans la nou­velle édi­tion d’Espace Nord – aug­men­tée d’une post­face puis­sam­ment ana­ly­tique d’Amaury de Sart –, on croit voir la haute sil­hou­ette de l’auteur coif­fé de sa cas­quette de loup de mer, déam­bu­lant dans cet univers por­tu­aire et fan­tas­ma­tique qui lui était aus­si cher qu’à Mac Orlan. Un univers pro­pre à peu­pler son imag­i­naire d’une col­lec­tion de per­son­nages divers et sin­guliers comme les débris pré­cieux ou dérisoires char­riés par l’Atlantique sur les sables de Saint-François-le-Môle, cette cité bal­néaire en plein déclin. Con­tin­uer la lec­ture

À la santé de Mlle Beulemans

Frantz FONSON et Fer­nand WICHELER, Le Mariage de Mlle Beule­mans, Brux­elles, Impres­sions Nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015, 233 p., 8,5 € / epub : 5,99 €

le mariage de mademoiselle beulemansVotre servi­teur recon­naît s’être trou­vé légère­ment embar­rassé lorsqu’on lui a demandé de noir­cir deux ou trois feuil­lets sur Le Mariage de Mlle Beule­mans. La col­lec­tion Espace Nord réédi­tait la pièce de Fon­son et Wichel­er et l’on devait bien en dire quelques mots. Mais Mlle Beule­mans n’avait-elle pas déjà fait couler assez d’en­cre ? Et com­ment ne pas éprou­ver une cer­taine méfi­ance envers cette his­to­ri­ette fleu­rant bon la naph­taline et les valeurs bour­geois­es, qui comme une vul­gaire ker­messe de vil­lage se ter­mi­nait sur les cuiv­res lour­dauds et empâtés de la Bra­bançonne ? Il fal­lait donc com­mencer par relire le texte. Et puis, quelque peu sur­pris, con­trar­ié même, se deman­der d’où Mlle Beule­mans – à un âge aus­si avancé – con­tin­u­ait à tir­er sa fraîcheur indé­ni­able.
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Ars criticandi

Un coup de coeur du Carnet

Jacques DE DECKER, Lit­téra­ture belge d’aujourd’hui. La Brosse à relire, Brux­elles, Les Impres­sions Nou­velles, coll. « Espace Nord », 335 p.

Se présen­ter comme « cri­tique lit­téraire » peut s’avérer une entre­prise périlleuse. N’est-ce pas un ric­tus de défi­ance, voire de mépris, qui se des­sine sur le vis­age de l’interlocuteur ? Quoi, « cri­tique » ? Par­a­site, oui. Un bon­homme qui, inca­pable de torcher cor­recte­ment un livre, épuise sa vie à pass­er au crible ceux des autres. Il les descend avec rancœur quand ils lui parais­sent trop bons, ou les exhausse s’il est sûr qu’ils ne fer­ont point trop d’ombre à son chef‑d’œuvre en sem­piter­nelle ges­ta­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Duyckaerts, philosophe buissonnier

Un coup de cœur du Car­net

Éric DUYCKAERTS, Hegel ou la Vie en rose (et autres textes), Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015, 144 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930646–99‑2

duyckaertsPub­lié en 1992, Hegel ou la Vie en rose d’Éric Duy­ck­aerts fait l’objet d’une réédi­tion bien­v­enue en Espace Nord. Elle est suiv­ie de pro­pos tran­scrits depuis les con­férences-per­for­mances de l’auteur à la Bien­nale d’Art de Venise  en 2007 et de son texte Mesure pour mesure. L’ouvrage se con­clut sur une post­face de Julie Baw­in (ULg), sub­tile et mali­cieuse, à l’image de l’œuvre qu’elle com­mente.

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Vous avez dit mai-maître ?

Pierre PUTTEMANS, La Con­stel­la­tion du chien et autres textes, 2015, Brux­elles, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 176 p., 7,50 € / epub : 6.99 €

puttemansOn n’imaginait pas tout de suite l’architecte et poète Pierre Put­te­mans en mai-maître docile et fer­vent d’un insup­port­able chien-chien, rég­nant sur la maison­née. Une ‘pro­mo­tion’ décernée par la boulangère, dont lui-même s’étonne et se félicite aux pre­mières pages d’un petit livre désopi­lant, La con­stel­la­tion du chien, paru en 1990 et que la col­lec­tion Espace Nord nous per­met de (re)découvrir dans sa fraîcheur, sa mal­ice et son humour, alors que l’auteur nous a quit­tés voici deux ans. Con­tin­uer la lec­ture

En lettres capitales

Thierry DETIENNE

Madrid ne dort pas

En 2005, parais­sait le pre­mier roman de Gré­goire Polet, qui entre à présent dans la col­lec­tion Espace Nord. Cette réédi­tion est l’occasion de mesur­er le chemin par­cou­ru d’un auteur dont l’oeuvre romanesque, forte à présent de six ouvrages, s’est imposée par sa per­son­nal­ité bien au-delà de nos fron­tières. Con­tin­uer la lec­ture

“À quoi ça rime?”

Samia HAMMAMI

lambertDans son éclairante post­face à la réédi­tion en Espace Nord (2015) de Dieu s’amuse, paru ini­tiale­ment aux édi­tions Pierre-Guil­laume de Roux (2011), Nau­si­caa Dewez retrace le par­cours aux mul­ti­ples sur­geons (jour­nal­iste, rédac­teur en chef, chroniqueur, romanci­er, ani­ma­teur d’ateliers, etc.) de Michel Lam­bert, homme à une seule souche : la lit­téra­ture. Elle inter­roge plus pré­cisé­ment son rap­port à la nou­velle, genre qu’il priv­ilégie depuis son entrée en écri­t­ure et au sein duquel il se démar­que par des recueils solide­ment cohérents, primés à plusieurs repris­es. La post­facière l’inscrit dans une lignée résol­u­ment con­tem­po­raine : « D’évidence, la nou­velle telle que pra­tiquée par Michel Lam­bert rompt avec le canon de la nou­velle clas­sique, à la Mau­pas­sant. Pour repren­dre une ter­mi­nolo­gie pro­posée par René Godenne et aujourd’hui com­muné­ment admise, on peut dire que Lam­bert pra­tique non la “nou­velle-his­toire” mais la “nou­velle-instant”. » Sous cette dénom­i­na­tion se range une veine où, sans souci de racon­ter une his­toire com­plète, est opéré un focus – la « spec­tro­gra­phie » – sur un moment déter­mi­nant de la vie d’un pro­tag­o­niste lamb­da. Cette démarche implique le lecteur et, selon les pro­pres ter­mes de Lam­bert, l’invite à « faire tra­vailler son imag­i­na­tion pour combler les blancs du texte ». Con­tin­uer la lec­ture

Stéphane Lambert redévoilé

Stéphane LAMBERT, Char­lot aime Mon­sieur, Brux­elles, Les Impres­sions Nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015, 192 p., 8.50 €

lambertLa col­lec­tion « Espace Nord » réédite ce mois-ci, fort oppor­tuné­ment, un des pre­miers textes de l’écrivain Stéphane Lam­bert, Char­lot aime Mon­sieur ain­si que deux autres réc­its : Ensem­ble, Simone et Jean sont entrés dans la riv­ière et Mes morts. Con­tin­uer la lec­ture