Archives de catégorie : Recensions

Le vertige de l’amour

Stéphane BISSOT, Celle qui aimait les hommes, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2023, 70 p., 10 €, ISBN : 9782931101681

bissot celle qui aimait les hommesLouise est actrice. De manière totale­ment non chronologique, elle se remé­more ses his­toires d’amour. « [Elle] écrit la nuit. La lumière est douce. Elle écrit à plusieurs âges. Il y a plusieurs présents. Pen­dant qu’elle par­le à l’homme qu’elle aime, à celui qu’elle aimait ou à celui qu’elle aimera, elle racon­te ses amours pro­fondes ou fugaces ». Il y a Samuel, ren­con­tré lors d’une soirée de sou­tien aux ouvri­ers, qui est ten­dre comme un agneau et auprès de qui elle redé­cou­vre sa sen­su­al­ité. Il y a Romain avec qui elle ne passe qu’une nuit, Arié, un homme piv­ot dans sa vie auprès de qui elle apprend la mort de son père ou encore Andréas dont elle croque la pomme à New York. Cha­cun reçoit un surnom : l’homme femme, l’homme rus­tre, l’homme silence, l’homme arbre… Louise se sou­vient aus­si de son pre­mier amour à l’école, Quentin, dont elle con­nais­sait l’emploi du temps par cœur. Con­tin­uer la lec­ture

« … Rayez le mot surréalisme »

Xavier CANONNE (sous la dir. de), His­toire de ne pas rire. Le sur­réal­isme en Bel­gique, Fonds Mer­ca­tor et Bozar Books, 2024, 288 p., 49 €, ISBN : 978–94-6230–371‑3

canonne histoire de ne pas rire le surrealisme en belgiqueÀ l’origine, His­toire de ne pas rire est le titre don­né en 1956, par Mar­cel Mar­iën, qui en est l’éditeur à l’enseigne des Lèvres nues, aux écrits théoriques de Paul Nougé (1895–1967). Au dos de l’ouvrage fig­ure un encart en let­tres cap­i­tales : « Exégètes, pour y voir clair, rayez le mot sur­réal­isme ». Ce n’était pas la pre­mière fois que Nougé pre­nait ses « dis­tances » avec le mot sur­réal­isme, qu’il avait déjà indiqué plus tôt utilis­er sim­ple­ment « pour les com­mod­ités de la con­ver­sa­tion ». Il n’en reste pas moins que Nougé, dès l’automne 1924 – et indépen­dam­ment de la pub­li­ca­tion par André Bre­ton du pre­mier Man­i­feste du Sur­réal­isme – con­stitue avec Camille Goe­mans et Mar­cel Lecomte le trio fon­da­teur des activ­ités sur­réal­istes en Bel­gique, par l’édition d’une série de tracts ironiques sous le nom de « Cor­re­spon­dance », visant les milieux lit­téraires et artis­tiques, essen­tielle­ment français, de l’époque. Si l’on s’en tient à la chronolo­gie, il est donc naturel (comme il en va de même pour le Man­i­feste de Bre­ton), que l’on com­mé­more en 2024 le cen­te­naire du mou­ve­ment sur­réal­iste, qui ray­on­na durant plusieurs décen­nies non seule­ment en France et tout par­ti­c­ulière­ment en Bel­gique, mais égale­ment en Europe et sur d’autres con­ti­nents. Con­tin­uer la lec­ture

Lagune vivante

Dominique WARFA, Lagune morte et autres nou­velles, choix anthologique et post­face de Nico­las Steten­feld, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 536 p., 12 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782875685995

warfa lagune morte et autres nouvellesUne fois de plus, la col­lec­tion Espace Nord joue pleine­ment son rôle pat­ri­mo­ni­al, et nous charme par l’audace et la qual­ité de ses choix. Ain­si, c’est Dominique War­fa qui voit près de cinquante ans d’écriture mis à l’honneur.

Dominique War­fa est une des références en sci­ence-fic­tion fran­coph­o­ne belge. Auteur lié­geois, né en 1954, il se pas­sionne très jeune pour le genre, crée des fanzines, en intè­gre d’autres, écrit des nou­velles et des essais cri­tiques, fait par­tie des quelques aven­turi­ers qui, dès les années 1970, voient dans les inno­va­tions tech­nologiques et les recherch­es sci­en­tifiques des manières de ques­tion­ner l’imaginaire, de ten­ter de mieux com­pren­dre la place de l’homme dans le monde ou, pour repren­dre les mots de Nico­las Steten­feld, qui signe l’excellente pré­face : « offrir aux lecteurs des pistes de réflex­ion sur la manière dont nous habitons, et habiterons demain, un monde en con­stante muta­tion. » Con­tin­uer la lec­ture

Manifeste muséal

Colette NYS-MAZURE et Isabelle GILLET, Le tour des aban­dons : une nuit au Mufim, Inven­it, 2024, 96 p., 13 €, ISBN : 9782376801221

nys-mazure gillet le tour des abandonsÀ Tour­nai, au MuFIm, musée du folk­lore et des imag­i­naires, lors d’une nuit « privée du regard d’autres vis­i­teurs », deux habi­tantes ponctuelles se sont lovées : la philo­logue, poétesse et autrice belge Colette Nys-Mazure et Isabelle Gillet, com­mis­saire d’expositions, pro­fesseure des uni­ver­sités (Artois) et essay­iste. Le tour des aban­dons nous greffe à cette errance inspi­rante. Con­tin­uer la lec­ture

Une langue-fauve

Tris­tan SAUTIER (poèmes), Lau­rence SKIVÉE (dessins), Engorge­ments, dégorge­ments (3 suites), Bleu d’encre, 2023, 40 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930725–65‑9

sautier skivee engorgements degorgementsCom­ment dégorg­er une langue engorgée, com­ment acér­er le dessin, com­ment vivre-écrire-dessin­er sur un fil ? Le dia­logue entre les imag­i­naires de Tris­tan Sauti­er (poèmes) et de Lau­rence Skivée (dessins) délivre un chant ryth­mé en trois suites où le verbe cherche les zones où s’ébattent les loups. Au vis­age d’une société qui égorge celle et ceux qui ne ren­trent pas dans le rang, Tris­tan Sauti­er lance ses meutes de poèmes rock, en frère de Har­ry Haller, le loup des steppes de Her­mann Hesse. Le principe d’économie qui enserre ce recueil, ce livre d’artiste relève d’un principe plus haut, celui de la survie. Une survie en milieu hos­tile, traduite dans une langue ramassée, aigu­isée qui creuse les infra-zones de l’existence, le goût de blues et les par­fums du sexe. Con­tin­uer la lec­ture

La Terre tourne

Anne BROUILLARD (images, textes et musiques) et Bertille DE SWARTE (textes, adap­ta­tions français­es et direc­tion artis­tique du disque), Ronde autour de la terre, Esper­luète, coll. « Albums », 2024, 32 p., 19,50 €, ISBN : 9782359841794

brouillard de swarte ronde autour de la terreAu rec­to de la cou­ver­ture, un ciel de cré­pus­cule jaune lumineux, une nature qui s’apprête à se repos­er, et des gens de tous âges descen­dant le chemin d’une colline, en route joyeuse vers la proche ville où se devine un manège de chevaux. Au ver­so, l’image se pro­longe : un ciel de nuit tombée, une pleine lune légère­ment dis­simulée par de mys­térieux sap­ins, une demeure isolée déjà éclairée au rez-de-chaussée. Une illus­tra­tion dont se dégage un calme inex­plic­a­ble, que l’on ressen­ti­ra page après page dans des paysages délavés, des fenêtres reflé­tant la pluie ou éclairant des natures mortes en pommes et cafetière, une salle-à-manger chaleureuse où la table déjà dressée atten­dant un gâteau tou­jours au four, un car­rousel faisant naître les sourires d’enfants, l’orée d’un bois aux fougères duveteuses et aux four­mis rieuses, des forêts de conifères et de feuil­lus, des maisons à l’atmosphère douil­lette où le bois craque sous les pas des gen­tils fan­tômes et des lutins affairés, des lacs enchanteurs au-dessus desquels miroite l’astre céleste et glis­sent les oiseaux. Tout un univers dess­iné avec élé­gance et « liq­uid­ité » par Anne Brouil­lard, d’où émane un silence pro­fond, offrant un écrin par­ti­c­uli­er à la musique des textes et des chants. Con­tin­uer la lec­ture

Les vertiges de la dévoration

Mar­tine ROLAND, Des amours de soie, Acad­e­mia, 2023,  156 p., 15 € / ePub : 10,99 €,  ISBN : 978–2‑8061–3623‑7

roland des amours de soieDes amours de soie, le troisième roman en date de Mar­tine Roland, con­firme encore l’intérêt de l’autrice pour les sujets dens­es et mys­térieux, voire hors normes en nous invi­tant à suiv­re les ren­con­tres, les chocs psy­chologiques et surtout la vio­lence des rela­tions humaines. Dans ce roman, paru dans une nou­velle col­lec­tion de livres noirs chez Acad­e­mia, « Noirs des­seins », l’auteure nous offre un thriller psy­chologique sur­prenant et aux échos les plus noirs. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman nécessairement inachevé…

Guy VAES, Sig­ur, ou presque, Post­face d’Adolpho Bar­bera del Ros­al et Bart Von­ck, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2023, 165 p., 17 €, ISBN : 978–2‑8032–0078‑8

vaes sigur ou presqueQuelques mois avant sa mort en févri­er 2012, Guy Vaes con­fia à deux proches, Adol­fo Bar­bera del Ros­al et Bart Von­ck, le man­u­scrit de la pre­mière par­tie d’un dip­tyque dont le deux­ième volet n’était pas encore écrit. « Je ne trou­ve pas la fin et je ne veux pas inven­ter », leur con­fia-t-il. Le roman est même deux fois inachevé, la pre­mière par­tie se con­clu­ant, volon­taire­ment, sur une phrase incom­plète. En out­re, le texte n’avait pas de titre ; les deux déposi­taires du man­u­scrit lui en ont don­né un, Sig­ur, ou presque, titre par­ti­c­ulière­ment judi­cieux tant le réc­it repose sur ce mot presque. Con­tin­uer la lec­ture

Une sélection de littérature jeunesse pour les 9 à 12 ans

selection jeunesse 2023

Dans le cadre du PECA, le Ser­vice général des Let­tres et du Livre pro­pose une sélec­tion de 50 livres des­tinés aux lec­tri­ces et lecteurs de 9 à 12 ans. Con­tin­uer la lec­ture

Quand tu arrives au sommet de la montagne continue à monter…

Anne VERSAILLES, Tout dévale, Chat polaire,  2024, 43 p., 14 €, ISBN : 9–782931-028292

versailles tout devaleAnne Ver­sailles écrit, met des textes en voix et réalise des Petites Œuvres Mixmé­dia : son tra­vail explore en effet la fron­tière entre mots, images et sons pour explor­er la diver­sité des écri­t­ures poé­tiques et l’interdisciplinarité. Elle est aus­si péd­a­gogue et ani­me des ate­liers d’écriture(s) qui encour­a­gent notre capac­ité à être auteur (c’est-à-dire acteur) dans un monde où une pen­sée unique nous pousse à être con­som­ma­teur. Après un film-poème suite à une tra­ver­sée à pied du mas­sif alpin : 12 pattes et 5 sacs à dos, elle a pub­lié de nom­breux textes courts et des poèmes ; un roman, Vio­la, chez L’Arbre à paroles (col­lec­tion « iF ») ; un book­leg géopoé­tique, Brux­elles se compte et co-écrit Neuf.0 avec Aliette Griz et Julien Le Gal­lo, ver­sion livre d’une per­for­mance poé­tique (Mael­strÖm réevo­lu­tion). Con­tin­uer la lec­ture

Simon Leys, notre contemporain

Jérôme MICHEL, Simon Leys. Vivre dans la vérité et aimer les cra­pauds, Michalon, coll. « Le bien com­mun », 2023, 128 p., 12 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782347002787

michel simon leys vivre dans la verite et aiemr les crapaudsRes­saisir la cohérence, la puis­sance d’une œuvre, l’arracher aux malen­ten­dus durables qui n’ont cessé de la recou­vrir, dis­siper les lec­tures paresseuses dont elle est pris­on­nière : c’est à l’aune de ces trois ambi­tions que se tient l’essai que Jérôme Michel con­sacre à Simon Leys. Sino­logue, his­to­rien de la pein­ture et de la cal­ligra­phie chi­nois­es, tra­duc­teur de Con­fu­cius, Shi­tao, Lu Xun, Shen Fu, Pierre Ryck­mans boule­verse le paysage intel­lectuel lorsque, en 1971, il pub­lie sous le pseu­do­nyme de Simon Leys, Les habits neufs du prési­dent Mao. Chronique dénonçant la tragédie de la Révo­lu­tion cul­turelle, s’inscrivant à con­tre-courant du maoïsme en France, cet essai (pub­lié par Champ Libre, l’éditeur de Guy Debord) reten­tit comme une bombe. Comme l’analyse fine­ment Jérôme Michel, c’est son amour pour la Chine anci­enne et actuelle, sa fas­ci­na­tion pour une civil­i­sa­tion « autre » vue comme une fig­ure de l’Esprit per­me­t­tant à l’occidental qu’il est de se décen­tr­er, qui le pousse à révéler ce qu’il perçoit comme l’imposture du Grand Tim­o­nier, le plon­geon du rêve com­mu­niste dans le cauchemar du total­i­tarisme. Révéler les som­bres dessous de la « Grande Révo­lu­tion cul­turelle pro­lé­tari­enne », pour­fendre un régime de ter­reur lui vaut d’être ostracisé, traité comme un paria. Con­tin­uer la lec­ture

La stratégie du grignotage

Marc MENU, L’évangile par le menu, 2023, Cac­tus inébran­lable, coll. « Micro­cac­tus », 2023, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–091‑3

menu l'évangile par le menuDans ce dernier opus, L’évangile par le menu,  l’au­teur,  Marc Menu, joue avec délec­ta­tion de tous les clins d’œil qu’il peut lancer au lecteur dans le sou­venir de ses lec­tures de l’É­vangile où les échos de ce texte fon­da­teur sont mal­menés avec, dirons-nous, une cer­taine ami­tié des pro­tag­o­nistes. On recon­naît l’auteur au titre qui nous invite à ne pas pren­dre l’É­vangile à la carte mais à la déguster au menu. C’est en effet une forme de pochade que l’auteur nous délivre en un délire punk — rock’n roll des scènes bibliques. Con­tin­uer la lec­ture

Mon voisin chéri… vraiment ?

Frank ANDRIAT, Mortelle assem­blée de copro­priété, F dev­ille, 2023, 180 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782875990877

andriat mortelle assemblée de copropriétéComme chaque année, Jérôme se rend à l’assemblée générale de la copro­priété de son immeu­ble. Et comme chaque année, il aurait préféré rester au chaud chez lui, à dévor­er un livre – il est cri­tique lit­téraire – plutôt que de subir les rancœurs, récrim­i­na­tions, sar­casmes et coups bas de cer­tains copro­prié­taires. Cet exer­ci­ce est hélas oblig­a­toire. Et sans men­tir, d’un pro­fond ennui survient un cer­tain amuse­ment dû à quelques éner­gumènes tou­jours très remon­tés. Jérôme salue et dis­cute avec quelques sym­pa­thiques voisins : Youssef, l’un des mem­bres du con­seil de copro­priété qui se coupe tou­jours en qua­tre pour les autres et sait tout sur tout le monde ; Lise et Paul, un cou­ple dont la femme ne le laisse pas indif­férent ; un nou­veau pro­prié­taire qui lui tient la jambe… Les plus pénibles de l’assemblée se pla­cent au pre­mier rang, mais il manque leur roi, Mar­ius Van Eyck, un soli­taire qui en a poussé plus d’un à bout, locataires comme pro­prié­taires. Où est-il ? Cette absence est étrange et ne lui ressem­ble pas. Deux voisines, Mélanie Leclerc et Vin­ciane Mer­veille, s’en inquiè­tent. Il ne rat­erait ce ren­dez-vous annuel pour rien au monde. Que lui est-il arrivé ? Qu’importe, la séance est ouverte. Et mal­gré l’absence de Van Eyck, les débats s’enchaînent, au grand dam du nar­ra­teur. Con­tin­uer la lec­ture

L’art et le poème face au temps qui passe

Maarten EMBRECHTS, Les mots qu’il faut, Bleu d’encre, 2023, 40 p., 11,96 €, ISBN : 978–2‑930725–64‑2

embrechts les mots qu'il fautMaarten Embrechts (Turn­hout, 1946) est poète, tra­duc­teur et plas­ti­cien. Il a exposé suc­ces­sive­ment à Turn­hout, Hil­varen­beek (Pays-Bas), Hamme, Liège, Anvers et Malines : ses huiles sur toile qui se situent à la fron­tière entre l’écrit et la fig­u­ra­tion, ses pho­tos sur papier/aquarelle qui opèrent une mix­ité entre deux sup­ports artis­tiques ou ses sculp­tures en bronze lui per­me­t­tant d’exprimer son besoin tac­tile d’un tra­vail sur les formes et la matière en font un artiste appar­tenant bien à une sen­si­bil­ité typ­ique­ment belge où les rap­ports entre le signe peint et le signe écrit sont présents au sein de la pro­duc­tion artis­tique et lit­téraire de notre pays puisque déjà « durant la sec­onde moitié du XIXe siè­cle, les cri­tiques, tant belges qu’étrangers, s’accordent sur ce fait : l’écrivain belge est un pein­tre, héri­ti­er d’une « race » qui s’est avant tout illus­trée par le pinceau ». Con­tin­uer la lec­ture

La besace à mots à Delhasse

Guy DELHASSE, Bourg d’enfance, pré­face de Marc Pir­let, Mur­mure des Soirs, 2024, 278 p., 15 €, ISBN : 9782931235133

delhasse bourg d'enfanceGuy Del­has­se, à bien des égards, est un baroudeur des let­tres belges fran­coph­o­nes. On l’a, il s’est, par­fois qual­i­fié de vagabond de l’écriture ou de gar­di­en de but de la lit­téra­ture lié­geoise. Tous ces titres, il les mérite depuis qu’il s’est lancé en écri­t­ure en 1974 et même avant puisque nous décou­vrons dans son dernier livre, Bourg d’enfance, qu’il tient un jour­nal intime depuis ses 11 ans (soit, à ce jour, 280 cahiers, et plus de 50.000 pages, presque un record !). Depuis, il en a fait du chemin, en écri­t­ure et comme guide lit­téraire à la décou­verte de cités à tra­vers les échos qu’en ont don­nés écrivains et écrivaines. Con­tin­uer la lec­ture

Portrait de l’artiste en Icare
L’embrasement vertigineux et splendide de Nicolas de Staël

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, Nico­las de Staël, la pein­ture comme un feu, Gal­li­mard, 2023, 240 p., 42 €, ISBN : 9782073024688

lambert nicolas de stael la peinture comme un feuL’art réside peut-être moins dans sa fin, l’œuvre pro­duite, accrochée aux cimais­es, dite achevée, que dans la dynamique qu’il instau­re. Stéphane Lam­bert aime s’immerger dans la tra­jec­toire des artistes pour saisir ce qui met en ten­sion leur vie, la détourne du quo­ti­di­en ordi­naire, la trans­fig­ure et la déchire jusqu’à, par­fois, l’anéantir. De Rothko à Goya, de Spilli­aert à Van Gogh en pas­sant par Klee et Mon­et, ses essais et ses romans témoignent d’un dia­logue con­stant entre l’écriture et la pein­ture pour dire le mys­tère de la créa­tion, son aspi­ra­tion à une spir­i­tu­al­ité, son élan, obscur et lumineux, vers une pro­fondeur mythologique. L’écrivain parvient ain­si à saisir l’artiste dans ce bord de l’abîme dont il sur­git, qui le nour­rit, l’absente au monde et le men­ace du désas­tre – mais ce désas­tre n’est-il pas la pos­si­bil­ité néces­saire à son con­tre­point, l’œuvre ? Con­tin­uer la lec­ture